La Pays des petites pluies - poche
On est donc Ă©merveillĂ© par lâĂ©merveillement de cette Ă©crivaine aventureuse et fĂ©ministe, amie de Jack London, face aux miroitements subtils de la Sierra Nevada. Modestie, patience⊠LâĂ©cologie avant lâheure.
Arnaud Gonzague â Terra Eco
traduit de lâanglais (Ă©tats-unis) par François Specq
Ce texte de Mary Austin est lâun des grands classiques de la tradition amĂ©ricaine de nature writing et les critiques de son temps ont comparĂ© sa sensibilitĂ© Ă lâenvironnement Ă celles de Thoreau et Muir. Sa cĂ©lĂ©bration de la beautĂ© du dĂ©sert la place au commencement de toute une lignĂ©e dâĂ©crivains amĂ©ricains qui, de John Van Dyke Ă Edward Abbey, ont fait porter sur ces rĂ©gions un regard Ă contre-courant du dĂ©sir dâexploitation indissociable de lâhistoire de lâOuest amĂ©ricain. Se tenant Ă lâĂ©cart tant de lâesthĂ©tisme que du sentimentalisme, Austin nâen parvient pas moins, dans une prose sobre mais intense, Ă Ă©voquer les singuliers pouvoirs dâenvoĂ»tement du dĂ©sert de lâOuest, tout en laissant entendre de maniĂšre poignante la rĂ©sonance intime du mĂ©lange de beautĂ© et de douleur propre Ă ce lieu.
Revue de presse
- Le pays des petites pluies⊠Jean Rouzaud Radio Nova // La chronique de Jean Rouzaud 5 mars 2019
Les Ă©ditions Le Mot et le Reste nous donnent Ă lire lâouvrage lumineux de Mary Austin (1868-1934), Le Pays des petites pluies, dans lequel le paysage est le sujet du rĂ©cit, « pays des frontiĂšres perdues » soumis lâĂ©tĂ© à « un intolĂ©rable Ă©blouissement solaire ». Et pourtant il y pleut. Il y a des couleurs, des plus claires aux plus obscures, des formes, des plus Ă©levĂ©es aux plus abyssales. Des accalmies et des tempĂȘtes. De la chaleur intense et du gel. Et lâIndien veille, rĂ©siste, fier, dans la VallĂ©e de la Mort. Lâessence mĂȘme de la vie sur terre trouve son accomplissement dans ce « vĂ©ritable dĂ©sert ». Câest une leçon de nature, presque une parthĂ©nogenĂšse dans laquelle certaines espĂšces sâauto-multiplient, sâĂ©panouissent, non dans le chaos mais dans lâordre primordial. Mary Austin identifie chaque arpent de cette terre de lâOuest amĂ©ricain, lâinventorie, en confectionne un herbier vivace. Elle dĂ©crit avec dĂ©licatesse les vibrations de la vĂ©gĂ©tation, les plantes adaptĂ©es Ă la sĂ©cheresse ou aux milieux aquatiques, les vĂ©gĂ©taux dâaltitude, leurs types biologiques, le pelage des petites bĂȘtes de cette rĂ©gion ; dâoĂč un amour et une compassion Ă lâĂ©gard des espĂšces du monde vĂ©gĂ©tal et animal.
[âŠ]
La beautĂ© sculpturale des plantes et leur effloraison est telle que Mary Austin y voit la rĂ©vĂ©lation biblique, « peut-ĂȘtre lâexplication du buisson ardent ». Dans Le Pays des petites pluies, « quel que soit ce qui monte ou descend les rues des montagnes, lâeau a la prioritĂ© » et engendre « la floraison luxuriante qui est la merveille des canyons de la sierra ». Ce prĂ©cis de nature est un trope, une rhĂ©torique, depuis Rousseau, et lâauteure emprunte le plus souvent Ă lâhypallage, Ă la catachrĂšse, pour dĂ©crire le sublime du paysage. La grande romanciĂšre sacralise les arbres, « les sapins (âŠ) des pentes orientales [dont les] minarets de branches fixĂ©s en Ă©toiles touchent au ciel ». En musicienne, elle recueille les sons de tous les Ă©lĂ©ments du macrocosme. En pionniĂšre, elle recueille les propos dâune PaĂŻute. PassĂ©s les guerres et les conflits, le vol des terres, la femme indienne se confie Ă elle. Tour Ă tour victime et « proie des conquĂ©rants », elle Ă©lĂšve seule ses enfants Ă lâintĂ©rieur de ce pays rude et sauvage, mais, nous dit Mary Austin, « en fait elle en sait tout autant que vous qui ĂȘtes habituĂ© dâun plus grand espoir »âŠ
Lisez toute la chronique en ligne
Câest sous ce titre sibyllin que les Ă©ditions Le Mot et Le Reste publient en version poche le texte planant de Mary Hunter Austin (1886-1934), sorte de pionniĂšre de lâouest, Ă plusieurs titresâŠ
Jâai envie de dire Mary Austin, « folle du dĂ©sert », tant cette forte femme au physique de cow-boy girl, avec stetson et regard altier, entre dans cette littĂ©rature amĂ©ricaine appelĂ©e « Nature Writing », par la grande porte, comme on pousse les portes du saloon*.
Ă la suite de Henri David Thoreau, John Muir, mais jây mets aussi Walt Whitman, ou mĂȘme Jack London et bien dâautres, elle rejoint ces grands inspirĂ©s amĂ©ricains, anti-sociaux et rĂ©voltĂ©s, ne croyant quâĂ la rĂ©demption par les grands espacesâŠ
Ce livre est un Ă©merveillement de notes, petites histoires, descriptions de ce fameux dĂ©sert de lâOuest amĂ©ricain ou vivaient les tribus lointaines du sud-ouest, Utes et Shoshones.
[âŠ]
Il faut avant tout savoir attendre, Ă©couter la terre, creuser, ou suivre un orage, pour retrouver de lâabondance : mouflons, liĂšvres, wapitis, lĂ©zards, oiseaux divers, cerfs, ours, cougars, lynxâŠ
Les photos stupéfiantes de cette région en ont fait un lieu de pÚlerinage de tourisme supérieur avec quelques rares auberges pour courageux.
Câest un des livres fondateurs de cette littĂ©rature amĂ©ricaine des grands espaces. Lumineux, Ă©cologique, zen et inspirĂ©, chacun peut y puiser une leçon de vie, une mystique douce, au ras dâun sol magique et changeant comme un mirage.
Lisez la chronique de Jean Rouzaud sur le site de Nova