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Parution : 17/01/2013
ISBN : 9782360540730
160 pages (148 x 210)

La Route bleue

Lire La Route bleue, ou plutĂŽt la suivre, c’est comprendre ce qu’est le nomadisme intellectuel, c’est entrer “dans le grand rapport”, celui qui lie la Terre et l’esprit, c’est vivre, au contact de la terre, de l’eau, du vol des oiseaux, de la lumiĂšre, des feuilles d’automne ou des seins, bleus ou pas, d’une Pocahontas, une vĂ©ritable expĂ©rience Ă©rotique du monde.

Richard Blin – Le Matricule des anges

Traduction de Marie-Claude White

Il est des images et des rĂȘves d’enfant qui nous imprĂšgnent si bien qu’ils dĂ©terminent nos pas d’adulte. Enfant, l’auteur jouait Ă  travers les landes Ă©cossaises et rĂȘvait aux baleines, au grand Nord, aux grands espaces de l’AmĂ©rique. Des annĂ©es plus tard, il part sur la route Ă  la recherche du Labrador, territoire canadien fantasmĂ© depuis longtemps. Voici le rĂ©cit de cette aventure.
Nous le suivons dans son pĂ©riple depuis MontrĂ©al. En chemin, il rencontre des AmĂ©rindiens, des mineurs, des chasseurs, des descendants d’Écossais, de jeunes Pocahontas, de vieux chamans. Il visite les mines et les rĂ©serves, Ă©cume les bars. Scrute les paysages et Ă©coute le monde.
Plein d’humour et de poĂ©sie, ce rĂ©cit de voyage est aussi un texte d’initiation. Le routard qui nous parle est un intellectuel nomade et inversement : aux petits tracas quotidiens du voyageur, aux dialogues truculents avec Eskimo Joe et autres personnages hauts en couleurs, alternent rĂȘverie philosophique et rĂ©fĂ©rences Ă  une constellation d’écrivains et de penseurs libres, en premiĂšre ligne desquels Henry David Thoreau.

Revue de presse

- Ouvir la route Richard Blin Le Matricule des anges n°142 Avril 2013
- Nova Book Box Richard Gaitet Radio Nova 12 mars 2013
- La Route bleue Lionel Bedin La Cause Littéraire 24 janvier 2013
J'ai relu La Route bleue de Kenneth White Le blog des écrivains voyageurs 16 janvier 2013

- Ouvir la route

Trente ans aprĂšs, La Route bleue donne toujours autant l’envie de partage le grand dĂ©crochement prĂŽnĂ© par Kenneth White.

Dans le texte qui explicite le pourquoi de sa dĂ©cision de fonder, en 1989, l’Institut international de gĂ©opoĂ©tique, Kenneth White reconnaĂźt que c’est dix ans auparavant, “en voyageant, pĂ©rĂ©grinant, dĂ©ambulant” le long de la cĂŽte nord du Saint-Laurent, en route vers la Labrador, que l’idĂ©e de la gĂ©opoĂ©tique lui est venue Ă  l’esprit. Ce voyage, il l’a racontĂ© dans La Route bleue, un livre qui obtint le prix MĂ©dicis Ă©tranger en 1983, et que rééditent aujourd’hui les Ă©ditions Le Mot et le reste.
Si ce voyage vers le grand nord, depuis MontrĂ©al jusqu’au Labrador, donne corps et rĂ©alitĂ© Ă  un rĂȘve d’enfant, il dĂ©coule surtout du dĂ©sir de sortir, d’échapper au cĂŽtĂ© Ă©touffant de la culture-clĂŽture qui prĂ©vaut dans notre occident moderne et s’interpose entre le monde et nous. Sortir aussi de l’histoire pour entrer dans la gĂ©ographie, aller vers d’autres expĂ©riences de la terre et de la vie. Ouvrir les yeux, voir et sentir, pour sortir du temps, retrouver une relation perdue Ă  un espace premier et Ă  des paysages archaĂŻques. Partir, sauter par-dessus quelques-unes de nos frontiĂšres mentales pour se retrouver ailleurs, dans ce qui fut le domaine des Indiens et des Esquimaux. Bien sĂ»r la modernitĂ© est passĂ©e par lĂ  — compagnies miniĂšres avalant les collines, grands barrages assĂ©chant les riviĂšres, scieries transformant les forĂȘts en pĂąte Ă  papier — et les Indiens vivent dans les rĂ©serves, mais il est encore de vieux chasseurs avec qui remonter la piste de la mĂ©moire et des chamans qui connaissent encore le chemin d’une autre rĂ©alitĂ©.
La Route bleue est le journal de ce voyage, avec ses hasards — “Je ne sais pas oĂč je veux aller, mais je suis toujours prĂȘt Ă  me laisser dĂ©vier de ma route” —, ses rencontres, ses incidents, le tout entre givre et ciel bleu, lacs et riviĂšres, vent, pluie, neige, â€œĂ©clair blanc des bouleaux” et forĂȘt d’érables. L’espace, le chemin, le mouvement, la vie ouverte et mouvante, le ballet des sensations et le sentiment d’évoluer dans un univers oĂč les choses ne sont pas uniquement des choses mais comme de l’ĂȘtre Ă©parpillĂ© dans un beau dĂ©sordre. OxygĂ©nation de l’ĂȘtre et sentiment d’ĂȘtre merveilleusement vivant. Ces moments nus, l’absolu bonheur d’ĂȘtre lĂ , simplement lĂ , dans l’écoulement du jour et l’intensĂ©ment rĂ©el d’un monde primitif, Kenneth White nous les fait partager comme il nous fait partager la relation qu’il entretient avec ses compagnons fantĂŽmes de voyage : Thoreau, qui aurait tant voulu ĂȘtre indien, Melville, et ses “hĂ©ros ontologiques”, D.H. Lawrence, le “frĂšre”, Nietzsche, Rimbaud, Artaud, “soleils erratiques Ă  la recherche de leur cosmos”, BashĂŽ, maĂźtre du haĂŻku. “Écrire un haĂŻku c’est sauter hors de soi-mĂȘme, c’est s’oublier et prendre un bon bol d’air frais.“
Lire La Route bleue, ou plutĂŽt la suivre, c’est comprendre ce que qu’est le nomadisme intellectuel, c’est entrer “dans le grand rapport”, celui qui lie la Terre et l’esprit, c’est vivre, au contact de la terre, de l’eau, du vol des oiseaux, de la lumiĂšre, des feuilles d’automne ou des seins, bleus ou pas, d’une Pocahontas, une vĂ©ritable expĂ©rience Ă©rotique du monde. C’est se retrouver dans des lieux oĂč il est encore possible d’écouter le monde”, c’est entrer dans cette nuditĂ©, cette vacuitĂ©, cette “ivresse blanche” qui est prĂ©sence souveraine et plĂ©niĂšre au monde, expĂ©rience pluridimensionnelle donnant autant Ă  deviner qu’à sentir qu’il est des prĂ©sences qui nous relient Ă  l’univers ; D’oĂč l’idĂ©e qui vint Ă  Kenneth White du concept de gĂ©opoĂ©tique, “basĂ©e sur la trilogie Ă©ros, logos et cosmos”, et celle d’un “groupe d’hommes et de femmes venus de toutes les parties du monde, formant un archipel d’esprits ouverts. Non pas tant artistes qu’explorateurs de l’ĂȘtre et du nĂ©ant. Erratiques et extravagants, Ă  la recherche de nouvelles configurations, Ă  l’écart du champ de la culture ordinaire.”

Richard Blin
Le Matricule des anges n°142 Avril 2013

- Nova Book Box

Lecture de d’extraits de La Route bleue de Kenneth White dans la Nova Book Box prĂ©sentĂ©e par Richard Gaitet. Podcast Ă  suivre.

Richard Gaitet
Radio Nova 12 mars 2013

- La Route bleue

« De toute façon, je voulais sortir, aller là-haut et voir ».

Dans La Route Bleue, rĂ©cit de voyage, journal de bord, livre d’une aventure intĂ©rieure, le Labrador existe d’abord dans le souvenir de Kenneth White, par les images d’un livre d’enfance. Puis, et peut-ĂȘtre depuis toujours : l’envie d’aller voir. « C’est un endroit, non ? Et si c’est un endroit, ça veut dire qu’on peut y aller, il me semble ». Soit. Partons.

« Je quitte la ville de QuĂ©bec. Route 175 Nord. J’aime cette pure notation mathĂ©matique placĂ©e entre deux mots lourds de sens. Le calculable et l’incalculable ». Partons pour dĂ©couvrir qu’ici comme ailleurs, la civilisation, avec ses Livres et ses codes, est capable de changer le nom d’un lac. Peut-ĂȘtre ce lac avait-il Ă©tĂ© nommĂ© le lac des Vagues bleues par des gens qui le connaissaient bien. Et puis des missionnaires sont passĂ©s par lĂ . Le lac est devenu le lac Saint Jean. « Rien Ă  voir avec la rĂ©alitĂ© perçue dans toute sa beautĂ© ». Les missionnaires ont toujours Ă©tĂ© les ennemis des nomades, rappelle K. White. Qui poursuit sa route avec ses compagnons fantĂŽmes : Coleridge, Thoreau, Melville, BashĂŽ, Jacques Cartier et les explorateurs du XVIĂšme siĂšcle. Avec Ă©galement les indiens et ceux qui se donnent le nom algonkin d’Innut, les ĂȘtres humains.

Kenneth White s’immerge facilement dans la vie locale. Il rencontre beaucoup de gens, discute, est invitĂ© Ă  un mariage. Autant d’occasions de comparer les Ă©carts entre civilisations, et les ravages de la modernitĂ© : « Chaque fois qu’un espace vide se prĂ©sente quelque part, au lieu d’y voir une occasion d’approfondir notre sens de la vie, nous nous empressons de le remplir de bruit, de jouet, de culture ». Et de dĂ©crire aussi « le soleil blanc du Labrador qui brille maintenant Ă  travers les nuages gris ».

Et la route bleue. Mais qu’est-ce qu’une route bleue ? Pour Kenneth White, c’est le bleu du grand ciel, le bleu du fleuve (le Saint Laurent), le bleu de la glace. Les silences bleus du Labrador. Mais « la route bleue, c’est peut-ĂȘtre tout simplement le chemin du possible ». Aller aussi loin que possible, « jusqu’au bout de soi-mĂȘme, jusqu’à un territoire oĂč le temps se convertit en espace, oĂč les choses apparaissent dans toute leur nuditĂ© et oĂč le vent souffle, anonyme ». De toute façon un seul adage : « quand tu arrives au bout de la route, continue Ă  marcher ». Pour « s’ouvrir Ă  l’univers », pour « Ă©couter le monde ». Un vrai livre de voyage, une vraie littĂ©rature du dehors.

Les premiĂšres lignes :

« Un Ɠuf tournĂ©, toast, cafĂ© ! LĂ  dehors, MontrĂ©al. Les rues et le fleuve. J’en entends la rumeur. Et lĂ -bas, tout au fond, vaste beautĂ© qui dort, le Labrador. SitĂŽt mon petit dĂ©jeuner terminĂ©, je commence Ă  m’enquĂ©rir du Labrador. Au Voyageur Terminus, je dĂ©croche l’un de ces tĂ©lĂ©phones qui donnent des renseignements et, comme si j’avais onze ans, je demande : S’il vous plaĂźt, comment est-ce qu’on va au Labrador ? ».

La cause littéraire

Lionel Bedin
La Cause Littéraire 24 janvier 2013

J'ai relu La Route bleue de Kenneth White

« De toute façon, je voulais sortir, aller là-haut et voir. »

Dans La Route Bleue, rĂ©cit de voyage, journal de bord, livre d’une aventure intĂ©rieure, le Labrador existe d’abord dans le souvenir de Kenneth White, par les images d’un livre d’enfance. Puis, et peut-ĂȘtre depuis toujours : l’envie d’aller voir. « C’est un endroit, non ? Et si c’est un endroit, ça veut dire qu’on peut y aller, il me semble. » Soit. Partons.

« Je quitte la ville de QuĂ©bec. Route 175 Nord. J’aime cette pure notation mathĂ©matique placĂ©e entre deux mots lourds de sens. Le calculable et l’incalculable. » Partons pour dĂ©couvrir qu’ici comme ailleurs, la civilisation, avec ses Livres et ses codes, est capable de changer le nom d’un lac. Peut-ĂȘtre ce lac avait-il Ă©tĂ© nommĂ© le lac des Vagues bleues par des gens qui le connaissaient bien. Et puis des missionnaires sont passĂ©s par lĂ . Le lac est devenu le lac Saint Jean. « Rien Ă  voir avec la rĂ©alitĂ© perçue dans toute sa beautĂ©. » Les missionnaires ont toujours Ă©tĂ© les ennemis des nomades, rappelle K. White. Qui poursuit sa route avec ses compagnons fantĂŽmes : Coleridge, Thoreau, Melville, BashĂŽ, Jacques Cartier et les explorateurs du XVIĂšme siĂšcle. Avec Ă©galement les indiens et ceux qui se donnent le nom algonkin d’Innut, les ĂȘtres humains.

Kenneth White s’immerge facilement dans la vie locale. Il rencontre beaucoup de gens, discute, est invitĂ© Ă  un mariage. Autant d’occasions de comparer les Ă©carts entre civilisations, et les ravages de la modernitĂ© : « Chaque fois qu’un espace vide se prĂ©sente quelque part, au lieu d’y voir une occasion d’approfondir notre sens de la vie, nous nous empressons de le remplir de bruit, de jouet, de “culture”.» Et de dĂ©crire aussi « le soleil blanc du Labrador qui brille maintenant Ă  travers les nuages gris. »

Et la route bleue. Mais qu’est-ce qu’une route bleue ? Pour Kenneth White, c’est le bleu du grand ciel, le bleu du fleuve (le Saint Laurent), le bleu de la glace. Les silences bleus du Labrador. Mais « la route bleue, c’est peut-ĂȘtre tout simplement le chemin du possible. » Aller aussi loin que possible, « jusqu’au bout de soi-mĂȘme, jusqu’à un territoire oĂč le temps se convertit en espace, oĂč les choses apparaissent dans toute leur nuditĂ© et oĂč le vent souffle, anonyme. » De toute façon un seul adage : « quand tu arrives au bout de la route, continue Ă  marcher. » Pour « s’ouvrir Ă  l’univers », pour « Ă©couter le monde. » Un vrai livre de voyage, une vraie littĂ©rature du dehors.

Les premiĂšres lignes : « Un Ɠuf tournĂ©, toast, cafĂ© ! LĂ  dehors, MontrĂ©al. Les rues et le fleuve. J’en entends la rumeur. Et lĂ -bas, tout au fond, vaste beautĂ© qui dort, le Labrador. SitĂŽt mon petit dĂ©jeuner terminĂ©, je commence Ă  m’enquĂ©rir du Labrador. Au Voyageur Terminus, je dĂ©croche l’un de ces tĂ©lĂ©phones qui donnent des renseignements et, comme si j’avais onze ans, je demande : S’il vous plaĂźt, comment est-ce qu’on va au Labrador ? »

Prix Médicis étranger 1983.
Éditions Grasset & Fasquelle 1983.
Réédité par les éditions Le Mot et le reste en janvier 2013.

Le blog des écrivains voyageurs 16 janvier 2013