La Montagne de la derniĂšre chance
Dans cette chute infinie, plusieurs siĂšcles de paysage sâenfouissent Ă jamais. Toute la poussiĂšre du monde trĂ©pigne, lorsquâelle sâĂ©tale dans ce vide absolu, chacun retient son souffle tel un point de cĂŽtĂ© surgissant dans lâeffort de la course avant la grande bascule et le fracas qui dĂ©ferle le long de cette colonne vertĂ©brale inerte.
PoussĂ© par un besoin viscĂ©ral de fuir la ville, Geffray â petite frappe en manque dâestime â se porte Ă la rencontre de Louis et Pauline, fermiers et parents amputĂ©s dâun fils qui les a mis sur la paille. Georges, un entrepreneur en quĂȘte de reconversion rachĂšte la ferme oĂč ils vivent et entend bien modeler lâespace Ă sa guise pour assouvir la dĂ©mesure de son projet foncier. Gravitant autour dâun canyon qui nâest autre que le poumon de la montagne, tous les personnages courent aprĂšs leur derniĂšre chance alors que leur avenir fait Ă©cho Ă celui du lieu. AndrĂ© Bucher dĂ©crit cet enjeu avec passion dans une langue immersive et poĂ©tique. Il y fait se croiser des destins, mĂȘlant leur sort Ă celui de cet endroit qui les recueille, suspendu entre ciel et terre, dans le dernier acte dâune saison de lâincertitude.
Revue de presse
- La Montagne de la derniĂšre chance Virginie Troussier Montagne Magazine Juin 2015
- La montagne de la derniÚre chance Noé Gaillard Daily Books 5 juin 2015
- André Bucher, écrivain subtil et paysan engagé... La Tribune de Montélimar 9 avril 2015
- Le nouveau roman d'André Bucher Cécile Bonin La Tribune 19 février 2015
- Gastronomie de montagne : Alpes gourmandes Antoine Couder Challenges 5 février 2015
- La Montagne de la derniÚre chance, huitiÚme roman d'André Bucher Alain Bosmans Le Dauphiné libéré 25 janvier 2015
- La Montagne de la derniĂšre chance Pascale Arguedas Calou, l'ivre de lecture Janvier 2015
Le titre de lâouvrage, porteur de lĂ©gende ou de rĂȘve, mâintriguait. AndrĂ© Bucher est un auteur imprĂ©vu, dont lâĂ©criture naĂźt de ses activitĂ©s successives de paysan, bĂ»cheron, berger ou mĂȘme de dĂ©bardeur (alias docker !) et de pionnier du bio.
Le premier chapitre sait accueillir des « gerbes dâĂ©toiles », « des Ă©toiles assoiffĂ©es », des « fumerolles de brouillard », des nuages qui sont autant « dâenfants fuyards de lâespace vide », un « tressage de bras dâeau » dâoĂč Ă©merge un « hĂ©ron neurasthĂ©nique ». Cependant un entrepreneur-repreneur saccage ce bel environnement de montagne en crĂ©ant une « autoroute » et une retenue dâeau, en dĂ©versant la terre dans un trou-cratĂšre ou en dĂ©tournant lâeau des sources pour construire â est-ce certain ? â un centrĂ© aĂ©rĂ©. Voila qui fera fuir les bĂȘtes, poussera les espĂšces en danger vers la disparition. Ă ce moment, les ombres deviennent des « phalĂšnes de gĂ©omĂštre » fluctuantes, les abĂźmes sont autant de « balafres », les empreintes des cerfs laissent leurs « cartes de visite » dans la neige, la lune devient « dĂ©catie » et le vent qui souffle transforme « les Ă©chines des pins en catapulte ».
En vĂ©ritĂ©, « les lieux ont des histoires Ă raconter ». Celle de cette ferme isolĂ©e, emprisonnĂ©e dans le paysage, en proie Ă un lacis de difficultĂ©s familiales et sociales. Le paysan, pris dans lâengrenage du dĂ©fi climatique et des rĂ©coltes dĂ©faillantes, sâendette par divers emprunts auprĂšs des banques. Son Ă©pouse perd la mĂ©moire et son fils la libertĂ© par son sĂ©jour en prison (il est le « fils du chagrin » ). Le patriarche doit vendre. Ă cet arrivant qui dĂ©truit le « canyon ». Ce drame humain et Ă©conomique sâĂ©labore sur le modĂšle du cheval remplacĂ© par un tracteur, de lâancien rattrapĂ© par une modernitĂ© peu humaine. Seul le berger Tony dĂ©nonce les mĂ©faits de la tronçonneuse, tire au fusil et met le feu aux engins de chantier. Le compagnon du fils-taulard, lui, trouve sa place Ă la ferme reconnu par la mĂšre Ă la mĂ©moire trompeuse !
Des expressions paysannes authentiques Ă©maillent le rĂ©cit (« la vache louche de la jambe »). Des comparaisons simples du ciel jonchĂ© dâĂ©toiles à « une passoire tamisant les vers luisants ». Et ce constat dâune bouleversante profondeur : « Tout ce que jâai perdu mâappartient ».
Lâarticle est consultable sur le site du FĂ©lipĂ©
AndrĂ© Bucher, lâancien beatnik qui fut docker berger, bĂ»cheron et pionnier du bio, vit dans une ferme de la vallĂ©e du Jabron, Ă 1200 mĂštres dâaltitude, face aux paysages des Alpes de Haute-Provence. Câest dans cet endroit, isolĂ©, le regard tournĂ©e vers le ciel â qui ouvre son Ă©ternitĂ© Ă qui sait le scruter, qui aide le corps Ă se dĂ©mĂȘler du sommeil et lâesprit Ă se dĂ©plier â quâil dĂ©crit les grands espaces. Sa plume sent le vĂ©cu, le territoire arpentĂ©, la solitude affrontĂ©e. Lâauteur sait que lâhostilitĂ© des lieux renforce les caractĂšres. Dans ce huitiĂšme roman, on retrouve ses piliers fĂ©tiches, des destinĂ©es cabossĂ©es plongĂ©es dans une histoire nouvelle, celle dâun canyon en danger. Avec sa langue rocailleuse, AndrĂ© Bucher nous prouve que la poĂ©sie dĂ©passe la vĂ©ritĂ© grise. Il trace des routes, tente dâamĂ©liorer la vie, nous prend dans sa nasse pour nous laisser percevoir au-delĂ du sensible. Il charrie la rigueur des hivers cassants comme la pierre, le frĂ©missement des feuilles dans les cimes, mille visages quâil sâattache Ă ressusciter. Ce bĂ»cheron charmant est un guetteur dâhistoires, enchaĂźnĂ© aux fantĂŽmes, vorace de la vie des hommes, attentif Ă leur condition sociale. Bucher a toujours eu lâart du murmure tranchant. La matiĂšre vibrante triomphe, comme la neige Ă©paississant les silences. Ce rĂ©cit tient Ă la terre par une tige presque invisible, câest un hymne Ă la libertĂ©, un appel Ă rĂ©sister Ă cette modernitĂ© qui nous Ă©loignerait du bruit de la tronçonneuse du voisin prĂ©parant son bois et qui semble nous souffler la sĂ©rĂ©nitĂ©.
CrĂ©er des images Ă©videntes, incontestables mais que nos sens dâaujourdâhui peinent Ă dĂ©celer, exemple « On entend, de la respiration dĂ©crochĂ©e des arbres, soupirer dans leur chute les gouttes dâeau. Elles viennent froisser, trembler la lumiĂšre dâune caresse furtive Ă la surface et Ă©treindre les voix dâeau. » AprĂšs une description dâun paysage bucolique on entre en raison pour faire la connaissance des personnages principaux. Un fils condamnĂ© pour escroquerie Ă lâassurance et dont les parents ont endossĂ© la faute â la mĂšre est frappĂ©e dâAlzheimer â et un fils abandonnĂ© Ă lui-mĂȘme qui est devenu jeune dĂ©linquant. La ferme du pĂšre de lâescroc a Ă©tĂ© vendue Ă un entrepreneur qui va vouloir modifier le paysage. Vous avez compris, AndrĂ© Bucher oppose deux types dâindividus, ceux qui vivent de et avec la nature et ceux qui pensent utilisation et rentabilitĂ©. Il nous laisse prendre position pour ou contre les uns et les autres. Mais comme chez Pierre Pelot, le vosgien, ou chez Jean Giono, le provençal, le lecteur attentif dĂ©couvre vite que ces auteurs vont au-delĂ de la simple opposition nature/homme⊠Il me semble que tout repose sur la nature de lâhomme, sur son Ă©ducation, sur ce qui donne naissance Ă ses envies. En gros quelque chose dâindicible⊠Et si AndrĂ© Bucher raconte poĂ©tiquement son histoire câest sans doute pour en rendre la violence plus supportable.
Une citation pour la route ? : » â En fin de compte, je me dis quâil y a pire que dâĂȘtre pauvre.
â Se retrouver ruinĂ© ?
â Non, ĂȘtre avide. »
ARTICLE A CONSULTERSURDAILYBOOKS
Le samedi 4 avril, AndrĂ© Bucher est venu dĂ©dicacer son dernier livre, La Montagne de la derniĂšre chance, qui est son huitiĂšme ouvrage. Une sĂ©ance de dĂ©dicaces prĂ©cĂ©dĂ©e en matinĂ©e, comme habituellement maintenant, par un Ă©change entre lâauteur et son public, qui fut dense et fructueux, dans les deux sensâŠ
Pas de lien vĂ©ritable entre les divers ouvrages dâAndrĂ© Bucher, mĂȘme si lâauteur conçoit lâidĂ©e dâun certain fil entre ses trois derniers Ă©crits, mais plus spirituel que tangibleâŠ
AndrĂ© Bucher se dit Ă©crivain-paysan. Il peut revendiquer ce statut, lui qui vit dans le village de Montfroc, âdans lâextrĂȘme pointe sud de la DrĂŽmeâ, dans sa ferme dâaltitude qui fait face Ă la montagne de la Lure. Paysan depuis 44 ans, il a Ă©tĂ© un des pionniers de la culture bio. Dans cette voie, il a Ă©tĂ© longtemps prĂ©sident dâAgribio-DrĂŽme, et a siĂ©gĂ© dans de nombreuses instances de sa profession. Il est aussi Ă lâorigine de la grande foire bio de Montfroc, depuis 1984, oĂč, chaque premier week-end dâoctobre, plus de 180 stands de producteurs bio sây regroupent. Quant Ă lâĂ©criture⊠âJe suis tombĂ© dedans? Jâai toujours aimĂ© Ă©crire, et lire, alors que mes parents nâaimaient pas ça. Mais jâai eu aussi des institutrices qui ont su me mettre le pied Ă lâĂ©trier. Ă 20 ans, jâavais dĂ©jĂ Ă©crit trois recueils de poĂ©sies, et un rĂ©cit. Pourtant jâai tout arrĂȘtĂ©, et pendant vingt-cinq ans, parce que mon mĂ©tier de paysan mâa entraĂźnĂ© vers dâautres engagementsâŠâ Ce nâest quâen 1988 quâil se remettre Ă Ă©crire, âlâhiver et la nuitâ, parce que ses journĂ©es sont dĂ©jĂ bien occupĂ©es par sa deuxiĂšme passion, la culture bio. AndrĂ© Bucher est co-fondateur de lâenseigne Biocoop.
Dans ce dernier livre, du reste, la nature est un personnage Ă part entiĂšre. Le rĂ©cit entraĂźne dans une parabole autour dâune montagne âĂ©chouĂ©e comme une baleine blancheâ. RĂ©fĂ©rence Ă Herman Melville, quâil cite, et qui plante le dĂ©cor. Lâintrigue va mettre en scĂšne un âpromoteurâ, qui rachĂšte ferme sur ferme parce quâil sâest mis en tĂȘte de âboucher un canyonâ. Une quĂȘte physique, et mĂ©taphysique aussi, dont lâacteur nâaura pas forcĂ©ment conscience tout au long du rĂ©cit. AndrĂ© Bucher met habilement en parallĂšle la destruction progressive et programmĂ©e de toute une partie de toute une partie dâune rĂ©gion avec la destruction progressive et programmĂ©e, elle aussi, de la mĂ©moire de Pauline, un autre personnage de son rĂ©cit, cette fermiĂšre qui va accueillir le âpromoteurâ au sein de sa propre ferme, et qui souffre de la maladie dâAlzheimerâŠ
AndrĂ© Bucher est un homme solide. Ses romans aussi sont bien bĂątis. Lâouvrage est disponible Ă la Nouvelle Librairie Baume.
AndrĂ© Bucher publie un nouveau roman, le huitiĂšme : La Montagne de la derniĂšre chance. Celui que lâon appelle âlâĂ©crivain-paysanâ, qui compte parmi les voix les plus singuliĂšres de la littĂ©rature française dâaujourdâhui, y mĂȘle la cĂ©lĂ©bration de la nature sauvage et Ă©tude psychologique. Sur une montagne, autour dâun canyon qui en constitue le poumon, se croisent les destins de plusieurs personnages : Louis et Pauline, vieux fermiers ruinĂ©s par leur fils coupable dâun escroquerie Ă lâassurance, Geffray, dĂ©linquant juvĂ©nile et compagnon de cellule du dit fils, en quĂȘte de rachat par le travail et de reconnaissance, Georges lâentrepreneur sans scrupule et mĂ©galomane qui a rachetĂ© la ferme de Louis et Pauline⊠Chacun Ă son niveau cherche dans la montagne son salut. Leur sort est liĂ© au sien. La fameuse montagne reprĂ©sente un personnage Ă part entiĂšre. Elles est dĂ©crite avec beaucoup de poĂ©sie, en particulier la passage des saisons et les animaux qui la peuplent. On retrouve le thĂšme cher Ă AndrĂ© Bucher de la relation (voire de lâaffrontement, car Georges veut comble le canyon) entre lâhomme et la nature.
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« LâĂ©conomie montagnarde rĂ©siste bien grĂące Ă lâagriculture, et donc en partie grĂące Ă la gastronomie », explique AndrĂ© Bucher, Ă©crivain paysan, auteur de La Montagne de la derniĂšre chance (Ă©ditions Le Mot et le reste), et nous rappelle que planter des lĂ©gumes en altitude est une astuce ancestrale de rĂ©gĂ©nĂ©rescence germinale.
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LIRE LâARTICLEDANSSONINTĂGRALITĂ :
Ăcrivain paysan des montagnes du sud de la DrĂŽme oĂč il vit toujours, militant bio de la premiĂšre heure (il est le fondateur de la cĂ©lĂšbre foire Bio de Montfroc) et pionnier dâun art de vivre alternatif, AndrĂ© Bucher est aussi lâune des voix les plus singuliĂšres de la littĂ©rature française contemporaine. Ă 69 ans, aprĂšs avoir pris sa retraite dâagriculteur, il poursuit Ă Montfroc une brillante carriĂšre dâĂ©crivain en publiant aujourdâhui, aux Ă©ditions Le mot et le reste, un huitiĂšme roman La Montagne de la derniĂšre chance.
Une fois de plus, AndrĂ© Bucher nous entraĂźne au cĆur de la nature grandiose de cette vallĂ©e du Jabron, quâil connaĂźt si bien et oĂč les histoires et les vies se font et se dĂ©font au rythme des saisons. La Montagne de la derniĂšre chance est un livre choral dans lequel tous les personnages, gravitant autour dâun canyon qui nâest autre que le poumon de la montagne, courent aprĂšs leur derniĂšre chance alors que leur avenir fait Ă©cho Ă celui du lieu. AndrĂ© Bucher dĂ©crit cet enjeu avec passion dans une langue immersion et poĂ©tique. Il y fait se croiser des destins, mĂȘlant leur sort Ă celui de cet endroit qui les recueille. Son Ă©criture mĂȘle cĂ©lĂ©bration de la nature sauvage et Ă©tude psychologique en un phrasĂ© scandĂ©, hachĂ©, ourlĂ© dâimages Ă lâinquiĂ©tante beautĂ©.
Dans la nature rien ne demeure immuable,
dĂ©nuĂ©e dâarriĂšre-pensĂ©e,
elle efface oublie ou remplace,
meurt puis renaĂźt.
AndrĂ© Bucher est un Ă©crivain qui Ă©crit toujours le mĂȘme livre et pourtant jâĂ©prouve un plaisir neuf Ă chaque nouvelle publication. Je le lis quand jâai besoin de la beautĂ© dâun refuge, dâun endroit retirĂ© du monde, idĂ©al pour loger mes rĂȘves. Je le lis souvent. Je le relis.
Son huitiĂšme ouvrage met en scĂšne sensiblement les mĂȘmes personnages : la Nature ; des destinĂ©es cabossĂ©es qui veulent se reconstruire, souvent dans la souffrance ; des personnages en quĂȘte dâidentitĂ©, louvoyant entre rĂ©demption et rĂ©silience ; des gens en place, simplement heureux de lâĂȘtre, soudain trahis et devant se battre contre des arrivistes et des spĂ©culateurs ; des vieux sages solitaires qui apprivoisent tendrement les nouveaux arrivants ; des femmes, en mal dâamour ; la mĂ©moire, sa persistance ou sa perte ; lâamitiĂ© et lâhumour.
Les mĂȘmes personnages, dans une histoire nouvelle â autour dâun canyon en danger, poumon de la montagne que lâon veut assassiner â qui flirte de plus en plus avec la magie oĂč dĂ©sirs et cauchemars, destruction puis renaissance dâun lieu, rythment un phrasĂ© tantĂŽt abrupt, tantĂŽt cĂ©lĂ©brant dâune force envoĂ»tante, tragique, poĂ©tique et solaire, la nature sauvage.
Lâapparente simplicitĂ© de la plume dâAndrĂ© Bucher est un beau leurre. Il exalte dans un langage riche et puissant les liens profonds qui lient les paysans Ă la nature. Il invente des mots pleins dâimages quâil faut relire pour en savourer la portĂ©e et la profondeur : « Un soleil chauve, on lâaurait jurĂ© vissĂ© en perspective au centre dâun double fond cĂ©leste, brillait chichement derriĂšre le rideau sali des nuages puis cet Ă©dredon boursouflĂ© engloutissait lâespace bĂ©ant, il se faufilait entre la ligne de front et la chaĂźne des monts intermĂ©diaires. Ensuite, la colossale baudruche, sâĂ©ventra, le blanc souillĂ© vira Ă lâanthracite et les vallĂ©es disparurent Ă la vue. »
Les dialogues sont vivants, chargĂ©s dâune oralitĂ© musicale, de mots brusques et bourrus, de silence, dâexpressions terre Ă terre. MalgrĂ© leur incertitude et leur complexitĂ© mentale, les personnages qui les tiennent sont entiers et gĂ©nĂ©reux, ont du nerf, de la rĂ©partie, du cĆur et de lâĂ©paisseur : « âŠil existe un langage dans la nature quâĂ dĂ©faut dâendiguer, nous refusons de comprendre. Celui des catastrophes. Ce nâest pas comme si lâon traduisait ce langage ou que nous dĂ©sirions en devenir les interprĂštes. Non ! Ce qui nous intĂ©resse, tu vois, câest comment sâen protĂ©ger. Et lĂ , durant mon existence, jâai eu avec cet endroit, sa terre, ses arbres et ce canyon, on va dire⊠une longue conversation. » Le cĆur profond du silence lucide se frotte au vacarme, Ă la violence, au tragique de certains autres hommes : « Il avait enclenchĂ© une course contre la montre avec le passĂ© dans la ligne de mire et lâavenir en trompe-lâoeil. »
AndrĂ© Bucher personnifie les Ă©lĂ©ments naturels dans une succession dâeffets poĂ©tiques. Le lecteur demeure fascinĂ© par la force, le rythme, les sonoritĂ©s, les images qui se lĂšvent soudain : « La terre Ă©vanouie nâest plus quâune oreille blanche. Les flocons amortis dans un jeu dâadresse susurrent des mots humides Ă ses tympans. Câest sa premiĂšre audition, lâair vibre, se frotte contre cet immense cartilage endormi. On y est, voici venir le grand tralala des draps blĂȘmes, le froid atrophie, Ă©treint les cĆurs secs. Une sorte dâavertissement. Lâhiver sâannonce, lance ses osselets, heureux celui qui hiberne, il applaudit des deux mains. Dans ce pays, dĂšs que la poudrerie sâĂ©tend, dĂ©ploie sa mĂ©moire engourdie, il est coutume de dire : les histoires apparaissent. Le temps sâarrĂȘte, tout est figĂ©. »
Comme dans La VallĂ©e seule, un animal â compĂšre fĂ©tiche, Ă lâĂąme tutĂ©laire dâun grand sage â apparaĂźt en contrepoint pour Ă©clairer les comportements humains. Ici, le hĂ©ron sĂ©dentaire, portĂ© garant et signifiant muet de la chanceâŠ
La Montagne de la derniĂšre chance est un long poĂšme en prose sur la cohabitation difficile des hommes entre eux, des hommes avec la vie animale, vĂ©gĂ©tale, les cycles qui cadencent, la chance qui sourit, ou pas. Câest aussi un dĂ©fi symbolique Ă la Moby Dick oĂč les histoires sâemboĂźtent, les esprits se calment et sâexaltent, toujours au coeur du monde naturel qui dicte sa loi. Une lutte inĂ©gale, avec un trop plein de vengeance qui rivalise heureusement avec beaucoup dâamour et de pudeur.
AndrĂ© Bucher signe un roman dense et harmonieux, dont lâĂ©criture et lâarchitecture jouent sur de multiples alternances, rĂ©pĂ©tant comme en Ă©cho lâappartenance Ă une terre que lâon doit respecter sous peine de subir son effroyable colĂšre. « En manque de beautĂ©, il suffit de croire encore au pouvoir des mots. »