🔍
Parution : 19/09/2019
ISBN : 9782361390730
190 pages (148 x 210)

Henry D. Thoreau

Mr. Walden

Quand certains « penseurs » ne cessent de s’accaparer la figure de Thoreau, le plus souvent en la caricaturant, Michel Granger fait de son cĂŽtĂ© un prĂ©cieux travail dĂ©montrant sa complexitĂ© et sa richesse.

Adrien Meignan – Addict Culture

À partir de l’expĂ©rience au bord du lac Walden (1845-1847), Thoreau dĂ©veloppe une conscience Ă©cologique qui le conduit Ă  remettre en cause le droit de propriĂ©tĂ© des forĂȘts et Ă  rĂ©clamer la crĂ©ation de parcs oĂč prĂ©server la nature sauvage, modĂšle pour revivifier la civilisation. Il Ă©labore une Ă©conomie de vie centrĂ©e sur la pauvretĂ© volontaire et l’étude de l’environnement. De retour Ă  Concord, il rĂ©dige patiemment son Ɠuvre maĂźtresse, Walden, qui contient en germe ce qu’il dĂ©veloppe dans les Essais et le Journal. Le rĂ©cit de son expĂ©rience frappe l’imagination, le narrateur non conformiste donnant force Ă  ses idĂ©es hĂ©tĂ©rodoxes : la critique de l’esprit commercial et du systĂšme industriel, la contestation d’une dĂ©mocratie opprimante pour l’individu original et l’émancipation par la culture.

Revue de presse

- Michel Granger dĂ©cortique l'Ɠuvre de Thoreau Litzic 9 octobre 2019
- Michel Granger dévoile les multiples visages de Mr Walden Adrien Meignan Addict Culture 9 octobre 2019
- Avoir raison avec
 Henry David Thoreau Adùle Van Reeth France Culture // Avoir raison avec
 21 juillet 2019

- Michel Granger dĂ©cortique l'Ɠuvre de Thoreau

Certains diront qu’il faut avoir lu l’Ɠuvre d’un auteur pour dĂ©couvrir un essai sur lui. Pour comprendre ce qu’il a bien pu vouloir dire dans ses Ă©crits, pour comprendre les sous-textes ou les implications de telles ou telles paroles et actions. D’autres penseront que de lire le mĂȘme essai avant le reste de la bibliographie de l’auteur permet de mieux apprĂ©hender les diffĂ©rents points de vue qu’il y expose. Michel Granger, avec Henry D. Thoreau, Mr Walden, peut mettre tout le monde d’accord avec cet essai passionnant sur un auteur amĂ©ricain aux convictions trĂšs marquĂ©es.

Henry David Thoreau

Cet auteur amĂ©ricain a vĂ©cu au XIX siĂšcle (1817-1862). Il s’inscrit dans le mouvement de « renaissance » littĂ©raire aux États-Unis, c’est-Ă -dire dans cette catĂ©gorie d’auteurs amĂ©ricains dĂ©sirant s’émanciper de la littĂ©rature originaire d’Angleterre et d’Europe, afin d’explorer d’autres veines d’écriture purement AmĂ©ricaines, rendant compte de ce qu’est la vie dans ce pays encore jeune. Il se place Ă©galement dans le mouvement transcendantaliste initiĂ© par Emerson.

Petit Ă  petit, au fur et Ă  mesure de ses interrogations, Henry D.Thoreau va creuser sa propre voie, choisissant la pauvretĂ© Ă  la consommation, la campagne Ă  la ville, et toute sa philosophie ressortira de ses Ă©crits, le plaçant, presque un siĂšcle avant que le terme ne soit inventĂ©, dans une mentalitĂ© de dĂ©croissance. Il prĂŽnera en outre, contre le consumĂ©risme en tant que fin, le retrait de la sociĂ©tĂ© et l’émancipation par la culture.

[
]

L’essai est captivant. Michel Granger se base sur les Ă©crits de Thoreau pour argumenter son propos, sans ĂȘtre pour autant catĂ©gorique sur les aspects oĂč persiste un doute. L’emploi du « il semble » nous paraĂźt alors renforcer les affirmations portĂ©es dans le bouquin cr celles-ci reposent dĂšs lors sur de solides arguments. Le portrait qu’il dresse de Thoreau est Ă  mĂȘme de nous donner envie de lire son Ɠuvre (enfin, nous il nous a convaincus), combien mĂȘme cette littĂ©rature n’est pas romanesque.

Des aveux de l’auteur Michel Granger pourtant, cette Ɠuvre ne se dĂ©partit pas d’une certaine poĂ©sie, parfois contemplative, qui nous rend le personnage de Henry David Thoreau dĂ©cidĂ©ment sympathique. MalgrĂ© un relatif anonymat, il se voit aujourd’hui rĂ©habilitĂ© (en partie seulement) pour ses positions radicales et environnementales (celles concernant la dĂ©sobĂ©issance civique Ă©tant un peu plus tues).

Bref, cet essai captivant touche sa cible sobrement, relativement briĂšvement, ce qui ne fait que renforcer l’impact de sa lecture. Ce livre nous fait nous dire qu’il nous faut absolument dĂ©couvrir Henry D. Thoreau !

La chronique intégrale est en ligne

Litzic 9 octobre 2019

- Michel Granger dévoile les multiples visages de Mr Walden

Quand certains « penseurs » ne cessent de s’accaparer la figure de Thoreau, le plus souvent en la caricaturant, Michel Granger fait de son cĂŽtĂ© un prĂ©cieux travail dĂ©montrant sa complexitĂ© et sa richesse.

[
]

Michel Granger met en avant l’Ɠuvre de Henry D. Thoreau depuis plusieurs annĂ©es notamment en collaborant avec les Ă©ditions Le mot et le reste. Avec la publication de Henry D. Thoreau, Mr Walden, réécriture d’un premier livre publiĂ© aux Ă©ditions Belin en 1999, il produit un des textes les plus Ă©clairants sur cet Ă©crivain.

Lisez la chronique sur Addict Culture*

Adrien Meignan
Addict Culture 9 octobre 2019

- Avoir raison avec
 Henry David Thoreau

Le philosophe Henry David Thoreau (1817-1862) est cĂ©lĂšbre pour son livre “Walden” qui raconte ses annĂ©es passĂ©es dans la nature
 Pourtant, tout sauf un ermite, Thoreau est un penseur engagĂ© qui voit dans la nature un miroir du monde qu’il questionne. De quel hĂ©ritage politique est-il l’auteur ?

Henry David Thoreau est né à Concord dans le Massachusetts aux Etats-Unis en 1817.
Il a 20 ans lorsqu’il dĂ©couvre un texte intitulĂ© Nature, dans lequel son auteur, l’ancien pasteur Ralph Waldo Emerson, propose une rĂ©flexion inĂ©dite sur la place de l’homme au sein de la nature.
Thoreau rencontre Emerson qui enseigne alors Ă  l’UniversitĂ© de Harvard, et qui l’initie au transcendantalisme
 Les deux hommes se lient d’amitiĂ© et chacun progresse dans son Ɠuvre
 Leurs journaux intimes laissent entendre que derriĂšre l’amitiĂ© qu’ils se portent, se trouvent plus enfouis et plus profonds des sentiments durs, parfois critiques et rĂ©ciproques, qui conduiront Ă  un Ă©loignement progressif.

Aujourd’hui, le nom de Thoreau appelle celui de Walden, le livre dans lequel il relate les deux ans et deux mois de vie qu’il a passĂ©s dans une cabane construite de ses propres mains. Parfois, l’expression de dĂ©sobĂ©issance civile lui est associĂ©e, mais sait-on que c’est le titre en Français de l’un de ses textes ? Sait-on que ses pages sur la marche Ă  pied qu’il effectue tous les jours dans les forĂȘts du Maine, recĂšlent des trĂ©sors de langage ? Que son journal nous dĂ©livre des pĂ©pites littĂ©raires et philosophiques et que Walden est bien plus qu’une bible Ă©cologiste ? Et si Thoreau avait tout compris ?

Partie 1 : Henry David Thoreau, l’anticonformiste

avec Michel Granger, professeur Ă©mĂ©rite de littĂ©rature amĂ©ricaine Ă  l’universitĂ© Lyon 2, spĂ©cialiste de Thoreau
Thierry Gillyboeuf, Ă©crivain et traducteur de l’Ɠuvre de Thoreau
et Thomas Constantinesco, maĂźtre de confĂ©rences Ă  l’UniversitĂ© de Paris, spĂ©cialiste de littĂ©rature amĂ©ricaine du 19Ăšme siĂšcle

Thoreau, un original engagé

À son Ă©poque, Thoreau Ă©tait un original, on se souvient de lui notamment pour son opposition Ă  l’esclavage dans la suite de la guerre que les Etats-Unis mĂšnent contre le Mexique au milieu des annĂ©es 1840, et qui lui vaut quelques nuits en prison Ă  Concord, sa ville de naissance, Ă  cĂŽtĂ© de Boston, et dont il tirera ce texte qu’on connaĂźt sous le titre français “La DĂ©sobĂ©issance civile”.
Thomas Constantinesco

Partir dans les bois et vivre Ă  fond

À travers sa correspondance, j’ai dĂ©couvert un homme plein d’humour qui avait un lien fort avec ses proches, pas un ermite ! Et l’expĂ©rience de “Walden” est tout sauf une expĂ©rience Ă©rĂ©mitique, ce qu’il tente c’est une expĂ©rience d’auto-suffisance. Thoreau est un homme cohĂ©rent, en 1837, Ă  Harvard, quand il prononce son discours de remise des diplĂŽmes, alors jeune Ă©tudiant, il fustige l’esprit commercial de ses concitoyens alors que les Etats-Unis traversent leur premiĂšre grande crise financiĂšre
 Dans cette AmĂ©rique gagnĂ©e par le matĂ©rialisme, Thoreau prĂŽne l’otium, le temps pour soi.
Thierry Gillyboeuf

Walden et le transcendantalisme

Le terme de transcendantalisme rĂ©sulte d’une sĂ©rie de contre-sens qui ont Ă  voir avec la façon dont la philosophie europĂ©enne traverse l’Atlantique au dĂ©but du 19Ăšme siĂšcle, c’est un terme qui renvoie Ă  la tradition aristotĂ©licienne, qui renvoie aussi Ă  l’idĂ©alisme allemand, Kant, filtrĂ© via le romantisme anglais
 Ce qu’en retiennent Emerson, Thoreau et plusieurs autres penseurs et Ă©crivains de la Nouvelle Angleterre, c’est l’idĂ©e de la toute-puissance de la raison, raison qui, chez Kant, s’oppose Ă  l’entendement, mais ces penseurs c’est surtout la raison comme synonyme de l’esprit, dont ils voient une sorte de miroir dans la nature qu’ils contemplent, c’est aussi ça l’expĂ©rience de “Walden”.
Thomas Constantinesco

Paradoxes de Thoreau

Il faut essayer de dater l’évolution de la pensĂ©e de Thoreau
 Ă  l’époque de la nuit en prison, il en est au geste symbolique qui reste ignorĂ©, sauf qu’en 1849, il y a la publication de “La DĂ©sobĂ©issance civile”, un petit public le lit mais en dehors de tout ça personne n’est au courant. C’est seulement Ă  la fin des annĂ©es 1850, lorsqu’il Ă©crit un plaidoyer pour John Brown, activiste abolitionniste, qu’il est pour la violence
 Il a complĂštement changĂ©. Ce qu’on appelle la dĂ©sobĂ©issance civile, qui est Ă  mon avis un mauvais terme, dans notre esprit c’est Gandhi et Martin Luther King, des mouvements de masse, qui bloquent la sociĂ©tĂ©, or Thoreau n’a fait qu’un mouvement individuel pour rester propre, « je m’en lave les mains » dit-il, donc c’est de l’objection de conscience. Dans la pensĂ©e de Thoreau il y a une Ă©volution vers la violence et vers une action plus collective, avec des limites.
Michel Granger

Partie 2 : Henry David Thoreau, Ă  l’origine d’une pensĂ©e politique contemporaine ?

avec Sandra Laugier, philosophe, professeure Ă  l’UniversitĂ© Paris I PanthĂ©on Sorbonne, spĂ©cialiste de philosophie du langage et de philosophie morale, chroniqueuse Ă  LibĂ©ration
et Manuel Cervera-Marzal, philosophe et sociologue Ă  l’UniversitĂ© d’Aix-Marseille
La dĂ©sobĂ©issance civile, une nouvelle forme d’action

Il y a deux raisons qui expliquent l’écho de “La DĂ©sobĂ©issance civile”, rééditĂ© par plusieurs Ă©diteurs rĂ©pondant Ă  une demande de la sociĂ©tĂ© civile : on vit une pĂ©riode des inĂ©galitĂ©s Ă  tous les niveaux, c’est une premiĂšre forme d’injustice, et l’autre Ă©lĂ©ment qui caractĂ©rise notre Ă©poque c’est la catastrophe climatique qui s’annonce, il y a deux grandes urgences et face Ă  ça on cherche des moyens nouveaux de lutter. Le deuxiĂšme Ă©lĂ©ment c’est qu’on observe que des modes de contestation assez traditionnels comme le fait de voter pour un parti radical, manifester, pĂ©titions, sont des choses insuffisantes
 Les gens vont chercher de nouvelles formes d’action plus radicales, subversives, efficaces, la dĂ©sobĂ©issance civile fait partie de cette panoplie de ces nouvelles formes d’action.
Manuel Cervera-Marzal

La voix individuelle en politique

L’Ɠuvre de Thoreau est la source d’une pensĂ©e politique trĂšs prĂ©sente, subversive, un peu Ă©touffĂ©e aujourd’hui puisque de fait, la politique est souvent prĂ©sentĂ©e comme la recherche du consensus, et l’idĂ©e d’une voix dissonante paraĂźt dĂ©rangeante ou non politique, et tout ce font Emerson et Thoreau et leurs hĂ©ritiers aujourd’hui c’est de dire que la politique est en fait ancrĂ©e lĂ , dans cette voix individuelle qui veut aussi se faire entendre et qui peut parfois ĂȘtre exclue du consensus. Ce retour de la dĂ©sobĂ©issance civile c’est liĂ© aussi Ă  une critique de l’idĂ©e mĂȘme de consensus puisque de plus en plus on s’aperçoit que ce consensus exclue par dĂ©finition tout un ensemble de voix, de personnes qui ne peuvent pas s’exprimer, sont dĂ©favorisĂ©es, le consensus devient alors tyrannique et conformiste.
Sandra Laugier

Le podcast de l’émission est disponible sur le site de France Culture

AdĂšle Van Reeth
France Culture // Avoir raison avec
 21 juillet 2019