LâEntraĂźnement
LâĂ©criture est, pour Joseph Mouton, un geste, une gymnastique, une mĂ©canique : elle engage le dĂ©saccord de la grammaire et lâagilitĂ© de lâesprit.
Christophe Kihm â Art Press
« LâEntraĂźnement est un ouvrage composĂ© de cent soixante fragments dont lâĂ©criture adopte des variations incessantes. On y croise des personnages, des rues, des morceaux de villes et de paysage, des remarques philosophiques, dans des poĂšmes, des fictions miniatures⊠Soit un ensemble de motifs, de vignettes et de moments qui se succĂšdent, sâaccumulent, disparaissent et font retour⊠LâĂ©criture est, pour Joseph Mouton, un geste, une gymnastique, une mĂ©canique : elle engage le dĂ©saccord de la grammaire et lâagilitĂ© de lâesprit. » Art Press, n° 304 septembre 2004, Christophe Kihm.
Joseph Mouton se cache bien sous un pseudonyme, comme lâavait soupçonnĂ© Guy Debord en cĂ©lĂ©brant son intelligence dans « Cette mauvaise rĂ©putation » mais son nom de famille est authentique, câest son prĂ©nom, Bernard, quâil a en quelque sorte recouvert et agenouillĂ© sur la paille dâune crĂšche. Ce professeur dâesthĂ©tique Ă la Villa Arson, dâune drĂŽlerie fĂ©roce, ressemble plus Ă Trotski quâĂ Staline, lâimagerie de la rĂ©volution dâoctobre ayant aussi bien pu lâinspirer que celle du christianisme tant il affectionne lâambivalence des modĂšles. Jâaime sa façon de manier des concepts puissants avec le contrepoint de notations familiĂšres, ou plutĂŽt de donner Ă voir leurs superbes manoeuvres dans le contraste de donnĂ©es toute triviales, en jubilant comme sâil nâĂ©tait quâun modeste marionnettiste Ă qui une fĂ©e offrirait sans cesse dâinnombrables Pinocchio, tous plus vivants les uns que les autres. Sitaudis
Revue de presse
« Voici un livre dont la singularitĂ© sâapprĂ©cie autant par son contenu que par la structure quâil adopte et le travail quâil engage sur la langue. LâEntraĂźnement est un ouvrage composĂ© de cent soixante fragments dont lâĂ©criture adopte des variations incessantes. On y croise des personnages, des rues, des morceaux de villes et de paysage, des remarques philosophiques, dans des poĂšmes, des fictions miniatures, des esquisses de thĂ©ories⊠soit un ensemble de motifs, de vignettes et de moments qui se succĂšdent, sâaccumulent, disparaissent et font retour⊠Ces faits divers, vies brĂšves et instants fugitifs, convoquent un art de la vitesse, du ralentissement et de la collision, qui opĂšre par le modelage de la phrase. Il faut ciseler la syntaxe pour retrouver un souffle, respirer, abandonner la ponctuation pour aussitĂŽt se reprendreâŠ
LâĂ©criture est, pour Joseph Mouton, un geste, une gymnastique, une mĂ©canique : elle engage le dĂ©saccord de la grammaire et lâagilitĂ© de lâesprit.
Câest pourquoi, si lâexercice poĂ©tique est musical, il faut Ă©galement le concevoir comme une remise en forme physique et mentale : Ă©viter les rĂ©pĂ©titions, les rengaines, câest assurer de ne pas tourner en rond. Le travail de dĂ©chiffrage du monde, entrepris ici dans un rapport tĂ©nu de lâĂ©criture Ă la description (lâĂ©criture est lecture, en ce sens), ouvre donc largement le terrain Ă lâexercice de la perception. Dans cette obsession Ă trouver de justes distances, des accords, LâEntraĂźnement laisse aussi poindre une mĂ©lancolie certaine. Car on sâapplique Ă la lecture du monde alentour pour rĂ©sister au temps ou tout du moins pour ne pas se laisser emporter par lui. En cela, cette « mise en forme » quotidienne, discipline enthousiaste dont la pratique consiste Ă multiplier des piĂšges linguistiques pour capturer du temps, est une fabrique dâĂ©phĂ©mĂšre et de solitude qui flirte avec une certaine dĂ©sespĂ©rance. »