La vie sans principe _ Nouvelle édition
Ce serait merveilleux de voir une fois lâhumanitĂ© sâadonner au loisir. Rien ne prime que le travail, encore le travail, toujours le travail.
Traduction de Nicolle Mallet. Préface et postface de Michel Granger.
La Vie sans principe critique les fondements dâune sociĂ©tĂ© qui, trop exclusivement centrĂ©e sur le nĂ©goce, lâindustrie et lâagriculture, oublie les fins dâune existence pleinement humaine et sacrifie la spiritualitĂ© Ă lâargent. Chercher Ă Ă©lever sa vie, lâenrichir au contact de la nature et rĂ©sister Ă lâemprise de la sociĂ©tĂ© et ses conventions superficielles, tel est lâappel dictĂ© par Thoreau. Pour argumenter, il analyse le symptĂŽme de la ruĂ©e vers lâor et oppose lâappĂąt du gain facile Ă la valeur du travail honnĂȘte et Ă la recherche dâĂ©lĂ©vation. Il dĂ©veloppe aussi lâidĂ©e dâun art de vivre qui donnant une place centrale au loisir et Ă la culture de soi permettrait Ă un individu de ne pas se dĂ©tourner de lâessentiel et de fonder sa vie sur des valeurs supĂ©rieures.
Revue de presse
_ La vie sans principe, marre des affaires ! Christian Killian Suricate magazine 3 avril 2025
Repenser le travail et le monde avec Henry David Thoreau Jean-Samuel Kriegk Blast 17 mars 2025
âNous connaissons, le plus souvent, Henry David Thoreau pour deux de ses livres, Walden ou la Vie dans les bois et La DĂ©sobĂ©issance civile. Fort heureusement les Ă©ditions Le Mot et le Reste rééditent La Vie sans principe accompagnĂ©e dâune introduction de Philippe Granger. Ce texte constitue un condensĂ© de sa rĂ©flexion Ă©thique. Thoreau y dĂ©nonce la faillite morale de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine en raison de sa course permanente Ă lâenrichissement et lâinhumanitĂ© du capitalisme industriel du milieu de 19Ăšme siĂšcle. « Ce monde est le lieu des affaires. [âŠ] Rien dâautre ne prime que le travail, encore le travail, toujours le travail. » Cette approche, il la mĂ»rit, lâenrichit lors de ses confĂ©rences. Il hĂ©sitera longtemps sur le titre de cet essai. Philippe Granger en souligne la portĂ©e. « Longuement mĂ»ri, lâessai dĂ©finit son « art de vivre », terme par lequel il dĂ©signe une Ă©conomie de sa vie : il exprime clairement la confiance quâil met en lui-mĂȘme pour savoir en toute autonomie dĂ©terminer la vie juste quâil lui paraĂźt souhaitable de mener hors de sentiers battus. » Cette passion pour le travail imposĂ©e par la pensĂ©e dominante de la sociĂ©tĂ© va jusquâĂ accomplir des tĂąches inutiles comme lâa si bien dĂ©montrĂ© David Graeber dans Bullshit Jobs Ă©ditĂ© en français par Les Liens qui libĂšrent en 2019. Attention, Thoreau nâest pas hostile au travail intelligent, utile Ă lâintĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral qui laisse du temps au travailleur pour sâĂ©panouir, il refuse en revanche le travail, forme de servitude. Cette servitude est Ă©videmment la nĂ©gation du fondement thĂ©orique des Etats-Unis, la libertĂ©. Le lecteur trouvera dans ces pages une dĂ©nonciation de la classe politique, de la manipulation gĂ©nĂ©rĂ©e par les mĂ©dias qui dĂ©tournent lâintĂ©rĂȘt du public vers des faits divers, des informations inutiles. Ne pourrait-on pas Ă©crire que la situation a empirĂ© aujourdâhui avec lâaudio-visuel et les rĂ©seaux-sociaux ? Notons aussi cette phrase Ă©vocatrice : « Ce quâon appelle la politique est une chose comparativement si superficielle et inhumaine que je nâai, pour ainsi dire, jamais honnĂȘtement reconnu que cela me concerne en quoi que ce soit. » Jeter les bases dâune rĂ©flexion personnelle, autonome. Ses propos relatifs Ă la religion et aux principes des pasteurs soulignent leur enseignement de la rĂ©signation, lâacceptation dâun monde dâinĂ©galitĂ©s, dâabsurditĂ©s. Pour Thoreau, lâindividu doit devenir son propre professeur de morale, guider sa vie et jeter les bases dâune rĂ©flexion personnelle, autonome. La premiĂšre partie de lâouvrage multiplie les exemples de la course au fric et de lâorientation de la sociĂ©tĂ© vers lâargent. Le texte a certes une connotation datĂ©e, le 19Ăšme siĂšcle, situĂ©e, les Etats-Unis, il est nĂ©anmoins aisĂ©ment transposable Ă la sociĂ©tĂ© actuelle. Il suffit dâobserver, dans les transports en commun, ces obsessionnels du travail, penchĂ©s sur leurs tĂ©lĂ©phones, leurs ordinateurs, voire parlant « boulot » pendant des randonnĂ©es ou des footings. Oui, câest grave. Vous lirez avec effroi le passage consacrĂ© au travail des chercheurs dâor, un travail dâesclaves, esclaves de lâArgent, jusquâĂ en mourir. Songeons aux cĂ©lĂ©brissimes photos de SebastiĂŁo Salgado. Lâouvrage est empreint dâune grande poĂ©sie, notamment par sa vision de la nature, mais aussi par le vocabulaire utilisĂ©, lâhomme est nature et il ne doit pas la dĂ©truire. Des propos qui font songer Ă ElisĂ©e Reclus. Je cite sa conclusion : « Pourquoi ne devrions-nous pas nous retrouver, non pas toujours comme des dyspeptiques qui se racontent leurs mauvais rĂȘves, mais quelquefois comme des eupeptiques qui se fĂ©licitent mutuellement de lâĂ©ternelle et resplendissante beautĂ© du matin ? Je nâexige rien lĂ dâexorbitant, assurĂ©ment. »â
âNippĂ© dâune réédition de belle allure, lâessai de Thoreau, plus dâun siĂšcle aprĂšs sa parution, conserve pour nos contemporains sa pertinence critique en dĂ©nonçant une superficialitĂ© gĂ©nĂ©ralisĂ©e qui dĂ©grade lâimage de lâHomme â au point quâun porc, fouillant la terre pour sa subsistance, rougirait de la compagnie de notre espĂšce. â
âLa réédition de « La Vie sans Principe », texte essentiel dâHenry David Thoreau, rappelle que la pensĂ©e du philosophe amĂ©ricain nâa rien perdu de sa force cent-soixante ans aprĂšs sa publication. En invitant chacun Ă refuser lâemprise du travail sur sa vie quotidienne et Ă rester libre de nourrir sa spiritualitĂ© plutĂŽt que de courir aprĂšs le profit, Thoreau rĂ©pond Ă travers les Ăąges Ă lâidĂ©ologie libertarienne dâaujourdâhui. Lâhistoire de la pensĂ©e Ă©conomique aux Ătats-Unis ne peut se rĂ©sumer Ă celle du libĂ©ralisme glacial qui glorifie lâaccumulation perpĂ©tuelle de richesses, image dâĂpinal violemment rĂ©actualisĂ©e depuis un mois par la nouvelle administration Trump. La nation amĂ©ricaine a aussi vu naĂźtre un courant intellectuel farouchement opposĂ© Ă cette vision. La réédition du court essai â devenu un classique â dâHenry David Thoreau, « La Vie sans Principe », en tĂ©moigne avec force. Texte initialement lu en confĂ©rences avant dâĂȘtre publiĂ© aprĂšs sa mort, plusieurs fois réécrit entre 1854 et 1862, « La Vie sans Principe » condense en quelques dizaines de pages la pensĂ©e rĂ©volutionnaire de Thoreau. Il y critique avec virulence le libĂ©ralisme Ă©conomique dominant la vie intellectuelle de son pays, dĂ©crivant une sociĂ©tĂ© obnubilĂ©e par lâaccumulation et le profit dans laquelle lâhomme oublie sa part de spiritualitĂ© pour se jeter Ă corps perdu dans le travail et la superficialitĂ©. A cette vision du libĂ©ralisme Ă©conomique anglo-saxon hĂ©ritĂ© dâAdam Smith, Thoreau invite au contraire Ă repenser lâart de vivre, pour ne pas gĂącher son existence.â