La Vie de radeau - Nouvelle édition
Le réseau Deligny au quotidien
Jacques Lin sâest attachĂ© Ă Ă©crire ce voyage, pourtant hors du langage, et câest pourquoi cette âvie de radeauâ est un tĂ©moignage si prĂ©cieux.
Ce rĂ©cit autobiographique retrace lâaventure extraordinaire dâun groupe formĂ© dans les CĂ©vennes autour de Fernand Deligny qui accueillĂźt, avec les moyens du bord, des autistes. Jacques Lin a Ă©tĂ© lâun des premiers Ă sâembarquer dans cette aventure. Il la raconte dans ce journal de bord rĂ©trospectif, prĂ©cis et imagĂ©. Un rĂ©cit au prĂ©sent oĂč se mĂȘlent activitĂ©s quotidiennes, scĂšnes cocasses et moments dâĂ©piphanies joyeuses, au plus prĂšs de cette expĂ©rience prĂ©caire et commune, vĂ©cue Ă lâĂ©cart de toute institution. La Vie de radeau raconte le parcours exemplaire dâĂȘtres humains, qui, contre vents et marĂ©es, tentĂšrent de crĂ©er un espace oĂč il existe une vie meilleure pour tous. Cette expĂ©rience, toujours en cours, reste une exception dans la sociĂ©tĂ© actuelle qui ne tolĂšre pas la diffĂ©rence.
Revue de presse
La vie de radeau, les mains des non-parlants Adrien Cambron Le Suricate littéraire 5 mars 2025
La pratique de la psychothérapie institutionnelle Alain Chiron Grégoire de Tours 10 octobre 23024
- Cartouches (50) Roméo Bondon Ballast 30 janvier 2020
âUne ExpĂ©rience au plus prĂšs des corps et de ses mĂ©lopĂ©es, qui traduit les heures sensibles de La Magnanerie, lieu dâaccueil pour adultes autistes non-verbaux, dans les CĂ©vennes. De la maison de FĂ©lix Guattari dans les annĂ©es 1960, au projet actuel, LeĂŻla CouroussĂ©-Licois retrace des vies de radeau. Câest une histoire de dĂ©viation. A lâĂ©tĂ© 1967, Jacques Lin, jeune ouvrier en rĂ©gion parisienne, rencontre Janmari, 12 ans, enfant autiste mutique, et Fernand Deligny, Ă©ducateur qui lâaccompagne. La scĂšne se passe Ă Gourgas, au sud des CĂ©vennes, dans la maison de FĂ©lix Guattari. A la fin de lâĂ©tĂ©, soucieux dâĂ©viter Ă ce jeune âgamin Ă©trangeâ une lobotomie, un rĂ©seau informel sâagrĂšge autour de Janmari. Jacques dĂ©cide alors de rester sur les lieux. Quelques mois plus tard, dâautres familles confient leurs enfants au groupe composite, pour des durĂ©es variables. Une Vie de radeau sâattache Ă cette aventure humble et singuliĂšre dĂ©veloppĂ©e, des annĂ©es durant, entre une poignĂ©e dâadultes et quelques enfants autistes, dans les hameaux cĂ©venols. A quelques kilomĂštres de lĂ , hĂ©ritiĂšre de cette dĂ©marche hors norme, La Magnanerie accueille actuellement six rĂ©sident.es adultes, autistes non-verbaux, accompagnĂ©.es par une Ă©quipe de huit salariĂ©.es. LeĂŻla CouroussĂ©-Licois arpente avec Jacques Lin les lieux qui ont suscitĂ© et confortĂ© la dĂ©marche, de 1967 Ă aujourdâhui. En contrepoint de ses souvenirs, deux salariĂ©.es de La Magnanerie racontent comment se trament aujourdâhui les journĂ©es dans la maison commune â lĂ oĂč, au creux des rythmes, des gestes, perdurent des tentatives pour apaiser les adultes accueilli.es, avec le moins possible de mĂ©dicaments -. Une ExpĂ©rience du dehors, au plus prĂšs des corps, des souffles, des balancĂ©s, des mĂ©lopĂ©es de ces six protagonistes qui Ă©voluent hors langage, pour traduire les heures patientes, sensibles, oĂč le quotidien sâorne dâune subtile beautĂ©.â
âLa vie de radeau : le rĂ©seau Deligny au quotidien raconte la vie quotidienne de Jacques Lin avec des personnes autistes. Quittant lâusine pour ne plus jamais y revenir, autour de ses 18 ans, lâĂąge de tous les possibles, Jacques Lin rencontre Fernand Deligny, Ă©ducateur reconnu. Cette petite bande mettra en branle de nouveaux projets collectifs pour vivre avec des personnes non parlantes, fin des annĂ©es 1960, en ce qui concerne Lin. Cette réédition de La vie de radeau commence par un chapitre Ă lâusine, assez dĂ©ment, description dâun monde ouvrier et de personnages haut en couleur qui sâastreignent Ă effectuer les mĂȘmes tĂąches volontairement, tous les jours. Si on lui fait miroiter quâil pourrait vite devenir « quelquâun », Jacques Lin va fuir dĂšs quâil pourra cette fausse promesse. TrĂšs jeune, il va se retrouve dans les CĂ©vennes, dans un petit village oĂč dâautres personnes effectuent les mĂȘmes gestes et les mĂȘmes mouvements, inlassablement⊠sauf quâil sâagit de les laisser vivre, Ă lâextĂ©rieur. Jacques Lin, nĂ© en 1948, nâest pas du style Ă sâĂ©pancher sur ses sentiments, sa grandeur dâĂąme ou sa posture politique. Il nâa rien Ă prouver, et ne cherche jamais Ă sĂ©duire le lecteur et la lectrice. Il dĂ©crit ses aventures de vie, terre Ă terre et quotidienne, avec deux ou trois jeunes qui ne parlent pas. Ne possĂ©dant pas le langage, ils (ce sont surtout des garçons) communiquent autrement leur mĂ©contentement ou leur plaisir. Jacques (et Deligny) se contente de vivre avec. Aucune recherche dâĂ©ducabilitĂ©, Ă les rendre « moins » ou « plus » aptes Ă quoique ce soit, non, il sâagit de les accepter pour ce quâils sont et de trouver des points dâentente. TrĂšs vite, les gestes prennent le pas, les mains commencent Ă parler, Ă tapoter, Ă couper du bois, mettre la table, sâharmoniser pour vivre en commun. Les lieux existent toujours, la mĂ©thode Deligny a su se perpĂ©tuer et des personnes autistes continuent de bĂ©nĂ©ficier de lâaide dâhommes et de femmes qui dĂ©dient leur vie Ă leurs besoins.
Lâauteur dĂ©crit donc les alentours, ses inlassables dĂ©mĂ©nagements, vivotant durant des annĂ©es avec deux ou trois personnes non parlantes. Les conditions de vie sont inimaginables aujourdâhui, impensables pour un « centre dâĂ©ducation aux normes » : trous dans le toit, toilettes nature, pas de nourritures pour manger tous les jours, eau Ă chercher Ă la source, sans financement, seulement quelques sous reçus grĂące Ă la reconnaissance de Deligny, connu pour ses positionnements Ă©ducatifs. Ce sont les annĂ©es 1960-70 qui sont dĂ©crites, un mode de vie complĂštement fou, hors systĂšme. Pas de sexe, de drogue ni de rock pourtant (ou sâil y en a, il nây est pas fait rĂ©fĂ©rence), mais une vie faite de survie, oĂč lâalimentaire devient lâimportant, lâĂ©coute du corps des autres le seul mĂ©tronome.
La vie de radeau raconte donc une sociĂ©tĂ© hors normes oĂč les personnes autistes peuvent vivre comme tout le monde, dans une maison et un extĂ©rieur non clĂŽturĂ©, oĂč ils ne sont pas traitĂ©s comme des enfants ou des fous. Cette utopie devenue rĂ©alitĂ©, Jacques Lin en a fait sa rĂ©alitĂ©. Comme dit prĂ©cĂ©demment, il est assez avare en propos personnels. La vie de radeau, ce nâest pas totalement lui, câest un concept de vie. Jâaurais aimĂ© en savoir davantage sur cet homme, si prompt Ă quitter la vie dâusine, ĂągĂ© de seulement 18 ans, et qui toute sa vie et jusquâĂ aujourdâhui encore, vĂ©cu dans les CĂ©vennes. Il y rencontra sa femme, GisĂšle Durand, sa collĂšgue durant toutes ses annĂ©es, et eut un enfant avec elle. TrĂšs pudique, nous ne saurons rien de cette relation. Si on sait que ses frĂšres vinrent travailler avec lui, quelques annĂ©es, et que cela entraĂźna des disputes dues Ă une mauvaise communication, on ne sait pas grand-chose de son trajet intĂ©rieur, de ce quâil y aura laissĂ©, de ce quâil aura appris, de ce qui lâa poussĂ© Ă rester, Ă tenir, de ce qui le motivait de lâintĂ©rieur Ă faire de ce chemin de croix son chemin Ă lui. Il lui reste encore Ă Ă©crire ce livre-lĂ .â
âPour se dĂ©placer, on utilise notamment un radeau lâaction Ă©ducative prend les contuurs du trajet dâun radeau qui part dans toutes les directions loin dâaller toujours dans le mĂȘme sens. Le rĂ©cit est trĂšs avare de repĂšres temporels, il y gĂ©nĂ©ralement une certaine sobriĂ©tĂ© dans la contextualisation. On perçoit cependant quelques caractĂ©ristiques de cette aventure humaine qui laisse une trĂšs grande libertĂ© dâexpression Ă des personnes qui nâutilisent guĂšre le langage, moyen de communication le plus frĂ©quent chez les humains. Par contre lâart et le travail manuel sont des outils largement prĂ©sents.â
Câest dâune tenÂtaÂtive dont il est quesÂtion et, Ă traÂvers elle, de celles et ceux qui lâont porÂtĂ©e ainÂsi que des lieux quâelle a convoÂquĂ©s. Pendant plus de 50 ans, Jacques Lin, ancien ouvrier Ă©lecÂtriÂcien, sâest Ă©verÂtuĂ© Ă mainÂteÂnir avec dâautres une aire dâacÂcueil dâenÂfants et dâaÂdultes autistes aux pieds des CĂ©vennes. Certains connaissent de cette avenÂture les noms de Fernand Deligny, lâun de ses insÂtiÂgaÂteurs Ă la plume proÂlixe et prĂ©Âcise, et de Janmari, autiste qui fut « sans le savoir la bousÂsole de cette dĂ©marche » jusÂquâĂ son dĂ©cĂšs. Jacques Lin retrace dans ce court texte lâexÂpĂ©Ârience dâune vie aux cĂŽtĂ©s dâenÂfants vivant Ă lâĂ©Âcart du lanÂgage et des cadres sociaux Ă©taÂblis â donc stigÂmaÂtiÂsĂ©s, souÂvent, pour cela. Câest une vie hors-champ qui leur a Ă©tĂ© perÂmise aux alenÂtours du vilÂlage de GraniĂšs : non pas dĂ©sorÂdonÂnĂ©e (au contraire, tant ce que Deligny a appeÂlĂ© le « couÂtuÂmier » a une place imporÂtante pour eux) mais disÂtanÂciĂ©e des nĂ©cesÂsiÂtĂ©s civiles et civiques. NĂ©e autour de 1968, cette tenÂtaÂtive a surÂvĂ©Âcu aux annĂ©es malÂgrĂ© les difÂfiÂculÂtĂ©s matĂ©Ârielles renÂconÂtrĂ©es. Le quoÂtiÂdien fut fait de menues tĂąches rĂ©pĂ©ÂtĂ©es mais parÂfois mises en pĂ©ril par une visite de la DDASS, un proÂpriĂ©Âtaire rĂ©calÂciÂtrant ou le froid, tout simÂpleÂment.
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Câest un regard alterÂnaÂtif Ă celui qui sâimÂpose sur lâauÂtisme que lâouÂvrage offre. La chroÂnique de ce quoÂtiÂdien rĂ©vĂšle comÂbien il est prĂ©Âcieux de se garÂder de tout disÂcours norÂmaÂtif sur ce qui nous excĂšde : le dĂ©crire et tenÂter de vivre avec est un preÂmier pas vers sa comÂprĂ©ÂhenÂsion.
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