Fantaisie villageoise
Marc Trillard plonge sa narratrice dans un espace-temps incertain, oĂč secrets et tradition se mĂȘlent en une tentative utopique questionnable.
Il y avait deux ans que lâAgence rĂ©gionale de santĂ© cherchait Ă effacer le canton de Theyllise de la carte des dĂ©serts mĂ©dicaux, jusquâĂ lâarrivĂ©e de Jeanne Ambarel pour remplacer feu le docteur Malbosc au village de Malabre. Bien dĂ©cidĂ©e Ă sâintĂ©grer rapidement Ă la population pour son premier poste, elle dĂ©couvre petit Ă petit la communautĂ© qui compose le village, un peu fruste mais bon enfant, avec ses coutumes Ă©nigmatiques. AbandonnĂ©e Ă son nouveau cabinet, sans une seule visite, elle tente de comprendre le passĂ© mĂ©dical du coin et les rĂ©ticences des habitants Ă la consulter. Entre processions paĂŻennes, Ă©ducation et us dâun autre temps, elle comprend rapidement que tout le village partage un secret et quâil lui faudra fouiller le passĂ© pour le percer, Ă dĂ©faut dây ĂȘtre associĂ©e.
Revue de presse
- Fantaisie Villageoise Caroline de Benedetti Fondu au noir 6 février 2021
- EnvoĂ»tante Fantaisie Villageoise Yves Gabay La dĂ©pĂȘche 8 janvier 2021
- Fantaisie villageoise / Au milieu de nulle part Patrick Béguinel Litzic 6 janvier 2021
- Fantaisie villageoise Noé Gaillard Daily Passions 20 décembre 2020
- Fantaisie villageoise Frédéric Koster Bretagne 5 // Le livre du jour 16 décembre 2020
- Fantaisie villageoise Jean-Paul Guéry Le courrier de l'ouest 4 décembre 2020
- Fantaisie villageoise C.B et J.G Les notes 22 octobre 2020
Le village des apparences
Malabre, le village que met en scĂšne Marc Trillard dans Fantaisie villageoise, est tout sauf mort, lui. Et tellement normal en apparence. Un village sans histoires, avec son boulanger, son Ă©picerie, ses quelques petits commerces et ses habitants qui se connaissent tous. Câest lâĂ©tĂ©. La nature exulte dans cette rĂ©gion rurale du Sud-Ouest. Les travaux des champs battent leur plein. Jeanne Ambarel vient de sâinstaller. Elle prend la suite du mĂ©decin gĂ©nĂ©raliste du canton, non remplacĂ© depuis sa mort quelques annĂ©es plus tĂŽt. TrĂšs vite, elle se rend compte que quelque chose ne tourne pas rond dans ce petit village pimpant. Pourquoi personne ne vient-il Ă ses consultations ? Pourquoi semble-t-il nây avoir aucun dĂ©cĂšs Ă Malabre ? Pourquoi nây a-t-il pas de monument aux morts ? Pourquoi nây fĂȘte-t-on pas le 14 juillet ? Pourquoi y suit-on chaque annĂ©e le mĂȘme rituel, une grande marche de deux jours autour du canton ? Ă toutes ces questions, et Ă dâautres encore, lâesprit rationnel de Jeanne exige des rĂ©ponses⊠quâelle obtiendra Ă force dâobstination. Elle dĂ©couvrira alors les dessous de lâhistoire, ce qui tient prisonniers les gens de ce canton. Croyances, superstitions dâun autre Ăąge sont au cĆur de ce court roman qui se dĂ©vore mais laisse planer le doute⊠et comme une sourde angoisse.
Une chronique Ă retrouver dans Zibeline
La dĂ©sertification des campagnes a son corollaire : le dĂ©sert mĂ©dical. Ceux quâon nomme ruraux pleurent les kilomĂštres Ă parcourir pour consulter loin lĂ -bas, Ă la ville. Mais Ă Malabre, la nouvelle docteure, on nâen veut pas. Telle ce bon vieux docteur Knock, Jeanne Ambarel hĂ©rite dâune salle dâattente vide. Ainsi commence la Fantaisie villageoise de Marc Trillard.
âMercredi jour du crĂ©mier, les molĂ©cules de calcium ; Ă faire descendre dans les os. AprĂšs-demain vendredi jour de la marĂ©e, les particules dâiode ; Ă transfiltrer vers la thyroĂŻde. Et toute lâannĂ©e les molĂ©cules de glucose dans les pots de miel de Pech aux cĂŽtĂ©s des bocaux de la mortelle gelĂ©e de mĂ»res. Les Malabrais ont-ils besoin de quoi que ce soit qui ne leur parvient pas ? MĂȘme le carburant, tous les lundis, pour les voitures qui restent dans les garages. On ne va pas cavaler vers les ocĂ©ans ou les alpages laitiers puisque tout nous arrive, mĂȘme les mĂ©decins quâon nâa pas demandĂ©s.â
LâĂ©criture de Marc Trillard est tour Ă tour descriptive, dialoguĂ©e, lĂ©gĂšre, grave : elle rend compte au plus prĂšs de lâambiance Ă©trange de ce village hors du temps. Jeanne Ambarel a tout de lâarchĂ©type de roman noir, celui de lâĂ©tranger qui dĂ©barque dans la ville pour mieux mettre en lumiĂšre ses mystĂšres et ses dysfonctionnements. Malabre, sous la plume de lâauteur, a un air du Village de Night Shyamalan. A-t-on sous les yeux une secte ? Est-on passĂ© dans une quatriĂšme dimension ? Quelle superstition, quel charme pĂšsent sur ces lieux ?
Jeanne Ambarel (vous lâavez repĂ©rĂ©, lâanagrame ?) porte la voix de ce court et rĂ©jouissant voyage dans la tradition et la mĂ©moire. Une fantaisie incroyable, lĂ©gĂšre et dramatique.
Une chronique Ă retrouver sur Fondu au noir
LâĂ©crivain Marc Trillard, qui a longtemps vĂ©cu Ă Toulouse â il est aujourdâhui installĂ© en Asie du Sud-Est â, est dĂ©cidĂ©ment un sacrĂ© conteur dâhistoires. RĂ©vĂ©lĂ© par âEldorado 51â (Prix InteralliĂ© en 1994), il nous revient, aprĂšs lâexcellent âAĂ©roplanesâ, publiĂ© par les Ă©ditions Le mot et le reste en 2019, avec un nouveau roman, âFantaisie villageoiseâ (Ă nouveau chez Le mot et le reste) aussi passionnant que troublant. On voyage souvent trĂšs loin avec le bourlingueur Trillard : une fois nâest pas coutume, câest quelque part en France, dans un espace-temps incertain, quâil situe son roman et place son personnage central, encore une femme Ă la personnalitĂ© attachante, aprĂšs Gabrielle, la jeune journaliste dâAĂ©roplanes. Malabre, dĂ©sert mĂ©dical : câest ici, dans le canton de Theyllise, que Jeanne Ambarel, mĂ©decin, vient Ă©chouer aprĂšs le dĂ©cĂšs du docteur Malbosc. Jeanne va Ă la rencontre de la population locale un peu fruste, qui lâaccueille entre bienveillance et mĂ©fiance⊠mais sans jamais franchir le seuil de son cabinet. Pourquoi cette rĂ©ticence ? La jeune femme sâinterrogeâŠ
Elle dĂ©cide dâenquĂȘter sur le passĂ© mĂ©dical de la rĂ©gion et dĂ©couvre peu Ă peu des rĂ©cits de processions paĂŻennes, dâĂ©ducation dĂ©vote, dâemprise et de dĂ©pendance sur les esprits les plus jeunes⊠Jeanne et le lecteur, captivĂ©, ne sont pas au bout de leurs surprises⊠Un excellent roman, qui se lit dâune traite et dont lâatmosphĂšre envoĂ»tante vous hante longtemps aprĂšs en avoir tournĂ© la derniĂšre pageâŠ
Une chronique Ă retrouver sur La DĂ©pĂȘche
Tout juste dĂ©barquĂ©e Ă Malabre, village du canton de Theylisse, Jeanne Ambarel, jeune mĂ©decin dĂ©pĂȘchĂ©e par lâagence rĂ©gionale de santĂ© afin dâĂ©radiquer ce territoire de la liste des dĂ©serts mĂ©dicaux, entend bien crĂ©er sa place et sâintĂ©grer Ă la population locale. Mais la Fantaisie Villageoise de Malabre, se manifestant de façon pour le moins spĂ©ciale, lâentraĂźnera dans une sorte de quĂȘte de la vĂ©ritĂ© un peu particuliĂšre.
Ce roman de Marc Trillard est à mi-chemin entre la fable sociale (prenant pour décor une commune rurale isolée), la farce et le « thriller », médical ou pas. Pour nous, il évoque les romans de Kenneth Cook, 5 matins de trop ou de Douglas Kennedy, Cul-de-sac, se déroulant tous deux dans le bush australien et dont certaines similitudes se retrouvent dans ce roman aux nombreuses qualités.
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Fantaisie villageoise est un roman absolument stupĂ©fiant. Nous utilisons Ă dessein ce terme car il fait naĂźtre en nous plusieurs constatations/remarques. La premiĂšre Ă©tant la suivante : mais est-ce quâune telle histoire nâest que le fruit de lâimagination dâun auteur inspirĂ© ou est-elle plus ou moins fondĂ©e sur des Ă©lĂ©ments concrets, rĂ©els.
La base du roman repose sur une rĂ©alitĂ© tangible, celle des dĂ©serts mĂ©dicaux et/ou administratifs dans des villages ou cantons trĂšs peu peuplĂ©s de lâhexagone. Ceux-ci, laissĂ©s lâabandon par les pouvoirs publics, se dĂ©brouillent comme ils peuvent, comptant principalement sur la solidaritĂ© des habitants qui y vive, faute de mieux, en quasi autarcie.
La seconde naĂźt de la premiĂšre : mais qui peut y changer quelque chose ?
Une lĂ©gĂšre touche dâhumour grinçant.
Dans le cas prĂ©sent, Marc Trillard dĂ©crit une (triste) rĂ©alitĂ© mais en y insufflant un je-ne-sais-quoi dâhumour (pince-sans-rire, presque ironique). Les habitants, des paysans, des « ploucs » plus vrais que nature, se trouvent mis en dĂ©calage par le personnage principal. Celle-ci apporte la seule dose de modernitĂ© dans ce village repliĂ© sur lui-mĂȘme. Le contraste est flagrant, joue sur la peur de lâautre, sur la mĂ©fiance (pour ne pas dire la dĂ©fiance) des uns envers lâautre.
Fin, drĂŽle (a posteriori) et interrogeant le monde.
Au final, ce Fantaisie villageoise sâavĂšre ĂȘtre un roman trĂšs intĂ©ressant. De par ses qualitĂ©s littĂ©raires et son rythme, mais Ă©galement par le regard quâil porte sur le monde. Car en creux, câest bien de cela quâil sâagit. Il interroge sur le pouvoir administratif de lâĂ©tat, sur le fait quâil laisse Ă lâabandon certains territoires ruraux. Il questionne sur lâexode vers les grandes villes, sur les questions de rĂ©sistances/rĂ©siliences, mais Ă©galement sur la tolĂ©rance dans une certaine globalitĂ©.
Sans tirer sur de grosses ficelles, procĂ©dĂ© quâil eut Ă©tĂ© facile de mettre en place, Marc Trillard nous offre un roman subtil et intelligent, qui dit les choses sans les nommer (donc ne nous prend pas pour des imbĂ©ciles), en portant un regard empli dâamour pour ses personnages et, au-delĂ , pour ses « dĂ©serts » français chargĂ©s dâune histoire forte, profondĂ©ment ancrĂ©e dans le sol par des racines sĂ©culaires. En bref, un roman dâamour (en quelque sorte).
La chronique est à retrouver dans son intégralité sur Litzic
Illustration de couverture exceptionnelle et tout Ă fait dans le ton. JâespĂšre que lâauteur ne mâen voudra pas des lignes qui vont suivre car il ne faudra surtout les considĂ©rer comme rĂ©ductrices de son roman.
Dâabord un petit jeu de mots sur le titre. Fantaisie pourrait sâĂ©crire en anglais Fantasy et ce livre relĂšverait alors dâun genre Ă la mode. Mais je prĂ©fĂšrerais lâassocier Ă un autre mot français et Ă un auteur particulier⊠Fantaisie pourrait renvoyer Ă Fantastique et je ferais rĂ©fĂ©rence alors Ă Claude Seignolle, un des grands maĂźtres français du genre. De ce fantastique qui dĂ©pend de la maniĂšre dont on observe les choses et les gens, de lâĂ©clairage qui nous les montre.
Imaginez une jeune femme â pas encore trentenaire â qui sâinstalle dans un petit village â entre deux cent cinquante et deux cent soixante habitants â deux ans aprĂšs le dĂ©cĂšs du prĂ©cĂ©dent docteur ayant officiĂ© pendant quarante-cinq ans. La jeune toubib va constater diverses anomalies comme lâabsence de fiches mĂ©dicales concernant les dĂ©cĂšs dans le village, un dĂ©pĂŽt de carburant alors que la plus proche station-service nâest quâĂ une dizaine de kilomĂštres, la prĂ©sence de la carte du canton un peu partout. Et surtout lâabsence de malades, de consultants dans le village. Et elle va chercher Ă comprendre par tous les moyens modernes Ă sa disposition. Elle trouvera la solution et jâaurais pour ma part prĂ©fĂ©rĂ© quâelle nâexplicite pas ce que nous venions de comprendre, mĂȘme si ce quâelle fait alors lâintĂšgre au village.
Câest subtilement Ă©crit avec de belles tournures de phrases qui rendent compte dâun parler villageois particulier et dâautres qui renvoient Ă nos scepticismes. Je pense que vous avez lĂ un bon plaisir de lecture⊠IdĂ©al pour les transports en commun et aborder lucidement une journĂ©e de labeurâŠ
Bonne lecture.
Une chronique Ă retrouver sur Daily Passions
Ce matin dans le Livre du Jour, FrĂ©dĂ©ric Koster nous fait dĂ©couvrir Fantaisie villageoise de Marc Trillard, paru aux Ăditions Le Mot et le reste.
Dans la sélection Culture & Vous de Jean-Paul Guéry
En succĂ©dant au vieux docteur installĂ© depuis 45 ans, Jeanne sait bien quâil lui sera difficile de se faire accepter parmi les quelques centaines dâhabitants de ce petit village. Comme elle nâa aucune visite, elle a le temps de consulter les fiches et lĂ , premiĂšre surprise, seulement onze patients rĂ©pertoriĂ©s dont deux morts. En fouillant un peu, Jeanne va dĂ©couvrir une communautĂ© totalement repliĂ©e sur elle-mĂȘme et attachĂ©e Ă des valeurs quâelle ne discerne pas. IsolĂ©e mais dĂ©terminĂ©e, elle dĂ©fie courageusement les Ă©diles locaux, bien dĂ©cidĂ©e Ă comprendre⊠Une histoire originale au suspense grandissant.
Jeanne Ambarel, jeune mĂ©decin fraĂźchement diplĂŽmĂ©e, sâinstalle Ă Malabre, un dĂ©sert mĂ©dical du sud-ouest. Accueillie sans enthousiasme par le maire, elle sâentĂȘte, avec la ferveur dâune nĂ©ophyte, Ă dĂ©marrer lĂ une vie professionnelle dont elle a fait siennes les exigences dĂ©ontologiques. Elle pourrait vite renoncer devant lâindiffĂ©rence ou la mĂ©fiance de sa patientĂšle supposĂ©e, pour le moins troublantes. Au contraire elle dĂ©cide de comprendre : les dĂ©cĂšs survenus sans trace de suivi mĂ©dical par son prĂ©dĂ©cesseur, les inhumations sans certificat, etc.
Un polar en milieu rural, non. Une « fantaisie » ! Ăcrit Ă la premiĂšre personne, ce roman suit lâitinĂ©raire de lâhĂ©roĂŻne, le cheminement de son enquĂȘte au grĂ© de ses conversations avec les autochtones : elle oppose son rationalisme à « la raison bancale » du village, une communautĂ© rurale repliĂ©e sur elle-mĂȘme dans un hors-la-loi favorisĂ© par lâincurie administrative. Plus intĂ©ressant est le rapport de force quâinstalle le romancier entre deux maniĂšres de faire face aux coups du sort. « LâentĂȘtant nectar de la coutume » Ă©rige lâisolement en sauvegarde, au rythme de rituels dont on a perdu lâorigine et la signification. Vertige de la raison ? LâĂ©criture dense et efficace alterne les dialogues et un monologue intĂ©rieur souvent dĂ©calĂ©, contaminĂ© par le parler local. LâefficacitĂ© professionnelle passerait-elle par lâempathie, la comprĂ©hension des autres, leur « fantaisie » plus que par un affrontement stĂ©rile ?