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Parution : 22/08/2019
ISBN : 9782361390310
240 pages (11,0 x 17,6cm)

Le Désert - poche

Une traversĂ©e subtile au creux des “apparences de la nature”.

Laurent de Sutter – Focus Vif

Les Ă©tendues sablonneuses, les terres incultes, les sommets de porphyre peuvent paraĂźtre de piĂštres lieux de pĂšlerinage ; mais vous et moi, et celle que nous avons tous deux tant aimĂ©e, avons si souvent trouvĂ© d’une grande beautĂ© les marĂ©cages dĂ©laissĂ©s, les forĂȘts hivernales, les coteaux arides ! AprĂšs tout, l’amour de la Nature est un goĂ»t acquis. On commence par admirer le paysage oĂč coule l’Hudson pour finir par aimer la dĂ©solation du Sahara. On aurait bien du mal Ă  expliquer pourquoi et comment s’est opĂ©rĂ© le changement. On ne peut pas toujours dissĂ©quer un goĂ»t ou une passion. On ne peut pas Ă©pingler la Nature sur un tableau et dessiner la carte de ses beautĂ©s Ă  coup d’équerre et de compas. On ne peut guĂšre donner que ses impressions, rien de plus. Peut-ĂȘtre puis-je vous faire quelque peu le rĂ©cit de ce que j’ai vu au cours de ces deux annĂ©es de pĂ©rĂ©grinations ; mais je ne serai jamais capable de vous exprimer la grandeur de ces montagnes ni la splendeur des couleurs qui enrobe les sables brĂ»lants Ă©talĂ©s Ă  leurs pieds.

Revue de presse

- Livres Jean-Marc Pinson Ouest-France 22 février 2020
- Réserve d'air et de mystÚre Jean Rouzaud Nova 10 septembre 2019
- Le Désert Laurent de Sutter Focus Vif 3 octobre 2019

- Livres

John Charles Van Dyke (1856-1932) a Ă©tĂ© professeur d’histoire de l’art dans le New Jersey. ParallĂšlement, il a longuement arpentĂ© les dĂ©serts de Mojave, du Colorado, le Painted Desert et le Sonora. Dans ce livre qui connut un rĂ©el succĂšs dans les annĂ©es 1900, il dĂ©crit l’ariditĂ© du dĂ©sert, son monde infiniment grand et aussi infiniment petit, ses animaux et ses plantes. Il dĂ©crit une beautĂ© de la nature que beaucoup d’AmĂ©ricains ignoraient ou avaient effacĂ© de leurs mĂ©moires. À vrai dire, les AmĂ©ricains, Ă  l’époque, s’en fichaient de ces Ă©tendues sĂšches, balayĂ©es par le vent et lĂ©chĂ©es par le soleil. Sans mĂȘme connaĂźtre ces grands espaces, en lisant ce livre de poche, on voyage avec l’auteur, en plein cagnard. Avec la lumiĂšre, le ciel, les nuages, les montagnes, les cactus et aussi les illusions, on vit une vraie traversĂ©e du dĂ©sert. Ce livre sur un monde aride, n’a, malgrĂ© son Ăąge, pas pris une ride.

Jean-Marc Pinson
Ouest-France 22 février 2020

- Réserve d'air et de mystÚre

Ce livre (rééditĂ© par Le Mot et le Reste) fut un best-seller en 1900, et n’a pas perdu de sa force basique. Il reste une merveille d’observation et de finesse. Du dĂ©sert, il dĂ©crit tout : les vents, les minĂ©raux, les plantes, les animaux, les eaux, les poussiĂšres, mais surtout l’AIR !

John C. Van Dyke Ă©tait un avocat qui n’a jamais exercĂ© ! Il a prĂ©fĂ©rĂ© Ă©tudier, faire des confĂ©rences sur l’Art en AmĂ©rique (ils en avaient besoin) et des voyages d’observation et de comprĂ©hension du monde.

Avocat
 du diable

Sa patience et sa formation en Art en font un Ă©crivain- mĂ©dium. À force de parcourir ce dĂ©sert, il finit par voir l’invisible. Paradoxe, il s’en fait aussi l’avocat
 du diable ! Puisque ce lieu est bouillant est invivable.

Il s’agit du dĂ©sert appelĂ© aux U.S. « Mojave », entre Californie et Arizona, dans la cuvette derriĂšre les montagnes rocheuses, qui « culmine » Ă  200 mĂštres SOUS le niveau de la mer
 et qui fut une mer intĂ©rieure. Il s’étend sur des centaines de kilomĂštres du nord au sud, du grand bassin jusqu’au dĂ©sert de Sonora.

Comme Mary Austin Ă  la mĂȘme Ă©poque (voir, chez le mĂȘme Ă©diteur, Le pays des petites pluies, autre merveille de dĂ©licatesse), John Charles Van Dyke est vraiment tombĂ© sous le charme des ces mesas, vallĂ©es, canyons, arroyos
 Admirant ces Nopals, Mesquites, cactus et herbacĂ©es, Ă©pineux, figuiers
 aux fleurs et fruits minuscules.

Le désert comme miroir

L’univers lunaire du dĂ©sert est une magie : le silence, les sables, vents, les changements de couleurs, de sol, de ciel, mirages de la rĂ©verbĂ©ration que l’auteur dĂ©crit Ă  la perfection : le dĂ©sert est un miroir.

Il divise son livre, aprĂšs une introduction dĂ©taillĂ©e, respectueuse, comme une vue d’ensemble, qu’il considĂšre comme une « approche », en gros chapitres : le fond de la cuvette, la riviĂšre du silence, lumiĂšre air, couleur, puis ciel et nuages, enfin illusions, avant de finir sur quelques plantes magiques
 On est au-delĂ  de la poĂ©sie.

Il nous explique la formation du lieu : la poussĂ©e gĂ©ologique, la mer qui s’est retirĂ©e, puis le mĂ©canisme des vents, l’érosion fantastique sur les matĂ©riaux trĂšs divers, les coulĂ©es de pluies et de boues
 Tout est scrutĂ©, dĂ©crit, nourri d’exemples


L’écriture plutĂŽt que la peinture
Van Dyke sait que ce qu’il voit change sans cesse et n’est pas reproductible en peinture (et depuis la photo s’y casse les dents), car tout y est plein de brumes, reflets, tremblements de chaleur, passages de sables puis d’ombres, enfin des couchers de soleil flamboyants, aux tons surnaturels, fabriquĂ©s par des phĂ©nomĂšnes superposĂ©s de couches d’air diffĂ©rentes, d’influences multiples d’atmosphĂšres


Amer aussi, et en avance sur son temps, Van Dyke Ă©numĂšre les États d’AmĂ©rique qui ont Ă©tĂ© « raclĂ©s » pour le pĂ©trole, le bois, les mĂ©taux, et s’inquiĂšte de projets qui veulent amener l’eau dans le dĂ©sert
 DĂ©jĂ  l’« extractivisme » est Ă  l’Ɠuvre, laissant des paysages dĂ©truits.

Il dĂ©taille gĂ©ologie, plantes, animaux, climat
 avec ferveur et respect, mais il se passionne surtout pour l’Air ! Il considĂšre les dĂ©serts comme des rĂ©serves d’air ! Les couches basses y sont colorĂ©es, filtrĂ©es, comme des lentilles, des objectifs, de vĂ©ritables prismes qui ne cessent d’influencer formes et couleurs, au point de nous faire perdre la notion de distance, de forme, tout est biseautĂ© par l’air chargĂ© de particules !

C’est un voyage Ă  la gloire du mystĂšre, de la magie de lieux qui ne se dĂ©voilent que par endroits, Ă  certaines heures ou saisons, pour un enchantement inconnu Ă  l’époque : le dĂ©sert n’était rien (il prĂ©cise que mĂȘme les peintres de paysages n’y allaient jamais !)

On doit Ă  cet homme d’avoir lancĂ© (avec d’autres) le rĂ©enchantement du monde, non pas Ă  la mode New Age, planante, mais Ă  la maniĂšre dure, sur le terrain, scrutant et notant chaque chose avec la prĂ©cision d’un explorateur passionnĂ©, patient et trĂšs attentif.

Son regard d’artiste cultivĂ©, mĂ©lange de nuances et de force radicale, nous offre un texte incomparable, Ă  la gloire de lieux dĂ©solĂ©s et vierges qu’il a contribuĂ© Ă  glorifier, Ă  expliquer surtout, Ă  suivre jusqu’au bout des territoires et des saisons, sans aucune emphase ni complaisance.

La chronique, en images, de Jean Rouzaud est sur le site de Nova

Jean Rouzaud
Nova 10 septembre 2019

- Le Désert

C’était un curieux personnage, ce John C. Van Dyke. Historien de l’art amĂ©ricain qui conspuait le culte de l’argent mais entretenait des relations Ă©troites avec le milliardaire du fer Andrew Carnegie, voyageur cosmopolite soucieux des beautĂ©s les plus fragiles du monde mais refusant tout autre moyen de transport qu’un wagon Pullman, il incarnait Ă  merveille les contradictions du savant et du penseur de la fin du XIXe siĂšcle. Bien qu’il ait comptĂ© parmi les grands vulgarisateurs de la culture visuelle de son temps, Ă  laquelle il avait consacrĂ© d’innombrables livres destinĂ©s Ă  Ă©lever le niveau de connaissance (qu’il jugeait dĂ©plorable) du grand public, cela ne l’a pas empĂȘchĂ© de se livrer Ă  des Ă©chappĂ©es inattendues vers des lieux moins confinĂ©s que les musĂ©es ou les salles de confĂ©rences. Parmi ces lieux, celui qui lui a valu le plus de gloire est celui qui a donnĂ© son titre Ă  l’ouvrage que les Ă©ditions Le Mot et le Reste republient aujourd’hui : Le DĂ©sert. Ni livre de voyage, ni traitĂ© scientifique, il s’agit d’une traversĂ©e subtile au creux des “apparences de la nature”, c’est-Ă -dire de la maniĂšre dont un dĂ©sert se donne Ă  celui qui l’observe, le contemple, l’admire. Au fil d’une douzaine de chapitres qui constituent autant de miniatures Ă  l’écriture travaillĂ©e et Ă  l’acuitĂ© songeuse, Van Dyke, jouant le phĂ©nomĂ©nologue sauvage avant mĂȘme que le mot ait existĂ©, Ă©voque les riviĂšres, les cieux, les animaux, les plantes, les reliefs, les horizons qui s’offrent Ă  celui (ou celle -mais c’était une autre Ă©poque) qui se piquerait d’aller y voir. Aux États-Unis, ce petit livre fit l’effet d’une rĂ©vĂ©lation: soudain, les territoires qui constituaient le coeur aveugle de la jeune nation se rĂ©vĂ©laient dans toute leur splendeur, toute leur complexitĂ©. Les lecteurs de l’époque y virent un miroir oĂč se mirer. PrĂšs d’un siĂšcle plus tard, Jean Baudrillard, dans son portrait de l’AmĂ©rique, lui donnait encore raison: qui veut comprendre les États-Unis doit comprendre le dĂ©sert.

Laurent de Sutter
Focus Vif 3 octobre 2019