Le Crépuscule des clochards
Une littĂ©rature qui sanctionne et cĂ©lĂšbre dans un mĂȘme Ă©clat de rire lâabsurditĂ© du monde.
RaphaĂ«lle Leyris â Les Inrockuptibles
Raymond Federman fut un ami de Samuel Beckett, et il nâest pas surprenant quâavec la complicitĂ© de George Chambers il mette ici en scĂšne deux clochards, comme il y a eu Vladimir et Estragon. Le texte est expĂ©rimental et drĂŽle, dâune Ă©criture « crĂ©pusculaire » avec toute la dĂ©rision qui sied Ă un anti-opĂ©ra : les personnages sont minables, les dĂ©cors miteux, la mise en scĂšne calamiteuse. Les aventures, absurdes comme il se doit, se dĂ©roulent sur fond de violence : celles des mots et des langues, celle des situations de conflit, de dĂ©racinement, de dĂ©sir, celle de la mort enfin, qui rode Ă chaque coin de page.
_« Le CrĂ©puscule confronte deux clochards mixĂ©s de Beckett et Diderot, qui ont cependant femme, enfants, dette, carriĂšre, et tout le tralala mais qui sâennuient Ă mourir »
_Libération, le 30 juillet 2004
Revue de presse
Un jour, peut-ĂȘtre, on nâaura plus Ă prĂ©senter Raymond Ferderman. Le travail rĂ©pĂ©tĂ© quâabattent des petites
maisons dâĂ©dition comme Le Mot et le Reste, Al Dante ou Les Impressions Nouvelles pour faire dĂ©couvrir
son oeuvre aura portĂ© ses fruits. Et tout le monde saura enfin que lâun des plus excitants Ă©crivains français
des trente derniĂšres annĂ©es vit aux Ătats-Unis et Ă©crit, parfois, en anglais. En attendant ce jour bĂ©ni,
rappelons donc sa passion de lâoeuvre beckettienne, car elle est au coeur de ce CrĂ©puscule des clochards,
dernier opus traduit de Federman, écrit en 2001 avec George Chambers, un écrivain américain pas encore
connu en France. [âŠ]
Le Crépuscule des clochards est surtout un texte expérimental qui se fraie son chemin à travers une écriture
âcrĂ©pusculaireâ, fondĂ© sur la dĂ©rison, la pauvretĂ© des voix et des aventures de cette âmicrofictionâ,
cette fiction sur rien, oĂč les ĂȘtres, interchangeables, nâont pas de consistance, oĂč les brĂšves de comptoir
tiennent lieu de brĂ©viaire philosophique Ă base dâaxiomes contradictoires. Il est impossible dây deviner
quelles parts reviennent Ă George Chambers ou Ă Raymond Federman tant les deux complices â qui sâengueulent
et sâapostrophent rĂ©guliĂšrement au sein du texte mĂȘme â ont lâair dâavoir trouvĂ© un accord parfait
entre eux pour jouer avec les limites de ce que Federmen appelle la âlaughteratureâ.
Une littĂ©rature qui sanctionne et cĂ©lĂšbre dans un mĂȘme Ă©clat de rire lâabsurditĂ© du monde.