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Parution : 15/02/2005
ISBN : 9782915378122
152 pages (21 x 14,8 cm)

16 €

Journal de bord d’un nĂ©grier

Si la vision de l’humanitĂ© est terrifiante, le texte n’en remet pas moins en cause de nombreux clichĂ©s. Outre son intĂ©rĂȘt historique, le Journal se montre littĂ©rairement passionnant: dans une langue quasi clinique, le traitement sur le mĂȘme plan du commerce humain et de la mĂ©tĂ©o fait froid dans le dos.

Baptiste Liger – Lire

Ce journal de bord a Ă©tĂ© Ă©crit en 1762 par Jean Pierre Plasse, tombĂ© dans l’oubli depuis bien longtemps. Il a fallu la tĂ©nacitĂ© d’un de ses descendants, Bernard Plasse, pour que le manuscrit, dĂ©posĂ© au MusĂ©e de la Marine de Marseille devienne un ouvrage enfin accessible au public.
C’est un rĂ©cit par lequel nous pouvons entrer directement dans des modes d’apprĂ©hensions du rĂ©el, presque dans l’intimitĂ© d’un nĂ©grier
 Car s’il est bon de savoir une chose, il est toujours intĂ©ressant de se la reprĂ©senter avec les yeux des contemporains. Sans cela il n’est pas, il ne peut pas ĂȘtre de vraie histoire.
Le prĂ©facier, Olivier PĂ©trĂ©-Grenouilleau, est l’auteur de la somme : Les Traites nĂ©griĂšres, essai d’histoire globale, Paris, Gallimard, « BibliothĂšque des Histoires », 2004.

Revue de presse

- La banalitĂ© du mal - Journal de bord d’un nĂ©grier Marie-Noelle Recoque Le ProgrĂšs social n°2542 17 dĂ©cembre 2005
- Journal de bord d’un nĂ©grier GĂ©rard Molina Monde diplomatique AoĂ»t 2005
- Journal de bord d’un nĂ©grier Baptiste Liger Lire Juin 2005

- La banalitĂ© du mal - Journal de bord d’un nĂ©grier

Bernard Plasse est, de son propre aveu, « implacablement le descendant d’un nĂ©grier ». Il nous propose, réécrit en français d’aujourd’hui, le carnet de bord tenu par son ancĂȘtre Jean-Pierre Plasse.

Ce document d’époque ne manque pas d’intĂ©rĂȘt, il nous permet de vivre au quotidien la pratique d’un homme se livrant au commerce des ĂȘtres humains, au XVIII^e^ siĂšcle. Ce commerce est alors une profession reconnue et normĂ©e qui s’inscrit dans une organisation plus large, complexe et bien rĂŽdĂ©e dont l’auteur va nous dĂ©voiler le fonctionnement.
Si pour l’essentiel le journal de ce nĂ©grier est Ă©difiant, il prĂ©sente quelques obscuritĂ©s en rapport avec son contexte et il serait donc souhaitable que dans une autre Ă©dition, le texte soit annotĂ© par un historien pour clarifications.

Nous sommes en 1762. Jean-Pierre Plasse est subrĂ©cargue de l’EspĂ©rance, autrement dit, il est le reprĂ©sentant, Ă  bord, de l’armateur français. Il pratique une sorte de cabotage sur la cĂŽte entre le Cap Vert et la Sierra Leone, qui s’avĂšre ĂȘtre une succession de villages africains et de forts tenus par des EuropĂ©ens.
Jean-Pierre Plasse transcrit soigneusement tous les dĂ©tails prĂ©cieux dans l’éventualitĂ© d’un autre voyage : la constitution des fonds, les conditions d’accĂšs Ă  la cĂŽte dont il trace des croquis, relevant au passage quelque erreur topographique figurant sur les cartes marines.
Il dĂ©crit, par ailleurs, les us et coutumes dont il est tĂ©moin avec ironie, voire avec mĂ©pris, mais Ă©galement avec un souci du dĂ©tail qui trahit chez lui un intĂ©rĂȘt rĂ©el pour ce qu’il dĂ©couvre.
À travers son regard, mĂȘme si le “ marchand “ ne s’appesantit pas sur le sujet, les Africains apparaissent comme des fainĂ©ants et des fripons. Au cours de ses tribulations, il ne rencontrera qu’un Noir qui ne diffĂ©rera “que de la peau avec un Blanc par ses sentiments d’honneur et de probitĂ©.” Les mots “honneur” et “probitĂ©â€ font sourire, aujourd’hui, dans la bouche d’un nĂ©grier.
La prĂ©occupation premiĂšre de Jean-Pierre Plasse, tout au long du voyage, est la quĂȘte de provisions, de bois Ă  brĂ»ler et surtout d’eau douce. Il lui faut sans cesse quĂ©mander et nĂ©gocier pour se voir fourni en futailles remplies Ă  l’embouchure des riviĂšres par des Africains aussi rusĂ©s que lui.
La traite. Il s’agit d’un commerce bien organisĂ© mais dont les rĂšgles varient selon les lieux et les interlocuteurs. Le nĂ©grier doit sans cesse louvoyer, voire se plier aux exigences des fournisseurs europĂ©ens mais le plus souvent africains vice-roi des villages, courtiers noirs, intermĂ©diaire du roi du Dahomey

Dans ce journal de bord, point de razzia ni mĂȘme d’entrĂ©e en force sur le territoire propice Ă  la traite. Il faut longer le littoral et tĂąter le terrain Ă  distance de chaque village. Parfois des feux annoncent que des captifs sont disponibles. Ou alors des pirogues amĂšnent au bateau un courtier africain (parfois formĂ© en Europe) qui propose une offre Ă  nĂ©gocier “deux captifs”, “un nĂ©grillon”,
“quelques esclaves”
 Le nĂ©grier doit se rendre Ă  l’évidence: “Ces endroits ne sont guĂšre propices Ă  trouver beaucoup d’esclaves. Ils n’ont point de guerre.” Parfois les humains proposĂ©s Ă  la vente sont refusĂ©s parce que trop chers, trop vieux ou en mauvaise santĂ©. Le nĂ©grier se plaint, par ailleurs, des multiples taxes ou droits imposĂ©s en surcroĂźt qui viennent grever son budget d’acheteur.
On le sent bien, il n’est pas en pays conquis, et son exaspĂ©ration vient de son obligation Ă  se plier aux rĂšgles commerciales dĂ©finies par ses partenaires africains. “AprĂšs dĂ©jeuner, il est question de parler des droits du roi qu’il faut avoir payĂ©s au prĂ©alable pour pouvoir commencer la traite.”

Les Africains pratiquant la traite ont des attentes trĂšs prĂ©cises en ce qui concerne leur rĂ©tribution, elles varient selon les lieux. Certains veulent des miroirs, grelots, rasades, mais aussi des objets utilitaires, des briquets, des limes, des gobelets, des bassins en cuivre ou en Ă©tain, des couteaux, des pots Ă  eau en grĂ©s, des mouchoirs de Cholet prĂ©fĂ©rĂ©s Ă  ceux de PondichĂ©ry ; d’autres exigent des barres de fer, du tissu d’indienne, du tabac, de l’alcool, mais Ă©galement des fusils et de la poudre. Les Africains mĂȘlĂ©s au commerce de la traite sont armĂ©s. Dada, le roi de BomĂ©, habite un palais muni de casernes et “sa gardĂ© est de huit mille hommes, tous bien armĂ©s.”

Jean-Pierre Plasse rassemble les captifs dans un magasin. Alors interviennent de nouveaux acteurs de ce commerce. Le nĂ©grier les nomme car il doit les payer en pagnes, suif ou eau-de-vie: le portier, la blanchisseuse, la porteuse d’eau, le tronquier qui met les captifs au fer, le garçon qui prĂ©vient de l’ouverture de la traite, celui qui avait annoncĂ© 1’arrivĂ©e du bateau nĂ©grier, les remplisseurs de futailles d’eau douce


Pour finir, le nĂ©grier raconte comment il a acheminĂ© les humains achetĂ©s vers le bateau : “Je fus chez le gouverneur Ă  la tĂȘte des esclaves en ordre de marche. Ils chantaient au son du tambour, portant le drapeau du navire. Ce fut la premiĂšre surprise des habitants, qui n’avaient jamais vu de bĂątiment nĂ©grier avec des esclaves sans fers, et de les voir si contents (sic). “
Le bateau nĂ©grier lĂšve l’ancre et cherche les vents favorables pour filer en direction de l’AmĂ©rique, il passe au large de l’üle Anamabou, une Ăźle dont jadis, les nĂšgres esclaves se rendirent maĂźtres en tuant tous les Portugais.
Et le journal s’achĂšve lors de l’arrivĂ©e au Cap français. “Je finis mon voyage ici, nous dit le nĂ©grier, en y restant pour le recouvrement de la vente des nĂšgres.“
Il faut lire ce texte qui fait voir la traite Ă  travers le regard d’un contemporain, nĂ©grier de surcroĂźt. Comme le fait remarquer Bernard Plasse, le manuscrit de son aĂŻeul reste emblĂ©matique de ce que peut ĂȘtre “la banalitĂ© du mal”.

Marie-Noelle Recoque
Le ProgrÚs social n°2542 17 décembre 2005

- Journal de bord d’un nĂ©grier

PubliĂ© par un descendant direct de l’auteur, ce journal donne Ă  voir l’état d’esprit d’un acteur de la traite atlantique. Plasse, dĂ©lĂ©guĂ© de l’armateur sur un navire nĂ©grier, raconte une annĂ©e de voyage en 1762-1763, entre Amsterdam et le Surinam, via l’Afrique. C’est un document rare, ethnographique par endroits, utilement prĂ©facĂ© par un historien de la traite, qui rĂ©vise quelques idĂ©es reçues. Il n’y a pas d’« achat groupĂ©s » en un seul lieu comme l’üle de GorĂ©e. Acheter 417 esclaves exige quantitĂ© de mouillages et de transactions entre le Cap-Vert et la Sierra Leone. Les intermĂ©diaires africains, vices-rois, chefs locaux et courtiers, tous des Noirs, sont dĂ©cisifs, mĂȘme si les EuropĂ©ens ont installĂ© des forts traitant avec les tribus de l’intĂ©rieur. Les guerres, plus que les razzias, fournissent le matĂ©riel humain. Marchandisation et dĂ©shumanisation s’étalent crĂ»ment : « Le prix des enfants est arbitraire, c’est selon leur Ăąge. Les garçons valent toujours davantage que les filles. » Et, malgrĂ© les prĂ©cautions affichĂ©es lors du transport, un taux Ă©levĂ© de mortalitĂ© (18,4%) parmi les esclaves, rĂ©duits Ă  l’état de marchandise


Gérard Molina
Monde diplomatique Août 2005

- Journal de bord d’un nĂ©grier

« Si la vision de l’humanitĂ© est terrifiante, le texte n’en remet pas moins en cause de nombreux clichĂ©s. Outre son intĂ©rĂȘt historique, le Journal se montre littĂ©rairement passionnant: dans une langue quasi clinique, le traitement sur le mĂȘme plan du commerce humain et de la mĂ©tĂ©o fait froid dans le dos. »

Baptiste Liger
Lire Juin 2005