Henry D. Thoreau
Mr. Walden
Quand certains « penseurs » ne cessent de sâaccaparer la figure de Thoreau, le plus souvent en la caricaturant, Michel Granger fait de son cĂŽtĂ© un prĂ©cieux travail dĂ©montrant sa complexitĂ© et sa richesse.
Adrien Meignan â Addict Culture
Ă partir de lâexpĂ©rience au bord du lac Walden (1845-1847), Thoreau dĂ©veloppe une conscience Ă©cologique qui le conduit Ă remettre en cause le droit de propriĂ©tĂ© des forĂȘts et Ă rĂ©clamer la crĂ©ation de parcs oĂč prĂ©server la nature sauvage, modĂšle pour revivifier la civilisation. Il Ă©labore une Ă©conomie de vie centrĂ©e sur la pauvretĂ© volontaire et lâĂ©tude de lâenvironnement. De retour Ă Concord, il rĂ©dige patiemment son Ćuvre maĂźtresse, Walden, qui contient en germe ce quâil dĂ©veloppe dans les Essais et le Journal. Le rĂ©cit de son expĂ©rience frappe lâimagination, le narrateur non conformiste donnant force Ă ses idĂ©es hĂ©tĂ©rodoxes : la critique de lâesprit commercial et du systĂšme industriel, la contestation dâune dĂ©mocratie opprimante pour lâindividu original et lâĂ©mancipation par la culture.
Revue de presse
- Michel Granger dévoile les multiples visages de Mr Walden Adrien Meignan Addict Culture 9 octobre 2019
- Avoir raison avec⊠Henry David Thoreau AdÚle Van Reeth France Culture // Avoir raison avec⊠21 juillet 2019
Certains diront quâil faut avoir lu lâĆuvre dâun auteur pour dĂ©couvrir un essai sur lui. Pour comprendre ce quâil a bien pu vouloir dire dans ses Ă©crits, pour comprendre les sous-textes ou les implications de telles ou telles paroles et actions. Dâautres penseront que de lire le mĂȘme essai avant le reste de la bibliographie de lâauteur permet de mieux apprĂ©hender les diffĂ©rents points de vue quâil y expose. Michel Granger, avec Henry D. Thoreau, Mr Walden, peut mettre tout le monde dâaccord avec cet essai passionnant sur un auteur amĂ©ricain aux convictions trĂšs marquĂ©es.
Henry David Thoreau
Cet auteur amĂ©ricain a vĂ©cu au XIX siĂšcle (1817-1862). Il sâinscrit dans le mouvement de « renaissance » littĂ©raire aux Ătats-Unis, câest-Ă -dire dans cette catĂ©gorie dâauteurs amĂ©ricains dĂ©sirant sâĂ©manciper de la littĂ©rature originaire dâAngleterre et dâEurope, afin dâexplorer dâautres veines dâĂ©criture purement AmĂ©ricaines, rendant compte de ce quâest la vie dans ce pays encore jeune. Il se place Ă©galement dans le mouvement transcendantaliste initiĂ© par Emerson.
Petit Ă petit, au fur et Ă mesure de ses interrogations, Henry D.Thoreau va creuser sa propre voie, choisissant la pauvretĂ© Ă la consommation, la campagne Ă la ville, et toute sa philosophie ressortira de ses Ă©crits, le plaçant, presque un siĂšcle avant que le terme ne soit inventĂ©, dans une mentalitĂ© de dĂ©croissance. Il prĂŽnera en outre, contre le consumĂ©risme en tant que fin, le retrait de la sociĂ©tĂ© et lâĂ©mancipation par la culture.
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Lâessai est captivant. Michel Granger se base sur les Ă©crits de Thoreau pour argumenter son propos, sans ĂȘtre pour autant catĂ©gorique sur les aspects oĂč persiste un doute. Lâemploi du « il semble » nous paraĂźt alors renforcer les affirmations portĂ©es dans le bouquin cr celles-ci reposent dĂšs lors sur de solides arguments. Le portrait quâil dresse de Thoreau est Ă mĂȘme de nous donner envie de lire son Ćuvre (enfin, nous il nous a convaincus), combien mĂȘme cette littĂ©rature nâest pas romanesque.
Des aveux de lâauteur Michel Granger pourtant, cette Ćuvre ne se dĂ©partit pas dâune certaine poĂ©sie, parfois contemplative, qui nous rend le personnage de Henry David Thoreau dĂ©cidĂ©ment sympathique. MalgrĂ© un relatif anonymat, il se voit aujourdâhui rĂ©habilitĂ© (en partie seulement) pour ses positions radicales et environnementales (celles concernant la dĂ©sobĂ©issance civique Ă©tant un peu plus tues).
Bref, cet essai captivant touche sa cible sobrement, relativement briĂšvement, ce qui ne fait que renforcer lâimpact de sa lecture. Ce livre nous fait nous dire quâil nous faut absolument dĂ©couvrir Henry D. Thoreau !
La chronique intégrale est en ligne
Quand certains « penseurs » ne cessent de sâaccaparer la figure de Thoreau, le plus souvent en la caricaturant, Michel Granger fait de son cĂŽtĂ© un prĂ©cieux travail dĂ©montrant sa complexitĂ© et sa richesse.
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Michel Granger met en avant lâĆuvre de Henry D. Thoreau depuis plusieurs annĂ©es notamment en collaborant avec les Ă©ditions Le mot et le reste. Avec la publication de Henry D. Thoreau, Mr Walden, réécriture dâun premier livre publiĂ© aux Ă©ditions Belin en 1999, il produit un des textes les plus Ă©clairants sur cet Ă©crivain.
Lisez la chronique sur Addict Culture*
Le philosophe Henry David Thoreau (1817-1862) est cĂ©lĂšbre pour son livre âWaldenâ qui raconte ses annĂ©es passĂ©es dans la nature⊠Pourtant, tout sauf un ermite, Thoreau est un penseur engagĂ© qui voit dans la nature un miroir du monde quâil questionne. De quel hĂ©ritage politique est-il lâauteur ?
Henry David Thoreau est né à Concord dans le Massachusetts aux Etats-Unis en 1817.
Il a 20 ans lorsquâil dĂ©couvre un texte intitulĂ© Nature, dans lequel son auteur, lâancien pasteur Ralph Waldo Emerson, propose une rĂ©flexion inĂ©dite sur la place de lâhomme au sein de la nature.
Thoreau rencontre Emerson qui enseigne alors Ă lâUniversitĂ© de Harvard, et qui lâinitie au transcendantalisme⊠Les deux hommes se lient dâamitiĂ© et chacun progresse dans son Ćuvre⊠Leurs journaux intimes laissent entendre que derriĂšre lâamitiĂ© quâils se portent, se trouvent plus enfouis et plus profonds des sentiments durs, parfois critiques et rĂ©ciproques, qui conduiront Ă un Ă©loignement progressif.
Aujourdâhui, le nom de Thoreau appelle celui de Walden, le livre dans lequel il relate les deux ans et deux mois de vie quâil a passĂ©s dans une cabane construite de ses propres mains. Parfois, lâexpression de dĂ©sobĂ©issance civile lui est associĂ©e, mais sait-on que câest le titre en Français de lâun de ses textes ? Sait-on que ses pages sur la marche Ă pied quâil effectue tous les jours dans les forĂȘts du Maine, recĂšlent des trĂ©sors de langage ? Que son journal nous dĂ©livre des pĂ©pites littĂ©raires et philosophiques et que Walden est bien plus quâune bible Ă©cologiste ? Et si Thoreau avait tout compris ?
Partie 1 : Henry David Thoreau, lâanticonformiste
avec Michel Granger, professeur Ă©mĂ©rite de littĂ©rature amĂ©ricaine Ă lâuniversitĂ© Lyon 2, spĂ©cialiste de Thoreau
Thierry Gillyboeuf, Ă©crivain et traducteur de lâĆuvre de Thoreau
et Thomas Constantinesco, maĂźtre de confĂ©rences Ă lâUniversitĂ© de Paris, spĂ©cialiste de littĂ©rature amĂ©ricaine du 19Ăšme siĂšcle
Thoreau, un original engagé
Ă son Ă©poque, Thoreau Ă©tait un original, on se souvient de lui notamment pour son opposition Ă lâesclavage dans la suite de la guerre que les Etats-Unis mĂšnent contre le Mexique au milieu des annĂ©es 1840, et qui lui vaut quelques nuits en prison Ă Concord, sa ville de naissance, Ă cĂŽtĂ© de Boston, et dont il tirera ce texte quâon connaĂźt sous le titre français âLa DĂ©sobĂ©issance civileâ.
Thomas Constantinesco
Partir dans les bois et vivre Ă fond
Ă travers sa correspondance, jâai dĂ©couvert un homme plein dâhumour qui avait un lien fort avec ses proches, pas un ermite ! Et lâexpĂ©rience de âWaldenâ est tout sauf une expĂ©rience Ă©rĂ©mitique, ce quâil tente câest une expĂ©rience dâauto-suffisance. Thoreau est un homme cohĂ©rent, en 1837, Ă Harvard, quand il prononce son discours de remise des diplĂŽmes, alors jeune Ă©tudiant, il fustige lâesprit commercial de ses concitoyens alors que les Etats-Unis traversent leur premiĂšre grande crise financiĂšre⊠Dans cette AmĂ©rique gagnĂ©e par le matĂ©rialisme, Thoreau prĂŽne lâotium, le temps pour soi.
Thierry Gillyboeuf
Walden et le transcendantalisme
Le terme de transcendantalisme rĂ©sulte dâune sĂ©rie de contre-sens qui ont Ă voir avec la façon dont la philosophie europĂ©enne traverse lâAtlantique au dĂ©but du 19Ăšme siĂšcle, câest un terme qui renvoie Ă la tradition aristotĂ©licienne, qui renvoie aussi Ă lâidĂ©alisme allemand, Kant, filtrĂ© via le romantisme anglais⊠Ce quâen retiennent Emerson, Thoreau et plusieurs autres penseurs et Ă©crivains de la Nouvelle Angleterre, câest lâidĂ©e de la toute-puissance de la raison, raison qui, chez Kant, sâoppose Ă lâentendement, mais ces penseurs câest surtout la raison comme synonyme de lâesprit, dont ils voient une sorte de miroir dans la nature quâils contemplent, câest aussi ça lâexpĂ©rience de âWaldenâ.
Thomas Constantinesco
Paradoxes de Thoreau
Il faut essayer de dater lâĂ©volution de la pensĂ©e de Thoreau⊠à lâĂ©poque de la nuit en prison, il en est au geste symbolique qui reste ignorĂ©, sauf quâen 1849, il y a la publication de âLa DĂ©sobĂ©issance civileâ, un petit public le lit mais en dehors de tout ça personne nâest au courant. Câest seulement Ă la fin des annĂ©es 1850, lorsquâil Ă©crit un plaidoyer pour John Brown, activiste abolitionniste, quâil est pour la violence⊠Il a complĂštement changĂ©. Ce quâon appelle la dĂ©sobĂ©issance civile, qui est Ă mon avis un mauvais terme, dans notre esprit câest Gandhi et Martin Luther King, des mouvements de masse, qui bloquent la sociĂ©tĂ©, or Thoreau nâa fait quâun mouvement individuel pour rester propre, « je mâen lave les mains » dit-il, donc câest de lâobjection de conscience. Dans la pensĂ©e de Thoreau il y a une Ă©volution vers la violence et vers une action plus collective, avec des limites.
Michel Granger
Partie 2 : Henry David Thoreau, Ă lâorigine dâune pensĂ©e politique contemporaine ?
avec Sandra Laugier, philosophe, professeure Ă lâUniversitĂ© Paris I PanthĂ©on Sorbonne, spĂ©cialiste de philosophie du langage et de philosophie morale, chroniqueuse Ă LibĂ©ration
et Manuel Cervera-Marzal, philosophe et sociologue Ă lâUniversitĂ© dâAix-Marseille
La dĂ©sobĂ©issance civile, une nouvelle forme dâaction
Il y a deux raisons qui expliquent lâĂ©cho de âLa DĂ©sobĂ©issance civileâ, rééditĂ© par plusieurs Ă©diteurs rĂ©pondant Ă une demande de la sociĂ©tĂ© civile : on vit une pĂ©riode des inĂ©galitĂ©s Ă tous les niveaux, câest une premiĂšre forme dâinjustice, et lâautre Ă©lĂ©ment qui caractĂ©rise notre Ă©poque câest la catastrophe climatique qui sâannonce, il y a deux grandes urgences et face à ça on cherche des moyens nouveaux de lutter. Le deuxiĂšme Ă©lĂ©ment câest quâon observe que des modes de contestation assez traditionnels comme le fait de voter pour un parti radical, manifester, pĂ©titions, sont des choses insuffisantes⊠Les gens vont chercher de nouvelles formes dâaction plus radicales, subversives, efficaces, la dĂ©sobĂ©issance civile fait partie de cette panoplie de ces nouvelles formes dâaction.
Manuel Cervera-Marzal
La voix individuelle en politique
LâĆuvre de Thoreau est la source dâune pensĂ©e politique trĂšs prĂ©sente, subversive, un peu Ă©touffĂ©e aujourdâhui puisque de fait, la politique est souvent prĂ©sentĂ©e comme la recherche du consensus, et lâidĂ©e dâune voix dissonante paraĂźt dĂ©rangeante ou non politique, et tout ce font Emerson et Thoreau et leurs hĂ©ritiers aujourdâhui câest de dire que la politique est en fait ancrĂ©e lĂ , dans cette voix individuelle qui veut aussi se faire entendre et qui peut parfois ĂȘtre exclue du consensus. Ce retour de la dĂ©sobĂ©issance civile câest liĂ© aussi Ă une critique de lâidĂ©e mĂȘme de consensus puisque de plus en plus on sâaperçoit que ce consensus exclue par dĂ©finition tout un ensemble de voix, de personnes qui ne peuvent pas sâexprimer, sont dĂ©favorisĂ©es, le consensus devient alors tyrannique et conformiste.
Sandra Laugier
Le podcast de lâĂ©mission est disponible sur le site de France Culture