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Parution : 21/03/2019
ISBN : 9782360549467
192 pages (11 x 17,6 cm)

Fée d'hiver - poche

La violence, Ă  tout moment, est en embuscade. Mais AndrĂ© Bucher est un poĂšte et la tragĂ©die vire au conte de fĂ©es. Il s’attache aux lumiĂšres, aux nuages, Ă  la grandeur du ciel, traque les silences, fait parler les non-dits. L’émotion est Ă  fleur de mots, la langue puissamment imagĂ©e. Le livre est court, mais il multiplie les points de vue et les formes, se dĂ©ploie lentement, infuse dans la mĂ©moire des lecteurs. Au point final, il n’a pas dit son dernier mot.

Michel Abescat – Telerama

Alice, la quarantaine passĂ©e, secrĂ©taire de la scierie, entend quitter son mari et Ă©chapper Ă  la tyrannie de ses frĂšres. Vladimir, le bĂ»cheron clandestin, fuit son passĂ©. Daniel et Richard, deux vieux frĂšres un peu rock’n‘roll qui vivent reclus dans la ferme du Val triste, ont des comptes Ă  rĂ©gler avec leur enfance. Tous vivent dans un coin de la DrĂŽme, dĂ©serte et sauvage. Tous sont des Ă©chouĂ©s. Mais Ă  force de rĂȘves, ces Ă©corchĂ©s-volant parviendront Ă  dĂ©nouer le fil de leur existence
 pour un hiver de toute beautĂ© !

Revue de presse

- Fée d'hiver Yvon Bouette Ereann Yvon 24 septembre 2018
- La Grande Librairie François Busnel France 5 05 mai 2016
- "Fée d'hiver" d'André Bucher Vanessa Curton Zone Littéraire 15 février 2013
- Fée d'hiver Cathy Garcia La Cause Littéraire Octobre 2012
- Page Livres Michel Abescat Telerama 23 mai 2012
Fée d'hiver Aude Binet Festival Du Livre Et De La Presse D'ecologie Avril 2012
- Conte de saison Pascal Jourdana Le matricule des anges Avril 2012
- André Bucher, un écrivain entre terre et ciel Benoßt Pupier parutions.com 30 mars 2012
- Fée d'hiver Noé Gaillard Murmures Magazine 27 mars 2012
- Fée d'hiver : naturellement inspiré ! Justine Minet La Tribune 16 février 2012
- Livres du mois Silence Mars 2012
- "Les gens cabossés peuvent garder une ferveur" Nicole Gellot L'ùge de faire Février 2012
- Une magie singuliÚre Fanny Stolpner Témoignage Chrétien 19 janvier 2012
- André Bucher dédicace au Bleuet Roberto Figaroli La Provence 15 janvier 2011
- André Bucher signe un 6e roman mélancolique et douloureux Alain Bosmans Dauphiné libéré 3 janvier 2012
- Fée d'hiver Pascale Arguedas Livre de lecture 19 janvier 2012
- Parution d'un livre dans la vallée Vivre au Jabron 17 janvier 2012

- Fée d'hiver

Alice au pays des neiges sanglantes.
TroisiÚme roman de cet auteur vivant loin du monde littéraire que je lis, toujours avec beaucoup de plaisir.
En guise de prologue, un article du DauphinĂ© LibĂ©rĂ© du 31 aoĂ»t 1948 relatant un fait divers : un agriculteur a tuĂ© son Ă©pouse, puis s’est suicidĂ©. Ils laissent deux enfants de quatre et six ans qui seront placĂ©s dans une famille d’accueil.
Nous retrouvons ceux-ci, Daniel et Richard, entre aoĂ»t 1965 et avril 1988. Daniel tient son journal, Richard est revenu de la guerre d’AlgĂ©rie depuis trois ans, il boite, Daniel, lui, ne parle pas.
Daniel Ă©tant enfin majeur est retournĂ© vivre aux Rabasses, ferme familiale, situĂ©e au sommet du col de Perty, dans la DrĂŽme Ă  l’extrĂȘme limite des Hautes Alpes.
Ils savent pourquoi leurs parents sont morts : leur mĂšre avait un amant, leur pĂšre ne l’a pas supportĂ©. Alors il faut vivre dans la solitude morale et physique. Il n’y a pas beaucoup de voisinage autour des deux hommes.
Mais pour Daniel, il y a Alice, plus jeune que lui, elle lui rend visite depuis des annĂ©es, elle a vingt ans Ă  prĂ©sent, ils fĂȘtent cela ensemble avec le gĂąteau confectionnĂ© par celle-ci. Et Daniel rit ! Une grande premiĂšre depuis des annĂ©es.
Mais d’autres personnages viennent au fil des ans troubler cette vie rude, solitaire mais tranquille.
Tranquille, elle ne le devient plus vraiment, Alice a des frĂšres, propriĂ©taires de la scierie, principal employeur des environs. Elle Ă©pouse Louis, un lointain cousin, l’amour n’est pas au rendez-vous. Elle a toujours un penchant pour Daniel, l’homme qui ne parle toujours pas.
Puis arrive le colossale Vladimir, bucheron rescapĂ© de l’Ex-Yougoslavie. Il cherche du travail, et bien entendu, sans papier, il sera exploitĂ© par les frĂšres d’Alice, mais Richard et Daniel lui offriront un toit dĂ©cent

Pour Alice l’amour, l’heure du grand amour, sonnera, avec son cortùge de rancƓur, de violence et de drame.
Des personnages sont, soit trĂšs attachants, Richard, Daniel, Vladimir, pour les hommes, Alice et Dona, la stripteaseuse, pour les femmes.
D’autres par contre sont des ĂȘtres frustres et bornĂ©s, Parmi les frĂšres d’Alice, l’un d’eux est plutĂŽt enclin Ă  pardonner Ă  sa sƓur, mais son aĂźnĂ© et Louis, le mari dĂ©laissĂ©, sont pour la maniĂšre forte.
Des descriptions de paysages pleines de poésie, qui mettent la montagne en valeur. Une belle écriture et une lecture agréable.
Extraits :

  • On aurait cru un canard ou un jars et la lune en se dandinant le suivait, rouge comme j’ai dit, rouge comme le sang et moi je criais pour ne plus entendre, les mains sur les oreilles, je criais.
  • J’ai un peu plus de quarante ans. Je ne sais pas quoi en faire.
  • Vladimir se sauvait tel un chien craignant Ă  nouveau d’ĂȘtre battu. Il avait marchĂ©, marchĂ© longtemps, avant d’atteindre le MontĂ©nĂ©gro.
  • L’introspection n’était pas son fort. Pourtant est-ce qu’elle en demandait trop ? Que devait-on attendre de ce petit mari, qu’il se comporte en amant ? Ou en pĂšre

  • Daniel en ange diminuĂ© et lui gĂ©ant simiesque Ă  la patte folle, symbiose d’un oiseau mythologique avec un Ă©lytre dĂ©ployĂ© pour protĂ©ger l’autre aile, sans l’abĂźmer.
  • Car c’est un trĂšs grand danger de voir l’estime de soi dĂ©pendre de la maniĂšre dont les autres vous considĂšrent

  • Elle ruisselle, emplit sa vie. Nuages aux seins nus qui montrent ses genoux. Nuages au fĂ©minin. Belle Ă  n’en plus finir.

Lire la chronique sur le blog Ereann Yvon

Yvon Bouette
Ereann Yvon 24 septembre 2018

- La Grande Librairie

François Busnel invite AndrĂ© Bucher pour sur son plateau pour parler de son nouvel ouvrage À l’écart et de la réédition de son “magnifique roman” FĂ©e d’hiver.

Revoir l’émission

François Busnel
France 5 05 mai 2016

- "Fée d'hiver" d'André Bucher

FĂ©e d’hiver se dĂ©roule avec magie, comme un conte initiatique, dĂ©couvrant des personnages pris au creux d’une nature mouvante et matricielle.

Dans un pays du Sud de la DrĂŽme, deux frĂšres vivent Ă©pargnĂ©s dix-sept ans plus tĂŽt par leur pĂšre qui d’un coup de folie assassina leur mĂšre et se donna la mort sous leurs yeux.
Daniel est devenu mutique depuis ce drame, prĂ©fĂ©rant « lire qu’ĂȘtre obligĂ© d’entendre » mais surtout Ă©crire. Avec son frĂšre, Richard qui est revenu boiteux de la Guerre d’AlgĂ©rie, il partage ce goĂ»t pour la musique et plus particuliĂšrement pour le blues.

Leur destin croise celui de la belle et féérique Alice, une fille du pays, abĂźmĂ©e par son mariage avec un lointain cousin, et de Vladimir, un bucheron d’origine Serbo-croate, en exil.
Ce colosse a fui un village anĂ©anti par la guerre et trouve refuge, au bout d’un pĂ©riple jonchĂ© d’obstacles, dans l’amour et dans l’amitiĂ© mais surtout dans ces montagnes dont la forĂȘt et le ruisseau s’accordent Ă  sa solitude, malgrĂ© la rudesse des hivers.

Ce roman cristallin comme la neige fait vivre l’amour fraternel et transpire d’une gourmandise affectueuse pour les femmes vers qui les protagonistes semblent portĂ©s comme vers la langue.

Dans une Ă©criture aĂ©rienne dont les flocons rĂ©vĂšlent la beautĂ© et la dignitĂ© des ĂȘtres, tout en faisant miroir Ă  leur noirceur profonde et Ă  leur vilĂ©nie, la polyphonie des voix Ă©clot comme la sĂšve qui remonte la feuille par les phrases. Ces voix se rencontrent et apprennent strate aprĂšs strate Ă  vibrer au ton juste
ou plutĂŽt, elles apprennent Ă  s’entendre et Ă  se con-naĂźtre.

Extrait :

_« La vie d’avant ressemblait Ă  une promesse non tenue et l’avenir Ă  un malentendu. Puis on parvient Ă  se frayer un chemin, un ailleurs, on recréé le dĂ©cor intime, on rĂ©ussit mĂȘme Ă  se bĂątir une nouvelle demeure. On prend ce qui vient, le travail que personne ne veut, le vent le froid la solitude et la fatigue, le temps qui passe, les jours et les heures.

Ensuite, Ă  l’improviste, le plein s’insinue, s’insĂšre dans le vide, un petit nerf se met Ă  craquer. Quelqu’un surgit, vous Ă©claire vous traverse. Un regard ou un geste, une flamme ravivĂ©e dans le cƓur, les pas du danseur. Elle vous en retire les Ă©chardes et vous n’avez qu’une envie : pouvoir, ultime tentative, convoquer les chers disparus, les rĂ©unir et recevoir leur assentiment. (
) »_

*_FĂ©e d’hiver_,
D’AndrĂ© Bucher
Éditions Le Mot et le Reste, 2012*

Vanessa Curton
Zone Littéraire 15 février 2013

- Fée d'hiver

Pour celles et ceux qui ne connaĂźtraient pas encore le talent d’AndrĂ© Bucher, voici une bien belle façon de le dĂ©couvrir. Dans FĂ©e d’hiver, on sent le souffle d’un Jim Harrison, dont AndrĂ© Bucher est grand lecteur, mais l’écriture de cet Ă©crivain poĂšte paysan est unique. Et justement, elle sent le vĂ©cu, le territoire arpentĂ©, la solitude affrontĂ©e. FĂ©e d’hiver est un roman Ă  la fois Ăąpre et magnifique, austĂšre et puissamment physique, comme les lieux dans lesquels il prend place dans ce sud de la DrĂŽme, Ă  la limite des Hautes-Alpes. Des lieux sauvages, entourĂ©s de montagnes, dĂ©sertĂ©s par les hommes partis rejoindre les villes, oĂč la vie, croit-on, offre plus de facilitĂ©s.

Le roman dĂ©marre sur un prologue, un article paru dans le journal le DauphinĂ© LibĂ©rĂ©, datĂ© du 31 aoĂ»t 1948. Un fait divers « Drame de jalousie dans le sud de la DrĂŽme », qui fait Ă©cho au titre du livre, FĂ©e d’hiver. Cette fĂ©e d’hiver qui vient comme pour rompre une malĂ©diction, une sorte de rĂ©paration d’accrocs dans les mailles du destin.

La premiĂšre partie du roman est un journal intime Ă  deux voix, s’étalant entre 1965 et 1988. Une façon de prĂ©senter les lieux, le contexte, les personnages. Daniel et Richard sont deux frĂšres, l’un gĂ©ant et l’autre court sur pattes, l’un parle peu, l’autre ne parle plus du tout. Ce sont les deux enfants laissĂ©s orphelins par le drame familial Ă©voquĂ© dans l’article du journal. PlacĂ©s en famille d’accueil par la DDASS, ils ont grandi et retournent maintenant vivre dans la ferme familiale aux Rabasses, pas trĂšs loin du village de Laborel. Une ferme dĂ©labrĂ©e, que Richard, l’aĂźnĂ©, va peu Ă  peu transformer en casse. Daniel lui, muet depuis le drame, s’occupe d’un troupeau de brebis. Deux marginaux en quelque sorte, repliĂ©s sur eux-mĂȘmes, que les gens alentour prennent pour des attardĂ©s.

Et puis, il y a les Monnier, qui ont une scierie. Le pĂšre Ă©tait l’amant de la mĂšre de Richard et Daniel, responsable en quelque sorte de leur malheur, mais il est mort lui aussi, emportĂ© par un cancer peu de temps aprĂšs. Restent les deux fils, dont l’aĂźnĂ© dirige maintenant la scierie, et le cousin Louis, le nabot que les frĂšres Monnier aimaient tant tyranniser, Ă©tant enfant. Depuis toujours enclins Ă  la morve et Ă  la mĂ©chancetĂ©, la vie n’avait pas aidĂ© Ă  les changer ces deux-lĂ . Heureusement il y a Alice, la jeune sƓur. Alice est diffĂ©rente et elle n’a pas peur de passer du temps avec Daniel, pendant qu’il fait pĂąturer ses brebis. Elle passe le voir, cherche Ă  communiquer avec lui. Daniel l’aime beaucoup bien qu’elle soit bien plus jeune que lui, seulement les annĂ©es passent vite. Alice travaille comme secrĂ©taire Ă  la scierie de ses frĂšres, elle part Ă  midi ravitailler les bĂ»cherons. Un jour, elle a dĂ©jĂ  plus de trente ans, elle finit par dire oui au cousin Louis. Daniel dĂ©cide qu’il ne parlera vraiment plus jamais et arrĂȘte son journal. Nous sommes en 1988.

Le roman enchaĂźne alors sur l’histoire de Vladimir entre 1995 et 1998. Vladimir est serbo-croate et bĂ»cheron. En 1995, avant le cessez-le-feu entre les Serbes et les Bosniaques, sa sƓur et ses parents pĂ©rissent dans la destruction de leur village. Vladimir, c’est son mĂ©tier qui l’a sauvĂ©, il Ă©tait dans la montagne en train de bĂ»cheronner quand c’est arrivĂ©. Quand il est revenu, il n’y avait plus rien, juste larmes, cendres et dĂ©combres. Il a donc fui, son pays, ses souvenirs, sa douleur. De pays en pays, une vie rude et solitaire, d’exilĂ©, de sans-papiers, avec pour seul bagage, seul lien avec son passĂ©, une anthologie bilingue de poĂ©sie des Balkans. Il exerce son mĂ©tier partout oĂč il peut, et de pays en pays, finit ainsi par arriver en France. Dans le parc du LubĂ©ron, il travaille comme surveillant d’incendies avec Alain, un Ă©tudiant qui prĂ©pare une thĂšse sur l’éclatement de la pĂ©ninsule des Balkans, et parle donc un peu la langue de Vladimir. Ainsi, tout en guettant les feux, dĂ©broussaillant, Ă©claircissant les bois, il aide ce dernier Ă  perfectionner son français. Le LubĂ©ron hors saison touristique est totalement dĂ©peuplĂ© au grand Ă©tonnement de Vladimir.

« – Et encore, tu n’as rien vu. Ici ça va, on est dans le LubĂ©ron. Passe seulement de l’autre cĂŽtĂ© du plateau d’Albion, en redescendant jusqu’à l’extrĂȘme pointe Sud de la DrĂŽme, Ă  la limite des Hautes-Alpes, tu verras
 c’est bien pire. LĂ -bas mĂȘme les corbeaux sont inscrits sur les listes Ă©lectorales. Par contre en tant que bĂ»cheron, tu devrais pouvoir trouver. Plus personne ne veut faire ce boulot ».

C’est comme ça, qu’en mars 1998, quelques mois aprùs la fin de leur contrat, Vladimir se retrouve face à Alice devant la scierie des Monnier.

« – Bonjour Madame. Je m’appelle Vladimir, je suis bĂ»cheron et je cherche du travail ».

Entre temps, Alice, avait donc vĂ©cu sa vie de femme mariĂ©e. MariĂ©e moins par amour que par peur de rester seule, et aussi sous la pression de ses frĂšres, histoire que la scierie reste en famille. Le petit Louis Ă©tait devenu un homme, toujours aussi faible, mais plus sournois, et puis il s’était mis Ă  boire, Ă  boire et Ă  frapper. Alice Ă©tait loin, bien loin de ses rĂȘves. AprĂšs huit annĂ©es de mariage, la coupe Ă©tait pleine, et elle avait quittĂ© le domicile conjugal, pour aller vivre dans un gĂźte d’une amie d’enfance, pas trĂšs loin des frĂšres Lacour, Richard et Daniel. Ça faisait longtemps qu’elle ne les voyait plus, elle s’en voulait. Les choses allaient changer.

Vladimir donc, est embauchĂ© par la scierie. Non dĂ©clarĂ©, il loge dans une caravane vĂ©tuste sans aucune commoditĂ©, mais il a l’habitude, et se contente de ce qu’il a, jusqu’au jour oĂč les frĂšres Lacour viennent lui tĂ©moigner quelques signes d’amitiĂ© et finissent par lui proposer d’amĂ©nager sur leurs terres, dans une cabane Ă  remettre en Ă©tat, au fond du Val Triste, Ă  quelques kilomĂštres de leur ferme.

« Une taniĂšre toute en rondins de pins mal Ă©quarris, adossĂ©e Ă  la forĂȘt et donnant sur une clairiĂšre avec une vaste prairie oĂč serpentait un ruisseau qui prenait sa source en haut du vallon. L’eau y Ă©tait fraĂźche mĂȘme en Ă©tĂ© et elle avait un lĂ©ger goĂ»t de rouille ».

Vladimir ne se doute pas qu’il va prĂ©parer lĂ  un nid d’amour pour une fĂ©e d’hiver.

AndrĂ© Bucher a l’art de dĂ©crire la nature, les sentiments qu’elle provoque et ses propres sentiments Ă  elle, en tant qu’entitĂ© vivante Ă  part entiĂšre, d’une façon totalement originale, des images non attendues qui donnent beaucoup de fraĂźcheur Ă  son Ă©criture, outre que l’histoire elle-mĂȘme est captivante, toute pleine de rebondissements, de profondeur, d’humanitĂ©, et de rage aussi. Vraiment, ce roman est un torrent de montagne Ă  glisser Ă  votre chevet, il serait dommage de s’en priver.

La Cause Littéraire

Cathy Garcia
La Cause Littéraire Octobre 2012

- Page Livres

Nous sommes dans la DrĂŽme du Sud, aux Rabasses, en haut du col de Perty. Le pays est sauvage, immense, dĂ©sert. Et puissamment habitĂ©. Le texte en diffuse le moindre souffle, l’humeur la plus infime. Et le confronte, Ă  chaque instant, avec les personnages qui s’y inscrivent.

On pense Ă  Jim Harrison, Ă  William Tapply, Ă  ces auteurs que les AmĂ©ricains classent sous l’étiquette « nature writing ». Le scĂ©nario pourrait ĂȘtre celui d’un roman noir. Deux frĂšres brĂ»lĂ©s par l’image de leur pĂšre exĂ©cutant leur mĂšre avant de se donner la mort, un bĂ»cheron d’origine serbo-croate, unique rescapĂ© d’une famille dĂ©cimĂ©e par la guerre. Et Alice, au milieu de tous ces hommes.

La violence, Ă  tout moment, est en embuscade. Mais AndrĂ© Bucher est un poĂšte et la tragĂ©die vire au conte de fĂ©es. Il s’attache aux lumiĂšres, aux nuages, Ă  la grandeur du ciel, traque les silences, fait parler les non-dits. L’émotion est Ă  fleur de mots, la langue puissamment imagĂ©e. Le livre est court, mais il multiplie les points de vue et les formes, se dĂ©ploie lentement, infuse dans la mĂ©moire des lecteurs. Au point final, il n’a pas dit son dernier mot.

TELERAMA

Michel Abescat
Telerama 23 mai 2012

Fée d'hiver

La nature recĂšle d’inspiration poĂ©tique pour l’homme et la femme ; sans ces derniers, la nature n’a pas d’histoire Ă  raconter. Par l’intermĂ©diaire de ses personnages, Ă©voluant dans un paysage de la DrĂŽme, AndrĂ© Bucher nous rĂ©vĂšle cette poĂ©sie. Quatre inconscients cheminent lentement au sein de cet espace vivant, dĂ©voilant sa beautĂ© comme sa cruautĂ©.

D’un cĂŽtĂ© il y a Richard et Daniel, deux frĂšres sortis d’un fait divers qu’ils subirent enfants. Face Ă  l’insolence de la vie qui continue sans s’arrĂȘter sur ceux qu’elle a blessĂ©s, ils refusent de s’y inscrire : l’un reclus en mĂ©canicien du bout du monde, l’autre murĂ© dans son silence. Tel le vol du hĂ©ron « soustrait au lent dĂ©roulĂ© mĂ©canique de l’horloge du temps », ils se suspendent dans leur souffrance. Ce qu’ils ne peuvent exprimer les empĂȘche d’atterrir, de grandir.
De l’autre il y a Alice et Vladimir, ceux qui malgrĂ© leurs blessures ne renoncent pas. Elle, leur fĂ©e d’hiver Ă  tous, affirme que l’on est en rien obligĂ© de porter le fardeau de ses parents : « elle en refusait l’hĂ©ritage, ce n’était pas une fatalitĂ© ». Lui, exilĂ© d’un pays en guerre, veut « se confronter Ă  une nature vivante », il « ne conçoit pas que puisse s’évaporer le souffle, l’espoir d’une vie nouvelle ». Pourtant, malgrĂ© la chaleur dĂ©licate qu’il instille en elle, malgrĂ© l’envie de « se retrouver au lit avec l’amour », la crainte d’un virage incertain les retient de prendre le train qui siffle sous le lit.
Dans ce « grand livre naturel » oĂč « chacun dissimule ses manques dans son caisson de fureur Ă©tanche », l’univers poĂ©tique de la nature, complice, animĂ© lorsque le silence et la solitude se parlent, leurs permet de s’envoler dans des imaginaires qui soulagent la souffrance, qui prĂ©disent l’avenir.

On sent dans la gorge « hennir les Ă©toiles explosĂ©es » que la glace mĂȘlĂ©e Ă  la neige finit par obliger Ă  se taire ; les flocons amortissent les beaux bruits blancs. On frotte les galets du fond de l’eau, « parents Ă©loignĂ©s des Ă©toiles », pour faire venir l’éclat des brillants qui cascadent sur « le grand toboggan du ciel ». On se projette dans « l’eau, le courant, qui dĂ©tache les amarres, qui transporte dans une vie nouvelle ». On laisse le vĂ©gĂ©tal lancer des dĂ©fis Ă  un dĂ©luge de mĂ©canique. Et lorsque « l’aigle royal danse la bienvenue », que « le soleil presse timidement son citron » ou que « le nuage donne la rĂ©plique au ruisseau », le lecteur, aidĂ© par le style, doit ralentir pour laisser naĂźtre l’image ou, si elle ne vient pas, se laisser bercer par la poĂ©sie.
Portés par ces visions subliminales, les quatre naufragés progressent intérieurement, douloureusement, au rythme de leurs temporalités respectives. Petit à petit, « alors que fondamentalement rien ne change, tout paraßt différent ». Chacun attend son tour, sans amertume, pour réussir à « se parler autrement que du bout des lÚvres, se toucher davantage que du bout des doigts ».

Un livre qui sort de l’hiver avec espĂ©rance.

Festival Du Livre Et De La Presse D’ecologie

Aude Binet
Festival Du Livre Et De La Presse D'ecologie Avril 2012

- Conte de saison

Au Val Triste, “il existe un site Ă©trange dans le col quand le vent s’énerve oĂč, d’une plate-forme taillĂ©e dans la roche, on peut Ă©couter la montagne chanter.“
S’il est un Ă©crivain français qu’on peut rattacher au courant “Nature Writing”, oĂč l’on croise les AmĂ©ricains Jim Harrison et Dan O’Brien, c’est bien AndrĂ© Bucher. Son nouvel Ă©diteur le confirme en intĂ©grant FĂ©e d’hiver, sixiĂšme roman de l’auteur, au sein d’une collection qui accueille aussi le Walden d’Henry D. Thoreau. S’il y trouve sa place avec logique, par la prĂ©sence des paysages bruts de la DrĂŽme reculĂ©e et leur description poĂ©tique, son intĂ©rĂȘt littĂ©raire rĂ©side surtout dans la justesse d’une confrontation de cette nature omniprĂ©sente aux actions et aux sentiments des personnages.
L’on dĂ©marre par un journal relatant un fait divers tragique survenu en 1948, quand un pĂšre en proie Ă  la folie abat sa femme devant ses deux fils. On retrouve ces frĂšres dix-sept ans plus tard, l’un devenu mutique, l’autre blessĂ© par la guerre d’AlgĂ©rie, mĂȘlant leurs destins Ă  ceux d’autres personnages, eux aussi en dĂ©sĂ©quilibre entre passĂ© et prĂ©sent, espoir et Ă©chec. Ainsi Vladimir, un bĂ»cheron d’origine serbo-croate, unique rescapĂ© d’une famille dĂ©cimĂ©e par la guerre des Balkans, vit un exil secret et douloureux. On le voit d’abord errer, seul, dans les paysages noircis et dĂ©truits de son pays, oĂč il ne reste que “l’odeur diluĂ©e de la peur”. Des annĂ©es plus tard, en France, changement de perspective : il attend le printemps et s’occupe de reboisement en songeant Ă  Alice, joyeuse et rayonnante, avec qui il devrait “pouvoir oublier et tĂącher de recommencer”.
MalgrĂ© sa briĂ©vetĂ©, FĂ©e d’hiver surprend plus d’une fois par ses changements de direction narrative et la variation de ses points de vue. Complexe dans sa structure mais simple dans son trajet, le roman, empreint d’une atmosphĂšre de conte merveilleux, avance avec sĂ©rĂ©nitĂ© de la douleur Ă  la lumiĂšre.

Le matricule des anges

Pascal Jourdana
Le matricule des anges Avril 2012

- André Bucher, un écrivain entre terre et ciel

AndrĂ© Bucher est Ă©crivain, agriculteur biologique et bĂ»cheron. Depuis plus de trente ans, il vit aux confins de la DrĂŽme et des Alpes de Haute-Provence, dans la vallĂ©e du Jabron. Dans ce lieu sublime et sauvage, entre terre et ciel, l’écrivain des grands espaces, druide Ă  la barbe broussailleuse, regard bleu, invente des rĂ©cits de hautes solitudes, de rĂ©sistances. Il publie FĂ©e d’hiver, son sixiĂšme roman aux Ă©ditions Le mot et le reste.

Deux frĂšres de guingois reprennent Ă  la guitare une chanson de Bob Dylan. Richard l’aĂźnĂ© boĂźte Ă  cause de la guerre d’AlgĂ©rie. Daniel le petit est muet. Un voile noir pĂšse sur le rĂ©cit. Un drame de la jalousie. La mort tragique des parents. Daniel joue au sourd-muet. «A chaque fois on terminait le morceau avec l’impression que l’étau qui nous comprimait avait lĂąchĂ©, que notre poitrine lacĂ©rĂ©e s’était Ă©largie. (
) un cri silencieux faufilĂ© par le nez et distillĂ© peu Ă  peu par les yeux». Ce chant de Dylan fait remonter Ă  la surface le traumatisme de l’enfance. Le roman s’ouvre avec le journal de Daniel. Richard dĂ©couvre le journal et rĂ©pond Ă  son frĂšre. Nous sommes dans la DrĂŽme du sud, aux Rabasses, en haut du col de Perty. PrĂ©sent, passĂ© composĂ©, passĂ© simple et imparfait, comme des couches gĂ©ologiques de la mĂ©moire. «Alice, c’était ma fĂ©e d’hiver», Ă©crit Daniel en mars 1975. Le rĂ©cit est elliptique. Avec Alice, c’est une amitiĂ© amoureuse, les mots pour elle, les silences pour lui. Elle a treize ans de moins. Elle s’échappera. C’est la sƓur de «ces deux cons de Robert et Pierre». Ces trois-lĂ  sont les enfants du «monsieur de la scierie», en bas du col, avec qui se promenait la mĂšre de Richard et Daniel. Les Monnier et les Lacour.

«Et puis, lui qui autrefois l’aimait tant, la neige sur le sang, la terre dĂ©chirĂ©e. La neige mensongĂšre rĂ©pandue sur les routes, les champs, les arbres dĂ©troussĂ©s de leurs feuilles». Vladimir – il n’a plus de nom de famille – est un autre personnage de la perte et de l’exil. Il traverse le chaos de la guerre dans les Balkans. BĂ»cheron, il fuit en SlovĂ©nie. Puis la Serbie, le MontĂ©nĂ©gro au bord du «lac noir de Durmitor», l’Italie. Un «vieux bonhomme» le guide par le col de FrĂ©jus. Il vit au jour le jour de petits boulots : Grenoble, Gap, parc rĂ©gional du LubĂ©ron. En 1998, Vladimir arrive dans le canton de SĂ©deron. «(
) en tant que bĂ»cheron, tu devrais pouvoir trouver. Plus personne ne veut faire ce boulot». Le rĂ©cit progresse de chapitres en chapitres, de personnages en personnages. AprĂšs Vladimir, Alice et sa vie dĂ©saccordĂ©e. «(
) on a qu’une envie : se retrouver au lit avec l’amour. Certainement pas avec des gants de boxe». Viendra un temps Ă  la fin du livre oĂč les voix seront mĂȘlĂ©es, pour dire une communautĂ© possible. Mais menacĂ©e.

Pour Alice, l’arrivĂ©e de Vladimir, c’est une Ă©chappĂ© belle, amoureuse et sensuelle. Pour Daniel et Richard, c’est un frĂšre de solitude Ă  aider. Mais pour Robert, Pierre et Louis, le cousin, qui entre-temps a Ă©pousĂ© Alice, c’est un gĂ©ant qui finit par gĂȘner. Tragique processus de rĂ©pĂ©tition de la violence. Alors, comme un sursaut, entre terreur et beautĂ©, entre terre et ciel, ils rĂ©sistent.

AndrĂ© Bucher, arpenteur des Ă©motions enfouies, installe ses personnages dans un royaume intermĂ©diaire, entre fait divers et conte de fĂ©e. Il dĂ©tourne le roman noir. Dans une danse du fond et de la forme, il accompagne le combat de libertĂ© de ses personnages, leur quĂȘte d’amour, d’amitiĂ© et de beautĂ©. Une Ă©criture Ă  fleur de peau. Sans pathos. Un rĂ©cit Ă©purĂ©. Des voix-rĂ©cits qui se rejoignent et se rĂ©pondent. Une ribambelle d’expressions imagĂ©es dit la vie du ciel et des nuages, des montagnes, du soleil et de la lune, de la neige et du vent, des Ă©toiles, de la lumiĂšre et des ombres. ImagĂ©es mais pas abstraites. «OĂč vont les petits nuages les poches gonflĂ©es de noisettes au lait en dĂ©passant au sommet du col d’un tour de piste les Ă©cureuils sur leur vĂ©lo ?» Enfance du langage ; emprunts Ă  l’oralitĂ© et au sens populaire, paysan ; effet de sidĂ©ration ; propagation des affects. La nature n’est pas un dĂ©cor mais un ĂȘtre animĂ©.

La Cascade aux miroirs mettait en scĂšne l’affrontement du feu et de l’eau. FĂ©e d’hiver accompagne le baiser de l’air et de l’eau. Un bestiaire habite cette histoire : ours, hĂ©ron, cerf, lapins blancs, chien, moutons, mulots, hirondelles, grenouilles, aigle, merle blanc, corbeau, castors, corneilles, rouge-gorge, brochet, papillons
 Entre rĂ©el et imaginaire. Les descriptions ancrent le rĂ©cit dans une rĂ©alitĂ© concrĂšte : technique de la coupe du bois, gĂ©ographie, botanique, gĂ©ologie. Les souvenirs rebondissent sur des objets transitionnels : une veste, une poupĂ©e, un ours en peluche, des galets
 Ces galets sont mĂ©taphores du jeu littĂ©raire, dĂ©tours de la grammaire (zeugmas, inversions, mĂ©taphores filĂ©es, double sens concret/abstrait
), ricochets des mots et des sons, des images et du sens, musicalitĂ© de la phrase. «Langue source, eaux sourdes de ma bouche». Inventer une langue pour une expĂ©rience sensible. TraversĂ©e des ombres. Féérie fragile.

Parutions.com

BenoĂźt Pupier
parutions.com 30 mars 2012

- Fée d'hiver

AndrĂ© Bucher est qualifiĂ© en quatriĂšme de couverture d’Écrivain-paysan. InstallĂ© dans la DrĂŽme depuis 1975, il est l’un des pionniers de l’agriculture bio en France et “une des voix les plus singuliĂšres de la littĂ©rature française contemporaine”. Ce livre est son sixiĂšme roman.

Un court roman – 150 pages – mais un roman qui exige de vous une attention certaine. Et qui vous paye en retour d’un plaisir certain. Deux frĂšres orphelins, un Ă©tranger, deux autres frĂšres, leur sƓur, et un cousin sont les personnages principaux. Ils vivent dans un coin “perdu” – isolĂ©, si vous prĂ©fĂ©rez – de montagne. Les orphelins sont proches de la nature et en symbiose avec elle, comme l’étranger bĂ»cheron qui travaille pour la scierie des deux autres frĂšres, la sƓur a malheureusement Ă©pousĂ© le cousin. Il s’agit d’une histoire d’amour. D’amour de la vie, de la nature, de la libertĂ©, du plaisir. Un amour gĂąchĂ© un temps par la bĂȘtise et la jalousie. AndrĂ© Bucher aime ses personnages – les sympathiques – comme, il me semble, Conrad Lorenz aime “ses” animaux. Et il les observe de la mĂȘme façon qu’il observe la nature avec une attention amoureuse. Comme un entomologiste, un ethnologue amoureux de son sujet. Et bien sĂ»r, parce qu’il a du style, une plume, nous prenons faits et causes pour ceux dont on dĂ©cĂšle qu’ils sont proches de lui et plus intĂ©ressants que les autres, les soiffards un peu abrutis. Ceux Ă  qui il fait dire : “On est entre gens intelligents, non ? Alors Ă©vitons d’échanger des idĂ©es.”

Un livre pour faire un beau voyage au pays des humains, pas pour prendre le train.

Murmure Magazine

Noé Gaillard
Murmures Magazine 27 mars 2012

- Fée d'hiver : naturellement inspiré !

Il fait froid, et c’est avec dĂ©sormais une certaine amertume que l’on reluque notre thermomĂštre. Glacial
 Et si se rĂ©chauffer le cƓur et apprĂ©cier de nouveau le froid vous semble difficile, ce petit bijou gelĂ© qu’est FĂ©e d’hiver d’AndrĂ© Bucher est le bon remĂšde littĂ©raire. Ecrivain-paysan, cet auteur basĂ© Ă  Montfroc a le chic pour sublimer la DrĂŽme aux prises avec les saisons. Un livre Ă  dĂ©guster, lentement, d’une poĂ©sie et d’une beautĂ© rare.

ÉgratignĂ©s par la vie
Aux alentours de la ferme des Rabasses, avoir le cƓur en charpie semble ĂȘtre la rĂšgle. Tous des gueules cassĂ©es, Ă©gratignĂ©s sĂ©rieusement par la vie. Daniel et Richard d’abord, deux frĂšres unis Ă  la vie Ă  la mort par l’assassinat de leur mĂšre et le suicide coupable de leur pĂšre, et ce malgrĂ© la Ddass et les foyers, ont vieilli ensemble de leur ferme-ferraillerie. Le premier, la quarantaine passĂ©e, ne s’est jamais dĂ©parti de son mutisme volontaire sans pour autant renoncer Ă  communiquer. Le second, boiteux mais solide de caractĂšre, veille sur son petit frĂšre et sait aujourd’hui parler autrement. Deux hommes de la nature, un poil bourrus, un peu sauvages, que l’on regarde bizarrement au village. Puis il y a les frĂšres Monnier, patrons de la scierie, notables sĂ»rs d’eux, ennemis jurĂ©s des deux autres car leur mĂšre fut l’amante de leur pĂšre. Et enfin Alice Monnier, douce sƓur de ses brutes de frangins, Ă  l’ñme qui doute entre les conventions et ce qu’elle attend vraiment. C’est qu’on ne s’amuse pas tous les jours aux Rabasses, sauf des choses simples

Le plaisir des choses simples, Vladimir ne cherche que ça. D’origine serbo-croate, il a fui son pays pour ne laisser derriĂšre lui que les cadavres de sa famille, fauchĂ©e par la guerre. En vrai homme des bois, il Ă©chouera dans la scierie des Monnier. Mais c’est auprĂšs de Daniel, Richard et Alice qu’il construira sa vraie famille.

Du Boris Vian hivernal
Arbres gelĂ©s, terre qui craque, vols d’oiseaux tourmentĂ©s, frĂ©missement de la nature
 AndrĂ© Bucher parvient Ă  saisir la beautĂ© de la forĂȘt de façon saisissante. En bon contemplatif (oserons-nous parler de jouisseur ?), il met son adoration du paysage et de ce qui l’habite au profit de ses textes. FĂ©e d’hiver vous entraine par bourrasque, vous pousse Ă  sortir de chez vous et regarder droit dans les yeux cet hiver qui s’accroche. Autant dans l’humain que dans l’animal ou le vĂ©gĂ©tal, il est d’une justesse remarquable, d’une douceur et d’une poĂ©sie inimitable. Suivant ses personnages sans jamais les brusquer, il les observe et sa bienveillance est lumineuse. Ecrivant comme il ressent les choses, ses mots se suivent dans une logique mi-absurde pleine de beautĂ©.
“La lune nonchalante refuse de s’en aller. Elle se parfume avec un dĂ© Ă  coudre, au bord de l’archipel de cirrus dessinĂ© par la nuĂ©e. Elle aimerait que les poissons dansent et mouchent, la bouche pleine de brioche. Elle sait que le ciel va s’obscurcir.“
Du Boris Vian hivernal et “naturellement inspirĂ©â€, magique !

La Tribune

Justine Minet
La Tribune 16 février 2012

- Livres du mois

Variant les styles, donnant la parole Ă  chaque protagoniste, AndrĂ© Bucher, fidĂšle au sud de la DrĂŽme, nous raconte une nouvelle tranche de vie et un amour difficile entre Alice, secrĂ©taire dans une scierie familiale et Vladimir, sans papiers croates. Avec une Ă©criture trĂšs lyrique, la description au fil des saisons, d’un coin perdu des Alpes du Sud. Une fable contemporaine qui semble pourtant en dehors du temps.

Silence Mars 2012

- "Les gens cabossés peuvent garder une ferveur"

FĂ©e d’hiver, le sixiĂšme roman d’AndrĂ© Bucher, vient de paraĂźtre aux Ă©ditions Le Mot et Le Reste. Docker, bĂ»cheron, berger puis paysan, cet Alsacien d’origine vit Ă  Montfroc, dans les Alpes de Haute Provence. Rencontre avec un homme entrĂ© en littĂ©rature.

Comment vont Alice et Vladimir ? C’est la premiĂšre question que je pose Ă  AndrĂ© Bucher quand je rencontre ce gĂ©ant perchĂ© sur sa montagne dans la ferme du Grignon, Ă  Montfroc, oĂč cet Alsacien d’origine s’est installĂ© il y a plus de trente ans. « Mes personnages sont tous des Ă©chouĂ©s, des cabossĂ©s » dit l’auteur. Certes mais on dĂ©couvrira, au fil de l’histoire que certains ont davantage droit au bonheur que d’autres. FĂ©e d’hiver commence par l’évocation d’un drame de la jalousie au lieu­dit Les Rabasses dans le col de Perty, au sud de la DrĂŽme. Deux frĂšres, Daniel et Richard, se retrouvent orphelins et aprĂšs avoir grandi dans une famille d’accueil, retournent Ă  l’ñge adulte dans la ferme familiale. A deux pas vivent Robert, Pierre et Alice, dont le pĂšre est liĂ© aux tragiques Ă©vĂšnements. « Dans ce que j’esquisse, on a deux familles poursuivies par l’histoire. Mais ce n’est pas leur histoire. Dans ces rĂ©gions c’est souvent le cas. La haine ancestrale. Entre eux, point de salut. Mais hors d’eux, oui. » Daniel est mutique depuis la mort de ses parents. Il est amoureux d’Alice, mais AndrĂ© Bucher renonce Ă  cette « dualitĂ© attendue et classique ». Le salut viendra de Vladimir, un exilĂ© sans papier, un bĂ»cheron serbo-­croate qui a fuit son village aprĂšs le massacre de sa famille. « Un personnage de la perte aussi. Il est neuf pour eux. Ça m’intĂ©ressait. Vladimir est le nƓud gordien. Il arrive comme un ovni. C’est un ĂȘtre humain qui va raviver un contexte. Un accĂ©lĂ©rateur. » AndrĂ© Bucher n’a pas souhaitĂ© une fin tragique : « J’ai dĂ©tournĂ© les codes du roman noir. C’est un fait divers transformĂ© en conte de fĂ©e. » Le premier coup de baguette magique sera pour Alice et Vladimir, mais comme l’auteur ne voulait pas faire d’Alice la seule muse, il fait apparaĂźtre une deu­xiĂšme fĂ©e. Richard, vieux garçon es­seulĂ© dans ses montagnes, rencontre Donna, danseuse dans une boĂźte de nuit. Rencontre improbable ? Ce n’est pas l’avis d’AndrĂ© Bucher qui pense qu’ « il n’y a rien d’inexorable, les gens cabossĂ©s peuvent garder une ferveur ».

LE PAYS, UN PERSONNAGE
Dans les romans d’AndrĂ© Bucher, le pays est toujours un personnage, aimĂ©, quittĂ©, retrouvĂ©, idĂ©alisĂ© par des bĂ»cherons, des paysans et des bergers – trois mĂ©tiers qu’a exercĂ©s cet agri­culteur bio Ă  la retraite. CampĂ© sur ce socle inĂ©branlable, l’auteur s’impose le challenge de « trouver une focale diffĂ©rente Ă  chaque roman ». Il cherche un « angle, une atmosphĂšre » qui va engendrer une autre Ă©criture. « Sou­vent un auteur marche dans ses pas. On reproduit l’univers dans le mĂȘme moule. Rien de tel pour m’agacer que les descriptions rĂ©currentes, comme « la brume bleue des montagnes ». Il faut trouver d’autres images. » Pour renouveler son Ă©criture tout en conser­vant son style fait de phrases courtes, AndrĂ© Bucher a choisi « d’animer » la nature qui devient une personne : « Si Ă  la place de la nature, c’était un ani­mal, je dirais que je fais de l’anthro­pomorhisme. Le plus flagrant ce sont les nuages. Ils surveillent, sont bien­veillants, inquiĂ©tants. » Au chapitre intitulĂ© le Val Triste, AndrĂ© Bucher Ă©crit : « OĂč vont les petits nuages les poches gonflĂ©es de noisettes au lait en dĂ©passant au sommet du col d’un tour de piste les Ă©cureuils sur leurs vĂ©los?” « Depuis La cascade aux miroirs (2009), je suis plus dans le chant », explique-t-il. « Avant j’étais plus dans la narration. Si vous Ă©crivez les phrases l’une sous l’autre, vous verrez qu’il y a des rimes. Si on se met Ă  lire Ă  voix haute, on comprend mieux. Mais attention ce n’est pas un poĂšme, l’histoire doit entraĂźner les gens. Je travaille ma langue, une his­toire sans langue, c’est comme un jour sans pain. »

NE PASÉCRIRE À LA BONNESAISON
« Les idĂ©es germeront des Ă©motions », c’est la dĂ©marche qu’AndrĂ© Bucher propose aux lecteurs. « Je suis lĂ  pour rendre compte d’un territoire autant intime que gĂ©ographique. Je cherche Ă  partager des sentiments et des sen­sations. » Quand AndrĂ© Bucher met en scĂšne une magnifique riviĂšre pleine de crevettes et d’écrevisses, c’est sa maniĂšre de montrer que l’eau n’est pas polluĂ©e, ce qui est de plus en plus rare. « Mon travail, c’est qu’on s’interroge. Le monde en a assez des sentences ! La conscience Ă©cologique doit passer par la beautĂ© de la planĂšte. » Dans son prochain roman, le hĂ©ros est un cerf « de 12 ou 14 cors », il ne sait pas encore, mais ce sera une figure tutĂ©laire de la vallĂ©e, traquĂ©e par les chasseurs. Il a dĂ©jĂ  des quantitĂ©s de notes accumulĂ©es lors de ses moments de dis­ponibilitĂ©s, la nuit ou en hiver. « Je suis agriculteur Ă  la retraite mais mon fils a repris la ferme et j’ai pris l’habitude de ne pas Ă©crire Ă  la bonne saison, car je l’aide. » AndrĂ© Bucher a dĂ©jĂ  quelques personnages dont un marionnettiste. Il se verrait bien faire rĂ©apparaĂźtre la la jeune-fille de 17 ans qui disparaĂźt dans DĂ©neiger le ciel (2007), ou bien JĂ©rĂ©my, personnage de son premier roman, Le pays qui vient de loin (2003). Le casting n’est pas bouclĂ©, et bien qu’il ait accumulĂ© assez de notes pour nourrir des centaines de pages, AndrĂ© Bucher ne se lancera pas avant d’avoir trouvĂ© son scĂ©nario.

L’ñge de faire

Nicole Gellot
L'ùge de faire Février 2012

- Une magie singuliĂšre

AndrĂ© Bucher, Ă©crivain paysan bio au parcours atypique (admis Ă  Normale Sup’, il prĂ©fĂšre voyager et enchaĂźner les boulots de docker ou de berger) fait dialoguer quatre Ă©clopĂ©s de la vie, isolĂ©s dans les cols du sud de la DrĂŽme. Les destins d’une secrĂ©taire fuyant son mari, de deux frĂšres marquĂ©s par une enfance dramatique et d’un bĂ»cheron clandestin se rencontrent dans cette ode Ă  la nature et au verbe troussĂ©.

Témoignage chrétien

Fanny Stolpner
Témoignage Chrétien 19 janvier 2012

- André Bucher dédicace au Bleuet

Il s’agit lĂ  d’une exclusivitĂ© nationale. En effet, l’attachant Ă©crivain-paysan qui rĂ©side dans les Baronnies et la VallĂ©e du Jabron est aujourd’hui encore chez JoĂ«l GattefossĂ© Ă  la librairie “Le Bleuet” Ă  Banon. De 10 heures Ă  19 heures, vous aurez tout le loisir de demander une dĂ©dicace de l’auteur sur la page de garde de son dernier ouvrage : “FĂ©e d’hiver” (Ă©ditions le Mot et le Reste).
Le sixiĂšme roman de l’auteur est de nouveau captivant. Tout commence par un fait divers comme il en existe des dizaines tout au long d’une annĂ©e. Celui-lĂ  est particuliĂšrement triste. Non pas parce qu’il concerne un drame de la jalousie qui se solde par deux coups de fusil, mais parce qu’il envoie du mĂȘme coup des enfants Ă  la Ddass, privĂ©s qu’ils sont dĂ©sormais de leurs gĂ©niteurs. Daniel et Richard parviendront-ils Ă  dĂ©nouer le fil de leur existence eux qui, repliĂ©s sur eux-mĂȘmes semblent comme Ă©chouĂ©s sur une terre triste, privĂ©s d’affection depuis leur plus jeune enfance et sujets, dĂšs lors, Ă  des troubles psychiatriques ?
AndrĂ© Bucher le sait bien : le soleil comme la mort ne peuvent regarder fixement. Le livre pourtant, par l’intermĂ©diaire de la plume aiguisĂ©e de l’auteur y parvient. Et promet de beaux lendemains.

Roberto Figaroli
La Provence 15 janvier 2011

- André Bucher signe un 6e roman mélancolique et douloureux

Alors qu’à 65 ans, il a pris sa retraite de paysan des montagnes du sud de la DrĂŽme, militant bio de la premiĂšre heure et pionnier d’un art de vivre alternatif, AndrĂ© Bucher (fondateur de la foire bio de Montfroc) poursuit sa carriĂšre d’écrivain en livrant un 6e roman, “FĂ©e d’hiver”. Ce dernier opus, sorti de derriĂšre ses fagots de bois de la vallĂ©e du Jabron, est un de ces romans noirs, mĂ©lancoliques et douloureux que l’auteur nous a habituĂ©s Ă  aimer. Un roman Ă©crit d’une plume incandescente qui raconte la vie de personnages en proie Ă  l’aventure intĂ©rieure et qui affrontent leurs dĂ©mons en un huis clos fascinant. Une fois de plus, AndrĂ© Bucher nous envoĂ»te Ă  nouveau d’une dramaturgie aux accents panthĂ©istes au cƓur de la nature grandiose de ces PrĂ©alpes de Haute-Provence qu’il connaĂźt si bien. Avec sa langue rocailleuse et sonore, il parvient Ă  faire resurgir, dans ce lieu magique et imprĂ©gnĂ© de prĂ©sences paĂŻennes un passĂ© essentiel pour des personnages en quĂȘte d’identitĂ©.

Un western rhĂŽnalpin
Alice, la quarantaine passĂ©e, secrĂ©taire dĂ©senchantĂ©e de la scierie, entend quitter un mari mĂ©diocre et Ă©chapper Ă  la tyrannie de ses frĂšres, pourris par l’argent. Vladimir, le bĂ»cheron serbo-croate clandestin, fuit son passĂ© et la guerre des Balkans. Daniel et Richard, deux vieux frĂšres un peu rock’n‘roll, ont des comptes Ă  rĂ©gler avec leur enfance. Une fille de joie triste et un vieux berger solitaire complĂštent leur univers. Tous sont des cabossĂ©s de la vie. Mais Ă  force de rĂȘves, ces Ă©corchĂ©s vifs parviendront Ă  dĂ©nouer le fil de leur existence. A la fin du rĂ©cit, ils auront dĂ©couvert que leurs vĂ©ritables racines plongent dans l’amour profond qu’ils vouent Ă  la nature sauvage, rude et belle, comme une promesse tranquille.
“FĂ©e d’hiver” est un roman qui se lit d’une traite, comme un polar, comme on Ă©coute un morceau de blues. Un hymne aux grands espaces, un western rhĂŽnealpin dont l’écriture rythmĂ©e par les chansons de Bob Dylan Ă©voque les grands Ă©crivains amĂ©rindiens contemporains Rick Bass ou Jim Harrison dont l’auteur est un grand lecteur. La parution de “FĂ©e d’hiver” est prĂ©vue le 19 janvier aux Ă©ditions le Mot et le Reste.

Alain Bosmans
Dauphiné libéré 3 janvier 2012

- Fée d'hiver

Il faut croire Ă  la chance.
Elle peut aider le talent,
mĂȘme si, souvent,
on le voit suivre la chance en boitant


C’est un vrai bonheur de dĂ©couvrir le prĂ©cieux catalogue d’une petite maison d’édition par ce superbe livre d’AndrĂ© Bucher ! De lĂ  Ă  penser qu’il revient aux petits l’avantage et le courage de prendre le risque incombĂ© d’antan aux grands — en publiant des trĂ©sors littĂ©raires pas assez marchands ou dans l’air du temps — il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas car « A quoi bon parler, aboyer des mots ou les promener en laisse si c’est pour que les gens vous mordent
 » Nous sommes des Ă©picuriens pacifistes, d’heureux archĂ©ologues du plaisir savourant leurs trouvailles. Comment d’ailleurs ne pas sourire au clin d’Ɠil nominal de cette maison marseillaise qui Ă©dite un ouvrage oĂč Le Mot est la source d’une si belle langue et le Reste une idĂ©e chaleureuse de son partage.

AndrĂ© Bucher nous invite Ă  le suivre dans un livre en forme de poupĂ©e russe, oĂč trois histoires s’emboĂźtent, en dĂ©tournant les codes d’un roman noir Ă  intrigue pour nous offrir un long poĂšme en prose d’une singuliĂšre et inquiĂ©tante beautĂ©. Jouant sur divers registres (journal, poĂšme, chanson, introspection, dialogue, rĂ©cit), l’écrivain se livre Ă  un examen poĂ©tique de la nature — premier personnage de l’ouvrage — ce qui lui permet de plonger dans les profondeurs de l’identitĂ© humaine et de sa dimension spirituelle. Il s’immisce, en une finesse exquise, dans toutes les failles comportementales qu’il explore avec justesse. Ses antihĂ©ros qui Ă©voluent dans un coin de la DrĂŽme du Sud, dĂ©serte et sauvage, ne sont pas des caricatures du bien et du mal mais des ĂȘtres plein de doutes, de rĂȘves et d’amour, dont « la vie d’avant ressemble Ă  une promesse non tenue et l’avenir Ă  un malentendu ». Certains ont des comptes Ă  rendre avec leur enfance, d’autres avec l’exil, leur famille ou plus subtilement avec la prise de parole quand les mots tuaient les voix (bel Ă©cho de La Saga de Youza du lituanien Youozas Baltouchis) mais tous, bien qu’échouĂ©s, sont porteurs de lumiĂšre et d’espoir : « Une sorte d’équilibre se maintenait, des vies calĂ©es entre envol et chute, croissance et dĂ©composition. Il a trouvĂ© dans la nature une sorte de veine magique de la vie, une sorte de stase, une sorte de lieu oĂč la vue et l’apparence des choses (les surfaces) disparaissaient pour laisser la place Ă  leur essence (ces chaudes molĂ©cules d’odeurs) qui Ă©tant ainsi rĂ©vĂ©lĂ©e, illuminĂ©e, circonscrite, possĂ©dĂ©e. »

Dans le silence et la perte, ce conte surrĂ©aliste, d’une profonde tendresse et d’une chaude humanitĂ©, brille par une sobriĂ©tĂ© rare, une dĂ©licatesse de perceptions et d’impressions intimes, une admirable richesse mĂ©taphorique. Des hĂ©ritages musicaux et des vertiges mĂ©taphysiques peuplent ses images poĂ©tiques. Les silences, les blancs, les non-dits sont d’une exceptionnelle densitĂ©. Quand ils s’agrandissent, la lumiĂšre devient plus intense, parfois plus grave. L’espace et le temps se tĂ©lescopent alors pour luire dans une irrĂ©mĂ©diable fĂ©erie. AndrĂ© Bucher est un poĂšte, doublĂ© d’un romancier, un nature writter qui a le goĂ»t de la langue, des sonoritĂ©s, qui a le sens du rythme, de la fratrie et des affinitĂ©s littĂ©raires que ses lecteurs identifieront sans peine. On le lit quand on a « besoin de calme, de bienveillance et d’air pur, un petit capital d’oxygĂšne et d’espoir. » On le lit quand on a besoin de la beautĂ© d’un refuge, d’un endroit retirĂ© du monde, idĂ©al pour loger les rĂȘves. On le lit souvent. On le relit. L’apparente simplicitĂ© de sa plume Ă©tant un si beau leurre.

Pascale Arguedas. Gif-sur-Yvette le 4 janvier 2012

Livre de lecture

Pascale Arguedas
Livre de lecture 19 janvier 2012

- Parution d'un livre dans la vallée

Ecrivain-paysan, AndrĂ© Bucher vit Ă  Montfroc depuis 1975. Son Ă©criture entremĂȘle l’histoire de personnages vivant dans une vallĂ©e du Sud de la DrĂŽme avec l’évocation rude et sensible d’une montagne et d’un ciel qui nous sont familiers. A dĂ©guster sans modĂ©ration pendant ces soirĂ©es d’hiver au coin du feu


En effet, c’est une histoire d’amour, de perte et d’exil, entre ciel et terre, comme Ă©chappĂ©e d’un roman noir – mais naturaliste – et dĂ©guisĂ©e en conte de fĂ©e que nous conte AndrĂ© Bucher. Cela commence par un fait divers, bien sĂ»r, – il semble qu’il y ait des lieux comme la Haute-Provence prĂ©destinĂ©s Ă  abriter des drames – puis le temps et l’espace se dĂ©roulent, se dĂ©ploient, immenses et insaisissables acteurs du rĂ©cit. Devenus donc personnages Ă  part entiĂšre, le fil de la vie, les paysages, les lieux ont une action primordiale sur les ĂȘtres que nous allons suivre et Ă  qui nous allons nous attacher. Ainsi Alice, qui tente d’échapper Ă  la scierie et Ă  la tyrannie de ses frĂšres, Vladimir, le bĂ»cheron clandestin, serbo-croate, et qui fuit la guerre et son passĂ©, Richard et Daniel – l’un boĂźte (l’on sait comme boiter peut augurer d’une maniĂšre de danser sa vie), l’autre se tait (et l’on sait comme le mystĂšre d’une langue muette peut augurer d’une langue en attente de se dĂ©ployer)- bref les deux frĂšres un peu rock’n‘roll qui vivent reclus dans la ferme du Val Triste.
Tous ceux-là ont des comptes à régler avec leur enfance, les vieux chagrins et les drames anciens qui peuvent en cacher de nouveaux. Ils vivent là, dans ce coin perdu prÚs du col de Perty, désert et sauvage.
Le rĂ©cit, en cet endroit donnĂ©, la montagne – et ses labeurs, et ses neiges, et ses prĂšs – est celui d’un voyage dans le temps et l’espace : itinĂ©raires, mouvements du coeur, dĂ©placements, climats, prĂ©sence Ă©trange de la lune, Ă©phĂ©mĂ©rides, danse et langage amoureux des nuages, suspens, dĂ©chirements, basculements.
Un voyage orienté, comme aimanté.
Mais Ă  force de rĂȘves – de par l’étoffe mĂȘme des rĂȘves dont on est fait – l’on peut peut-ĂȘtre dĂ©nouer un drame ou le fil d’une existence et s’évader vers un hivers somptueux. Ainsi Alice, Vladimir et les deux vieux frĂšres, nos Ă©chouĂ©s magnifiques, vont-ils nous ouvrir une brĂšche et AndrĂ© Bucher nous guider dans l’espace d’un monde qui s’accorde merveilleusement avec l’espace de sa langue. Son Ă©criture y mĂȘle cĂ©lĂ©bration de la nature sauvage autour d’une Ă©tendue humaine profonde, en une scansion poĂ©tique tissĂ©e d’images Ă  la magique beautĂ©. Son rĂ©cit n’est pas le long compte-rendu d’une vie, mais la partition musicale de l’histoire d’Alice et ses hommes formidables, qu’il nous donne Ă  lire et Ă  Ă©couter, attentifs au rythme d’une harmonie polyphonique entre les voix de chacun et les Ă©lĂ©ments telluriques.
Il se met lui-mĂȘme en tant qu’écrivain au service d’une quĂȘte, celle de ces gens qui sont en suspens de leur destin, en attente presque majestueuse de l’autre et d’instants privilĂ©giĂ©s Ă  partager, mais aussi en quĂȘte d’un langage oĂč l’harmonie avec la nature et l’intemporel s’approche terriblement de nous, de notre propre battement de cƓur. Tel est le lieux exact de l’alchimie qu’AndrĂ© Bucher vient d’opĂ©rer dans un Ă©change mouvant et Ă©mouvant du rĂ©cit et de la poĂ©sie, des hommes et d’un pays : son Ă©criture.

Vivre au Jabron 17 janvier 2012