Le Candidat
Cette farce oĂč nos quĂ©mandeurs tentent dâattraper la gloire au moyen de la tricherie est dâune actualitĂ© brĂ»lante.
François Busnel â LâExpress
Le candidat Rousselin est prĂȘt Ă tout pour devenir dĂ©putĂ©. MĂȘme Ă changer plusieurs fois dâĂ©tiquettes politiques et de partisans. MĂȘme Ă se laisser duper par les Ă©lecteurs madrĂ©s de sa province. MĂȘme Ă promettre tout ce quâon voudra. MĂȘme Ă intriguer pour ou contre les intrigants, câest selon. MĂȘme Ă vendre sa fille et Ă tolĂ©rer lâinconduite de sa femmeâŠ
Cette piĂšce, Ă©crite en 1873 et jouĂ©e Ă Paris en 1874 seulement durant quatre jours, dĂ©passe le simple cadre dâune pochade ironique et circonscrite Ă un champ dâaction qui serait lâĂ©lection dâun dĂ©putĂ© du XIX^e^ siĂšcle, pour toucher Ă lâuniverselle condition de lâexercice de la politique. Cette « grande comĂ©die politique » selon Flaubert est une parenthĂšse dans la rĂ©daction de Bouvard et PĂ©cuchet, dĂ©butĂ© fin 1872, auquel il revient vite, le théùtre ne lui ayant apportĂ© que peu de satisfaction et ne lui permettant pas de dĂ©velopper ses personnages, comme dans ses romans.
Dans la grande tradition des piĂšces du boulevard, il y a bien sur ici le mĂ©lange de scĂšnes cocasses et mordantes, mais aussi une vision vertigineuse de la conquĂȘte du pouvoir, fĂ»t-il circonscrit Ă une dĂ©putation. Flaubert a frĂ©quentĂ© des politiciens et connaĂźt tous les dĂ©tails dâun quotidien en usage dans la profession en pleine campagne Ă©lectorale : poignĂ©es de main, promesses diverses, programme gĂ©rĂ© Ă vue, flatteries en tout genre, âŠ
Rousselin est prĂȘt Ă tout pour sĂ©duire ses Ă©lecteurs, comme de promettre Ă tout va des achats de terrain, des emplois, des passe-droits, tout peut ĂȘtre objet de marchandage, y compris sa femme et sa fille.
Cette piĂšce de théùtre reste dâune permanente actualitĂ©, tant la persistance de ces actes, ambition et dĂ©magogie populiste ont existĂ© et existent encore, dans toutes les sphĂšres du pouvoir : le pouvoir corrompt, disait un prĂ©sident de la rĂ©publique rĂ©cent, le pouvoir totalitaire corrompt absolument !
Non, les mĆurs politiques douteuses qui avaient cours Ă cette Ă©poque nâont pas disparu, au contraire ! Il faut lire ce livre comme une immersion dans la politique quotidienne en action, un documentaire qui Ă©chappe Ă son contexte historique, par un ethnologue attentif Ă lâuniversalitĂ© des travers de nombreux politiciens en campagne.
Revue de presse
François Busnel L'Express avril 2007
Odile Quirot Le nouvel Observateur avril 2007
Alain Nicolas LâHumanitĂ© avril 2007
Jeudi 25 novembre, dans un Nova Book Box largement consacrĂ© au thĂšme politique, entre autres extraits, Richard Gaitet a pris les habits (pardon la voix) du candidat Rousselin Ă la dĂ©putation et nous a lu le trĂšs jouissif monologue de lâacte III, scĂšne I.
Petit extrait :
âJe conserve mon air tranquille, et tout en enfonçant la main dans mon gilet⊠Si jâavais pris mon habit ? Câest plus commode pour le bras ! Une redingote vaut mieux, Ă cause de la simplicitĂ©. Cependant, le peuple, on a beau dire, aime la tenue, le luxe. Voyons ma cravatte ? (Il se regarde dans une petite glace Ă main quâil tire de sa poche). (âŠ) Et je continue jusquâĂ une phrase, oĂč je trouve le moyen dâintroduire le mot âbourgeoisieâ. Tout de suite, Ă©loge de la bourgeoisie, le tiers Ă©tat, les cahiers, 89, notre commerce, richesse nationale, dĂ©veloppement du bien-ĂȘtre par lâascension progressive des classes moyennes. Mais un ouvrier : âEh bien ! et le peuple, quâen faites-vous ?â Je pars : âAh! le peuple, il est grand!â; et je le flagorne, je lui en fourre par-dessus les oreilles!â
Le Candidat est lâunique comĂ©die politique de lâauteur de Madame Bovary. Une turlupinade Ă©crite en quelques jours, afin de se distraire des scĂšnes grandioses (mais Ă©puisantes) de Bouvard et PĂ©cuchet.
Si lâintrigue est confuse, la langue est somptueuse.
Cette farce oĂč nos quĂ©mandeurs tentent dâattraper la gloire au moyen de la tricherie est dâune actualitĂ© brĂ»lante.
Pour vous faire élire⊠votez Flaubert ! Cette comédie politique oubliée est rééditée à point nommé!
Ce qui nous retient Ă la lecture de cet inĂ©dit, ce nâest pas le cynisme sordide des protagonistes, ni le regard dĂ©sabusĂ© dâun auteur. Câest le discours politique Ă lâĂ©tat brut qui se donne Ă lire. Comment une phrase se retourne, comment on passe insensiblement dâune thĂšse Ă son contraire, en en relativisant dâabord la portĂ©e, puis en introduisant une petite restriction, en sâappuyant enfin dessus pour transformer tout un argumentaire en son exact opposĂ©. Lâexposition de ces performances est le rĂ©el enjeu de ces retournements de situation effectuĂ©s Ă la vitesse dâune girouette affolĂ©e. Mieux, théùtre dans le théùtre, câest la vĂ©ritable mise en scĂšne de la reprĂ©sentation du pouvoir qui se donne Ă lire. (âŠ) Lisez ce Flaubert oubliĂ© brĂ»lant dâactualitĂ©.