J'attends Mehdi
Mehdi ça peut ĂȘtre nâimporte qui ; lui comme un autre. Pour le moment je prĂ©fĂ©rerais que ce soit lui, que ça puisse ĂȘtre lui, quâil ne bouge pas et quâil me laisse tourner, quâil se laisse regarder. Quâil se laisse voir, quâil se laisse faire. Chaque fois je prĂ©fĂ©rerais que ce soit lui, revoir Mehdi derriĂšre sa vitre une nuit dâĂ©tĂ©, il est toujours question de Mehdi.
Ăvidemment la solution serait de lui parler. Avancer vers lui et lui parler.
Bonjour, un camping en Méditerranée ça vous dit quelque chose ?
La piscine du camping est dĂ©serte et fermĂ©e. Lorsque Mehdi ouvre la grille je le dĂ©passe et vais mâasseoir sur un talus surplombant le bassin, Ă distance. Le tee-shirt rouge vole un instant, puis sâĂ©tale lentement sur le bĂ©ton. Mehdi se jette Ă lâeau, je vois son torse lisse, Ă peine. Lâai-je vu ? Ă peine ai-je vu ce torse lisse que je dois mâen souvenir car lâeau en va-et-vient ondule un corps coulĂ© oĂč le soleil fait dĂ©ferler des formes fluides, ce corps aux cheveux de mĂ©duse traverse lâĂ©clat liquide des figures indĂ©cises, Ă©tirĂ©-ramassĂ© il glisse sous lâeau comme un poisson de bassin de chĂąteau et peu Ă peu la surface se dĂ©mĂȘle, lâeau est limpide dans la lumiĂšre de la soirĂ©e, Mehdi nage sur le fond et sa peau Ă peine floue troue le rectangle bleu.
Jâattends Mehdi est la traversĂ©e dâun dĂ©sir, dans un improbable face-Ă -face avec un ĂȘtre qui sâĂ©clipse sitĂŽt que lâon sâen approche. « Je vais ĂȘtre absent un temps indĂ©fini » : voilĂ le fil sur lequel marche une femme Ă la recherche dâun homme. Elle nous entraĂźne au hasard des rues, le long du littoral, du Sud Ă©crasĂ© de chaleur aux cĂŽtes ruinĂ©es de lâAngleterre, toujours Ă la lisiĂšre entre des lieux imaginaires et une rĂ©alitĂ© gĂ©ographique. Dans cette poĂ©sie de lâerrance portĂ©e par lâacteur principal du livre, un homme peut en cacher dâautres.
Revue de presse
Ce sont deux jeunes romanciĂšres publiĂ©es chez le mĂȘme Ă©diteur, Le mot et le reste, qui dialoguent ici.
Magali BrĂ©non, qui a dĂ©jĂ Ă©crit en particulier pour des catalogues dâart, y a publiĂ© son premier livre, Jâattends Medhi. BĂ©atrice Rilos, plasticienne et Ă©crivaine, son deuxiĂšme, Is this love, aprĂšs Enfin. On fera silence, publiĂ© au Seuil dans la collection DĂ©placements dirigĂ©e par François Bon. Deux livres de quĂȘte, en poĂ©sie.
Il y sera question dâĂ©critures contemporaines et de correspondances avec dâautres formes dâexpressions artistiques. Mais ce sera aussi lâoccasion dâĂ©voquer le rapport privilĂ©giĂ© quâun auteur entretient avec un « petit » Ă©diteur, et de lâĂ©change, nourri de dĂ©couvertes ou de tensions, qui sâinstaure avec ce premier lecteur si particulier.
Les chemins de la connaissance