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Parution : 15/02/2018
ISBN : 9782360545094
136 pages (14,8 X 21 cm)

J'arrivais pas Ă  dormir

Peut-on retrouver l’essence d’un lieu, le point de dĂ©part d’une histoire, le passĂ© d’une inconnue sur un panneau, un Ă©criteau, un tag ? C’est le projet qu’Ahmed Kalouaz met habilement en place au fil de ces textes oĂč l’écriture est plus que jamais au service de l’évasion.

Un tag le long d’un train pour Marseille, un panneau dans un col sinueux des Baronnies, des tombes sous le ciel gris de SĂšte, une annonce sur la porte d’une Ă©picerie anachronique en ArdĂšche, une promeneuse qui distribue ses lectures au milieu des vignes
 Autant de vignettes, de rencontres et de lieux qu’Ahmed Kalouaz partage au fil de ses dĂ©placements, de ses errements. On ressent l’importance des mots, la force qui transcende des paysages, familiers ou non, des scĂšnes, vĂ©cues ou restant Ă  vivre, un quotidien Ă  portĂ©e de main, en une succession de tableaux, oĂč le commun devient singulier, oĂč la langue devient guide et emporte le lecteur. Pour reprendre les mots de l’auteur : « Comme dans la chanson, ”je me suis pris pour un poĂšte en Ă©crivant ces mots qui passaient
” » et c’est bien la relation intime Ă  la langue qui prend sens ici.

Revue de presse

- J’arrivais pas à dormir Brigitte Aubonnet Encres vagabondes 2 mai 2018
- "J'arrivais pas Ă  dormir" de Ahmed Kalouaz Emmanuelle Caminade L'Or des livres 26 avril 2018

- J’arrivais pas à dormir

Quarante-deux textes courts nous mĂšnent dans le Sud de la France d’un village Ă  un autre, d’un souvenir Ă  un autre, d’un personnage Ă  un autre, avec des paroles de chansons et des poĂšmes intercalĂ©s
 « La musique est un cri qui vient de l’intĂ©rieur. »

Ahmed Kalouaz livre trĂšs pudiquement quelques fragments de sa vie : l’exil de son pĂšre et ce qu’il ressent quand il passe Ă  la gare Saint-Charles de Marseille, cette porte vers l’AlgĂ©rie, les moments oĂč sa mĂšre lavait le linge avant d’avoir une machine, ses courses Ă  pied, ses voyages en train, ses ateliers en prison, ses dĂ©placements pour ses lectures avec la recherche d’un gĂźte le soir, ses rencontres dans les librairies, sa relation au monde


« Comme pour constituer un herbier des visages, j’essaye toujours de retenir la voix qui promĂšne les mots, le visage Ă©clairĂ© par la fatigue ou la curiositĂ©, pour en faire une respiration, un bouquet Ă  poser sur une table. »

La dĂ©nonciation des bagnes pour enfants en 1922 rappelle les terribles conditions qu’ils ont vĂ©cues : « Armand a dĂ©cidĂ© ce matin de fuir La Colonie, oppressĂ© par cette ambiance oĂč chaque minute est un moment de survie. Les coups de triques pleuvent, les gaffes ne s’en privent pas, parfois c’est avec les pieds et les poings que certains colons sont assommĂ©s. Il sait que les annĂ©es prĂ©cĂ©dant son arrivĂ©e des enfants ont Ă©tĂ© assassinĂ©s. »

L’horreur des camps de concentration dit Ă  quel point les guerres dĂ©voilent l’inhumanitĂ©. Le rĂŽle jouĂ© par les Africains lors de la « grande guerre » est souvent occultĂ© ce qui est une inadmissible injustice : « Voie sacrĂ©e. Vingt mille morts d’un cĂŽtĂ©, autant ou plus de l’autre, des milliers de soldats renvoyĂ©s Ă  l’inconnu. Je crois que mon grand-pĂšre a croisĂ© dans ces parages, avec l’armĂ©e d’Afrique, vĂȘtu d’un uniforme visible et d’une chĂ©chia rouge. Je lui demande pardon de ne l’avoir pas interrogĂ©, pas voulu savoir ce que la souffrance avait imprimĂ© sous ses yeux. »

Le cimetiùre de Sùte est l’occasion de parler de Georges Brassens.
Une page arrachĂ©e d’un roman trouvĂ©e sur une pierre dans une forĂȘt libĂšre l’imagination.
Une dame ramasse les feuilles de platane sur une place d’Arles oĂč a sĂ©journĂ© Van Gogh. Les arbres sont atteints par le chancre colorĂ© :
« – Mais ce sont les platanes de Van Gogh, Monsieur !
– Van Gogh ou pas, on doit couper.
– Je peux rĂ©cupĂ©rer quelques feuilles ?
– Et pour faire quoi ?
– Les garder. Vous savez que ces arbres figurent sur des tableaux du peintre ? »
La nĂ©cessitĂ© de la transmission de la mĂ©moire s’infiltre au fil des pages.

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Ce recueil est une trÚs belle ode à la vie qui peut se déguster en une fois ou en plusieurs fois pour revenir y goûter la saveur des mots.

Lire la chronique dans son intégralité

Brigitte Aubonnet
Encres vagabondes 2 mai 2018

- "J'arrivais pas Ă  dormir" de Ahmed Kalouaz

« Je n’arrive pas Ă  dormir car d’autres mots viennent m’assaillir. Je les retrouve couchĂ©s sur le seuil de ma porte, attendant patiemment leur tour. »

Ahmed Kalouaz, cet authentique poĂšte ambulant, semble ne jamais pouvoir trouver le repos, sa muse le maintenant sans cesse en Ă©veil. Allant et venant sur les voies et les routes, « attentif Ă  tout ce qui dĂ©file », « observant ceux qui marchent, la couleur du temps, les murs qu’on maquille. En chasse de la moindre curiositĂ©, du mot qui fait mouche », il nous entraĂźne Ă  sa suite, nous faisant Ă©pouser ses vagabondages poĂ©tiques comme dans son recueil Paroles buissonniĂšres – publiĂ© en 2012.

« Les mots cadenassés se lamentent et périssent, il leur faut un champ de lin, une safraniÚre en octobre, un rang de lavandes de juillet ou de vignes en vendange. Ils savent trinquer avec le vent qui passe. »

J’arrivais pas a dormir regroupe quarante-deux petits textes en prose reliĂ©s par une sorte de fil conducteur, celui de ces mots aperçus et saisis au cours de ces divagations : « bribes de mots sur les façades », phrases volĂ©es sur un mur, mais aussi sur l’ardoise d’un menu ou l’étal d’un marchĂ©, sur les panneaux de signalisation et les affiches, une enseigne ou une pancarte, une tombe, un monument ou mĂȘme un tatouage 


« Glaneur assidu », le poĂšte « enfourne cette langue des signaux », « comme des notes de chanson Ă  mettre plus tard en harmonie ». Il « collectionne ces poĂšmes errants, ces phrases Ă©garĂ©es par des petits poucets qui marquent leur chemin, crient leurs envies ou leur colĂšre ». Des « giboulĂ©es de mots » qui renvoient en Ă©cho des paroles de chansons ou des vers de poĂštes, des mots entendus ici ou ailleurs, ses phrases en appelant « d’autres qui surgissent des limbes, d’un sourire croisĂ© dans la rue, du visage attristĂ© d’un ami perdu ». Et le poĂšte va ainsi tirer « patiemment de leur torpeur » ces traces Ă©crites figĂ©es en ranimant leur mĂ©moire d’un petit vent rafraĂźchissant remontant le temps, accrochant ses phrases « Ă  des cerf-volants au cƓur du ciel » qui emportent « ces bouts de vie qui font trĂ©sor ».

« Mon pĂšre Ă©tait aveugle de ne pas savoir lire, de ne pas connaĂźtre la valeur des lettres, l’architecture des mots. Il a marchĂ© avec sa canne, parmi ceux qui n’avaient que leurs mains pour pĂ©cule. »

J’arrivais pas Ă  dormir rĂ©sonne comme un hommage d’Ahmed Kalouaz Ă  cette langue Ă©clairant le monde comme des Ă©toiles dans la nuit. Une langue que son pĂšre refusa d’apprendre – et constituant nĂ©anmoins son seul hĂ©ritage – qui lui fut donnĂ©e comme « viatique ».

C’est Ă  la fois un art poĂ©tique plongeant ses racines dans les « collines de l’enfance » et mettant en lumiĂšre cet « Ă©quilibre fragile du temps qui va et des choses qui le tissent », et un touchant Ă©loge de la poĂ©sie. De cet Ă©lan vers l’autre et vers le monde qui semble se confondre avec le mouvement de la vie, le souffle des poĂštes faisant Ă©cho Ă  celui du vent. Des poĂštes qui « ouvrent le chemin et racontent Ă  ceux qui ont le souffle court, ce qui court, ce qui vit un peu plus prĂšs du ciel. »

Article à retrouver sur le blog L’Or des livres

Emmanuelle Caminade
L'Or des livres 26 avril 2018