Kleptorama
Une prose virevoltante qui se voudrait poĂ©sie de contrebande et qui rime dâallitĂ©rations en assonances comme pour conjurer les manies qui ne riment Ă rien.* Car, en vĂ©ritĂ©, câest avant tout dâĂ©criture que se nourrit StĂ©phanie Lopez. Avec lâappĂ©tit fĂ©roce des jeunes Ă©crivains qui ne veulent pas laisser une miette dâinspiration se dĂ©rober Ă eux.
Lyon Capitale
Sybille V., une journaliste pigiste qui mĂšne en apparence une heureuse quoique prĂ©caire vie de trentenaire urbaine, est en rĂ©alitĂ© une kleptomane notoire, complĂštement asservie au rĂšgne de lâobjet et des marques. En plus de chaparder, chouraver, dĂ©pouiller, son cĂŽtĂ© « control freak » lâamĂšne Ă tout ranger, rĂ©genter, classer, lister, calculer et la rend insupportable Ă son entourage. BourrĂ©e de tocs, elle sâenfonce chaque jour davantage dans son addiction jusquâau moment oĂč elle dĂ©cide dây remĂ©dier. DĂ©bute alors un chemin de croix tragi-comique, oĂč chaque aventure est prĂ©texte Ă tourner un regard grinçant sur notre sociĂ©tĂ©.
Dans ce rĂ©cit Ă la premiĂšre personne au style enlevĂ© â une prose rythmĂ©e qui rime tout au long du rĂ©cit â lâauteur rĂ©ussit tout simplement Ă parler dâune gĂ©nĂ©ration nĂ©e et Ă©levĂ©e dans le tout consumĂ©risme et le tout aseptisĂ©.
Revue de presse
- Livre échange Radio Quenelle Octobre 2012
Rentrée littéraire C.M. LYON CAPITALE octobre 2012
LA RENTRĂE LITTĂRAIRE MARSEILLAISE MickaĂ«l Penverne 20 MINUTES Ă©dition Marseille 06/09/2012
« La vie est un roman, paraĂźt-Ăźle, alors, autant voler haut »âŠ
Le titre capte ; quelquâun â une, bien sĂ»r ! qui « choure ». Va-t-on partir, pour lâaventure, tout en Ă©motions illĂ©gales dâune voleuse des beaux quartiers, en trip valant dope, rentrant â belle de jour Ă sa façon â dans son intĂ©rieur bourgeois, reprendre, lâair de rien, sa vie « normale », avec dans ses tiroirs, un cent de petites culottes haut de gamme ? Ce serait romanesque, mais plutĂŽt banal.
Le livre de StĂ©phanie Lopez se situe ailleurs : pas affichĂ© autobiographie pour salle dâattente des psy, mais une fichue connaissance de ces dĂ©viances, quand mĂȘme. Un roman, si lâon veut, cela en a le genre, mais plutĂŽt un drĂŽle de rĂ©cit, caracolant, mi-figue, mi-raisin, dans le cerveau, montĂ© bizarrement, de ces gens, pour qui, un objet, ça sâattrape, et ça ne se paye pas.
Câest une femme (faudrait voir si les statistiques valident ces reprĂ©sentations de pies voleuses, plutĂŽt femelles), Sibylle, jeune, Ă©duquĂ©e, pigiste â grappillant donc, de ci de lĂ , dĂ©jĂ de menus subsides, mais, pas vraiment « dans le besoin ». Elle va nous montrer comment ça marche, un imaginaire, et ensuite un cerveau actif de kleptomane. Une autopsie drolatique et parfois dramatique : « Je viens dâacheter un paquet de biscuits au rayon biscottes, et omis dans mon cabas Monopâ je ramĂšne tout un panier dâescamote : du saumon fumĂ© hors de prix, du fromage de brebis, des piles duracell⊠bip, bip, dans mon filet garni, ça fait quarante sept euros dâĂ©conomies ». Et la chaumine, oĂč elle vit en couple avec un archi qui ne sâinterroge pas trop, de se garnir en cuisine, avec du bon, du cher⊠On nous glisse ça et lĂ quelques Ă©clairages sur la façon de changer les Ă©tiquettes, de planquer les produits plats en dessous des packs de lait, mais, pour autant, ce nâest pas « chourer-mode dâemploi » ! mieux vaut ne pas reproduire lâexpĂ©rience Ă votre prochain pousse-caddy du samedi⊠lâaffaire de StĂ©phanie Lopez est moins technique que psychologique. Le mĂ©canisme mental de la klepto, en mal dâĂ©motions fortes (« oser, audace, culot, couilles dâaplomb »), est un grand huit qui file le mal au cĆur : « sans recul aucun, je prends mon shoot dâadrĂ©naline, en un Ă©clair, le sang qui cogne le cĆur qui flashe en passant les portiques de la FNAC », avec en poche un Leica de 4000 Euros, la plus belle prise de cette Ă©trange chasse. Elle dĂ©crit ce mal bizarre, oĂč « tout ce qui nâest pas gratuit est en somme hors de prix, aux yeux du K malade et malfrat ; il devient inconcevable de payer ce qui peut se chiper ». Ătranges pulsions, quâon balaye, page aprĂšs page, comme voyage au pays dâune drogue, dâune addiction de plus, avec ses envies, ses montĂ©es, son plateau, ses inĂ©vitables descentes, et, bien entendu, son manque, tel, que Sibylle en arrive, sur les marchĂ©s, Ă voler des trognons de courgettes jetĂ©es aux poubelles, ramenĂ©s Ă la maison, comme trophĂ©e⊠On rigole plus, lĂ ; notre regard changeâŠ
Elle consulte â Ă©videmment, et « dâinterdiction Ă frĂ©quenter les magasins », en prescription de surdoses de Xanax, dâobservation fine et croisĂ©e de ses « heures de vol », elle bascule â fallait sây attendre â dans dâautres curiositĂ©s en troubles du comportement : dĂ©viance du rangement et de la propretĂ©, paranoĂŻa sournoise : va-t-on me voler tous mes trĂ©sors si bien rangĂ©s ? La boucle est bouclĂ©e⊠Souffrances⊠comparaison frĂ©quente avec certains personnages de Hitchcock, Marnie, bien sĂ»r ; un des titres de chapitres ne sâappelle-t-il pas « pas de printemps pour Sibylle »⊠elle est parfois attrapĂ©e par la marĂ©chaussĂ©e â celle qui, annĂ©es Sarko oblige, doit faire du chiffre.
RenaĂźtra-t-elle, quelque part ? Y-aura-t-il un endroit oĂč le consumĂ©risme moins fort, fera rendre les armes Ă cette « escroc femelle » ? Lisez donc !! Mais, bien entendu, vous aurez, pour cela, avant, « achetĂ© » le livre !!
Une émission littéraire avec comme invitée Stéphanie Lopez. Disponible en podcast sur le lien ci-dessous.
KLEPTO-WOMAN
Dans son journal, le trĂšs sarcastique Jules Renard Ă©crivait: âJe sais que la littĂ©rature ne nourrit pas son homme. Par bonheur, je nâai pas trĂšs faim.â Il nâen est pas de mĂȘme pour Sybille, lâhĂ©roĂŻne de Kleptorama. Non pas quâen dĂ©pit de ses maigres Ă©moluments dâĂ©crivain-journaliste-pigiste elle crĂšve la dalle â aprĂšs tout, les exemples sont nombreux de personnes condamnĂ©es pour un vol induit par la misĂšre. Non, dans le cas de Sybille, lâĂ©quation est un peu diffĂ©rente. Certes, elle ne roule pas sur lâor, plutĂŽt sur les jantes Ă vrai dire. Mais surtout elle prend un malin âplaisirâ, pathologique, Ă se livrer Ă la rapine, Ă dĂ©velopper des techniques de choure dont la sophistication nâa dâĂ©gale que lâĂ©vidence. Ayant, bien sĂ»r, le retour du bĂąton. Sybille, câest un peu la Madame Bovary de StĂ©phanie Lopez, dont la plume barrĂ©e nous avait valu un premier roman baptisĂ© La Tectonique des rĂȘves. Celui-ci est bien plus ancrĂ© dans la rĂ©alitĂ©, mĂȘme si la langue foisonnante et joueuse de lâauteure donne des allures de conte â autant que de ludique manuel du chapardeur â Ă cette histoire de kleptomane qui essaie de soigner des nĂ©vroses: celle, entre autres, en une belle ironie, dâĂȘtre volĂ©e. Si le style fait lâhomme, et donc la femme, alors StĂ©phanie Lopez en a du style, peut-ĂȘtre un peu trop parfois. Certains trouveront lâouvrage quelque peu surĂ©crit, dâautres truffĂ© de trouvailles langagiĂšres. Une prose virevoltante qui se voudrait poĂ©sie de contrebande et qui rime dâallitĂ©rations en assonances comme pour conjurer les manies qui ne riment Ă rien. Car, en vĂ©ritĂ©, câest avant tout dâĂ©criture que se nourrit StĂ©phanie Lopez. Avec lâappĂ©tit fĂ©roce des jeunes Ă©crivains qui ne veulent pas laisser une miette dâinspiration se dĂ©rober Ă eux.
Il nây a pas que le 6e arrondissement de Paris. Câest aussi la rentrĂ©e littĂ©raire Ă Marseille. La ville compte 56 maisons dâĂ©dition professionnelles et amatrices qui, comme dans la capitale, sortent leurs nouveautĂ©s en septembre.
(âŠ)
De son cĂŽtĂ©, le Mot et le Reste publie Kleptorama de StĂ©phanie Lopez, oĂč lâon suit les tribulations de Sybille, journaliste et kleptomane en tentative de rĂ©demption.