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Parution : 22/01/2015
ISBN : 9782360541607
152 pages (14,8 x 21)

15 €

La Montagne de la derniĂšre chance

Dans cette chute infinie, plusieurs siĂšcles de paysage s’enfouissent Ă  jamais. Toute la poussiĂšre du monde trĂ©pigne, lorsqu’elle s’étale dans ce vide absolu, chacun retient son souffle tel un point de cĂŽtĂ© surgissant dans l’effort de la course avant la grande bascule et le fracas qui dĂ©ferle le long de cette colonne vertĂ©brale inerte.

PoussĂ© par un besoin viscĂ©ral de fuir la ville, Geffray – petite frappe en manque d’estime – se porte Ă  la rencontre de Louis et Pauline, fermiers et parents amputĂ©s d’un fils qui les a mis sur la paille. Georges, un entrepreneur en quĂȘte de reconversion rachĂšte la ferme oĂč ils vivent et entend bien modeler l’espace Ă  sa guise pour assouvir la dĂ©mesure de son projet foncier. Gravitant autour d’un canyon qui n’est autre que le poumon de la montagne, tous les personnages courent aprĂšs leur derniĂšre chance alors que leur avenir fait Ă©cho Ă  celui du lieu. AndrĂ© Bucher dĂ©crit cet enjeu avec passion dans une langue immersive et poĂ©tique. Il y fait se croiser des destins, mĂȘlant leur sort Ă  celui de cet endroit qui les recueille, suspendu entre ciel et terre, dans le dernier acte d’une saison de l’incertitude.

Revue de presse

- La montagne de la derniÚre chance Jane Hervé Festival du livre et de la presse d'écologie 1 octobre 2015
- La Montagne de la derniĂšre chance Virginie Troussier Montagne Magazine Juin 2015
- La montagne de la derniÚre chance Noé Gaillard Daily Books 5 juin 2015
- André Bucher, écrivain subtil et paysan engagé... La Tribune de Montélimar 9 avril 2015
- Le nouveau roman d'André Bucher Cécile Bonin La Tribune 19 février 2015
- Gastronomie de montagne : Alpes gourmandes Antoine Couder Challenges 5 février 2015
- La Montagne de la derniÚre chance, huitiÚme roman d'André Bucher Alain Bosmans Le Dauphiné libéré 25 janvier 2015
- La Montagne de la derniĂšre chance Pascale Arguedas Calou, l'ivre de lecture Janvier 2015

- La montagne de la derniĂšre chance

Le titre de l’ouvrage, porteur de lĂ©gende ou de rĂȘve, m’intriguait. AndrĂ© Bucher est un auteur imprĂ©vu, dont l’écriture naĂźt de ses activitĂ©s successives de paysan, bĂ»cheron, berger ou mĂȘme de dĂ©bardeur (alias docker !) et de pionnier du bio.

Le premier chapitre sait accueillir des « gerbes d’étoiles », « des Ă©toiles assoiffĂ©es », des « fumerolles de brouillard », des nuages qui sont autant « d’enfants fuyards de l’espace vide », un « tressage de bras d’eau » d’oĂč Ă©merge un « hĂ©ron neurasthĂ©nique ». Cependant un entrepreneur-repreneur saccage ce bel environnement de montagne en crĂ©ant une « autoroute » et une retenue d’eau, en dĂ©versant la terre dans un trou-cratĂšre ou en dĂ©tournant l’eau des sources pour construire – est-ce certain ? – un centrĂ© aĂ©rĂ©. Voila qui fera fuir les bĂȘtes, poussera les espĂšces en danger vers la disparition. À ce moment, les ombres deviennent des « phalĂšnes de gĂ©omĂštre » fluctuantes, les abĂźmes sont autant de « balafres », les empreintes des cerfs laissent leurs « cartes de visite » dans la neige, la lune devient « dĂ©catie » et le vent qui souffle transforme « les Ă©chines des pins en catapulte ».

En vĂ©ritĂ©, « les lieux ont des histoires Ă  raconter ». Celle de cette ferme isolĂ©e, emprisonnĂ©e dans le paysage, en proie Ă  un lacis de difficultĂ©s familiales et sociales. Le paysan, pris dans l’engrenage du dĂ©fi climatique et des rĂ©coltes dĂ©faillantes, s’endette par divers emprunts auprĂšs des banques. Son Ă©pouse perd la mĂ©moire et son fils la libertĂ© par son sĂ©jour en prison (il est le « fils du chagrin » ). Le patriarche doit vendre. À cet arrivant qui dĂ©truit le « canyon ». Ce drame humain et Ă©conomique s’élabore sur le modĂšle du cheval remplacĂ© par un tracteur, de l’ancien rattrapĂ© par une modernitĂ© peu humaine. Seul le berger Tony dĂ©nonce les mĂ©faits de la tronçonneuse, tire au fusil et met le feu aux engins de chantier. Le compagnon du fils-taulard, lui, trouve sa place Ă  la ferme reconnu par la mĂšre Ă  la mĂ©moire trompeuse !

Des expressions paysannes authentiques Ă©maillent le rĂ©cit (« la vache louche de la jambe »). Des comparaisons simples du ciel jonchĂ© d’étoiles Ă  « une passoire tamisant les vers luisants ». Et ce constat d’une bouleversante profondeur : « Tout ce que j’ai perdu m’appartient ».

L’article est consultable sur le site du FĂ©lipĂ©

Jane Hervé
Festival du livre et de la presse d'écologie 1 octobre 2015

- La Montagne de la derniĂšre chance

AndrĂ© Bucher, l’ancien beatnik qui fut docker berger, bĂ»cheron et pionnier du bio, vit dans une ferme de la vallĂ©e du Jabron, Ă  1200 mĂštres d’altitude, face aux paysages des Alpes de Haute-Provence. C’est dans cet endroit, isolĂ©, le regard tournĂ©e vers le ciel – qui ouvre son Ă©ternitĂ© Ă  qui sait le scruter, qui aide le corps Ă  se dĂ©mĂȘler du sommeil et l’esprit Ă  se dĂ©plier – qu’il dĂ©crit les grands espaces. Sa plume sent le vĂ©cu, le territoire arpentĂ©, la solitude affrontĂ©e. L’auteur sait que l’hostilitĂ© des lieux renforce les caractĂšres. Dans ce huitiĂšme roman, on retrouve ses piliers fĂ©tiches, des destinĂ©es cabossĂ©es plongĂ©es dans une histoire nouvelle, celle d’un canyon en danger. Avec sa langue rocailleuse, AndrĂ© Bucher nous prouve que la poĂ©sie dĂ©passe la vĂ©ritĂ© grise. Il trace des routes, tente d’amĂ©liorer la vie, nous prend dans sa nasse pour nous laisser percevoir au-delĂ  du sensible. Il charrie la rigueur des hivers cassants comme la pierre, le frĂ©missement des feuilles dans les cimes, mille visages qu’il s’attache Ă  ressusciter. Ce bĂ»cheron charmant est un guetteur d’histoires, enchaĂźnĂ© aux fantĂŽmes, vorace de la vie des hommes, attentif Ă  leur condition sociale. Bucher a toujours eu l’art du murmure tranchant. La matiĂšre vibrante triomphe, comme la neige Ă©paississant les silences. Ce rĂ©cit tient Ă  la terre par une tige presque invisible, c’est un hymne Ă  la libertĂ©, un appel Ă  rĂ©sister Ă  cette modernitĂ© qui nous Ă©loignerait du bruit de la tronçonneuse du voisin prĂ©parant son bois et qui semble nous souffler la sĂ©rĂ©nitĂ©.

Virginie Troussier
Montagne Magazine Juin 2015

- La montagne de la derniĂšre chance

CrĂ©er des images Ă©videntes, incontestables mais que nos sens d’aujourd’hui peinent Ă  dĂ©celer, exemple « On entend, de la respiration dĂ©crochĂ©e des arbres, soupirer dans leur chute les gouttes d’eau. Elles viennent froisser, trembler la lumiĂšre d’une caresse furtive Ă  la surface et Ă©treindre les voix d’eau. » AprĂšs une description d’un paysage bucolique on entre en raison pour faire la connaissance des personnages principaux. Un fils condamnĂ© pour escroquerie Ă  l’assurance et dont les parents ont endossĂ© la faute – la mĂšre est frappĂ©e d’Alzheimer – et un fils abandonnĂ© Ă  lui-mĂȘme qui est devenu jeune dĂ©linquant. La ferme du pĂšre de l’escroc a Ă©tĂ© vendue Ă  un entrepreneur qui va vouloir modifier le paysage. Vous avez compris, AndrĂ© Bucher oppose deux types d’individus, ceux qui vivent de et avec la nature et ceux qui pensent utilisation et rentabilitĂ©. Il nous laisse prendre position pour ou contre les uns et les autres. Mais comme chez Pierre Pelot, le vosgien, ou chez Jean Giono, le provençal, le lecteur attentif dĂ©couvre vite que ces auteurs vont au-delĂ  de la simple opposition nature/homme
 Il me semble que tout repose sur la nature de l’homme, sur son Ă©ducation, sur ce qui donne naissance Ă  ses envies. En gros quelque chose d’indicible
 Et si AndrĂ© Bucher raconte poĂ©tiquement son histoire c’est sans doute pour en rendre la violence plus supportable.

Une citation pour la route ? : » – En fin de compte, je me dis qu’il y a pire que d’ĂȘtre pauvre.
– Se retrouver ruinĂ© ?
– Non, ĂȘtre avide. »

ARTICLE A CONSULTERSURDAILYBOOKS

Noé Gaillard
Daily Books 5 juin 2015

- André Bucher, écrivain subtil et paysan engagé...

Le samedi 4 avril, AndrĂ© Bucher est venu dĂ©dicacer son dernier livre, La Montagne de la derniĂšre chance, qui est son huitiĂšme ouvrage. Une sĂ©ance de dĂ©dicaces prĂ©cĂ©dĂ©e en matinĂ©e, comme habituellement maintenant, par un Ă©change entre l’auteur et son public, qui fut dense et fructueux, dans les deux sens

Pas de lien vĂ©ritable entre les divers ouvrages d’AndrĂ© Bucher, mĂȘme si l’auteur conçoit l’idĂ©e d’un certain fil entre ses trois derniers Ă©crits, mais plus spirituel que tangible

AndrĂ© Bucher se dit Ă©crivain-paysan. Il peut revendiquer ce statut, lui qui vit dans le village de Montfroc, “dans l’extrĂȘme pointe sud de la DrĂŽme”, dans sa ferme d’altitude qui fait face Ă  la montagne de la Lure. Paysan depuis 44 ans, il a Ă©tĂ© un des pionniers de la culture bio. Dans cette voie, il a Ă©tĂ© longtemps prĂ©sident d’Agribio-DrĂŽme, et a siĂ©gĂ© dans de nombreuses instances de sa profession. Il est aussi Ă  l’origine de la grande foire bio de Montfroc, depuis 1984, oĂč, chaque premier week-end d’octobre, plus de 180 stands de producteurs bio s’y regroupent. Quant Ă  l’écriture
 “Je suis tombĂ© dedans? J’ai toujours aimĂ© Ă©crire, et lire, alors que mes parents n’aimaient pas ça. Mais j’ai eu aussi des institutrices qui ont su me mettre le pied Ă  l’étrier. À 20 ans, j’avais dĂ©jĂ  Ă©crit trois recueils de poĂ©sies, et un rĂ©cit. Pourtant j’ai tout arrĂȘtĂ©, et pendant vingt-cinq ans, parce que mon mĂ©tier de paysan m’a entraĂźnĂ© vers d’autres engagements
” Ce n’est qu’en 1988 qu’il se remettre Ă  Ă©crire, “l’hiver et la nuit”, parce que ses journĂ©es sont dĂ©jĂ  bien occupĂ©es par sa deuxiĂšme passion, la culture bio. AndrĂ© Bucher est co-fondateur de l’enseigne Biocoop.
Dans ce dernier livre, du reste, la nature est un personnage Ă  part entiĂšre. Le rĂ©cit entraĂźne dans une parabole autour d’une montagne â€œĂ©chouĂ©e comme une baleine blanche”. RĂ©fĂ©rence Ă  Herman Melville, qu’il cite, et qui plante le dĂ©cor. L’intrigue va mettre en scĂšne un “promoteur”, qui rachĂšte ferme sur ferme parce qu’il s’est mis en tĂȘte de “boucher un canyon”. Une quĂȘte physique, et mĂ©taphysique aussi, dont l’acteur n’aura pas forcĂ©ment conscience tout au long du rĂ©cit. AndrĂ© Bucher met habilement en parallĂšle la destruction progressive et programmĂ©e de toute une partie de toute une partie d’une rĂ©gion avec la destruction progressive et programmĂ©e, elle aussi, de la mĂ©moire de Pauline, un autre personnage de son rĂ©cit, cette fermiĂšre qui va accueillir le “promoteur” au sein de sa propre ferme, et qui souffre de la maladie d’Alzheimer

AndrĂ© Bucher est un homme solide. Ses romans aussi sont bien bĂątis. L’ouvrage est disponible Ă  la Nouvelle Librairie Baume.

La Tribune de Montélimar 9 avril 2015

- Le nouveau roman d'André Bucher

AndrĂ© Bucher publie un nouveau roman, le huitiĂšme : La Montagne de la derniĂšre chance. Celui que l’on appelle “l’écrivain-paysan”, qui compte parmi les voix les plus singuliĂšres de la littĂ©rature française d’aujourd’hui, y mĂȘle la cĂ©lĂ©bration de la nature sauvage et Ă©tude psychologique. Sur une montagne, autour d’un canyon qui en constitue le poumon, se croisent les destins de plusieurs personnages : Louis et Pauline, vieux fermiers ruinĂ©s par leur fils coupable d’un escroquerie Ă  l’assurance, Geffray, dĂ©linquant juvĂ©nile et compagnon de cellule du dit fils, en quĂȘte de rachat par le travail et de reconnaissance, Georges l’entrepreneur sans scrupule et mĂ©galomane qui a rachetĂ© la ferme de Louis et Pauline
 Chacun Ă  son niveau cherche dans la montagne son salut. Leur sort est liĂ© au sien. La fameuse montagne reprĂ©sente un personnage Ă  part entiĂšre. Elles est dĂ©crite avec beaucoup de poĂ©sie, en particulier la passage des saisons et les animaux qui la peuplent. On retrouve le thĂšme cher Ă  AndrĂ© Bucher de la relation (voire de l’affrontement, car Georges veut comble le canyon) entre l’homme et la nature.

Cécile Bonin
La Tribune 19 février 2015

- Gastronomie de montagne : Alpes gourmandes

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« L’économie montagnarde rĂ©siste bien grĂące Ă  l’agriculture, et donc en partie grĂące Ă  la gastronomie », explique AndrĂ© Bucher, Ă©crivain paysan, auteur de La Montagne de la derniĂšre chance (Ă©ditions Le Mot et le reste), et nous rappelle que planter des lĂ©gumes en altitude est une astuce ancestrale de rĂ©gĂ©nĂ©rescence germinale.

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LIRE L’ARTICLEDANSSONINTÉGRALITÉ :

PARTIE I
PARTIE II

Antoine Couder
Challenges 5 février 2015

- La Montagne de la derniÚre chance, huitiÚme roman d'André Bucher

Écrivain paysan des montagnes du sud de la DrĂŽme oĂč il vit toujours, militant bio de la premiĂšre heure (il est le fondateur de la cĂ©lĂšbre foire Bio de Montfroc) et pionnier d’un art de vivre alternatif, AndrĂ© Bucher est aussi l’une des voix les plus singuliĂšres de la littĂ©rature française contemporaine. À 69 ans, aprĂšs avoir pris sa retraite d’agriculteur, il poursuit Ă  Montfroc une brillante carriĂšre d’écrivain en publiant aujourd’hui, aux Ă©ditions Le mot et le reste, un huitiĂšme roman La Montagne de la derniĂšre chance.
Une fois de plus, AndrĂ© Bucher nous entraĂźne au cƓur de la nature grandiose de cette vallĂ©e du Jabron, qu’il connaĂźt si bien et oĂč les histoires et les vies se font et se dĂ©font au rythme des saisons. La Montagne de la derniĂšre chance est un livre choral dans lequel tous les personnages, gravitant autour d’un canyon qui n’est autre que le poumon de la montagne, courent aprĂšs leur derniĂšre chance alors que leur avenir fait Ă©cho Ă  celui du lieu. AndrĂ© Bucher dĂ©crit cet enjeu avec passion dans une langue immersion et poĂ©tique. Il y fait se croiser des destins, mĂȘlant leur sort Ă  celui de cet endroit qui les recueille. Son Ă©criture mĂȘle cĂ©lĂ©bration de la nature sauvage et Ă©tude psychologique en un phrasĂ© scandĂ©, hachĂ©, ourlĂ© d’images Ă  l’inquiĂ©tante beautĂ©.

Alain Bosmans
Le Dauphiné libéré 25 janvier 2015

- La Montagne de la derniĂšre chance

Dans la nature rien ne demeure immuable,
dĂ©nuĂ©e d’arriĂšre-pensĂ©e,
elle efface oublie ou remplace,
meurt puis renaĂźt.

AndrĂ© Bucher est un Ă©crivain qui Ă©crit toujours le mĂȘme livre et pourtant j’éprouve un plaisir neuf Ă  chaque nouvelle publication. Je le lis quand j’ai besoin de la beautĂ© d’un refuge, d’un endroit retirĂ© du monde, idĂ©al pour loger mes rĂȘves. Je le lis souvent. Je le relis.

Son huitiĂšme ouvrage met en scĂšne sensiblement les mĂȘmes personnages : la Nature ; des destinĂ©es cabossĂ©es qui veulent se reconstruire, souvent dans la souffrance ; des personnages en quĂȘte d’identitĂ©, louvoyant entre rĂ©demption et rĂ©silience ; des gens en place, simplement heureux de l’ĂȘtre, soudain trahis et devant se battre contre des arrivistes et des spĂ©culateurs ; des vieux sages solitaires qui apprivoisent tendrement les nouveaux arrivants ; des femmes, en mal d’amour ; la mĂ©moire, sa persistance ou sa perte ; l’amitiĂ© et l’humour.

Les mĂȘmes personnages, dans une histoire nouvelle — autour d’un canyon en danger, poumon de la montagne que l’on veut assassiner — qui flirte de plus en plus avec la magie oĂč dĂ©sirs et cauchemars, destruction puis renaissance d’un lieu, rythment un phrasĂ© tantĂŽt abrupt, tantĂŽt cĂ©lĂ©brant d’une force envoĂ»tante, tragique, poĂ©tique et solaire, la nature sauvage.
L’apparente simplicitĂ© de la plume d’AndrĂ© Bucher est un beau leurre. Il exalte dans un langage riche et puissant les liens profonds qui lient les paysans Ă  la nature. Il invente des mots pleins d’images qu’il faut relire pour en savourer la portĂ©e et la profondeur : « Un soleil chauve, on l’aurait jurĂ© vissĂ© en perspective au centre d’un double fond cĂ©leste, brillait chichement derriĂšre le rideau sali des nuages puis cet Ă©dredon boursouflĂ© engloutissait l’espace bĂ©ant, il se faufilait entre la ligne de front et la chaĂźne des monts intermĂ©diaires. Ensuite, la colossale baudruche, s’éventra, le blanc souillĂ© vira Ă  l’anthracite et les vallĂ©es disparurent Ă  la vue. »
Les dialogues sont vivants, chargĂ©s d’une oralitĂ© musicale, de mots brusques et bourrus, de silence, d’expressions terre Ă  terre. MalgrĂ© leur incertitude et leur complexitĂ© mentale, les personnages qui les tiennent sont entiers et gĂ©nĂ©reux, ont du nerf, de la rĂ©partie, du cƓur et de l’épaisseur : « 
il existe un langage dans la nature qu’à dĂ©faut d’endiguer, nous refusons de comprendre. Celui des catastrophes. Ce n’est pas comme si l’on traduisait ce langage ou que nous dĂ©sirions en devenir les interprĂštes. Non ! Ce qui nous intĂ©resse, tu vois, c’est comment s’en protĂ©ger. Et lĂ , durant mon existence, j’ai eu avec cet endroit, sa terre, ses arbres et ce canyon, on va dire
 une longue conversation. » Le cƓur profond du silence lucide se frotte au vacarme, Ă  la violence, au tragique de certains autres hommes : « Il avait enclenchĂ© une course contre la montre avec le passĂ© dans la ligne de mire et l’avenir en trompe-l’oeil. »
AndrĂ© Bucher personnifie les Ă©lĂ©ments naturels dans une succession d’effets poĂ©tiques. Le lecteur demeure fascinĂ© par la force, le rythme, les sonoritĂ©s, les images qui se lĂšvent soudain : « La terre Ă©vanouie n’est plus qu’une oreille blanche. Les flocons amortis dans un jeu d’adresse susurrent des mots humides Ă  ses tympans. C’est sa premiĂšre audition, l’air vibre, se frotte contre cet immense cartilage endormi. On y est, voici venir le grand tralala des draps blĂȘmes, le froid atrophie, Ă©treint les cƓurs secs. Une sorte d’avertissement. L’hiver s’annonce, lance ses osselets, heureux celui qui hiberne, il applaudit des deux mains. Dans ce pays, dĂšs que la poudrerie s’étend, dĂ©ploie sa mĂ©moire engourdie, il est coutume de dire : les histoires apparaissent. Le temps s’arrĂȘte, tout est figĂ©. »

Comme dans La VallĂ©e seule, un animal — compĂšre fĂ©tiche, Ă  l’ñme tutĂ©laire d’un grand sage — apparaĂźt en contrepoint pour Ă©clairer les comportements humains. Ici, le hĂ©ron sĂ©dentaire, portĂ© garant et signifiant muet de la chance

La Montagne de la derniĂšre chance est un long poĂšme en prose sur la cohabitation difficile des hommes entre eux, des hommes avec la vie animale, vĂ©gĂ©tale, les cycles qui cadencent, la chance qui sourit, ou pas. C’est aussi un dĂ©fi symbolique Ă  la Moby Dick oĂč les histoires s’emboĂźtent, les esprits se calment et s’exaltent, toujours au coeur du monde naturel qui dicte sa loi. Une lutte inĂ©gale, avec un trop plein de vengeance qui rivalise heureusement avec beaucoup d’amour et de pudeur.

AndrĂ© Bucher signe un roman dense et harmonieux, dont l’écriture et l’architecture jouent sur de multiples alternances, rĂ©pĂ©tant comme en Ă©cho l’appartenance Ă  une terre que l’on doit respecter sous peine de subir son effroyable colĂšre. « En manque de beautĂ©, il suffit de croire encore au pouvoir des mots. »

Pascale Arguedas
Calou, l'ivre de lecture Janvier 2015