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Parution : 25/10/2024
ISBN : 9782384314874
216 pages (148 x 210)

20 €

La Vie de radeau - Nouvelle édition

Le réseau Deligny au quotidien

Jacques Lin s’est attachĂ© Ă  Ă©crire ce voyage, pourtant hors du langage, et c’est pourquoi cette “vie de radeau” est un tĂ©moignage si prĂ©cieux.

Ce rĂ©cit autobiographique retrace l’aventure extraordinaire d’un groupe formĂ© dans les CĂ©vennes autour de Fernand Deligny qui accueillĂźt, avec les moyens du bord, des autistes. Jacques Lin a Ă©tĂ© l’un des premiers Ă  s’embarquer dans cette aventure. Il la raconte dans ce journal de bord rĂ©trospectif, prĂ©cis et imagĂ©. Un rĂ©cit au prĂ©sent oĂč se mĂȘlent activitĂ©s quotidiennes, scĂšnes cocasses et moments d’épiphanies joyeuses, au plus prĂšs de cette expĂ©rience prĂ©caire et commune, vĂ©cue Ă  l’écart de toute institution. La Vie de radeau raconte le parcours exemplaire d’ĂȘtres humains, qui, contre vents et marĂ©es, tentĂšrent de crĂ©er un espace oĂč il existe une vie meilleure pour tous. Cette expĂ©rience, toujours en cours, reste une exception dans la sociĂ©tĂ© actuelle qui ne tolĂšre pas la diffĂ©rence.

Revue de presse

Une Vie de radeau, déployer le quotidien aux cÎtés de personnes autistes Leïla Couroussé-Licois, réalisée par Franck Lilin France Culture // L'Expérience 28 juin 2025
La vie de radeau, les mains des non-parlants Adrien Cambron Le Suricate littéraire 5 mars 2025
La pratique de la psychothérapie institutionnelle Alain Chiron Grégoire de Tours 10 octobre 23024
- Cartouches (50) Roméo Bondon Ballast 30 janvier 2020

Une Vie de radeau, déployer le quotidien aux cÎtés de personnes autistes

“Une ExpĂ©rience au plus prĂšs des corps et de ses mĂ©lopĂ©es, qui traduit les heures sensibles de La Magnanerie, lieu d’accueil pour adultes autistes non-verbaux, dans les CĂ©vennes. De la maison de FĂ©lix Guattari dans les annĂ©es 1960, au projet actuel, LeĂŻla CouroussĂ©-Licois retrace des vies de radeau. C’est une histoire de dĂ©viation. A l’étĂ© 1967, Jacques Lin, jeune ouvrier en rĂ©gion parisienne, rencontre Janmari, 12 ans, enfant autiste mutique, et Fernand Deligny, Ă©ducateur qui l’accompagne. La scĂšne se passe Ă  Gourgas, au sud des CĂ©vennes, dans la maison de FĂ©lix Guattari. A la fin de l’étĂ©, soucieux d’éviter Ă  ce jeune “gamin Ă©trange” une lobotomie, un rĂ©seau informel s’agrĂšge autour de Janmari. Jacques dĂ©cide alors de rester sur les lieux. Quelques mois plus tard, d’autres familles confient leurs enfants au groupe composite, pour des durĂ©es variables. Une Vie de radeau s’attache Ă  cette aventure humble et singuliĂšre dĂ©veloppĂ©e, des annĂ©es durant, entre une poignĂ©e d’adultes et quelques enfants autistes, dans les hameaux cĂ©venols. A quelques kilomĂštres de lĂ , hĂ©ritiĂšre de cette dĂ©marche hors norme, La Magnanerie accueille actuellement six rĂ©sident.es adultes, autistes non-verbaux, accompagnĂ©.es par une Ă©quipe de huit salariĂ©.es. LeĂŻla CouroussĂ©-Licois arpente avec Jacques Lin les lieux qui ont suscitĂ© et confortĂ© la dĂ©marche, de 1967 Ă  aujourd’hui. En contrepoint de ses souvenirs, deux salariĂ©.es de La Magnanerie racontent comment se trament aujourd’hui les journĂ©es dans la maison commune – lĂ  oĂč, au creux des rythmes, des gestes, perdurent des tentatives pour apaiser les adultes accueilli.es, avec le moins possible de mĂ©dicaments -. Une ExpĂ©rience du dehors, au plus prĂšs des corps, des souffles, des balancĂ©s, des mĂ©lopĂ©es de ces six protagonistes qui Ă©voluent hors langage, pour traduire les heures patientes, sensibles, oĂč le quotidien s’orne d’une subtile beautĂ©.”

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Leïla Couroussé-Licois, réalisée par Franck Lilin
France Culture // L'Expérience 28 juin 2025

La vie de radeau, les mains des non-parlants

“La vie de radeau : le rĂ©seau Deligny au quotidien raconte la vie quotidienne de Jacques Lin avec des personnes autistes. Quittant l’usine pour ne plus jamais y revenir, autour de ses 18 ans, l’ñge de tous les possibles, Jacques Lin rencontre Fernand Deligny, Ă©ducateur reconnu. Cette petite bande mettra en branle de nouveaux projets collectifs pour vivre avec des personnes non parlantes, fin des annĂ©es 1960, en ce qui concerne Lin. Cette réédition de La vie de radeau commence par un chapitre Ă  l’usine, assez dĂ©ment, description d’un monde ouvrier et de personnages haut en couleur qui s’astreignent Ă  effectuer les mĂȘmes tĂąches volontairement, tous les jours. Si on lui fait miroiter qu’il pourrait vite devenir « quelqu’un », Jacques Lin va fuir dĂšs qu’il pourra cette fausse promesse. TrĂšs jeune, il va se retrouve dans les CĂ©vennes, dans un petit village oĂč d’autres personnes effectuent les mĂȘmes gestes et les mĂȘmes mouvements, inlassablement
 sauf qu’il s’agit de les laisser vivre, Ă  l’extĂ©rieur. Jacques Lin, nĂ© en 1948, n’est pas du style Ă  s’épancher sur ses sentiments, sa grandeur d’ñme ou sa posture politique. Il n’a rien Ă  prouver, et ne cherche jamais Ă  sĂ©duire le lecteur et la lectrice. Il dĂ©crit ses aventures de vie, terre Ă  terre et quotidienne, avec deux ou trois jeunes qui ne parlent pas. Ne possĂ©dant pas le langage, ils (ce sont surtout des garçons) communiquent autrement leur mĂ©contentement ou leur plaisir. Jacques (et Deligny) se contente de vivre avec. Aucune recherche d’éducabilitĂ©, Ă  les rendre « moins » ou « plus » aptes Ă  quoique ce soit, non, il s’agit de les accepter pour ce qu’ils sont et de trouver des points d’entente. TrĂšs vite, les gestes prennent le pas, les mains commencent Ă  parler, Ă  tapoter, Ă  couper du bois, mettre la table, s’harmoniser pour vivre en commun. Les lieux existent toujours, la mĂ©thode Deligny a su se perpĂ©tuer et des personnes autistes continuent de bĂ©nĂ©ficier de l’aide d’hommes et de femmes qui dĂ©dient leur vie Ă  leurs besoins.
L’auteur dĂ©crit donc les alentours, ses inlassables dĂ©mĂ©nagements, vivotant durant des annĂ©es avec deux ou trois personnes non parlantes. Les conditions de vie sont inimaginables aujourd’hui, impensables pour un « centre d’éducation aux normes » : trous dans le toit, toilettes nature, pas de nourritures pour manger tous les jours, eau Ă  chercher Ă  la source, sans financement, seulement quelques sous reçus grĂące Ă  la reconnaissance de Deligny, connu pour ses positionnements Ă©ducatifs. Ce sont les annĂ©es 1960-70 qui sont dĂ©crites, un mode de vie complĂštement fou, hors systĂšme. Pas de sexe, de drogue ni de rock pourtant (ou s’il y en a, il n’y est pas fait rĂ©fĂ©rence), mais une vie faite de survie, oĂč l’alimentaire devient l’important, l’écoute du corps des autres le seul mĂ©tronome.
La vie de radeau raconte donc une sociĂ©tĂ© hors normes oĂč les personnes autistes peuvent vivre comme tout le monde, dans une maison et un extĂ©rieur non clĂŽturĂ©, oĂč ils ne sont pas traitĂ©s comme des enfants ou des fous. Cette utopie devenue rĂ©alitĂ©, Jacques Lin en a fait sa rĂ©alitĂ©. Comme dit prĂ©cĂ©demment, il est assez avare en propos personnels. La vie de radeau, ce n’est pas totalement lui, c’est un concept de vie. J’aurais aimĂ© en savoir davantage sur cet homme, si prompt Ă  quitter la vie d’usine, ĂągĂ© de seulement 18 ans, et qui toute sa vie et jusqu’à aujourd’hui encore, vĂ©cu dans les CĂ©vennes. Il y rencontra sa femme, GisĂšle Durand, sa collĂšgue durant toutes ses annĂ©es, et eut un enfant avec elle. TrĂšs pudique, nous ne saurons rien de cette relation. Si on sait que ses frĂšres vinrent travailler avec lui, quelques annĂ©es, et que cela entraĂźna des disputes dues Ă  une mauvaise communication, on ne sait pas grand-chose de son trajet intĂ©rieur, de ce qu’il y aura laissĂ©, de ce qu’il aura appris, de ce qui l’a poussĂ© Ă  rester, Ă  tenir, de ce qui le motivait de l’intĂ©rieur Ă  faire de ce chemin de croix son chemin Ă  lui. Il lui reste encore Ă  Ă©crire ce livre-lĂ .”

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Adrien Cambron
Le Suricate littéraire 5 mars 2025

La pratique de la psychothérapie institutionnelle

“Pour se dĂ©placer, on utilise notamment un radeau l’action Ă©ducative prend les contuurs du trajet d’un radeau qui part dans toutes les directions loin d’aller toujours dans le mĂȘme sens. Le rĂ©cit est trĂšs avare de repĂšres temporels, il y gĂ©nĂ©ralement une certaine sobriĂ©tĂ© dans la contextualisation. On perçoit cependant quelques caractĂ©ristiques de cette aventure humaine qui laisse une trĂšs grande libertĂ© d’expression Ă  des personnes qui n’utilisent guĂšre le langage, moyen de communication le plus frĂ©quent chez les humains. Par contre l’art et le travail manuel sont des outils largement prĂ©sents.”

A lire en intégralité

Alain Chiron
Grégoire de Tours 10 octobre 23024

- Cartouches (50)

C’est d’une ten­ta­tive dont il est ques­tion et, Ă  tra­vers elle, de celles et ceux qui l’ont por­tĂ©e ain­si que des lieux qu’elle a convo­quĂ©s. Pendant plus de 50 ans, Jacques Lin, ancien ouvrier Ă©lec­tri­cien, s’est Ă©ver­tuĂ© Ă  main­te­nir avec d’autres une aire d’ac­cueil d’en­fants et d’a­dultes autistes aux pieds des CĂ©vennes. Certains connaissent de cette aven­ture les noms de Fernand Deligny, l’un de ses ins­ti­ga­teurs Ă  la plume pro­lixe et pré­cise, et de Janmari, autiste qui fut « sans le savoir la bous­sole de cette dĂ©marche » jus­qu’à son dĂ©cĂšs. Jacques Lin retrace dans ce court texte l’ex­pé­rience d’une vie aux cĂŽtĂ©s d’en­fants vivant Ă  l’é­cart du lan­gage et des cadres sociaux Ă©ta­blis — donc stig­ma­ti­sĂ©s, sou­vent, pour cela. C’est une vie hors-champ qui leur a Ă©tĂ© per­mise aux alen­tours du vil­lage de GraniĂšs : non pas dĂ©sor­don­nĂ©e (au contraire, tant ce que Deligny a appe­lĂ© le « cou­tu­mier » a une place impor­tante pour eux) mais dis­tan­ciĂ©e des nĂ©ces­si­tĂ©s civiles et civiques. NĂ©e autour de 1968, cette ten­ta­tive a sur­vé­cu aux annĂ©es mal­grĂ© les dif­fi­cul­tĂ©s maté­rielles ren­con­trĂ©es. Le quo­ti­dien fut fait de menues tĂąches rĂ©pé­tĂ©es mais par­fois mises en pĂ©ril par une visite de la DDASS, un pro­prié­taire rĂ©cal­ci­trant ou le froid, tout sim­ple­ment.

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C’est un regard alter­na­tif Ă  celui qui s’im­pose sur l’au­tisme que l’ou­vrage offre. La chro­nique de ce quo­ti­dien rĂ©vĂšle com­bien il est pré­cieux de se gar­der de tout dis­cours nor­ma­tif sur ce qui nous excĂšde : le dĂ©crire et ten­ter de vivre avec est un pre­mier pas vers sa com­pré­hen­sion.

Lisez la chronique intégrale sur le site de la revue Ballast

Roméo Bondon
Ballast 30 janvier 2020