Les Vents de Vancouver
Pour garder « tous ses sens ouverts, ainsi que son esprit », rien de mieux que la lecture dâun rĂ©cit de Kenneth White, Ă lire si possible au grand air.
Lionel Bedin â La Cause littĂ©raire
Traduction de Marie-Claude White
Prenant pour point de dĂ©part le grand port du Pacifique Nord, Kenneth White trace un itinĂ©raire qui longe le littoral de la Colombie-Britannique avant dâatteindre la pĂ©ninsule de lâAlaska, en passant par Ketchikan, havre bordĂ©lique de saumoniers, Juneau, la capitale des affaires, et Skagway, longtemps le fief de lâescroc Soapy Smith. En route, dans le style vif et allĂšgre quâon lui connaĂźt, il esquisse des portraits de coureurs de bois français, dâexplorateurs russes, de chercheurs dâor amĂ©ricains, dâenvironnementalistes tels que lâĂcossais John Muir, tous suivant des pistes dâombres et de lumiĂšres sur fond de vie sauvage, celles des ours et des aigles, des loups et des phoques, et de vie autochtone, celle des Kwakiutls et des Tlingits.
Le rĂ©sultat est un texte pluridimensionnel qui fait voisiner le contexte primordial et la condition moderne. Les livres de voyage de Kenneth White sont des navigations mentales, des initiations Ă des Ă©tats-limites de lâexistence et de la conscience. Cet ouvrage inĂ©dit en est un exemple Ă©minent et frappant.
Revue de presse
- Escales dans l'espace-temps du Pacifique Nord Lionel Bedin La Cause littéraire 24 novembre 2014
- Festival du livre de Mouans-Sartoux 2014 RCF CĂŽte d'Azur 7 octobre 2014
- Départ pour l'Alaska dans un silence neuf Régis Poulet La Revue des Ressources 29 septembre 2014
- White is white⊠and very Beautiful â Chronique Fabien Ribery Le poulailler.fr 7 juillet 2014
- SĂ©lection des meilleurs livres de l'Ă©tĂ© ValĂ©rie Chatelain L'Hebdo // Payot ĂtĂ© 2014
Cet Ă©crivain-voyageur, adepte du nomadisme intellectuel, nous propose un itinĂ©raire de Vancouver jusquâen Alaska, traçant un portait Ă©pistolaire de tout ce quâil rencontre.
Jâai aimĂ© ce livre de Kenneth White car, que ce soient les personnes, les animaux, les lieux dĂ©crits, nous sommes au coeur de son pĂ©riple.
Kenneth White nous a dĂ©jĂ emmenĂ© dans des contrĂ©es blanches et bleues, au Labrador, dans La Route bleue (1983, prix MĂ©dicis). Il fait dâailleurs un petit clin dâĆil Ă cette route Ă la fin de son pĂ©riple : « Mais, bon, il est temps de reprendre la route, la route sceptique, la route surnihiliste, la route bleue avec ses moments bleus, ses lumiĂšres blanches et ses lignes noires et fermes ». Cette fois câest Ă lâopposĂ©, Ă lâouest du continent amĂ©ricain, que le voyageur et Ă©crivain nous transporte, du cĂŽtĂ© de Vancouver, le long du Pacifique Nord et des cĂŽtes ouest du Canada et de lâAlaska.
Dâabord, les lieux. White sait dĂ©crire les lieux. Ici Vancouver, avec sa litanie poĂ©tique de noms de quartiers, avec une description de la ville bruyante, en effervescence. La ville, le musĂ©e, le port et sa faune hĂ©tĂ©roclite, le cimetiĂšre. Pour White, musarder dans un musĂ©e câest la possibilitĂ© de « trouver une image cohĂ©rente du monde » et la lecture des inscriptions des pierres tombales lui permet de « pĂ©nĂ©trer dans le théùtre du monde ».
Ensuite, les grands espaces. Ce « grand dehors » cher Ă lâauteur, comme la piste du White Pass, le Klondike Highway, le pays des Indiens Tagish. Les rencontres sont nombreuses avec les habitants, ou des hommes et des femmes de passage. Les dialogues, derriĂšre les anecdotes, sont pleins dâenseignements sur la sociĂ©tĂ© et la vie de tous les jours.
Enfin, White rencontre, comme toujours dans ses rĂ©cits de voyages ancrĂ©s dans la rĂ©alitĂ©, des « figures du dehors » quâil frĂ©quente dĂ©jĂ ou quâil dĂ©couvre. Il est ici question de John Muir, dont White a dĂ©jĂ parlĂ© (et dont il a prĂ©facĂ© les Ćuvres), dâanonymes chasseurs de phoques, dâIndiens, de BĂ©ring, de Soapy Smith, un aventurier. Ou de ce MacKenzie, voyageur, commerçant, qui parcourut ces rĂ©gions, et dont le rĂ©cit, loin des « aventures romantiques », Ă©crit avec « des mots dâune extrĂȘme simplicitĂ© qui, mieux que tant de formules Ă©laborĂ©es, sont plus proches, Ă mon sens, de la substance de la vraie poĂ©sie », enchante Kenneth White â Ă qui cette formule sâapplique trĂšs bien.
Finalement, ce rĂ©cit sur la route bleue de Vancouver se rapproche aussi des Cygnes sauvages, autre rĂ©cit de voyage, au Japon, Ă la recherche et dans lâattente de lâenvol des majestueux oiseaux. Car ici aussi il y a lâattente dâune rencontre, qui sera tout aussi merveilleuseâŠ
Un peu comme le Voyage de Vancouver, qui date de 1791, une « histoire Ă©crite sur les vents », White raconte donc ici sa « vadrouille » et ses « escales » dans ces rĂ©gions, sait nous intĂ©resser, nous faire dĂ©couvrir ce monde, les lieux, les idĂ©es, les pensĂ©es, les acteurs, sait nous apprendre, nous donner Ă comprendre le prĂ©sent en partant de faits et dâun monde bien rĂ©els, mais aussi les cultures du passĂ©, perdues, dĂ©truites. Pour garder « tous ses sens ouverts, ainsi que son esprit », rien de mieux que la lecture dâun rĂ©cit de Kenneth White, Ă lire si possible au grand air.
Saluons au passage le travail des Ă©ditions Le mot et le reste, qui publient ce rĂ©cit inĂ©dit de Kenneth White, mais aussi qui rééditent les Ćuvres de cet Ă©crivain majeur, comme La Route bleue ou Les Cygnes sauvages ou encore La Figure du dehors (2014), un « classique » qui a ouvert les yeux et les esprits de bon nombre de lecteurs.
LE SITE DE LA CAUSELITTĂRAIRE
RCF sâest rendue Ă Mouans-Sartoux pour lâĂ©dition 2014 du Festival du livre, qui avait pour thĂšme une question : « OĂč vont nos rĂȘves ? ». Six personnes rencontrĂ©es sur place y rĂ©pondent : François Morel, Aurore Petit, CĂ©line Curiol, Kenneth White, Patrick Joquel et Pef.
Retrouvez Kenneth White interrogé sur Les Vents de Vancouver.
Lire un waybook de Kenneth White est une expérience singuliÚre.
Ni littĂ©rature de voyage, ni rĂ©cit dâexploits, encore moins tourisme cultivĂ©, il sâagit dâ« un autre ordre dâĂ©crits, celui des voyageurs de lâesprit, des pĂšlerins du vide » [1], un livre qui cherche à « dĂ©couvrir des chemins de culture occultĂ©s par lâhistoire, des pistes de pensĂ©e (un lieu, un moment, peut ĂȘtre lâoccasion, non dâune vague rĂ©flexion, mais dâune percĂ©e de lâesprit), et des sentiers du sentir » [2], oĂč jaillissent les sensations les plus fraĂźches possibles.
« En venant Ă Vancouver, jâavais en tĂȘte toutes sortes dâidĂ©es plus ou moins vagues, qui allaient trouver sur place leur configuration, mais, pour commencer, jâavais planifiĂ© un itinĂ©raire : un voyage plein de mouvement et de vision, de Vancouver Ă Seward, via Ketchikan, Wrangell, Juneau, Skagway et Sitka. Avec une logique se dĂ©ployant graduellement, de façon quiĂšte et secrĂšte, Ă partir dâune cause fugace ou dâune autre. Lignes marines et lignes mentales. Correspondances cosmographiques. Une initiation, une exitiation. Avec toujours un Ćil critique sur les choses de ce monde.
Tel était le projet.
[âŠ]
*Lire lâarticle dans son intĂ©gralitĂ©*
On trouve en nos contrĂ©es dâExtrĂȘme-Occident des gĂ©ants mĂ©connus, archipoĂštes, esprits nomades, ou exotes arpentant avec mĂ©thode les territoires offerts aux quatre vents. Kenneth White, Ăcossais installĂ© dans la baie de Lannion, tel un guetteur sur son promontoire, nâa jamais souhaitĂ© rejoindre le sĂ©rail littĂ©raire français, ses codes et ses petites compromissions quelquefois, prĂ©fĂ©rant lâenchantement de lâacadĂ©mie des goĂ©lands aux vains bavardages des tĂȘtes vertes et molles.
Adepte de la «navigation mentale hauturiĂšre» (Victor Segalen), Kenneth White est un voyageur intempestif, ayant le goĂ»t du gai savoir et dâun encyclopĂ©disme du monde ouvert. La science du rivage conduit chez lui aux guipures dâun monde originel, champ dâĂ©nergie premiĂšre, dont il se pourrait bien quâil nous sauve de lâatrophie dâune sociĂ©tĂ© malade. RenaĂźtre, quitter les anciens parapets dâune culture trop figĂ©e, telle est lâambition. Lâerrance du marcheur Ă©veillĂ© fera de la gĂ©ographie une praxis Ă©rotique dâun genre nouveau.
Si Nicolas Bouvier et Jacques LacarriĂšre ont eu la mauvaise idĂ©e de dĂ©serter, Kenneth White, bien vivant, nâentend pas quant Ă lui sâarrĂȘter de dĂ©river, dâun continent Ă lâautre, dâun portulan Ă lâautre, faisant du moindre fragment de paysage une totalitĂ©, nâabandonnant jamais la possibilitĂ© de dĂ©couvrir en chaque ĂȘtre un homme multidimensionnel. Animateur dâune revue passionnante, quoique trop rare, Les Cahiers de GĂ©opoĂ©tique, Ă©coutons-le: «La gĂ©opoĂ©tique est fondĂ©e sur le dĂ©sir de lâindividu de se situer dans lâunivers de la maniĂšre la plus dense, le plus intense, la plus âvideâ possible (câest sa base existentielle) et elle implique une rĂ©sistance Ă une civilisation, Ă une sociĂ©tĂ© oĂč sâagitent des ĂȘtres fractionnĂ©s.»
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Quel plaisir de repartir Ă lâaventure avec Kenneth White! Des cĂŽtes de Vancouver Ă la gigantesque pĂ©ninsule de lâAlaska, entre conditions actuelles et voyage dans le temps, nous dĂ©couvrons diffĂ©rentes personnalitĂ©s, diffĂ©rentes atmosphĂšres. La vie sauvage, la quĂȘte dâauthenticitĂ© et les traditions des peuples amĂ©rindiens constituent la trame de ce rĂ©cit. Avec sa verve habituelle, son humour mais aussi sa poĂ©sie, lâauteur nous convie Ă un dĂ©paysement total⊠et on en redemande!