Les Ăles enchantĂ©es
& L'Archipel des GalĂĄpagos de Darwin
Une autre caractĂ©ristique de ces Ăźles est dâĂȘtre fonciĂšrement inhabitables. On peut considĂ©rer comme un symbole de ruine et dâabandon le fait que le site dĂ©solĂ© de lâancienne Babylone, envahie par les herbes, soit devenu un repaire du chacal. Mais les Encantadas refusent dâaccueillir mĂȘme les animaux traitĂ©s en parias. Lâhomme et le loup les renient lâun et lâautre.
Traduit de lâanglais par Michel L.-N. Imbert
Le style de Melville a rarement Ă©tĂ© aussi poĂ©tique et inspirĂ© que pour ces Ăles enchantĂ©es. Lâauteur sâest rendu Ă plusieurs reprises dans lâarchipel des GalĂĄpagos et sâinspire de rĂ©cits de voyage pour agrĂ©menter la description de ces « vingt-cinq tas de cendre ». Dans ces terres hostiles et inhabitĂ©es qui vĂ©hiculent de nombreuses superstitions et lĂ©gendes, il voit un espace mystĂ©rieux et envoĂ»tant, invitant le lecteur Ă sâouvrir Ă la beautĂ© qui lâhabite. Les dix esquisses qui composent le rĂ©cit nous emmĂšnent sur le pont, entre chasses aux tortues, naufrages et descriptions enivrantes au grĂ© des courants. Cet ouvrage Ă©tablit un parallĂšle inĂ©dit entre une nouvelle traduction du texte de Melville Les Ăles enchantĂ©es, et le chapitre XVII de Voyage dâun naturaliste autour du monde de Darwin consacrĂ© aux GalĂĄpagos. Le couplage des deux oeuvres sâimpose dâune part parce que Melville pastiche et parodie Darwin et surtout parce quâils sâopposent. Lâobservation du naturaliste est prolongĂ©e dans le texte de Melville par un tableau saisissant de la dĂ©gĂ©nĂ©rescence de lâespĂšce humaine.
Revue de presse
- Les Ăles enchantĂ©es NoĂ© Gaillard Daily Books 8 octobre 2015
- Les Ăles enchantĂ©es Jacques Bayle-Ottenheim BibliothĂšque insulaire 15 septembre 2015
TroisiĂšme Ă©pisode dâune semaine consacrĂ©e Herman Melville (1819-1891) qui tentera de dĂ©crypter les rapports de lâĂ©crivain au territoire amĂ©ricain, Ă travers ses Ă©crits avec Michel Imbert, traducteur et spĂ©cialiste de littĂ©rature amĂ©ricaine.
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VoilĂ un livre comme on aimerait en voir beaucoup plus souvent. On pourrait ainsi imaginer de regrouper certains Ă©diteurs sur un type de projet identique. Ici lâassociation dâun texte littĂ©raire avec un texte de vulgarisation scientifique sur le mĂȘme sujet. Mais je regrette deux choses, dâabord en quatriĂšme de couverture un texte en noir sur fond bleu assez difficile Ă lire et lâabsence de courtes biographies des auteurs, enfin un certain nombre de fautes de typographie qui parasitent la lecture.
Imaginez ! Nous sommes au 19Ăšme siĂšcle : des journaux et des livres pour se distraire et sâinstruire. Et en ce mĂȘme 19Ăšme des recherches, des dĂ©couvertes, des analyses. Et lâon doit pouvoir affirmer que les individus qui lisent sont relativement cultivĂ©s et que la moindre allusion â mĂȘme voilĂ©e â Ă un passage de la Bible ou Ă des auteurs reconnus ne passera pas inaperçu et ne laissera pas indiffĂ©rent. Aujourdâhui je ne suis pas sĂ»r que les lecteurs, mĂȘme parmi les plus cultivĂ©s, connaissent et comprennent les emprunts, les citations â qui, les anglophones mis Ă part, connaĂźt le poĂšte Spenser ?-. Câest pourquoi il faut saluer le travail du traducteur commentateur (Michel Imbert) qui met en Ă©vidence tout ce quâil est intĂ©ressant de savoir sur les textes et les auteurs. Exemple : les textes de Melville sont prĂ©sentĂ©s en anglais comme « Sketch » et lâon peut leur trouver, par le biais des allitĂ©rations, une certaine moralitĂ© qui renvoie Ă nos sketch. Le mot anglais se traduit par « esquisse » et au fil de la lecture vous pourrez avoir lâimpression de regarder un crayonnĂ©, une aquarelle de ce qui est dĂ©crit⊠Si Melville est dense en rĂ©fĂ©rences, Darwin lâest moins, il sait quâil « vulgarise » des connaissances. En revanche il existe un point commun trĂšs prĂ©cis entre les deux hommes. Darwin ne se dĂ©plaçait pas sans un exemplaire du Paradis Perdu de John Milton, ce mĂȘme Paradis Perdu auquel Melville emprunteâŠ
Attention ! ce livre exige deux marque-page. Un pour les textes, un pour les notes.
Bonne lecture lenteâŠ
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Chaque traduction projette un Ă©clairage nouveau sur une Ćuvre. Dans cette tĂąche, Michel Imbert explore les affleurements dans le texte de Melville des lectures qui ont accompagnĂ© la rĂ©daction des Ăles enchantĂ©es et, tout particuliĂšrement, celles dâun autre visiteur des Ăźles GalĂĄpagos, Charles Darwin. Melville sâest arrĂȘtĂ© dans lâarchipel en 1841 alors quâil Ă©tait embarquĂ© sur le baleinier Acushnet ; Darwin Ă bord du Beagle lây avait prĂ©cĂ©dĂ© en 1835. Le Journal de Darwin a Ă©tĂ© publiĂ© en 1839 puis en 1845 dans une forme enrichie. Les courts rĂ©cits de Melville sont, eux, publiĂ©s une premiĂšre fois dans un pĂ©riodique en 1854 avant dâĂȘtre rĂ©unis en un volume deux ans plus tard.
En juxtaposant les deux Ćuvres et en soulignant les Ă©chos qui courent de lâune Ă lâautre, entre correspondances et discordances, Michel Imbert montre le romancier aux prises autant avec les souvenirs de sa brĂšve escale quâavec une bibliothĂšque dâune rare ampleur. Darwin en effet nâest pas seul en cause : les dix esquisses de Melville renvoient implicitement ou explicitement Ă de nombreux rĂ©cits de voyages, mais Ă©galement Ă Edmund Spenser (citĂ© en exergue de chaque esquisse), Ă Shakespeare, Ă Milton, Ă Washington Irving ou Fenimore Cooper â et encore Ă la Bible ou Ă la pensĂ©e politique de Thomas Jefferson. Prendre en compte la charge portĂ©e par ces diffĂ©rents courants Ă©largit dâautant lâhorizon de ces Ăles enchantĂ©es.
On peut enfin chercher ce qui dans lâĆuvre de Melville met en jeu, au-delĂ de lâanecdote, une forme de « pensĂ©e en archipel ». Les Ăles enchantĂ©es ont-elles leur place dans lâarchipel de Mardi ? Peuvent-elles faire pendant aux Ăźles Marquises â Typee â oĂč lâAcushnet a fait escale aprĂšs son dĂ©part des GalĂĄpagos. Contraste, jeu de miroir ?
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