Gens de concord
En dĂ©pit de son regard critique sur la sociĂ©tĂ© des hommes, Thoreau est fondamentalement un humaniste qui ne cesse dâexprimer son dĂ©sir de rapports humains et sa rĂ©vĂ©rence pour lâhumanitĂ©.
traduit de lâanglais (Ă©tats-unis) par Brice Matthieussent
introduction et sélection de Michel Granger
Connu pour avoir vĂ©cu, entre 1845 Ă 1847, dans une cabane, au bord du lac Walden, Thoreau nâest pourtant pas le « philosophe dans les bois » ni lâ« ermite de Walden » que lâon prĂ©sente souvent. La lecture de lâabondant Journal (1837-1861), ainsi que de Walden, rĂ©digĂ© alors quâil Ă©tait retournĂ© vivre dans la maison familiale, montre quâil fut essentiellement un homme du village, conscient de la communautĂ© dans laquelle il sâinclut en disant « nous ». Ă de nombreuses reprises tout au long de sa vie, Thoreau sâest placĂ© comme Ă©ducateur, au service de la rĂ©gĂ©nĂ©ration, de lâĂ©lĂ©vation de la pensĂ©e, preuve de son dĂ©vouement Ă ses concitoyens auxquels il offrait des sujets de rĂ©flexion inĂ©dits. Cette sĂ©lection vise Ă montrer une facette inĂ©dite de ce grand philosophe dont lâĆuvre ne cesse dâinfluencer la pensĂ©e contemporaine.
Revue de presse
- Gens de Concord Noé Gaillard Daily Passions 27 octobre 2021
[âŠ] Une vĂ©ritable mosaĂŻque dâidĂ©es, que lâon dĂ©couvre paragraphes par paragraphes, Ă chacun son rythme.
Le livre nous propose un passage plaisant Ă Concord, petite ville du Massachusetts non loin du lac de Walden (qui a donnĂ© son nom Ă la plus cĂ©lĂšbre des Ćuvres de Thoreau), que lâon apprĂ©hende comme une balade, alternant entre rythme soutenu et moments souples et lents, presque Ă©vasifs.
Lâouvrage lui-mĂȘme oscille entre pensĂ©es sur les mĆurs du village et passages plus contemplatifs sur la nature environnante : le lac des balades occasionnelles ou de la pĂȘche, la riviĂšre des rats musquĂ©s, et le bois, grand contributeur Ă la vie des lieux.
Cette mosaĂŻque de paragraphes dessine un auteur chaque fois plus complexe, Ă la fois trĂšs humain et clairvoyant, soucieux de (se) reprĂ©senter la rĂ©alitĂ© et du recul que cela nĂ©cessite. La critique de la sociĂ©tĂ© sâavĂšre juste et pointe sans ambages ce qui est digne de mĂ©pris, ou au moins dâironie, pour lâauteur. Mais Thoreau sait aussi rendre justice Ă ses concitoyens en les dĂ©crivant avec beaucoup de poĂ©sie, de cet homme aussi volatil quâune brume matinale Ă ses compagnons du quotidien dont il souligne la force, en passant par cette femme rĂ©siliente Ă laquelle il rend un hommage sensible.
De la nature, il dessine un portrait kalĂ©idoscopique et trĂšs moderne : Ă la fois sujet et condition dâune vie saine Ă Concord, elle offre des scĂšnes de vie Ă ravir aux observateurs. Câest une nature-sujet, qui bondit entre les bois Ă lâimage des rats musquĂ©s entre les plantes, qui sait se cacher et se mĂ©tamorphoser, voire agir avec tendresse.
Chaque paragraphe est une surprise, offrant un regard neuf, et, trĂšs vite, Concord ne semble plus si loin. Les mĆurs des lieux, le lien entre les habitants et les animaux, la narration de ses paysages⊠mĂȘme les histoires du village finissent par nous concerner.
Finalement, Gens de Concord propose autant de paysages et de portraits quâune mĂ©thodologie Ă lâintrospection par une réécriture du regard, qui part des quotidiens pour en dĂ©celer les changements subtils et les dĂ©couvertes dâun monde vĂ©gĂ©tal dâune richesse insoupçonnĂ©e qui sait transformer la poussiĂšre en or.
Un livre à lire pour se reposer ou réfléchir, une balade philosophique.
Un article à retrouver en intégralité dans le Journal Ventilo
En page intĂ©rieure lâinformation importante : âsĂ©lection et introduction de Michel Grangerâ. Les extraits qui composent ce recueil sont tirĂ©s de Journal et de Walden du mĂȘme auteur et traduit par Brice Matthieussent. Et la question qui vient immĂ©diatement Ă lâesprit est sans doute la suivante : Pourquoi composer un livre avec des extraits de livres disponibles ? La rĂ©ponse est dans le titre de lâintroduction : âun humaniste ambivalentâ et dans les titres qui ouvrent les extraits. Mais la vraie rĂ©ponse est dans le fait que lâon a tendance Ă classer Thoreau parmi les misanthropes. Ce petit livre est censĂ© lui redonner sa vraie dimension. Et il y parvient, selon moi.
Un petit mot sur la couverture dont la canne Ă pĂȘche âpasseâ sur le titre et ajoute du blanc au blanc des lettres tout en Ă©quilibrant la photo.
Tout le monde devrait avoir lu Thoreau pour son analyse de la sociĂ©tĂ© et son rapport Ă la nature. Ce livre met en Ă©vidence le fait quâil aime les gens qui ont un rapport non artificiel au monde. Les gens qui vivent la vie au lieu de suivre des us et coutumes. Il observe et Ă©coute et tire les leçons qui sâimposent. Câest aussi un pacifiste convaincu. MĂȘme si gĂ©ographiquement ils sont trĂšs Ă©loignĂ©s, jâai trouvĂ© quelque parentĂ© entre lui et Mark Twain⊠et entre lui et Montaigne⊠Et je ne peux mâempĂȘcher de vous offrir une citation : « âLes hommes triment et se trompentâ. Il vise une humanitĂ© conformiste moutonniĂšre : âLa grĂ©garitĂ© des hommes est leur caractĂšre le plus mĂ©prisable et dĂ©courageant. Voyez comme ils se suivent tels des moutons, sans savoir pourquoi.â Ils se plient aux traditions, ne pensent pas par eux-mĂȘmes. Il faudrait les âinstaller sous une puissante presse pour expulser leurs vieilles idĂ©es.â »(les passages entre ââŠâ sont de Thoreau.)
Encore un livre idĂ©al pour les transports en commun (format et poids) en espĂ©rant que les gens sâinterrogent sur ce « Concord ».
Une chronique Ă retrouver sur Daily Passions