Le Sacrifié de Castelluccio
On reçoit ce texte comme un coup de poing.
Maryvonne Colombani â Zibeline
Sur les hauteurs dâAjaccio, au cĆur du maquis, le jeune Abram est internĂ© dans lâhĂŽpital psychiatrique de Castelluccio. Souffrant du syndrome de Cotard, il est convaincu de sa propre mort et nâa de cesse de le rappeler par ses mutilations. Il est confiĂ© Ă Marie, assistante sociale dans un service Ă bout de souffle, jusquâĂ ce que trois adolescents soient assassinĂ©s. Ă la disparition dâAbram, soupçonnĂ©e et suspendue de ses fonctions, elle sâengage dans un combat sans merci pour la vĂ©ritĂ©. Mais lâancien bagne pour enfants qui abrite aujourdâhui lâhĂŽpital rĂ©vĂšle bientĂŽt de lourds secrets. LâenquĂȘte se teinte alors de la sueur et du sang des petits forçats des annĂ©es mille huit cent.
Revue de presse
- Portrait d'Isabelle Chaumard la rédaction Corse Matin // Settimana 24 juillet 2020
"Le sacrifiĂ© de Castelluccio", enquĂȘte sur le bagne d'enfants de Saint-Antoine la rĂ©daction Corse Net Infos 12 juillet 2020
- Les risques du métier Brigitte BÚgue - ASH 3 juillet 2020
- Lâassistante sociale au cĆur dâun polar Jacques TrĂ©mintin Lien Social Ă©tĂ© 2020
- La folie et l'horreur Robert Colonna d'Istria Corse-Matin // Settimana 19 juin 2020
- Du bagne Ă l'hĂŽpital Maryvonne Colombani Zibeline juin 2020
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DĂšs les premiĂšres pages, Le sacrifiĂ© de Castelluccio nous plonge dans le monde de la Protection de lâenfance avec pour toile de fond, un ancien bagne pour enfants. La mĂ©moire et le lien Ă lâautre sont au cĆur de ce trĂšs beau roman dâIsabelle Chaumard sur lequel plane « la sueur et le sang des petits forçats des annĂ©es 1800 ».
Quelques mois aprĂšs le 31Ăšme anniversaire de la Convention Internationale des Droits de lâEnfant, nous sommes allĂ©s Ă la rencontre de lâauteure de ce texte fort et sensible sur ces petites Ăąmes abĂźmĂ©es par la vie.
Bonjour Isabelle, est-ce que tu peux te présenter rapidement ?
AprĂšs vingt ans dans la Protection de lâenfance, je me suis reconvertie dans le journalisme et lâĂ©criture. Le SacrifiĂ© de Castelluccio est mon second roman, le troisiĂšme sortira le 17 juin. Je vis dans le sud de la France, oĂč jâai grandi. Jâai souvent changĂ© de rĂ©gion et jâaime dĂ©couvrir les terroirs, lâhistoire des lieux et les cultures. Jâai autant besoin de silence et de solitude que de rencontres humaines vĂ©ritables.
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DĂ©couvrez la suite de lâinterview dâIsabelle Chaumard sur Culture et justice
Ăducatrice spĂ©cialisĂ©e, elle sâimplique dans le domaine de lâinsertion de populations en difficultĂ© et de la protection de lâenfance. Son deuxiĂšme roman, Le SacrifiĂ© de Castelluccio, vient de paraĂźtre aux Ă©ditions Le mot et le reste. Elle participera les 7 et 8 aoĂ»t au festival littĂ©raire Corsicapolar Ă Ajaccio.
UN BLOG, UN COMPTEINSTA OU TWITTERQUEVOUSSUIVEZ ?
Je suis surtout les titres dâactualitĂ©, le vĂŽtre par exemple ! Mais aussi les mĂ©dias nationaux. Câest important de rester connectĂ© au monde et de ne jamais perdre de vue ce quâil sây passe. En ce qui concerne les rĂ©seaux sociaux, jâutilise surtout Facebook, oĂč jâalimente ma page @IsabelleChaumardAuteur pour rester en lien avec les lecteurs. JâĂ©change avec eux. Je suis aussi membre de groupes de lecture et de groupes dĂ©diĂ©s Ă la Corse, rĂ©gion pour laquelle je suis tombĂ©e en amour dĂšs lâenfance. Ă la premiĂšre rencontre.
LA CULTURECORSE, CâEST QUOIPOURVOUS ?
La culture corse, câest lâhistoire dâun peuple insulaire qui a su se battre 1 000 fois pour prĂ©server sa terre, son identitĂ©, sa libertĂ©. Au cours des siĂšcles passĂ©s, bien sĂ»r, mais encore aujourdâhui. Cela lui donne un caractĂšre apte Ă lâinsoumission et jâaime cette capacitĂ© Ă refuser, tenir le cap, prĂ©server la mĂ©moire. Ăvidemment, on ne peut penser Ă la Corse sans Ă©voquer ses traditions, sa cuisine ou ses chants. Mais ce qui fait la culture corse, ce sont ses gens. Ils sont Ă lâimage de leur Ăźle : fiers, exigeants, rudes et beaux. On ne visite pas une telle terre, on vient Ă sa rencontre.
POURVOUSDĂTENDRE, VOUSFAITESQUOI ?
LâĂ©criture, comme la lecture, me permettent de voyager, dâimaginer, de me laisser embarquer. Jâaime ces moments de silence oĂč lâesprit peut sâextirper du rĂ©el, lâextrĂȘme libertĂ© qui en dĂ©coule. Une carte blanche. JâapprĂ©cie aussi dâarpenter la nature, dây dĂ©couvrir sa beautĂ© indicible, Ă chaque fois renouvelĂ©e. Ses ciels, ses bruits, ses parfums. Jâaime aussi mâimmerger dans le grouillement des marchĂ©s, mâasseoir Ă la terrasse des cafĂ©s et y passer un long moment Ă regarder la vie.
UN LIVRE
Les Noces dâAlbert Camus. Ă lâadolescence, cette nouvelle a changĂ© ma vision du monde et de la vie. Je lâai dĂ©couverte par hasard Ă lâĂąge de 13 ans. Camus raconte la rencontre entre lâhomme et lâunivers. Il parle du sens. Dans ce texte, tout est dit. De telles rĂ©vĂ©lations reçues aussi jeune ont tout bouleversĂ©.
UN FILM
La vague, de Dennis Gansel. Il sâagit dâun film inspirĂ© dâune expĂ©rience rĂ©alisĂ©e en 1967 par un professeur sur ses Ă©lĂšves. Il montre avec quelle facilitĂ© et selon quels procĂ©dĂ©s trĂšs simples un rĂ©gime autocratique peut ĂȘtre instaurĂ© auprĂšs dâune population pourtant libre. Câest une oeuvre dâactualitĂ©, Ă voir, Ă revoir et Ă rĂ©flĂ©chir.
UNESĂRIE
Je ne suis pas attirĂ©e par les sĂ©ries. Elles instaurent une addiction qui me dĂ©range. Ce format est trop long pour moi, il ne me correspond pas. Il enferme le tĂ©lĂ©spectateur dans une sorte dâinjonction Ă regarder encore et toujours. Soit quâil place le public sous tension permanente, soit quâil traĂźne en longueur.
UN ARTISTE
Barbara. Ses textes, dâabord : elle possĂ©dait ce gĂ©nie, qui consiste Ă raconter lâintime et le quotidien pour convoquer lâuniversel. Sa voix, ensuite. Si proche. Comme si elle nous chuchotait Ă lâoreille. Et pourtant si puissante. Le piano. Pas dâorchestre. Juste quelques notes. Une sorte de puretĂ©. Et enfin, cette femme libre.
UNECHANSON
La QuĂȘte, de Brel. Je ne me risquerai pas Ă commenter. A coup sĂ»r, mon propos serait miĂšvre sâil tentait dâĂ©voquer un tel monument. Tout est dans le titre.
UN PLAT
Le veau aux olives. Jâaime le dĂ©guster en Corse. Câest le premier plat sur lequel je me prĂ©cipite lorsque je viens ici. Ă la premiĂšre bouchĂ©e, je retrouve toutes les essences du maquis. Jâai aussi appris Ă le cuisiner, mais ça nâest jamais Ă©quivalent.
Sur les hauteurs dâAjaccio, au cĆur du maquis, le jeune Abram est internĂ© dans lâhĂŽpital psychiatrique de Castelluccio. Souffrant du syndrome de Cotard, il est convaincu de sa propre mort et nâa de cesse de le rappeler par ses mutilations. Il est confiĂ© Ă Marie, assistante sociale dans un service Ă bout de souffle, jusquâĂ ce que trois adolescents soient assassinĂ©s.
Ă la disparition dâAbram, soupçonnĂ©e et suspendue de ses fonctions, elle sâengage dans un combat sans merci pour la vĂ©ritĂ©. Mais lâancien bagne pour enfants qui abrite aujourdâhui lâhĂŽpital rĂ©vĂšle bientĂŽt de lourds secrets.
LâenquĂȘte se teinte alors de la sueur et du sang des petits forçats des annĂ©es mille huit cent.
Isabelle Chaumard est auteure de romans, dâarticles et essais socio-politiques. Aux Ă©ditions Le mot et le reste, elle a publiĂ© son premier roman, Belles sanguinaires
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ĂDUCATRICE SPĂCIALISĂEDANS LA PROTECTION DE LâENFANCE, Isabelle Chaumard est passĂ©e Ă lâĂ©criture. Son avant-dernier livre sâadressait aux travailleurs sociaux mis Ă rude Ă©preuve dans lâĂ©valuation des informations prĂ©occupantes concernant les mineurs en danger. Son dernier ouvrage est une fiction dont le personnage principal est Marie, assistante sociale Ă Ajaccio, fatiguĂ©e de jongler Ă longueur de journĂ©e entre les dossiers de RSA, de surendettement, dâinsertion, dâhĂ©bergement pour violences conjugales⊠Mais elle lâaime, ce mĂ©tier. « Elle les aime, tous ces gens. Câest plutĂŽt le carcan administratif qui lâĂ©puise. Lâabsence de rĂ©ponse et le mensonge qui va avec. La baisse des budgets. Les gamins fracassĂ©s qui attendent des mois avant dâĂȘtre retirĂ©s Ă leur famille, mĂȘme quand le juge lâa ordonnĂ©. » Quand elle rencontre Abram, un jeune de 16 ans dont elle doit Ă©valuer la situation, cela fait dĂ©jĂ quelques heures quâil est arrivĂ© Ă lâhĂŽpital psychiatrique. Ongles rongĂ©s, avant-bras scarifiĂ©s et zĂ©brĂ©s de croĂ»tes, obĂšse, lâadolescent est atteint du syndrome de Cotard, un dĂ©lire de nĂ©gation se traduisant par le sentiment dâĂȘtre mort. Sur les 70 patients internĂ©s dans cet ancien bagne pour enfants, surnommĂ© par la presse locale « lâhĂŽpital de la honte », 5 % sont des mineurs. Marie veut parler Ă Abram mais ce dernier reste muet, impassible. Surtout, il pense quâelle ferait mieux de sâoccuper de sa mĂšre alcoolique, pas de lui, puisque lui nâexiste pas. Des vrais morts, il y en a dans le livre : trois adolescents, tous suivis par lâassistante sociale aprĂšs des signalements. Qui les a tuĂ©s ? Un usager mĂ©content voulant se venger des services sociaux ? Un mineur de lâASE Ă la rue le jour de ses 18 ans ? Un parent en attente de soutien Ă©ducatif depuis de longs mois ? Tout accuse Marie, jusquâaux sous-entendus de ses collĂšgues et aux menaces Ă peine voilĂ©es de sa hiĂ©rarchie. Une enquĂȘte est ouverte. Lâauteure a choisi lâintrigue dâun polar pour raconter les difficultĂ©s du mĂ©tier, le manque de moyens et de reconnaissance, les jeunes ravagĂ©s par lâalcool ou la drogue et les familles qui sombrent.
Il y a, dâabord, Jean-Baptiste mort Ă 16 ans, comme 160 des 1 200 enfants esclaves contraints, entre 1855 et 1866, dâassainir douze heures par jour des marais de Castelluccio pour y planter des arbres fruitiers, sous la fĂ©rule de bagnards brutaux et sans pitiĂ©. Il y a ensuite Marie Rosier, assistante sociale chargĂ©e dâĂ©valuer le danger de mineurs maltraitĂ©s, confrontĂ©e Ă lâengorgement dâun dispositif qui, pour ĂȘtre dans lâincapacitĂ© de rĂ©pondre aux besoins, nâen hĂ©site pas moins Ă en rendre responsables les travailleurs sociaux. Il y a enfin Abram, adolescent de 16 ans, internĂ© en psychiatrie aprĂšs avoir fracturĂ© la mĂąchoire de sa mĂšre : il est atteint du syndrome de Cotard qui lui fait croire quâil est dĂ©jĂ mort. Au croisement de ces personnages, trois adolescents morts dâune injection dâinsuline. Partant de faits historiques et de lâĂ©tat contemporain de la protection de lâenfance, ce roman noir voit trĂšs vite son rythme sâaccĂ©lĂ©rer, menant le lecteur de surprise en surprise, dans un suspense haletant.
Le dernier livre dâIsabelle Chaumard a pour dĂ©cor lâhĂŽpital psychiatrique de Castelluccio, construit lĂ oĂč, au XIXe siĂšcle, a existĂ© un bagne pour enfants. Drames dâhier et dâaujourdâhui sâentremĂȘlent en un thriller bien ficelĂ©.
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Lâensemble est sombre et glaçant, mais efficace, bien fait.
Le nouveau roman dâIsabelle Chaumard, Le sacrifiĂ© de Castelluccio, Ă©voque Ă travers une intrigue serrĂ©e lâhistoire de lâhĂŽpital psychiatrique dâAjaccio, ancien bagne pour enfants au XIXe. Marie, assistante sociale se dĂ©mĂšne dans son service des services sociaux dâAjaccio oĂč tout manque, moyens financiers, humains, logistiquesâŠ
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on reçoit ce texte comme un coup de poing
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Pas dâeffet de style dans ce texte qui, Ă travers une enquĂȘte bien menĂ©e, brosse un constat sans appel et glaçant de lâabandon par lâĂtat de ce qui devrait dĂ©couler de la simple humanitĂ©.
La chronique intégrale est sur le site de Zibeline