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Parution : 23/01/2026
ISBN : 9782384317929
112 pages (148 x 210)

14 €

Les Pommes sauvages - Nouvelle édition

On ne saurait trop vous conseiller ce diptyque, petit bijou de rĂ©apprentissage de l’Ɠil, des Ă©motions simples et occultĂ©es. A l’heure du temps libre estival, Les Pommes Sauvages & La Vie Sans Principe se prĂ©sentent comme l’indispensable compagnon du lecteur fĂ©ru de promenades.

Adrien Battini – La Cause littĂ©raire

« Ce qui paraĂźt acide Ă  la maison est rendu doux par une marche vivifiante. Il faudrait Ă©tiqueter ainsi certaines de ces pommes : “à consommer dans le vent”. »

Dans ce texte littĂ©raire bordĂ© d’observations naturalistes qui caractĂ©risent son Ă©criture, Henry D. Thoreau, aprĂšs avoir dressĂ© une histoire des pommiers en Occident et de leur migration insĂ©parable de celle des hommes, s’épanche sur les qualitĂ©s Ă  la fois gustatives, olfactives et esthĂ©tiques des pommes sauvages. Non, la pomme n’est pas un fruit dĂ©fendu. C’est un des trĂ©sors de la nature qu’il faut voir, goĂ»ter et apprĂ©cier Ă  sa juste valeur.

Revue de presse

— "Les pommes sauvages" d'Henry D. Thoreau Charles Duttine La cause littĂ©raire 31 mars 2026
- Les Pommes sauvages Adrien Battini La Cause littéraire 25 juin 2013

— "Les pommes sauvages" d'Henry D. Thoreau

“Des goĂ»ts et des couleurs
Il est des livres que l’on peut juger anodins, Ă  premiĂšre vue ; peut-ĂȘtre le sujet nous paraĂźt insignifiant, mineur, le titre banal ou le livre considĂ©rĂ© comme secondaire dans l’Ɠuvre d’un auteur. C’est ce que l’on peut penser en ayant dans les mains l’ouvrage « Les pommes sauvages » de Henry D. Thoreau (1817-1862) que publient les Ă©ditions Le mot et le reste. Et pourtant, ce livre est loin de laisser indiffĂ©rent le lecteur pour peu qu’il soit curieux et imaginatif 

Il est donc question de pommes, « le plus noble des fruits » Ă©crit Thoreau. Il souligne, d’emblĂ©e, que la pomme est liĂ©e Ă  l’homme, que son histoire est enracinĂ©e au plus lointain de l’humanitĂ©, dans son quotidien, dans la mythologie, les textes sacrĂ©s ou encore la littĂ©rature. Toutefois, sans renier les « pommiers civilisĂ©s », l’auteur ne voue pas un culte Ă  Pomone, la nymphe des jardins bien entretenus.
En effet, on ne s’étonnera pas que l’homme de « Walden » nous dise, dans ce court essai, tout l’attrait qu’il porte pour le fruit sauvage. Loin des rangĂ©es d’arbres greffĂ©s, sa prĂ©fĂ©rence le conduit vers le pommier poussĂ© au hasard dans un coin de nature, dans le dĂ©sordre, Ă  l’aspect tortueux et rabougri. On comprendra toute la dimension symbolique de ce goĂ»t ; choix de la nature au lieu de la culture, refus de l’artifice, du conventionnel et des normes sociales. Il y a du Jean-Jacques Rousseau ou du Montaigne chez l’essayiste amĂ©ricain. Et, comme les philosophes français dont il reprend certains thĂšmes, Thoreau pratique l’introspection, recherche une sagesse fondĂ©e sur l’expĂ©rience et poursuit ce qui fait le sel de la vie ; Ă©crire est un moyen, pour lui, de se comprendre, de clarifier son ĂȘtre au contact du monde extĂ©rieur, mĂȘme le plus banal ou familier qui soit.”

Pour lire la chronique dans son intégralité

Charles Duttine
La cause littéraire 31 mars 2026

- Les Pommes sauvages

Pour les Ă©ditions Le mot et le reste, 2013 est placĂ©e sous le signe de Henry D. Thoreau. AprĂšs la réédition de son chef d’Ɠuvre Walden (nouvelle traduction de Brice Mathieussent), la maison marseillaise poursuit son entreprise de publication des confĂ©rences et autres essais courts du romancier amĂ©ricain. À l’instar de Marcher ou des Teintes d’Automne, Les Pommes sauvages & La Vie sans principe constitue une parfaite entrĂ©e en matiĂšre dans l’univers de Thoreau et une plaisante initiation Ă  sa pensĂ©e.

Nul doute que le lecteur sera quelque peu surpris par les premiĂšres pages des Pommes sauvages. En guise d’essai littĂ©raire, Thoreau ouvre son propos sur une vĂ©ritable monographie descriptive sur le sujet des pommes. Tout tient de l’ouvrage encyclopĂ©dique : considĂ©rations gĂ©ographiques, Ă©tymologiques, taxinomiques et mythologiques (dont on dĂ©duira un implicite hommage au paganisme, puisque toute rĂ©fĂ©rence biblique est absente du texte). Cette masse d’informations, que d’aucuns jugeraient superflue, sert au contraire les intentions de Thoreau tel un subtil baptĂȘme pour le profane qui ignore l’importance des vergers sauvages du Massachussetts.

PassĂ© le seuil de l’objectivisme froid, Thoreau laisse libre cours Ă  sa plume qui enchante la nature environnante. Le lecteur est soudainement transportĂ© sur les sentiers et chemins aux cĂŽtĂ©s de l’écrivain, dont le regard rĂ©vĂšle enfin toute la beautĂ© insoupçonnĂ©e. En quelque sorte, Les Pommes sauvages est une invitation Ă  un voyage de la proximitĂ© et Ă  jouir de la magnificence de la banalitĂ© que l’homme pressĂ© ne trouverait plus que dans un exotisme fantasmĂ©.

L’adjonction de La Vie sans principe, Ă  la tonalitĂ© plus politique, prend dĂšs lors tout son sens. RĂ©flexion sur le sens de la vie et sur l’obsession de ses contemporains de « gagner sa vie », ce petit traitĂ© s’apprĂ©cie comme une critique acerbe du libĂ©ralisme politique et de l’industrialisme Ă©conomique. Aux antipodes des idĂ©ologies socialistes ou marxistes europĂ©ennes, la contestation de Thoreau n’en reste pas moins littĂ©ralement radicale. Posture Ă©minemment naturaliste qu’adopte l’écrivain, Ă  la fois apologie des racines natales et ode au rĂȘve cĂ©leste, mais qui a pour consĂ©quence la dĂ©nonciation de l’absurditĂ© d’un mode de vie qui n’a d’intĂ©rĂȘt que pour ce qui est sonnant et trĂ©buchant. PrĂ©curseur d’un Ă©cologisme militant, Thoreau jette l’opprobre sur ces hommes nouveaux qui ont oubliĂ© la puretĂ© et la richesse de la nature, voire qui la saccagent au nom d’une rationalitĂ© industrielle, nouvelle religion de l’AmĂ©rique triomphante. Les vergers et les pommes sauvages qui se rarĂ©fient sont les illustrations de la menace que pointe Thoreau pour qui la rĂ©sistance civile commence au dĂ©tour de la rue ou du champ. Comme le flĂąneur qui croque le fruit juteux, il nous revient Ă  nous de prendre soin de ces milliers de petits bonheurs Ă  portĂ©e de main, en somme de cultiver le jardin de la Res Privata pour pallier les inĂ©vitables dĂ©faillances de la Res Publica.
On ne saurait trop vous conseiller ce diptyque, petit bijou de rĂ©apprentissage de l’Ɠil, des Ă©motions simples et occultĂ©es. A l’heure du temps libre estival, Les Pommes Sauvages & La Vie Sans Principe se prĂ©sentent comme l’indispensable compagnon du lecteur fĂ©ru de promenades.

Adrien Battini
La Cause littéraire 25 juin 2013