Jack Kerouac
De l'Amérique à la Bretagne
Un merveilleux voyage initiatique.
Jacques LanctĂŽt â Le Journal de MontrĂ©al
Jack Kerouac, icĂŽne de la beat generation, meurt il y a cinquante ans, laissant derriĂšre lui une Ćuvre littĂ©raire qui fait de lui un des auteurs amĂ©ricains les plus importants du XX^e^ siĂšcle. Cependant jusquâĂ lâĂąge de six ans, sa langue maternelle fut le français et son pĂšre lui rĂ©pĂ©tait « Ti-Jean nâoublie jamais que tu es breton ». Fort de cette tradition familiale, lâĂ©crivain a multipliĂ© les initiatives afin dâidentifier son ancĂȘtre, mais la mission sâest avĂ©rĂ©e difficile tant ce dernier avait semĂ© son parcours de fausses pistes. DĂ©sireux dâaller au bout de cette quĂȘte, la gĂ©nĂ©alogiste Patricia Dagier a traquĂ© le moindre indice dans les archives en France et au QuĂ©bec tandis quâHervĂ© QuĂ©mĂ©ner a suivi la quĂȘte bretonne de lâĂ©crivain Ă travers sa vie et son Ćuvre. Si Jack Kerouac sâest approchĂ© au plus prĂšs de la vĂ©ritĂ©, il aura fallu ce travail solide pour nous la dĂ©voiler.
Revue de presse
- Comme son ancĂȘtre AndrĂ© Duchesne La Presse 25 avril 2019
- Jack Kerouac Jacques LanctÎt Le Journal de Montréal 20 avril 2019
- Micmac chez les Kerouac Françoise Montfort Service littéraire avril 2019
- Jack Kerouac Nathalie Glorion Les Passions de Chinouk 15 avril 2019
- Jack Kerouac Hervé Devallan Bretagne actuelle 8 avril 2019
- Du cÎté de chez Swaz... n°3 Françoise Hachani à vos marques⊠Tapage! 7 mars 2019
- Kerouac et ses racines bretonnes Jean-Marc Pinson Ouest-France 2-3 mars 2019
- "Les poissons de le mer parlent breton" : Pourquoi la Bretagne a obsédé Jack Kerouac? Jacques Besnard Slate 24 février 2019
- Pourquoi la Bretagne a obsédé Jack Kerouac?
- EnquĂȘte. Jack Kerouac, de l'AmĂ©rique Ă la Bretagne Berthold Bies Le TĂ©lĂ©gramme 26 fĂ©vrier 2019
Le saviez-vous ? Lâun des plus grands Ă©crivains amĂ©ricains du XXe siĂšcle, Jack Kerouac (1922-1969), auteur du cĂ©lĂšbre roman Sur la route (1957), avait des ancĂȘtres bretons. Et saviez-vous Ă©galement que, jusquâĂ lâĂąge de 6 ans, le garçonnet surnommĂ© « Ti-Jean » sâexprimait en français avec son pĂšre ? Pour beaucoup, Jack Kerouac incarne la Beat Generation, ce mouvement de rejet de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine dans les annĂ©es 1960. Lui se considĂ©rait comme un « jazz poet » passionnĂ© de voyages et de grands espaces. Tout au long de sa vie, il a recherchĂ© plus ou moins intensĂ©ment ses ancĂȘtres europĂ©ens qui ont migrĂ© au Canada, puis aux Ătats-Unis. Sans grand succĂšs. Un travail de fourmi dans les archives quĂ©bĂ©coises et françaises, rĂ©alisĂ© par une gĂ©nĂ©alogiste, Patricia Dagier, et un journaliste, HervĂ© QuĂ©mĂ©ner, vient, 50 ans aprĂšs le dĂ©cĂšs de Kerouac, Ă©clairer son ascendance bretonne. Jack aurait sĂ»rement apprĂ©ciĂ© ce livre trĂšs fourni !
Et si une forme dâatavisme avait marquĂ© la vie en forme de feu dâartifice de Jack Kerouac, enfant chĂ©ri ou maudit, câest selon, de la beat generation ? Câest lâimpression qui nous reste Ă la lecture de cet ouvrage qui se veut une réédition du livre Jack Kerouac, Breton dâAmĂ©rique (2009) et qui nous arrive en ce 50e anniversaire de la mort de lâauteur de Sur la route. Au terme de recherches exhaustives des deux cĂŽtĂ©s de lâAtlantique, incluant un passage aux Archives nationales du QuĂ©bec, la gĂ©nĂ©alogiste Patricia Dagier a rĂ©ussi Ă dĂ©busquer Urbain-François Le Bihan de Kervoac, premier ancĂȘtre de Jack Ă sâinstaller en AmĂ©rique, prĂšs des rives du Saint-Laurent. Sa traversĂ©e de la mer est la rĂ©sultante dâaccusations faites Ă son endroit dans son patelin de Huelgoat, dans le FinistĂšre. Rendu ici, Le Bihan a brouillĂ© les pistes de son passĂ©. Son errance, son caractĂšre, son mal-ĂȘtre, sa double identitĂ© ne sont pas sans rappeler le Jack Kerouac vagabond du XXe siĂšcle. Lâordre des chapitres nous fait passer dâune vie Ă lâautre comme une forme dâĂ©cho. Câest ingĂ©nieux, mais le rĂ©sultat nâest pas toujours convaincant. On se sent moins interpellĂ©, concernĂ©, par certains passages de la vie dâUrbain-François qui a vĂ©cu au XVIIIe siĂšcle. Le travail de recherche demeure nĂ©anmoins impressionnant.
Le roman Sur la route, de Jack Kerouac, a Ă©tĂ© publiĂ© en français en 1960. « Ti-Jean, nâoublie jamais que
tu es breton », lui rĂ©pĂ©tait son pĂšre. En 1965, celui que lâon surnomme « le pĂšre de la beat generation » retourne en France, Ă la recherche de ses origines bretonnes. Peine perdue. Plus de cinquante plus tard, les deux auteurs tentent de retracer son ancĂȘtre , Urbain-François Le Bihan de Kervoac, habitant en 1720 la localitĂ© de Huelgoat , en Bretagne . Sept ans plus tard, il sâembarque pour la Nouvelle-France. Câest lĂ que tout a commencĂ©, affirment les auteurs. Un merveilleux voyage initiatique.
ChassĂ©-croisĂ© entre les errances du pape de la Beat et de son ancĂȘtre breton.
âTi-Jean nâoublie jamais que tu es breton.â Les paroles de son pĂšre resteront gravĂ©es en Kerouac jusquâĂ sa derniĂšre heure. 1965, premier pĂ©riple brestois dĂ©crit dans Satori Ă Paris, Ă peine 24 heures arrosĂ©es au cognac. 21 octobre 1959, il dĂ©cĂšde en Floride quelques jours avant de rejoindre Huelgoat.
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Alternance judicieuse aux allures dâenquĂȘte judiciaire. Les pistes ont Ă©tĂ© brouillĂ©es des deux cĂŽtĂ©s de lâAtlantique : en Bretagne, du vivant de son migrant forcĂ©, la famille de notaires avait dĂ©jĂ effacĂ© ses traces. Un dĂ©nouement de polar entre Blazac et Simenon.
PremiĂšres phrases
Le 1er juin 1965, lâĂ©crivain amĂ©ricain Jack Kerouac, qui rĂ©side en Floride depuis quelques mois avec Gabrielle, sa mĂšre, sâenvole seul pour Paris. Il veut voir la capitale et la Bretagne. Câest la seconde fois quâil vient en France. Il a effectuĂ© un pĂ©riple entre Marseille et Paris, huit ans plus tĂŽt, alors quâil dĂ©barquait de Tanger oĂč vivaient certains de ses amis. A lâĂ©poque, il accĂ©dait Ă peine Ă la notoriĂ©tĂ© puisque câest en 1957 que sortit des presses On the road, « le » roman de la beat gĂ©nĂ©ration.
Pourquoi ce titre
Jâaime beaucoup Jack Kerouac, mĂȘme si je nâai encore lu que trĂšs peu de ses romans (bien quâils soient tous dans ma bibliothĂšque). Câest un auteur qui me fascine. Avec Jack Kerouac de LâAmĂ©rique Ă la Bretagne, nous avons affaire Ă une biographie pas comme les autres puisquâelle met lâaccent sur les origines bretonnes de lâauteur. Vous ne le savez peut-ĂȘtre pas, mais je suis bretonne :) et je rĂ©side Ă 1h30 de Huelgoat, le fief des Kerouac. Ce livre ne pouvait donc que doublement mâintĂ©resser !
Mon avis sur Jack Kerouac de LâAmĂ©rique Ă la Bretagne
Pour lâanniversaire des cinquante ans de la mort de Jack Kerouac (en octobre 2019), les Ă©ditions Le mot et le reste ont rééditĂ© une version actualisĂ©e de lâenquĂȘte de Patricia Dagier et HervĂ© QuĂ©mĂ©ner sur les origines bretonnes de Jack Kerouac, parue prĂ©cĂ©demment sous le titre Jack Kerouac Breton dâAmĂ©rique.
Une enquĂȘte complĂštement passionnante qui commence en 1720 dans le village de Huelgoat en centre Bretagne. On va y faire la connaissance de Urbain-François, un fils de bonne famille. Câest lui qui, suite Ă quelques ennuis avec la justice, va partir en Nouvelle France (QuĂ©bec) pour repartir Ă zĂ©ro. Cet Urbain-François est un personnage assez filou et il va faire en sorte de brouiller les pistes en changeant rĂ©guliĂšrement de nom pour quâon ne le retrouve pas. Ce nâest dâailleurs quâen 1999 aprĂšs de trĂšs nombreuses recherches que Patricia Dagier qui est gĂ©nĂ©alogiste a rĂ©ussi Ă faire le lien entre lui et Jack Kerouac.
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Patricia Dagier et Hervé Quéméner ont fait un incroyable travail avec ce livre, qui plaira assurément à tous les fans du précurseur de la « Beat Generation ».
Jack Kerouac de LâAmĂ©rique Ă la Bretagne est une enquĂȘte complĂštement captivante que je vous recommande trĂšs fortement!
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Jack Kerouac a passĂ© sa vie Ă chercher ses racines bretonnes. En fait, depuis que son pĂšre lui disait « Nâoublies jamais que tu es Breton Ti Jean ».
Il nâa pas oubliĂ©, se rendant par deux fois en France pour pister ses origines celtes. Deux Ă©checs dus autant Ă lâalcool quâaux fausses archives que ses ancĂȘtres ont laissĂ© traĂźner dans les Ă©tats civils du QuĂ©bec. Lui-mĂȘme perpĂ©tuant une tradition presque familiale, passant de Jean-Louis Ă Jack.
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De lâautre cĂŽtĂ©, HervĂ© QuĂ©mĂ©ner suit Jack KĂ©rouac sur les routes amĂ©ricaines oĂč il est nĂ© en 1922 dans la communautĂ© francophone de Lowell, une ville de la Nouvelle Angleterre dans le Massachussetts. Sâil nâapprend lâanglais quâĂ lâĂąge de 8 ans, câest pourtant dans la langue de Shakespeare quâil va Ă©crire tous ses romans.
OrganisĂ©s comme deux vĂ©ritables filatures, « De lâAmĂ©rique Ă la Bretagne » dĂ©voile cette singuliĂšre lignĂ©e de Kerouac au fil du 18e siĂšcle en Bretagne et au Canada avec, en miroir, le cheminement de celui allait devenir le hĂ©raut bien malgrĂ© lui de la gĂ©nĂ©ration beatnik puis hippies. Et que ce soit Urbain-François ou Jack, lâaventure est autant « Sur la route » que dans les cĆurs. Car prĂšs de 3 siĂšcle plus tard, chez les Kerouac un seul principe lâemporte : rester breton avant tout. Comme nous tous.
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Sept ouvrages comme sept petits cailloux blancs ramassĂ©s au fil de balades littĂ©raires pour vous conduire de LâAmĂ©rique Ă LâExtrĂȘme-Orient, en faisant escale en Europe et sâattardant au Moyen-Orient. Une balade qui sâĂ©tend sur plusieurs siĂšcles, entre archaĂŻsmes et libertinages, entre belle ouvrage et scĂ©narios. Mais lisez plutĂŽtâŠ
Cet ouvrage nâa que 180 pages au compteur, mais sa densitĂ© est singuliĂšre : rien nâest en trop, tout est y signifiant. Les deux co-auteurs ont alternĂ© les chapitres, et ce va et vient, entre lâhistoire dâun Breton inconnu qui dut quitter la Bretagne pour tenter de se refaire sur des terres « neuves » et lâhistoire du « pape » de la Beat Generation, est dâune grande cohĂ©rence. En effet, le premier brouille ses traces volontairement et change dâidentitĂ© avec une aisance mĂ©dusante, alors que ses Ă©crits finissent par trop peser au second et lâobligent Ă endosser une identitĂ© qui nâest plus tout Ă fait la sienne.
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Si le livre contribue Ă dĂ©mystifier Jack Kerouac, celui-ci reste un personnage emblĂ©matique dâune Ă©poque. Il nous reste aussi une poĂ©sie et une Ă©criture nourries dâexpĂ©riences incandescentes et cet homme aperçu derriĂšre le mythe, parfois faible, souvent proche des Ă©toiles, exaltĂ©, mais qui sut surtout entraĂźner dans son sillage des ĂȘtres en recherche.
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Le pĂšre de Jack Kerouac disait souvent Ă son fils : « Ti-Jean nâoublies jamais que tu es Breton ! » Lâauteur emblĂ©matique (et bien malgrĂ© lui dâailleurs) de la Beat Generation, avec des livres qui ont lancĂ© des garçons et des filles sur la route (Big Sur, les Clochards cĂ©lestes, Sur la route) avait effectivement des racines bretonnes. FinistĂ©riennes prĂ©cisĂ©ment, Ă Kervoac, sur la commune de Lanmeur, prĂšs de Morlaix, puis Ă Huelgoat oĂč les Le Bihan de Kervoac Ă©taient notaires. Il a fallu, au dĂ©but du XVIIIe siĂšcle, quâUrbain-François Le Bihan se fasse accuser de vol, pour que lâhistoire de Kerouac traverse lâAtlantique. Puni, Urbain-François sera envoyĂ© en Nouvelle-France, au QuĂ©bec. De fil en aiguille, on arrive dans le Massachusetts, Ă Lowell, oĂč va naĂźtre en 1922 le fameux Jack Kerouac. Ă lâoccasion du cinquantenaire de la mort de Kerouac, les Ă©ditions Le Mot et le reste rééditent un ouvrage passionnant publiĂ© il y a dix ans. Câest le fruit dâun travail Ă©norme rĂ©alisĂ© par Patricia Dagier et HervĂ© QuĂ©mĂ©ner. On suit pas Ă pas la route de Jack Kerouac et celle de son ancĂȘtre Urbain-François, un sacrĂ© filou au demeurant. Kerouac fera des tentatives, avortĂ©es, pour retrouver ses racines bretonnes. Sa vie dâerrance et dâexcĂšs achĂšvera son rĂȘve. Il a Ă©crit cette phrase, en Français : « Je suis Breton ! » mâĂ©criĂ©-je. Et les tĂ©nĂšbres rĂ©pondent : « Les poissons de la mer parlent Breton ! »
Lâauteur mythique de la Beat Generation a recherchĂ© pendant des annĂ©es son ancĂȘtre breton, au point de se payer une virĂ©e Ă Brest. En vain. La gĂ©nĂ©alogiste Patricia Dagier raconte comme elle lâa pistĂ© et identifiĂ©.
En parcourant les routes de son pays au volant de «Rossinante» et en compagnie de son caniche en 1960 â pĂ©riple quâil raconte dans Voyage avec Charley â John Steinbeck digressait sur les Ă©tats de son pays qui trouvaient un malin plaisir Ă dĂ©multiplier les plaques commĂ©moratives.
«Tout comme les Ătats et les communautĂ©s, lâAmĂ©ricain souffre de cette faim [dâhistoire, ndlr] et veut se rattacher honnĂȘtement Ă son passĂ©. Les gĂ©nĂ©alogistes se donnent un travail terrible pour rechercher dans nos dĂ©bris ancestraux des fragments de grandeur», Ă©crit lâauteur des ouvrages Les Raisins de la colĂšre et Des Souris et des Hommes.
Quasiment Ă la mĂȘme Ă©poque, Jack Kerouac, Ă©tendard de la Beat Generation avec Ginsberg et Burroughs, est Ă la recherche de son ancĂȘtre qui a quittĂ© la France pour les AmĂ©riques. Dans Big Sur, en 1962, le romancier sâexclame, ainsi, en français, lâunique langue quâil a parlĂ©e jusquâĂ lâĂąge de 6 ans: «Je suis Breton mâĂ©criĂ©-je et les tĂ©nĂšbres rĂ©pondent: âLes poissons de la mer parlent bretonâ».
MĂȘme chose dans La nuit est ma femme. «Il y a un moment oĂč son pĂšre dĂ©mĂ©nage prĂšs de la mer et durant lequel il Ă©voque ses racines bretonnes», confirme Jean-Christophe Cloutier, auteur de lâouvrage La vie est dâhommage (aux Ă©ditions du BorĂ©al) qui rĂ©pertorie ses textes rĂ©digĂ©s en français.
FascinĂ© par cette rĂ©gion quâil fantasme Ă travers notamment la lecture de divers ouvrages, lâauteur de Sur la route ou des Clochards cĂ©lestes est allĂ©, vous le verrez, jusquâĂ Brest Ă la recherche de son ancĂȘtre et, mĂȘme sâil sâen est approchĂ©, il ne lâa jamais trouvĂ©. Ce nâest pas le cas de Patricia Dagier. Dans un ouvrage co-Ă©crit avec le journaliste HervĂ© QuĂ©mĂ©ner (De lâAmĂ©rique Ă la Bretagne, aux Ă©ditions Le Mot et le Reste), la gĂ©nĂ©alogiste bretonne raconte lâobsession de lâauteur pour sa rĂ©gion et les portes quâil a fallu ouvrir pour parvenir Ă retrouver ses racines.
Jack ou plutĂŽt Jean-Louis Kerouac a trĂšs tĂŽt entendu parler de cet aĂŻeul et de ses racines bretonnes. Son grand-pĂšre, ses oncles, «tout le monde cherchait cet ancĂȘtre» qui avait traversĂ© lâAtlantique pour venir sâĂ©tablir en Nouvelle-France. «Ti-Jean, nâoublie jamais que tu es Breton», lui rĂ©pĂ©tait, sans cesse son pĂšre, LĂ©o-Alcide Kirouac. «La graphie Kirouac-Kerouac est fluctuante jusquâĂ lâinstallation de LĂ©o-Alcide aux Ătats-Unis oĂč le patronyme Kerouac sâimpose», prĂ©cise la gĂ©nĂ©alogiste.
Avec la mĂšre du romancier (Gabrielle-Ange LĂ©vesque que Jack appelle «MĂ©mĂšre»), ils ont ainsi Ă©migrĂ© du QuĂ©bec aux Ătats-Unis comme des milliers de Canadiens français durant lâExode. Pour des raisons Ă©conomiques, la famille sâĂ©tablit Ă Lowell, au cĆur du Massachusetts.
Si cette obsession pour la gĂ©nĂ©alogie «est courante» en AmĂ©rique du Nord, selon Patricia Dagier, dans le cas de la famille de Jack, lâaspect pĂ©cuniaire de lâaffaire a, Ă©galement, jouĂ© puisquâil est dit, de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration, que lâancĂȘtre Ă©tait un riche noble rĂ©pondant au nom de Le Bris de Kerouac. Certains des cousins sont mĂȘme allĂ©s en Bretagne pour espĂ©rer toucher un hĂ©ritage.
Vous allez comprendre quâils se sont tous emballĂ©s sur sa destinĂ©e et nâĂ©taient, du mĂȘme coup, pas prĂšs de le trouver. «Il y a ce quâon croit, ce quâon imagine, ce quâon aimerait et puis il y a ce qui est vrai, jâai vite compris que lâhomme quâon recherchait nâexistait nulle part en Bretagne», raconte Patricia Dagier.
Il lui a fallu dix ans pour reconstituer ce puzzle compliquĂ© aprĂšs quâun lointain cousin de Jack (ClĂ©ment Kirouac âĂ lâĂ©poque le prĂ©sident de lâassociation de la famille Kirouac) ne lâembarque, «par hasard», dans cette histoire en 1996. La gĂ©nĂ©alogiste sâest rapidement envolĂ©e pour le QuĂ©bec afin de reconstituer son parcours en Nouvelle-France.
En fouillant dans les archives, en comparant divers documents avec ses trouvailles en Bretagne, elle sâest rendue compte que lâancĂȘtre, arrivĂ© vers 1722-1723, a changĂ© Ă plusieurs reprises de nom. Il avait toutes les bonnes raisons du monde de cacher sa vraie identitĂ© puisquâil Ă©tait arrivĂ© de France (de Huelgoat, dans le FinistĂšre, oĂč sa famille Ă©tait installĂ©e) aprĂšs avoir Ă©tĂ© soupçonnĂ© de vols commis Ă Saint-Pol-de-LĂ©on et Ă Cornouaille (Quimper). CâĂ©tait mal vu pour un fils de notaire, petit bourgeois, Ă dĂ©faut dâĂȘtre, comme le pensait Jack et les Kerouac dâAmĂ©rique, issu de la noblesse.
«à lâĂ©poque, les parents qui avaient du mal Ă Ă©duquer leurs enfants les mettaient Ă lâĂ©cart pendant un certain temps, câĂ©tait le plein essor de la Nouvelle-France, on envoyait le gamin rĂ©calcitrant aux colonies, pas forcĂ©ment pour un exil dĂ©finitif. LĂ , il sâagissait de lâĂ©carter car il portait prĂ©judice Ă ses frĂšres et Ă son pĂšre. Il avait espoir de revenir en France, câest pour cette raison quâil a pris un faux nom.»
Urbain-François Le Bihan (son vrai nom) a donc seulement voulu repartir de zĂ©ro en arrivant aux AmĂ©riques. Le 25 janvier 1727, chez un notaire, il signe ainsi Hyacinte Louis Allexandre De K/voach Le Bihan. Cinq ans plus tard, il fait un enfant Ă Louise Bernier, une fille mineure. Pour Ă©viter la prison, il nâa pas vraiment le choix que de lâĂ©pouser mais pour empĂȘcher sa progĂ©niture de lorgner un Ă©ventuel hĂ©ritage, il signe Maurice-Louis Le Bris de Kervoach devant le curĂ©. Câest sur ce nom que tous les Kerouac vont sâappuyer pour le rechercher.
En 1965, lorsque le romancier dĂ©cide de partir en France Ă la recherche de ses origines, il fait rĂ©fĂ©rence au nom de mariĂ© de son ancĂȘtre. «Jâessayais de dĂ©couvrir quelque chose sur mon ancienne famille, jâĂ©tais le premier Lebris de KĂ©rouack Ă remettre les pieds en France, au bout de deux cent dix ans pour essayer dây voir plus clair», Ă©crit-il dans Satori Ă Paris, roman dans lequel il raconte son sĂ©jour hexagonal.
Il se rend dans diverses bibliothĂšques de la capitale et notamment aux Archives nationales et Ă la BibliothĂšque nationale pour consulter des documents concernant la maison royale de Bretagne. Bredouille, il prend ensuite la route de la rĂ©gion en train depuis Montparnasse (il a ratĂ© son avion). Le temps, sur le trajet, de brandir une bouteille de vin devant un prĂȘtre et de crier «Saint-Brieuck» Ă un contrĂŽleur dans la nuit bretonneâŠ
ArrivĂ© Ă Brest, on suit les pĂ©ripĂ©ties de lâauteur qui romance, avec humour, sa quĂȘte. Il pose ses valises Ă lâHĂŽtel Bellevue, rue Victor Hugo.
Il parle de courses hippiques avec le patron du bar La Cigale. Georges Didier âsurnommĂ© «Fournier» dans son romanâ avait Ă©tĂ© interviewĂ© par HervĂ© QuĂ©mĂ©ner: «Un gars est entrĂ© qui me semblait avoir dĂ©jĂ bu quelques verres. Il mâa commandĂ© un cognac et nous avons commencĂ© Ă discuter.» Câest Georges Didier qui lui donne le contact de Pierre Le Bris (appelĂ© «Ulysse» dans Satori Ă Paris) Ă©diteur et libraire qui venait de se faire opĂ©rer dâune hernie.
«Câest dans mon appartement, au-dessus de la librairie, que jâai accueilli Kerouac dont je connaissais les livres. Il sâest installĂ© Ă mon chevet et a commencĂ© Ă mâentretenir de ses ancĂȘtres; je lui ai montrĂ© mon arbre gĂ©nĂ©alogique (âŠ). Quelque temps plus tard, jâai bien cru que nous avions une origine commune quand jâai dĂ©couvert Ă deux pas de la ferme familiale Ă Plomelin [FinistĂšre sud], un Ă©tang portant le nom de Kervoacâh.» Les deux hommes vont continuer Ă sâĂ©crire, comme en tĂ©moigne cette lettre de Jack lue par feu Pierre Le Bris.
Lâironie du sort, câest que Jack Kerouac ne sera pas loin de trouver la trace dâUrbain-François. En 1967, en effet, il croise Ă New York la route dâun poĂšte breton: Youenn Gwernig. Ce dernier entend dire, comme beaucoup de Bretons, que le romancier est Ă la poursuite de ses origines. Il lui Ă©crit, puis ils deviennent amis.
En 1969, ils envisageront un voyage ensemble en Bretagne. «Ce qui est extraordinaire câest que Youenn Gwernig est de Huelgoat et ils envisagent tous les deux ce voyage en ignorant que lâancĂȘtre vient de cette ville. Ils auraient pu le trouverâŠÂ»
Ce quâils ne feront donc jamais puisque «Ti-Jean» sâĂ©teint la mĂȘme annĂ©e. La Bretagne ne lâa en tout cas pas oubliĂ©. Une plaque en son honneur a Ă©tĂ© inaugurĂ©e sur le rond-point Kervoac (Kervouach en breton) Ă Lanmeur dâoĂč la famille Ă©tait originaire. La premiĂšre statue de lâauteur aurait Ă©tĂ© confectionnĂ©e par lâartiste bigouden AndrĂ© PĂ©ron. Sans oublier la deuxiĂšme scĂšne des Vieilles Charrues Ă Carhaix qui porte, chaque Ă©tĂ©, son nom.
Les Ă©ditions marseillaises Le Mot Et le Reste publient une version actualisĂ©e de lâenquĂȘte de Patricia Dagier et HervĂ© QuĂ©mĂ©ner sur les origines bretonnes de Jack Kerouac. Une belle façon de cĂ©lĂ©brer le cinquantiĂšme anniversaire de la disparition de lâauteur de « Sur la route ».
Nul ne lâignore plus, Jack Kerouac, jusquâĂ sa mort en 1969, Ă 47 ans, Ă©tait un sacrĂ© luron, enjĂŽleur et sĂ©ducteur invĂ©tĂ©rĂ©, grand buveur, casse-cou ; et surtout dynamiteur dâune certaine idĂ©e de la littĂ©rature et de la culture amĂ©ricaines, aux commandes de « Sur la route » (1957), ce bolide de mots, de sexe, de be-bop et de fureur. Il nâeut guĂšre de disciples de son niveau, nâen dĂ©plaise Ă ses copains de la Beat Generation. Il Ă©tait tellement unique et ingĂ©rable quâil a fini quasiment seul, perdu dans les brumes de lâalcool, empĂȘtrĂ© dans des soucis dâargent et des problĂšmes conjugaux insolubles. Il nâempĂȘche, la comĂšte a brĂ»lĂ© pour toujours lâĂąme des lecteurs. Et le gĂ©nie ravageur nous intĂ©resse dâautant plus quâil termina sa vie avec des rĂȘves de Bretagne en tĂȘte. Histoire de retrouver son dernier grand copain Youenn Gwernig, de humer le berceau familial, enracinĂ© du cĂŽtĂ© dâHuelgoatâŠ
DrĂŽles de loustics
Ce que lâon ignora longtemps et que ce travail dâenquĂȘte a permis dâĂ©claircir, câest que lâauteur de « Big Sur » et de « Satori Ă Paris » avait pour ancĂȘtre, un autre drĂŽle de loustic du nom de Urbain-François Le Bihan de Kervoac. Sa mauvaise rĂ©putation Ă©tait si solidement Ă©tablie en FinistĂšre quâil dut sâexiler. Le (paraĂźt-il) peu recommandable fripon partit au Canada en 1727, oĂč il fit souche et oĂč naquit, environ 200 ans plus tard, Jean-Louis Kerouac, « Ti Jean », le futur Jack. Mauvais sang ne saurait donc mentir.
Le journaliste HervĂ© QuĂ©mĂ©ner raconte ici le destin cabossĂ© du fantasque chantre de la contre-culture aux Ătats-Unis. MĂȘme si ce catholique filial, par sa chĂšre maman, fera mine de honnir le mouvement hippie et ressemblera in fine, pathĂ©tique ombre ahurie ou triste double de lui-mĂȘme, Ă un rĂ©ac dĂ©sabusĂ©. Il est vrai trĂšs fortement Ă©thylisĂ©, offrons-lui ces circonstances attĂ©nuantes. Tirant des fils tĂ©nus Ă travers les siĂšcles, lâopiniĂątre gĂ©nĂ©alogiste Patricia Dagier reconstitue quant Ă elle le puzzle de la vie de « monsieur Urbain », le mal nommĂ©. Elle Ă©tablit notamment, au dĂ©sespoir de ses descendants, que le coquin nâest pas issu dâune vieille noblesse bretonne et que son nom ne saurait ĂȘtre assorti dâune particule que dâaucun aurait aimĂ© dorer Ă lâor fin. Cette vĂ©ritĂ©, plus trĂ©buchante que sonnante, valut dâailleurs Ă celle qui lâa Ă©tablie de solides inimitiĂ©s Outre-Atlantique oĂč, câest connu, on aime entretenir les mythes.
PubliĂ© pour la troisiĂšme fois, et exactement tous les dix ans, dâabord chez An Here, en 1999, puis aux Ă©ditions du TĂ©lĂ©gramme (2009), ce texte, ici amendĂ© et rĂ©actualisĂ©, raconte en parallĂšle les passionnants destins de deux personnages au caractĂšre bien trempĂ©, dont la vie puissante dĂ©passe les plus folles fictions.
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