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Parution : 20/02/2014
ISBN : 9782360541157
144 pages (148 x 210)

17 €

Jamais par une telle nuit

Fantaisie littĂ©raire ? Performance poĂ©tique ? Nouvelles sensuelles ? Peut-ĂȘtre mĂȘme essai sur le dĂ©sir et la gĂ©ographie ? Peu importe. C’est un texte de toute beautĂ©, c’est la phrase qui domine et qui emporte tout sur son passage.

Mohammed AĂŻssaoui – Le Figaro LittĂ©raire

À chaque carte du tendre son paysage, ses toponymes miraculeux incarnĂ©s en roches et en flux, en massifs et riviĂšres oĂč se dĂ©ploient une vĂ©gĂ©tation robuste et le cƓur indigĂšne. L’éveil du dĂ©sir s’y Ă©crit comme une Ă©ruption, un lent rĂ©chauffement aux accĂ©lĂ©rations brusques, aux dĂ©tours inattendus : puy de Sancy, Uruguay, lacs bordĂ©s de gentianes oĂč l’on vient se baigner. Surgit un nom, Marcello, et c’est le monde qui se donne tout entier, sujet aux variations les plus brutales.
Une femme se met en marche et la phrase Ă©pouse les contours ainsi dessinĂ©s, brĂ»lant d’une ardeur qui transforme les corps en espaces telluriques. Elle dĂ©crit avec acuitĂ© ce qui fait Ă©cart entre deux personnes et s’aiguise Ă  l’exigence impĂ©rieuse de la jouissance.

Revue de presse

- Jamais par une telle nuit Laurence Vilaine La premiÚre chose que je peux vous dire... Septembre/Décembre 2014
- L'épanouissement Florence Bouchy Le Monde des Livres
- Inter-vious et Murat n°15 - Magali Brénon Pierrot Surjeanlouismurat.com 9 juin 2014
- Voix de femmes Colette Fellous France Culture // Carnet nomade 26 avril 2014
- Jamais par une telle nuit BSC News
- Jamais par une telle nuit Fréderic Aribit La Cause littéraire
- Géographie du désir Mohammed Aïssaoui Le Figaro Littéraire

- Jamais par une telle nuit

J’ai emboĂźtĂ© le pas Ă  la femme qui se met en marche.
Elle dit, j’ignore oĂč je vais. Et dans la nuit, elle quitte son jardin et en repousse les limites. La femme endormie marche nue, elle s’enfonce dans les bois, se griffe et s’écorche aux broussailles. J’appartiens au monde sauvage, dit-elle, et elle part Ă  sa recherche : elle descend au plus profond d’elle-mĂȘme. Je pense Ă  L’Enfant mĂ©duse de Sylvie Germain, parce qu’on mange de la terre, on respire l’humus, la mousse et la tourbe, et je me dis qu’il faut avoir mis ses pieds d’enfant dans cette nature-lĂ  pour en extraire les mots si justes. La femme qui marche dit qu’elle n’a pas peur du loup, et j’aime cette idĂ©e -lĂ . Elle n’a pas peur de dire, et moi je crains soudain de ne pas ĂȘtre Ă  la hauteur de la confiance qu’elle m’accorde en me laissant la suivre.
J’ai emboĂźtĂ© le pas Ă  la femme qui marche, et j’ai reçu de plein fouet ses murmures, les mots qui vĂȘlent sortir, elle dit qu’ils frappent contre les parois Ă  l’intĂ©rieur, et cette image sans doute dit-elle un peu de moi. Ses mots font-ils Ă©cho Ă  ceux que je bride ou que je crie tout bas, peut-ĂȘtre y a-t-il un peu de tout ça, je me sens terriblement vivante Ă  les lire, je me sens terriblement femme Ă  les entendre – ce que ça signifie? Ses mots le disent.
J’emboĂźte le pas Ă  la femme qui dĂ©chire le silence. Elle dit, je vais chercher la voix qui pourrait crier. Et sur le chemin naĂźt le dĂ©sir, qui Ă©veille le corps endormi. La rencontre amoureuse explore le plus intime, le mystĂ©rieux et l’insoupçonnable. “Est-ce que je gagne Ă  ĂȘtre connue?” La femme dit le cƓur Ă  vif et le corps Ă  nu. Elle fait tourner sa jupe de gitane, elle cĂ©lĂšbre le corps qui frĂ©mit, les peaux qui se frĂŽlent et l’évidence de ces frĂŽlements-lĂ . “Tombent les Ă©toffes”, comme c’est joli, elle fredonne, elle chante l’urgence de son dĂ©sir, elle dit le plein, puis soudain le vide. “Marcello, tu dors?” Surgit l’absence. Surtout ne m’aime pas, dit-il. La femme crie l’attente cruelle et l’insupportable doute, et elle apprend Ă  se taire. Alors, au bord du gouffre, que reste-t-il? Le dĂ©sir vous jette dans la vie aussi violemment qu’il vous anĂ©antit : que reste-t-il aprĂšs lui? Il reste un corps qui est en marche, une force dans ce corps-lĂ , il est une voix qui continue de fouiller et ouvre les fenĂȘtres en grand sur les pensĂ©es sauvages. Jamais par une telle nuit. J’ai de la terre sous les ongles et les cheveux en bataille au sortir de ce livre, le vent me pousse et j’entends l’écho d’une voix qui vient du plus profond. J’ai Ă©coutĂ© la femme se mettre en marche et j’ai marchĂ© sans m’arrĂȘter, j’ai fait silence, parce que des mots forts comme ça, c’est tellement beau de les recevoir, c’est du tellement vivant, ça ne se discute pas.

Laurence Vilaine
La premiÚre chose que je peux vous dire... Septembre/Décembre 2014

- L'épanouissement

“Dans une langue poĂ©tique, mĂ©taphorique et musicale, Magali BrĂ©non Ă©voque le trajet d’un corps fĂ©minin, aux dĂ©sirs endormis ou mĂ©connus.”

Lire l’article dans son intĂ©gralitĂ©

Florence Bouchy
Le Monde des Livres

- Inter-vious et Murat n°15 - Magali Brénon

Magali BrĂ©non se prĂȘte au jeu de l’interview et parle de son dernier livre et des liens avec le travail de Jean-Louis Murat qu’on y retrouve.

Retrouvez l’interview de Magali BrĂ©non ICI

Pierrot
Surjeanlouismurat.com 9 juin 2014

- Voix de femmes

Le carnet s’ouvre sur ce livre-poĂšme Ă©crit Ă  partir des paysages et des chansons de Jean-Louis Murat, c’est le livre de Magali BrĂ©non, Jamais par une telle nuit qui nous emmĂšnera Ă  la rencontre des images de la Dolce Vita ou encore Ă  MontevidĂ©o. Le voyage dans les corps et dans les mots, dira Magali BrĂ©non, est pour moi la peinture du dĂ©sir fĂ©minin.

Réécouter l’émission

Colette Fellous
France Culture // Carnet nomade 26 avril 2014

- Jamais par une telle nuit

De la page 60 à 62, le magazine BSC News consacre un article à Magali Brénon: ICI

BSC News

- Jamais par une telle nuit

De chair, de sueur, de sexe, de sang, de larmes, l’amour est toujours un monde personnel. L’infinitif, au contraire, un mode impersonnel.

Toute la beautĂ© du livre de Magali BrĂ©non vient sans doute de cette contradiction-lĂ . Un tragique d’ordre quasi-grammatical mine ainsi cet audacieux roman qui invente un nouveau lyrisme de l’échec amoureux. Disons donc roman, pour faire simple : « elle », qui dit « je », rencontre un homme, Marcello, puis le perd. Autant rĂ©sumer la Recherche en 15 secondes, comme l’avaient proposĂ© jadis les Monthy Python. Du reste, il y a sans doute autant de Proust que de Duras dans ce livre-lĂ , qui dĂ©roule une Ă©tonnante partition musicale faite de silences et d’échos, de bruissements hurlants et de cris retenus, de halĂštements courts et rythmĂ©s et soudain de souffle sans virgule, sans ponctuation, de souffle coupĂ© et perdu. Luxuriance et luxure : d’une sensualitĂ© toujours frissonnante, la dĂ©ambulation Ă©perdue de la narratrice Ă  la recherche de l’autre et donc d’elle-mĂȘme, dessine sous ses pas parfois perdus un paysage d’une rare efflorescence littĂ©raire oĂč, d’Orcival Ă  Rome, de Rome Ă  Montevideo, le corps se parcourt comme une gĂ©ographie du dĂ©sir. Tout y est fragile, tĂ©nu, sensible. La matiĂšre durcie du monde ne se donne qu’à la subtilitĂ© des mots pour le dire, qu’au corps du texte qui le suggĂšre, veut le donner Ă  voir, Ă  entendre, Ă  saisir et ressentir.

« J’appartiens au monde sauvage ; je partirai Ă  sa rencontre ». Mais c’est dans cet Ă©lan, dans ce dĂ©part, que l’absence se creuse une fois que la rencontre a eu lieu. LĂ  que le manque Ă©puise quand dans la vie « en suspens quelque chose a bougĂ© ». On dirait alors une longue lettre blessĂ©e, inutile et splendide, adressĂ©e par-delĂ  l’indicible douleur. Quelque chose comme une de ces dĂ©clarations d’amour lancĂ©es lorsque tout est perdu, en dĂ©pit du bon sens quand il faudrait se taire, et dans le risque assumĂ© de ses propres lourdeurs, redites, insistances, quand l’autre, corps, odeur, prĂ©sence, ne sont plus lĂ  et que cela tourne Ă  la parlotte.

Alors oui, traverser le soliloque. Inspirer, expirer dans la rame des pages Ă©crites, lues. Vivre finalement, puisqu’on ne s’est jamais rencontrĂ©s ailleurs que par une telle nuit.

L’article ICI

Fréderic Aribit
La Cause littéraire

- Géographie du désir

À quoi sert le supplĂ©ment littĂ©raire d’un quotidien s’il ne parle pas de ce genre de livre : Jamais par une telle nuit, signĂ© Magali BrĂ©non, est inclassable. Fantaisie littĂ©raire ? Performance poĂ©tique ? Nouvelles sensuelles ? Peut-ĂȘtre mĂȘme essai sur le dĂ©sir et la gĂ©ographie ? Peu importe. C’est un texte de toute beautĂ©, c’est la phrase qui domine et qui emporte tout sur son passage. DĂšs la premiĂšre ligne : “Dans ma chambre exigĂŒe je pourrais me dĂ©faire de mes Ă©toffes et dĂ©buter : ma vie se passe dans des lits oĂč je vous attends, et ma maison sur le promontoire en est pleine.“
On pourrait continuer comme cela : “je pourrais me dĂ©faire de mes effets et avouer (
).” Les vingt-quatre chapitres sont coiffĂ©s d’un verbe Ă  l’infinitif : Ă©touffer, s’inflĂ©chir, basculer, cartographier, tomber
 Autant d’entrĂ©es oĂč il est souvent question de naissance du dĂ©sir et de nature. Nature omniprĂ©sente comme si elle Ă©tait Ă  la fois le lieu et le dĂ©clencheur des Ă©motions, l’allĂ©gorie d’une danse amoureuse.

L’écorce des charmes

Magali BrĂ©non Ă©crit et dĂ©crit tout cela avec une musique lancinante, obsĂ©dante, douce. Ses mots sont physiques – presque des caresses. Elle a su crĂ©er une langue qui mĂȘle l’amour et le volcan, le jardin, “l’écorce des charmes”, la fontaine (rĂŽle trĂšs important), le fleuve, l’orage
 On remarquera que ces Ă©lĂ©ments sont rarement inactifs : ils agissent sur la tempĂ©rature du dĂ©sir de la narratrice. Que cherche-t-elle? Des amants? Un corps-Ă -corps, puisqu’il en est souvent question et qu’un certain Marcello parlant de la Dolce Vita apparait ? PlutĂŽt des murmures, des sonoritĂ©s, “une trace silencieuse mais indĂ©lĂ©bile”. Sans doute sa quĂȘte est-elle vaine, mais il reste ces pages d’une sensualitĂ© qui fait encore frĂ©mir longtemps aprĂšs avoir fermĂ© Ă  Jamais par une telle nuit


Mohammed AĂŻssaoui
Le Figaro Littéraire