Et qu'importe la révolution ?
Un rĂ©cit empreint de poĂ©sie grĂące Ă laquelle lâidĂ©alisme triomphe de la nostalgie.
EugĂ©nie Bourlet â _Le Nouveau Magazine LittĂ©raire
25 novembre 2016, RaĂșl Castro annonce en direct la mort de son frĂšre. Depuis son plateau ardĂ©chois, figĂ©e par la nouvelle, Jeanne sent le vent du passĂ© raviver sa jeunesse rĂ©volutionnaire. Mais lorsque la lettre dâun ancien camarade, amour de jeunesse inachevĂ© fait surgir les souvenirs, un puissant dĂ©sir dâavenir la submerge. Depuis les roches brĂ»lantes de Cassis, Ruben a trouvĂ© la force dâĂ©crire, lui qui ne sait plus rien dâelle depuis si longtemps. En dĂ©pit des idĂ©aux qui les
ont amenés à se rencontrer
et Ă sâaimer, câest le dĂ©part de Jeanne pour Cuba qui a scellĂ© leur Ă©loignement. Ă moins que ce ne soit le refus de Ruben de la suivre, horrifiĂ© Ă lâidĂ©e de retrouver les drapeaux sanglants de la rĂ©volution, lui qui a dĂ» fuir lâEspagne franquiste. Mais peu importent les rĂ©volutions, seules leurs retrouvailles comptent car plus de cinquante ans aprĂšs, tout reste Ă vivre.
Revue de presse
- Et qu'importe la révolution? Evelyne Leraut Onlalu 24 novembre 2019
- Une révolution que rien ne doit séparer et les essentiels de la new wave Daniel Rolland Culture Hebdo octobre 2019
- L'avenir ne meurt pas Jean-Claude Lebrun L'Humanité 17 octobre 2019
- Et qu'importe la révolution? Aurélien Martinez Le Petit bulletin 2 octobre 2019
- Et qu'importe la révolution? Eugénie Bourlet Le Nouveau Magazine Littéraire octobre 2019
- Et qu'importe la révolution? Evelyne Leraut Evlireà vous 24 septembre 2019
- Et qu'importe la révolution? Jostein Sur la route de Jostein 13 septembre 2019
- Interview Catherine Gucher - Ă vous de lire MichĂšle Caron France Bleu IsĂšre 7 septembre 2019
- Rentrée française : ces legs qui nous façonnent Anne-Frédérique Hébert-Dolbec Le Devoir 31 août 2019
- Histoire(s) de lire⊠Christine Le Garrec à vos marques⊠Tapage! 27 août 2019
- L'amour survit aux années, les convictions aussi Mimiche Actualitté 22 août 2019
- Et qu'importe la révolution? lectrice en campagne Livrophage 25 août 2019
Parmi les premiers romans les plus attendus de cette rentrĂ©e littĂ©raire, notons le puissant ZĂ©bu Boy (Monsieur Toussaint Louverture â 24 septembre).
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Autrice et sociologue Catherine Gucher met sa passion pour les ĂȘtres humains et les territoires qui les façonnent au service de sa fibre crĂ©ative. Dans Et quâimporte la rĂ©volution? (Le Mot et le reste, 24 septembre), elle sâintĂ©resse Ă Cuba et aux promesses dĂ©chues dâune gĂ©nĂ©ration de rĂ©volutionnaires. Ă lâannonce de la mort de Fidel Castro, le 25 novembre 2016, une jeune femme renoue avec son amour et ses idĂ©aux de jeunesse. Un grand roman gĂ©nĂ©rationnel « qui lâemporte sur les lendemains qui dĂ©chantentâ.
Touchant, saisissant, « Et quâimporte la RĂ©volution ? » est un roman Ă apprendre par cĆur. Sa qualitĂ© premiĂšre soulĂšve un vent dâhumilitĂ© et de fraternitĂ©. Sa beautĂ© est vertu. On peut rester courber des heures devant lâharmonie de la trame. La puissance verbale, signifiante, affirme, sa dignitĂ©. LâenvolĂ©e du sens, de la forme, du donnant, enclenche une histoire sentimentale, engagĂ©e, existentialiste. Catherine Gucher est douĂ©e. Elle sait, peint une Ćuvre gĂ©nĂ©reuse, vivifiante dans une intimitĂ© hors norme. Ses personnages sont nos alliĂ©s, salvateurs combattants de cette intĂ©rioritĂ© dont il ne faut pas craindre lâombre. « Jeanne sait que ce qui la sĂ©pare de son fils, une vision du monde, les voix des exilĂ©s, les dĂ©nonciations des militants des droits de lâhomme. Elle comprend le refus du vieux monde, dâun ordre trop Ă©tabli qui, ne laisse aucune place Ă ces trentenaires dĂ©sabusé⊠» « Leurs regards ne se portent pas au mĂȘme endroit. » Ce rĂ©cit est la mappemonde des idĂ©aux Ă©cartelĂ©s. Un chant grave et pur, lâode, des amours vrais enracinĂ©s dans les diffĂ©rences et la constance du nostalgique. Ruben, lâubiquitĂ© entre lâEspagne et les oppressions sous lâĂšre de Franco, lâAlgĂ©rie lâaccueillante et ses orangers altruistes, le sud de la France et ses douceurs chaleureuses. Jeanne quâil aime en rĂ©silience dâun passĂ© qui aurait pu joindre les mains de ces HĂ©loĂŻse et AbĂ©lard. LâĂ©ternel retour Ă flanc de montagne. « Câest dans la clartĂ© quâil retrouvera Jeanne, elle le reconnaĂźtra Ă lâodeur dâargousier quâil porte sur sa peau lorsque lâombre est absente. » Cette histoire est lâenivrant de lâexistence. Ce qui se passe dans ce diapason oĂč les regrets sont un solfĂšge de lumiĂšre. Faut-t-il dire ici ce qui va advenir de ces ĂȘtres qui se retrouvent, gerbes de blĂ© en regain dont ils ne veulent pas bouger un seul grain ? Ruben le cosmopolite, Jeanne la Cubaine. Taire le furtif, le dĂ©licat, le doigt glissant subrepticement sur un bras nu. Taire lâembrasement des retrouvailles. « Hasta la victoria sienne » « El pueblo unido jamĂ s serĂ vencido » « Ces mots sont ceux de Jeanne Ă jamais. » Jeanne, solennelle, libre va cĂ©lĂ©brer la liturgie du crĂ©puscule de ses jours. Ouvrir les rideaux et quĂȘter la splendeur du retour en soi. Ce rĂ©cit publiĂ© par Les Editions « Le mot et le reste » trouve sa voie dans la ligne Ă©ditoriale si intuitive. Le mot : dire, le reste : assembler. « Lâhomme est toujours plus quâil ne sait de lui-mĂȘme et que les autres ne savent de lui. » A mĂ©diter. En lice pour le Prix Hors Concours 2019 GaĂ«lle BohĂ© , câest une grande fiertĂ©, enrobĂ©e de chance.
La collaboration Ă©troite que nous avons avec la maison dâĂ©dition française Le mot et le reste nous a permis de dĂ©couvrir de nouveaux trĂ©sors, car ils ont dĂ©jĂ un catalogue impressionnant de qualitĂ© qui ne cesse de sâenrichir. Et deux derniers arrivages vont lâenrichir. Et ce dans deux sphĂšres totalement diffĂ©rentes. Le premier Et quâimporte la rĂ©volution ? de Catherine Gucher. Pour lâanecdote et qui la rapproche de nous, elle a remportĂ© entre autres distinctions le prix QuĂ©bec-France Marie-Claire Blais. Câest un tendre roman. Qui narre les alĂ©as du cĆur dâune prĂ©nommĂ©e Jeanne qui vit en ArdĂšche. Jadis elle avait eu une romance avec Ruben. Puis la jeune femme ira sâĂ©tablir Ă Cuba ce qui provoquera la rupture pour cause dâĂ©loignement. Et lui qui avait connu les heures sanglantes franquistes ne se sentait pas de taille Ă vivre dans un climat politiquement inquiĂ©tant. Les annĂ©es ont passĂ© et voilĂ que nâayant pas oubliĂ© sa dulcinĂ©e, il va lui Ă©crire. Une missive quâelle lira et relira encore. Que va tâil se passer ensuite ? Nous vous le laissons dĂ©couvrir ce beau texte qui coule comme un flot poĂ©tique. De la belle littĂ©rature comme il sâen fait plus rarement.
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Son premier roman, Transcolorado (2017), qui restituait le parcours de deux ĂȘtres cabossĂ©s dans lâAmĂ©rique profonde, retenait lâattention par sa puissance dâĂ©voÂcation et son souffle. La sociologue grenoÂbloise confirme aujourdâhui, sur un sujet dont le titre dessine les enjeux, tandis que deux citations placĂ©es en Ă©pigraphe, dâAnaĂŻs Nin et dâErnest Hemingway («Le voyage le plus lointain, câest Ă lâintĂ©rieur de soi-mĂȘme», «Heureusement quâon nâest pas obligĂ© de tuer les Ă©toiles»), situent la nature et le terÂrain de la dĂ©marche, inscrivant dâoriginale façon ce livre dans le courant redevenu vivace du roman dâidĂ©es.
Quelque part dans la solitude du plateau ardĂ©chois, un jour de novembre 2016, Jeanne entend Raul Castro annoncer la mort de son frĂšre. Des souvenirs dâun engagement ancien, quâelle croyait avoir dĂ©finitivement enfouis, alors remontent. Cinquante ans plus tĂŽt, portĂ©e par lâenthousiasme rĂ©volutionnaire de sa gĂ©nĂ©raÂtion, elle avait en effet effectuĂ© un voyage Ă Cuba, qui lâavait affermie dans ses certitudes. La tournure prise ensuite par la marche du monde lâavait conduite au retrait, en quĂȘte dâun bonheur plus personnel. Ă lâĂ©poque, elle sâĂ©tait Ă©prise dâun militant espagnol qui avait fui le franquisme. Mais, fatiguĂ© des affrontements, celui-ci avait refusĂ© de la suivre. Elle lâavait perdu de vue. Il sâappelait Ruben.
Ă la disparition du « Lider Maximo », il lui Ă©crit enfin la lettre quâelle avait attendue, depuis Cassis oĂč il vit dĂ©sormais. Le fil avec le passĂ© se retend. Catherine Gucher, en mĂȘme temps quâelle revisite les idĂ©aux des annĂ©es 1960, alliage de rĂ©flexion thĂ©orique et de romantisme, explore avec une admirable finesse ce quâil en advint souvent par la suite, entre renoncements et recherches de voies alternatives.
Elle donne Ă©galement Ă voir comment le dĂ©sir dâavenir, mĂȘme en un temps dĂ©nuĂ© de perspectives, ne sâĂ©teint jamais complĂšteÂment. Se dĂ©fiant des simplifications, son rĂ©cit dĂ©mĂȘle avec une rare dĂ©licatesse ce qui avait tenu sĂ©parĂ©s Jeanne et Ruben. Le romanesque est ici conçu pour restituer une complexitĂ© et stimuler une rĂ©flexion, puisque « chacun est responsable de lâavenir quâil offre Ă ses rĂȘves ». Un autre voyage cubain est maintenant programmĂ©, avec Ruben. Mais qui ne se passe pas tout Ă fait comme prĂ©vu : Jeanne sây trouve confrontĂ©e aux trivialitĂ©s universelles de la vie, Ă la mort. Au cĆur de cet Ă©mouvant rĂ©cit, lâavenir attend encore de prendre forme.
Comment fait-on avec ses rĂȘves? Câest la question que semble poser le livre de Catherine Gucher oĂč une femme au seuil de la vieillesse fait ressortir, Ă la mort de Castro, les souvenirs dâune utopie et dâun amour perdu. Quelque chose, dans lâapproche de la nostalgie de lâutopie, du Land & Freedom de Ken Loach.
Câest le roman dâune jeunesse pleine de passions, au passĂ© et au prĂ©sent. Lorsque, de son fief ardĂ©chois, Jeanne, 68 ans, apprend la mort de Fidel Castro, ses combats dâantan lui reviennent toujours plus vifs. Le craquement produit par cet Ă©vĂšnement dans la tranquillitĂ© apparente de sa vie trouvera mille rĂ©sonances symboliques, durant des retrouvailles avec ses proches. Un rĂ©cit empreint de poĂ©sie grĂące Ă laquelle lâidĂ©alisme triomphe de la nostalgie.
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Touchant, saisissant, « Et quâimporte la RĂ©volution ? » est un roman Ă apprendre par cĆur. Sa qualitĂ© premiĂšre soulĂšve un vent dâhumilitĂ© et de fraternitĂ©. Sa beautĂ© est vertu. On peut rester courber des heures devant lâharmonie de la trame. La puissance verbale, signifiante, affirme, sa dignitĂ©. LâenvolĂ©e du sens, de la forme, du donnant, enclenche une histoire sentimentale, engagĂ©e, existentialiste. Catherine Gucher est douĂ©e. Elle sait, peint une Ćuvre gĂ©nĂ©reuse, vivifiante dans une intimitĂ© hors norme. Ses personnages sont nos alliĂ©s, salvateurs combattants de cette intĂ©rioritĂ© dont il ne faut pas craindre lâombre. « Jeanne sait que ce qui la sĂ©pare de son fils, une vision du monde, les voix des exilĂ©s, les dĂ©nonciations des militants des droits de lâhomme. Elle comprend le refus du vieux monde, dâun ordre trop Ă©tabli qui, ne laisse aucune place Ă ces trentenaires dĂ©sabusé⊠» « Leurs regards ne se portent pas au mĂȘme endroit. » Ce rĂ©cit est la mappemonde des idĂ©aux Ă©cartelĂ©s. Un chant grave et pur, lâode, des amours vrais enracinĂ©s dans les diffĂ©rences et la constance du nostalgique. Ruben, lâubiquitĂ© entre lâEspagne et les oppressions sous lâĂšre de Franco, lâAlgĂ©rie lâaccueillante et ses orangers altruistes, le sud de la France et ses douceurs chaleureuses. Jeanne quâil aime en rĂ©silience dâun passĂ© qui aurait pu joindre les mains de ces HĂ©loĂŻse et AbĂ©lard. LâĂ©ternel retour Ă flanc de montagne. « Câest dans la clartĂ© quâil retrouvera Jeanne, elle le reconnaĂźtra Ă lâodeur dâargousier quâil porte sur sa peau lorsque lâombre est absente. » Cette histoire est lâenivrant de lâexistence. Ce qui se passe dans ce diapason oĂč les regrets sont un solfĂšge de lumiĂšre. Faut-t-il dire ici ce qui va advenir de ces ĂȘtres qui se retrouvent, gerbes de blĂ© en regain dont ils ne veulent pas bouger un seul grain ? Ruben le cosmopolite, Jeanne la Cubaine. Taire le furtif, le dĂ©licat, le doigt glissant subrepticement sur un bras nu. Taire lâembrasement des retrouvailles. « Hasta la victoria siempre » « El pueblo unido jamĂ s serĂ vencido » « Ces mots sont ceux de Jeanne Ă jamais. » Jeanne, solennelle, libre va cĂ©lĂ©brer la liturgie du crĂ©puscule de ses jours. Ouvrir les rideaux et quĂȘter la splendeur du retour en soi. Ce rĂ©cit publiĂ© par Les Editions « Le mot et le reste » trouve sa voie dans la ligne Ă©ditoriale si intuitive. Le mot : dire, le reste : assembler. « Lâhomme est toujours plus quâil ne sait de lui-mĂȘme et que les autres ne savent de lui. » A mĂ©diter. En lice pour le Prix Hors Concours 2019 GaĂ«lle BohĂ© , câest une grande fiertĂ©, enrobĂ©e de chance.
Que reste-t-il de nos luttes de jeunesse quand approche lâĂąge de la retraite? IsolĂ©s Au Revest, dans la montagne, vivent quelques communistes militants des annĂ©es 60. Adolescents, ils voulaient rompre avec la vie difficile de leurs parents, paysans ou ouvriers. Ătudiants Ă GuĂ©ret, ils rĂȘvaient dâune vie meilleure, admiratifs du plus grand rĂ©volutionnaire cubain, Fidel Castro.
« Le conquistador aux yeux de braise donnait raison à leurs élans. »
Ils ont voulu tant de libertĂ© pour leurs enfants quâils sont partis vivre ailleurs.
Jeanne fait partie de ce groupe dâanciens rĂ©volutionnaires. En ce 26 novembre 2006, elle apprend la mort de son idole. Elle revĂȘt alors sa longue robe vermillon quâelle portait Ă Cuba en 1967. Elle nâa quâun objectif, retourner Ă Cuba.
« Cette nuit, dans son rĂȘve, elle a retrouvĂ© sur sa peau la chaleur brĂ»lante des Ă©tĂ©s de Santiago et tout son corps, ses os, ses muscles, ses artĂšres, son sang, rĂ©clament de vivre Ă nouveau cette ferveur et ce bouillonnement de lumiĂšre. »
La lettre de Ruben, son amour de jeunesse, tombe Ă pic. Lui, lâespagnol qui, Ă trois ans, a dĂ» fuir le rĂ©gime de Franco avec sa grand-mĂšre, nâavait pas voulu la suivre Ă Cuba.. TraumatisĂ© par tous les bruits de guerre en Espagne puis en AlgĂ©rie, il ne pouvait plus voir les drapeaux rouges de la RĂ©volution.
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Catherine Gucher cherche la beautĂ© du monde, lâespoir de lâapaisement au travers du prĂ©sent et de lâavenir de ces adultes marquĂ©s par les terreurs de la guerre et de lâexil. Ses descriptions de paysage, la montagne du Revest, les calanques de Cassis sont lumineuses.
Ruben est un homme particuliĂšrement attachant pour son humilitĂ© et son regard attendri sur tous ceux qui lâentourent. Par son regard, les personnages secondaires se trouvent grandis.
Je me suis beaucoup moins attachĂ©e Ă Jeanne, plus Ă©goĂŻste. ObnubilĂ©e par sa passion cubaine, elle peine Ă voir la valeur des ĂȘtres qui lâentourent.
« Elle nâa jamais cru que la tendresse humaine pouvait tenir lieu dâavenir. Il lui faut des combats, des mondes Ă reconstruire, des utopies en chantier. »
AprĂšs mon coup de cĆur pour Transcolorado, je souhaitais absolument lire ce second roman de Catherine Gucher. Un peu moins emballĂ©e, jây retrouve pourtant des personnages particuliĂšrement attachants, de superbes descriptions de paysages. Et toujours cette lueur dâespoir dans les yeux des ĂȘtres blessĂ©s par le passĂ©.
Lisez la chronique complĂšte en ligne!
MichĂšle Caron interview Catherine Gucher Ă propos de son dernier roman Et quâimporte la rĂ©volution?
âEncore un roman dâune grande sensibilitĂ©, une belle Ă©criture.â
Une interview à réécouter sur le site de France Bleu IsÚre
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Lâautrice et sociologue Catherine Gucher met sa passion pour les ĂȘtres humains et les territoires qui les façonnent au service de sa fibre crĂ©ative. Dans Et quâimporte la rĂ©volution ? (Le Mot et le reste, 24 septembre), elle sâintĂ©resse Ă Cuba et aux promesses dĂ©chues dâune gĂ©nĂ©ration de rĂ©volutionnaires. Ă lâannonce de la mort de Fidel Castro, le 25 novembre 2016, une jeune femme renoue avec son amour et ses idĂ©aux de jeunesse. Un grand roman gĂ©nĂ©rationnel « qui lâemporte sur les lendemains qui dĂ©chantent. »
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Lâarticle intĂ©gral sur le site du Devoir
Et voici les premiers titres de ma sĂ©lection de cette rentrĂ©e littĂ©raire qui sâannonce, comme tous les ans, fort chargĂ©e ! Je vous propose donc de dĂ©couvrir les premiers romans (fort prometteurs !) dâOlivier Dorchamps et de Lola Nicolle, des romans dâauteurs confirmĂ©s comme Thomas Gunzig, Catherine Gucher et Didier Delome (dont je vous ai dĂ©jĂ prĂ©sentĂ©s pour certains les prĂ©cĂ©dents ouvrages) qui nous offrent tour Ă tour un « faux » feel good Ă©tonnant (et brillantissime !) et des histoires intimes bouleversantes dâhumanitĂ©. Pour finir, je vous invite Ă dĂ©vorer le polar haletant et bien ficelĂ© signĂ© par Gilles Vidal⊠Allez, bon courage pour la rentrĂ©e ! Bonnes lectures Ă toutes et Ă tous⊠Et Ă trĂšs bientĂŽt pour une autre sĂ©lection !
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25 Novembre 2016 : Fidel Castro vient de mourir. Un vrai coup de tonnerre pour Jeanne, dont les souvenirs de sa jeunesse rebelle et rĂ©volutionnaire se rallument aprĂšs cette funĂšbre nouvelle, comme un feu mal Ă©teint dont les braises se mettent Ă crĂ©piter aprĂšs un souffle dâair⊠Femme libre et passionnĂ©e, Jeanne a militĂ© toute sa vie sur tous les fronts et Ă 68 ans, elle nâa renoncĂ© Ă aucun de ses idĂ©aux⊠MĂȘme si ceux-ci ont pris toute la place dans son existence, Ă©loignant dâelle son mari et son fils, lassĂ©s de ses incessants combats. Un fils dâailleurs parti loin de cette « pasionaria » davantage prĂ©occupĂ© des soubresauts du monde que de sa progĂ©niture, ulcĂ©rĂ© par ses emportements politiques auxquels dâailleurs il est loin dâadhĂ©rer, ces certitudes et ces luttes lui ayant volĂ© lâamour de sa mĂšreâŠ
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AprĂšs « Transcolorado » (chroniquĂ© ici !), quel plaisir de retrouver lâĂ©criture poĂ©tique, sensible et puissante de Catherine Gucher ! En nous offrant ce beau portrait de femme engagĂ©e, elle nous emporte avec grĂące au cĆur des espoirs dâune gĂ©nĂ©ration intimement convaincue de la nĂ©cessitĂ© de construire un monde meilleur et plus juste⊠Un idĂ©alisme qui fait dĂ©faut aux nouvelles gĂ©nĂ©rations « aquabonistes », lassĂ©s de la politique qui ne se montre pas, il faut bien lâavouer sous son meilleur jour, depuis quelques dĂ©cennies⊠« Et quâimporte la rĂ©volution » nous embarque sur les chemins de la passion, quâelle soit amoureuse ou dictĂ©e par des convictions humanistes inĂ©branlables, avec une incroyable justesse de ton et dans un style narratif fluide, qui coule de source. Magnifique⊠Et passionnant !
La chronique intégrale est à consulter en ligne
Depuis des annĂ©es, Jeanne a garĂ© sa vie de femme libre mais engagĂ©e, dans un village de lâArdĂšche, aprĂšs avoir fait siennes toutes les grandes causes, car aucune ne lui Ă©tait Ă©trangĂšre.
Sans nouvelle de son fils, parti ailleurs vivre une autre vie puisquâil nâadhĂšre Ă aucun des combats de sa mĂšre, elle nâest pas pour autant isolĂ©e : des couples avec lesquels elle a partagĂ© tant dâidĂ©es et de luttes, des gens du cru avec lesquels elle a liĂ© des amitiĂ©s, tissĂ© des liens dâentraide, nouĂ© des relations un peu plus quâamicales.
Parce que, Ă soixante-huit ans, Jeanne nâa renoncĂ© Ă rien, surtout pas Ă la solidaritĂ©, encore moins Ă ses principes, ses idĂ©aux ou sa libertĂ©. Et elle embellit avec lâĂąge comme ne manque jamais de le lui faire sentir Paul qui pourtant « nâhabite pas le mĂȘme monde ». Lui qui recherche plĂ©nitude et sĂ©rĂ©nitĂ©. Elle toujours en quĂȘte de « mondes Ă reconstruire ».
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Ce livre est superbe.
Dâabord, il faut reconnaĂźtre Ă Catherine Gucher une plume dâune douceur et dâune poĂ©sie infinies. MĂȘme avec les mots les plus terribles et les plus durs. Entre ses doigts, ceux-ci volent comme des papillons, se posent au dĂ©tour dâune fleur, sâenflamment sur des idĂ©es et des convictions, font une pause face Ă la plĂ©nitude sereine mais rude dâun hiver ardĂ©chois, repartent de plus belle sur la conviction tĂȘtue dâune femme qui a cru Ă ses engagements et qui finira par, non pas les remettre en question, mais sâinterroger sur les dĂ©rives qui ont pu accompagner cette RĂ©volution que Jeanne continue pourtant dâappeler de se vĆux.
Lâamour survit aux annĂ©es. Les convictions aussi. MĂȘme sâil est nĂ©cessaire (et peut-ĂȘtre plus facile, les annĂ©es aidant) de composer avec les contradictions.
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Et toujours, tout au long de ce livre, de magnifiques envolĂ©es poĂ©tiques, sur le temps, les nuages, la nature qui nous entoure et toutes ses beautĂ©s changeantes et diverses. Dans une langue claire, qui coule de source, comme pour nous convaincre de la vanitĂ© (Et quâimporteâŠ) de toutes nos obstinations humaines (⊠la RĂ©volution) devant tant de merveilles qui sâoffrent gratuitement Ă nous.
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PremiĂšre expĂ©rience pour moi avec cette maison dâĂ©dition marseillaise. Un joli roman, dont pourtant jâai prĂ©fĂ©rĂ© la premiĂšre moitiĂ© Ă la suite, plus centrĂ©e sur lâhistoire dâamour entre Jeanne et Ruben. Mais ça se lit avec plaisir car lâĂ©criture est de qualitĂ©, avec de trĂšs beaux passages poĂ©tiques liĂ©s Ă la nature. Et puis en fait jâai bien aimĂ© retrouver des endroits que je connais, le plateau ardĂ©chois et Cassis. Les deux premiĂšres pages sont une trĂšs belle accroche avec le portrait de Jeanne.
Voici donc Jeanne et ses amis, Jeanne fĂąchĂ©e avec son fils qui ne la comprend pas, Ă qui elle a manquĂ© en fait. Voici Jeanne, produit pur jus des rĂ©volutions des annĂ©es 70, des idĂ©aux plein la tĂȘte, des rĂȘves de monde meilleur plein les yeux, et un tenace refus de ne plus y croire. On pourrait voir ici un florilĂšge de clichĂ©s liĂ©s Ă cette Ă©poque. Ruben est un rĂ©fugiĂ© espagnol qui a fui le franquisme et Jeanne une pasionaria Ă©prise de Fidel Castro; elle partira Ă Cuba fĂȘter la rĂ©volution mais Ruben ne la suivra pas. Et aussi clichĂ© que cela puisse paraĂźtre câest ce qui est pour moi le plus intĂ©ressant, les points de vue divergents de Jeanne et Ruben. Car Ruben qui a fui la guerre, passant dâOran Ă Paris, Ruben ne veut plus voir de drapeaux sanglants, quelle que soit la cause du sang versĂ©, pour lui, elle nâest jamais bonne.
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Aux illusions perdues, au renoncement, au bonheur trouvĂ© dans les choses simples et dans lâamitiĂ©, Ă ce qui fait de nous des ĂȘtres humains dignes de ce nomâŠDe multiples rĂ©flexions toujours dâactualitĂ©, mĂȘme si comme Jeanne et ses amis, il est grand temps dâadmettre que les temps et les gens et les sociĂ©tĂ©s ont changĂ©.
Je ne saurai trop conseiller la lecture de Leonardo Padura pour Cuba, un regard dâune vie Ă lâintĂ©rieur â car il vit depuis toujours Ă Cuba et nâa pas lâintention de sâen aller â pour lâavoir Ă©coutĂ© avec dĂ©lectation raconter ses annĂ©es Fidel et la suite, lire Padura, pour ça et son immense talent.
Quant Ă ce livre, câest â comme ça mâarrive souvent â en essayant de le partager avec vous que jâen saisis plus profondĂ©ment la complexitĂ©.
Bonne lecture !
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