La Mélodie sanctuaire
Dans un premier roman qui mĂȘle habilement musique et littĂ©rature, Arnaud Gauthier nous entraĂźne Ă la poursuite de la musique absolue.
Avant dâavoir Ă organiser son dĂ©part dâAngleterre comme un fugitif traquĂ©, Elias Wylon Ă©tait jusquâalors un journaliste musical influent Ă la carriĂšre exemplaire. CâĂ©tait sans compter sur la rĂ©vĂ©lation, par son ami Alex Grant Zyler, musicien mondialement reconnu, dâune musique qui envoĂ»te et possĂšde les auditeurs, faisant de lui un joueur de flĂ»te de Hamelin des temps modernes. DĂ©passĂ©s par la force ambivalente de cette musique, musiciens, producteurs et spectateurs rĂ©agissent de maniĂšre primale et parfois dangereuse. Doit-on la garder secrĂšte et lâĂ©tudier ou la dĂ©voiler au monde sous sa forme brute ? Les avis divergent et les intĂ©rĂȘts aussi. Petit Ă petit Elias, Alex et leurs amis vont se retrouver dans une spirale autodestructrice impliquant des forces qui les dĂ©passent. Entre sessions studios et sĂ©ances de piratage informatique, un roman surprenant qui tient le lecteur en haleine jusquâĂ sa rĂ©solution finale.
Revue de presse
- La Mélodie sanctuaire stephalivres 2 février 2019
- La Mélodie sanctuaire Patrick Beguinel Litzic.fr 18 février 2019
- La Mélodie sanctuaire Yann Suty La Cause littéraire 15 février 2019
Il y a toujours un parfum de nostalgie dans les livres qui parlent de musique. LâĂ©vocation littĂ©raire de groupes ou de morceaux que nous connaissons nous renvoie souvent aux moments oĂč nous les dĂ©couvrions, Ă une autre Ă©poque ; aux souvenirs. Mais ce nâest pas vraiment avec cette corde sensible quâArnaud Gauthier a dĂ©cidĂ© de jouer. La mĂ©lodie sanctuaire extrapole une autre question⊠Stairway to Heaven, Blowinâ in the wind, Redemption song, Dear Prudence ou les Suites pour violoncelle seul de Jean Sebastien Bach, qui nâa pas Ă©tĂ© entraĂźnĂ© par ces morceaux ? Que se passerait-il si un groupe, tout Ă coup, trouvait un Still Loving You ou un Smell like teen spirit puissance dix ? Une musique qui attraperait lâair du temps en mĂȘme temps que lâhistoire de lâhumanitĂ© ? VoilĂ le propos du livre.
Le roman nâa de cesse de troubler les lignes entre rĂ©alitĂ© et fiction. Les groupes connus et les mĂ©lodies cĂ©lĂšbres se mĂȘlent aux inventions dâArnaud Gauthier, tant et si bien que lâon se laisse emporter. Du coup, on y croit, Ă cette mĂ©lodie universelle venue du fond des Ăąges â et qui rappelle la façon dont le monde a Ă©tĂ© créé chez Tolkien â ; on se laisse aspirer dans le tourbillon de notes.
Le roman nâoublie pas de nous parler de la musique actuelle, des GAFA et des nouvelles technologies ; des algorithmes qui cherchent le tube, le hit qui fera vibrer et danser le monde entier.
De la statue de bronze de MĂ©rimĂ©e qui sâanime, Ă la VHS qui tue de Ring de Koji Suzuki, lâĆuvre dâart possĂšde parfois une puissance terrifiante. Arnaud Gauthier nous propose une variation du thĂšme avec ce thriller Ă©sotĂ©rique et musical.
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Jâai reçu ce livre suite Ă une masse critique Babelio. Ăa fait plaisir ça faisait longtemps que je nâavais pas Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©e! (En mĂȘme temps, jâoublie toujours que câest Ă 7h du matin que ça ouvreâŠ)
Ce que ça raconte :
Alex, Ă la tĂȘte dâun groupe cĂ©lĂšbre, dĂ©couvre fortuitement une mĂ©lodie qui touchent tellement les gens que certains sâen rendent malades. Elle les envoĂ»te. Mais il y a un prix Ă payer : sa santĂ©, et plus peut-ĂȘtre?
Ce que jâen pense :
Je ne mâattendais pas du tout à ça en lisant ce livre. Jâattendais une enquĂȘte trĂ©pidante, Ă une manipulation immense de la musique etc. Ăa nâest pas du tout ça. En fait il y a mĂȘme un long moment oĂč jâai eu du mal Ă accrocher, lâhistorique dâun groupe, lâimpression de lire une page Wikipedia. Pas dĂ©sagrĂ©able, câest bien Ă©crit, et puis quand on aime la musique ça doit ĂȘtre vraiment intĂ©ressant, mais totalement Ă lâopposĂ© de ce Ă quoi je mâattendais.
LâenquĂȘte et le dĂ©tail de cette mĂ©lodie « magique » nâarrive quâĂ la moitiĂ© du roman. Ce qui fait un peu long quand on sâattend à ça pour lâhistoire complĂšte. Pour autant ça se lit bien et facilement, câest juste que⊠oĂč est le plus? Je crois quâil faut partir sur cette lecture en se disant non pas « ça va ĂȘtre trĂ©pidant et stressant », mais plutĂŽt « tiens pourquoi cette mĂ©lodie sanctuaire et comment ils en sont arrivĂ©s là »? Ce qui change totalement lâoptique du livre. Et permettrait de ne pas ĂȘtre déçue quand on arrive Ă la fin du livre et que les derniĂšres phrases sont justement ce quâon attendait pour le dĂ©but.
Câest donc un livre agrĂ©able, mais qui, Ă cause dâune erreur dâattentes de ma part, mâa un peu laissĂ©e de glace. Dommage pour moi, mais pas pour le livre, il reste Ă lire, vraiment, lâidĂ©e est trĂšs bonne et trĂšs actuelle!
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Il est parfois Ă©tonnant de constater Ă quel point un livre peut vous faire de lâeffet. Des fois, il y parvient par des qualitĂ©s dâĂ©criture, dâautres par une histoire qui semble si rĂ©elle que nous en perdons nos repĂšres. Câest ici prĂ©cisĂ©ment le cas de La MĂ©lodie sanctuaire dâArnaud Gauthier (Le mot et le reste).
Nous vous prĂ©sentons le livre en une phrase ou deux. Alex Grant Zyler, rock star reconnue, accouche dâune mĂ©lodie si pure quâelle procure des Ă©motions inĂ©dites chez qui lâentend. Cette dĂ©couverte attise les passions tout comme elle semble intĂ©resser des pontes de lâindustrie musicale dĂ©sireux dâen Ă©tudier la moelle et dâen tirer un gros profit.
Nous nâen disons pas plus tant il est important de lire ce bouquin. Pourquoi ?
Parce quâil oscille entre thriller et documentaire, tout en Ă©tant pure fiction, se basant sur des discours Ă la fois mĂ©taphysiques, ethnologiques et religieux, et musicaux.
Parce que son dĂ©coupage est habile, malin, et surtout, comme lâair dĂ©couvert par Alex Grant Zyler, nous rend complĂštement accroc.
Parce que, et câest lĂ le plus beau, ce roman nous paraĂźt Ă ce point crĂ©dible (Ă un ou deux dĂ©tails prĂšs) que nous en venons Ă nous demander si cette fameuse mĂ©lodie sanctuaire nâest pas Ă©tudiĂ©e par quelques scientifiques avides et jusquâau-boutistes.
Il nous est trĂšs dur de ne pas nous emballer et de faire nos fans dans cette chronique tant le souffle que dĂ©gage le roman dâArnaud Gauthier nous a dĂ©vastĂ©. Nous y retrouvons ce que nous aimons par-dessus tout : un esprit rock, une Ă©nergie Ă©pique, un suspense insoutenable. En gros, presque la sainte trilogie Sex drugs and rock nâroll.
Nous aimons particuliĂšrement lâapproche biographique de ce groupe factice, Heart Vigilantes, introduite dans les sphĂšres actuelles de la pop musique. Nous aimons que cela soit crĂ©dible puisque contĂ© par Elias Wylon, journaliste musical (tandis que lâauteur du roman est lui musicien, compositeur et producteur de musique de film, de sĂ©ries et de documentaires, ce qui apporte, nous le rĂ©pĂ©tons, une approche trĂšs crĂ©dible de lâensemble), qui a suivi les pĂ©rĂ©grinations du fameux groupe jusquâĂ la dĂ©couverte de la mĂ©lodie sanctuaire (et mĂȘme aprĂšs).
Nous aimons que les ficelles qui auraient pu ĂȘtre grosses comme lâego de nâimporte quelle rock star (Ă vous de choisir qui vous haĂŻssez pour ce manque de modestie) soient au final fines comme une corde de mi-aigu. Les rouages sont parfaitement huilĂ©s dans cette histoire qui ne manque ni de rythme ni dâimagination. Bref, il sâagit presque dâun livre parfait, dans son fond comme dans sa forme.
Quâajouter de plus Ă cela ? Que la musique fait partie de nous depuis la nuit des temps, que nous ne pourrions vivre sans elle, mĂȘme si cela pouvait nous jouer, un jour ou lâautre, un tour pendable⊠si la mĂ©lodie sanctuaire existait vĂ©ritablement. Mais nâest-ce pas le cas ?
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La musique peut adoucir les mĆurs. Câest en tout cas ce que prĂ©tendent certains. Mais la musique est aussi capable de faire bien pire (que de nous Ă©corcher les oreilles). Et sâil existait une chanson avec des pouvoirs quasi magiques ? Une chanson capable dâensorceler les gens, de leur rendre la vie plus douce, mais qui pourrait Ă©galement rĂ©vĂ©ler les pulsions primaires et crĂ©er le danger, lâinsĂ©curitĂ© ? Il sâagirait dâune chanson qui fait succomber celui ou celle qui lâĂ©coute dĂšs la premiĂšre note, et qui ensuite devient comme une drogue quâon ne se lasse jamais dâĂ©couter. Ce serait une chanson qui a les mĂȘmes pouvoirs que la musique du joueur de flĂ»te dâHamelin ou que le chant des sirĂšnes de LâOdyssĂ©e.
Cette chanson existe et elle a Ă©tĂ© créée par Alex Grant Zyler, un chanteur dâun des plus grands groupes de rock du monde.
En fait, le chanteur du groupe Heart Vigilantes ne lâa pas vraiment créée. Cette chanson sâest plutĂŽt rĂ©vĂ©lĂ©e par sa guitare et sa voix, car elle existe depuis trĂšs longtemps. Elle existe mĂȘme depuis plusieurs siĂšcles et elle lie les hommes entre eux. Câest « une mĂ©lodie venue du fond des Ăąges » qui rĂ©apparaĂźt de temps Ă autre, sous diffĂ©rentes formes. Ceux qui lâĂ©coutent se retrouvent alors comme enfermĂ©s dans un sanctuaire, câĂ©tait comme si un chaman les contrĂŽlait. On lâappelle la « mĂ©lodie sanctuaire ».
Certaines personnes ne voient pas cela dâun bon Ćil et estiment quâil faut empĂȘcher une telle musique de se rĂ©pandre. Car cette musique est « comme un vampire », qui pompe toute lâĂ©nergie. LâhumanitĂ© risque gros. Il vaut mieux la garder secrĂšte. Dâautres, au contraire, estiment quâil faut la dĂ©voiler au plus grand nombre. Les gens ont le droit de savoir.
Au dĂ©but du roman, le critique de musique et prĂ©sentateur tĂ©lĂ© Elias Wylon sâapprĂȘte Ă rĂ©vĂ©ler cette chanson au monde entier en la diffusant sur Internet. Il nâest pas sĂ»r de survivre. Il est traquĂ©.
On peut le dire : ce sujet est diablement excitant. La question qui se pose alors est : ce sujet diablement excitant est-il traitĂ© Ă la hauteur de sa promesse ? Le livre commence plutĂŽt bien. Câest vivant, alerte. On croirait lire un article dâun magazine de rock, ce qui est un peu le cas, car le narrateur est justement un journaliste rock, et lâun des plus influents de la planĂšte. Il nous emmĂšne dans les coulisses de la vie dâAlex Grant Zyler. Sur scĂšne, entre deux concerts, chez lui dans lâintimitĂ©, en train de composer. Le narrateur se fait quasiment le biographe du musicien, en retraçant son parcours depuis ses dĂ©buts. Le livre ressemble Ă un magazine rock au niveau du ton et de lâĂ©criture, bien quâon ait pu lire des magazines de rock avec un style plus Ă©chevelĂ©.
La deuxiĂšme partie sâavĂšre malheureusement peu convaincante. On rentre alors en plein complot. La « mĂ©lodie sanctuaire » est convoitĂ©e par une espĂšce de sociĂ©tĂ© secrĂšte qui existe depuis la nuit des temps ou presque. Elle a des antennes partout dans le monde et des agents prĂȘts Ă intervenir dĂšs quâelle rĂ©apparaĂźt pour sâen emparer. Lâhistoire bascule dans lâhistoire dâespionnage dĂ©jĂ trop vu ou trop lu, celle du type qui a un secret quâil veut rĂ©vĂ©ler mais que des mĂ©chants veulent attraper. Question suspense, on a dĂ©jĂ vu largement mieux. Mais ce nâest pas un livre dâespionnage. Dommage quâArnaud Gauthier se soit embarquĂ© dans cette voix.
Au final, La mĂ©lodie sanctuaire est un livre distrayant, qui déçoit dans la mesure oĂč il aurait pu ĂȘtre nettement mieux que ce quâil annonçait. Dâun autre cĂŽtĂ©, on peut fĂ©liciter lâauteur dâavoir Ă©crit un livre qui invite Ă concevoir dâautres dĂ©veloppements ce quâil aurait pu ĂȘtre. La littĂ©rature, câest aussi la facultĂ© de stimuler lâimagination.
Il est Ă noter quâun certain nombre de coquilles nuisent la lecture, avec des rĂ©pĂ©titions oubliĂ©es (« MalgrĂ© tout, la soirĂ©e se passa joyeusement malgrĂ© tout, nous retrouvĂąmes des amis communs, on parla surtout de moi⊠», page 56), un personnage qui change subitement de prĂ©nom (page 181) ou quelques fautes dâorthographe ici et lĂ .
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