Le Désert
Nouvelles études sur les apparences de la nature
Postface et notes de Michel Granger
Traduction de Nicole Mallet
Les Ă©tendues sablonneuses, les terres incultes, les sommets de porphyre peuvent paraĂźtre de piĂštres lieux de pĂšlerinage ; mais vous et moi, et celle que nous avons tous deux tant aimĂ©e, ont si souvent trouvĂ© dâune grande beautĂ© les marĂ©cages dĂ©laissĂ©s, les forĂȘts hivernales, les coteaux arides ! AprĂšs tout, lâamour de la Nature est un goĂ»t acquis. On commence par admirer le paysage oĂč coule lâHudson pour finir par aimer la dĂ©solation du Sahara. On aurait bien du mal Ă expliquer pourquoi et comment sâest opĂ©rĂ© le changement. On ne peut pas toujours dissĂ©quer un goĂ»t ou une passion. On ne peut pas Ă©pingler la Nature sur un tableau et dessiner la carte de ses beautĂ©s Ă coup dâĂ©querre et de compas. On ne peut guĂšre donner que ses impressions, rien de plus. Peut-ĂȘtre puis-je vous faire quelque peu le rĂ©cit de ce que jâai vu au cours de ces deux annĂ©es de pĂ©rĂ©grinations ; mais je ne serai jamais capable de vous exprimer la grandeur de ces montagnes ni la splendeur des couleurs qui enrobe les sables brĂ»lants Ă©talĂ©s Ă leurs pieds.
Revue de presse
Câest un livre qui pourrait facilement tenir lieu de vademecum pour toute personne sur le point de visiter les dĂ©serts du sud-ouest des Etats-Unis. Le bien nommĂ© Le dĂ©sert, publiĂ© en 1901, a Ă©tĂ© Ă©ditĂ© en français au dĂ©but de lâannĂ©e chez Le Mot et le Reste. LâĂ©diteur a dâailleurs fait un travail soignĂ©, avec postface, glossaire, chronologie et notes Ă©voquant la maniĂšre dont lâauteur a travaillĂ©.
Le dĂ©sert est le fruit de deux ans dâexploration de ces rĂ©gions par son auteur, John C. Van Dyke, et fourmille de descriptions prĂ©cises sur Ă peu prĂšs tous les aspects du dĂ©sert, chacun se voyant dĂ©dier un chapitre : formation des canyons et des cuvettes, lâair, le ciel, la lumiĂšre, les couleurs, la faune, la flore (pardon : « Cactus et sarcobate vermiculĂ© ») , etc. Câest typiquement le genre dâouvrage que lâon glisse dans son sac Ă dos en arpentant lâArizona ou le dĂ©sert de Mojave.
Pourtant, Le dĂ©sert nâest pas lâĆuvre dâun scientifique. John Charles Van Dyke est nĂ© en 1856 dans le New Jersey. Il nâest ni gĂ©ologue, ni zoologue, ni biologiste, ni mĂ©tĂ©orologue. Câest un juriste de formation, qui a suivi ses Ă©tudes Ă New York et qui est devenu spĂ©cialiste⊠de beaux arts et de peinture !
Documentaire et poésie
Mais celui-ci dĂ©couvre assez tĂŽt lâOuest amĂ©ricain, en 1868, quand sa famille sâinstalle dans le Minnesota. Il explore ensuite, entre 1898 et 1901, le Colorado, le Montana, la Californie et lâArizona. Il tombe ainsi sous le charme de ces rĂ©gions arides et minĂ©rales que peu de gens connaissent Ă lâĂ©poque. Son livre en est donc une vĂ©ritable prĂ©sentation, essentiellement descriptive. Il sâest beaucoup documentĂ© sur les aspects scientifiques, mais le livre nâest en rien un pensum universitaire. La fascination de lâauteur pour la rĂ©gion est palpable.
En fait, Van Dyke met toute sa connaissance et surtout sa sensibilitĂ© dâamateur de peinture pour rendre en mots les couleurs et la matiĂšre de la terre, du ciel et des nuages. Lâexercice est donc Ă la croisĂ©e du documentaire et de la poĂ©sie, ce qui en fait un objet Ă©trange, trĂšs agrĂ©able Ă lire mais un peu mystĂ©rieux. Dâautant que, curieusement, Van Dyke donne trĂšs peu dâindications de lieu. On ne sait pas exactement oĂč il est allĂ©, ni comment, sâil Ă©tait seul ou accompagnĂ© dâun guide.