Encabanée
âCe nâest pas seulement un roman dâapprentissage, de passage Ă lâĂąge adulte, ce nâest pas seulement un Thoreau au fĂ©minin et en raccourci ni un texte sur le rapport vivant, câest aussi une femme qui commence Ă Ă©crire.â
Marie Richeux â France Culture // Par les temps qui courent
âą Finaliste du Prix Hors Concours 2021
âą SĂ©lection Prix RĂ©cit de lâAilleurs 2022
Ce quâen pensent les libraires :
« Ce texte grandiose, comme un appel Ă ouvrir les yeux, trouve un Ă©cho particulier dans la sociĂ©tĂ© dans laquelle nous vivons aujourdâhui. »
RĂ©mi, LâUtopie (Paris)
« Faire preuve Ă -40°C dâautodĂ©rision nâest pas la derniĂšre des qualitĂ©s de lâauteure qui signe un premier roman engagĂ©, amoureux, libre et tellement actuel. »
Solenn, La Colline aux livres (Bergerac)
« Câest lâhistoire dâune femme qui ose se mettre Ă Ă©crire, qui dresse des listes merveilleuses et drĂŽles pour oublier le froid, qui vit et qui aime, mais qui est aussi seule et en colĂšre parfois. Câest beau, câest fort, câest juste ! »
Fantine, La Lison (Lille)
« Câest le charme de cet ouvrage, car ce nâest pas lâhistoire dâune performance, dâune aventure extrĂȘme, câest avant tout la place dâune femme en forĂȘt, dâun ĂȘtre reconsidĂ©rant son monde et ses propres valeurs.»
Fanny, Le Grenier (Dinan)
« Roman aussi court quâengagĂ©, EncabanĂ©e est le rĂ©cit dâune rĂ©vĂ©lation dont lâapparition de Rio dans le rĂ©cit va servir de dĂ©clencheur. [âŠ] Plus de 170 ans aprĂšs la parution de Walden, lâinfluence de Thoreau se fait toujours sentir et lâon ne peut que sâen rĂ©jouir, ce nâest pas Sylvain Tesson qui viendra nous contredire.»
Yann, Librairie Alpha Bureau (Monistrol-sur-Loire)
« VoilĂ un livre plein de douceur quâon a envie de relire Ă peine refermĂ© tellement câĂ©tait bien, ou peut-ĂȘtre parce que câĂ©tait trop court. Câest poĂ©tique, dĂ©paysant, apaisant, et toutes ces expressions quĂ©bĂ©coises⊠jâadore. Un vrai moment de plĂ©nitude avec Anouk, une connexion avec ses propres sens et la nature qui fait un bien fou.»
Juliette, Librairie Montbarbon (Bourg-en-Bresse)
« Quâil est doux de âsâencabanerâ dans un livre ! [âŠ] Un court texte Ă la couleur du QuĂ©bec qui vous surprendra sans nul doute ! »
Stéphanie, Le Furet du Nord (Lille)
« Il ne faut pas trop en savoir pour se plonger librement dans ce rĂ©cit Ă la fois initiatique, libre et libĂ©rateur. Câest une jeune femme blessĂ©e par notre monde qui sâenfuit dans le grand silence, Ă lâĂ©preuve dâelle-mĂȘme mais aussi bercĂ©e par la poĂ©sie. Des jours et des nuits Ă ses cĂŽtĂ©s, encabanĂ©s nous-mĂȘmes, voici une trĂšs belle expĂ©rience de saison.»
Cécile, Les Biens-Aimés (Nantes)
« Marre de la civilisation ? Dâune sociĂ©tĂ© consumĂ©riste et Ă©puisante ? [âŠ] Au fond des grandes forĂȘts canadiennes, en plein hiver, Anouk partage avec humour son expĂ©rience et nous offre un bol dâoxygĂšne. Un petit bout dâhorizon et dâaurore borĂ©ale pour respirer.»
Julie, LâEmbellie (La Bernerie-en-Retz)
âQui nâa jamais eu lâenvie de se retrouver dans une cabane, au fin fond des bois, prendre du temps pour soi, pour observer, sâĂ©merveiller, se re-synchroniser avec le rythme de la Nature, des saisons ? Une sorte de confinement choisi, pour atteindre lâessentiel. Mais loin de lâimage idyllique, il faut aussi passer par des sacrifices, du labeur, une frugalitĂ© nĂ©cessaire. Un rĂ©cit merveilleux, une pause bienvenue dans le tumulte et le chaos.â
Aurélie, Page et Plume (Limoges)
âCâest un court et merveilleux roman fait dâĂ©motions et de sensations. Passer ces quelques jours dans cette petite cabane entourĂ©e de neige et de glace, est une expĂ©rience que nous offre lâauteure. On en ressort changĂ©-e, peut ĂȘtre un peu gelĂ©-e, mais indĂ©niablement apaisĂ©-e.â
Muriel, Vivement dimanche (Lyon)
âInto The Wild au fĂ©minin. Un roman dĂ©licat, aux savoureuses expressions quĂ©bĂ©coises en prime !â
Azélie, Le Comptoir des lettres (Paris)
âUne femme sâinstalle dans une cabane coupĂ©e de tout et apprend Ă vivre seule en pleine nature. Jour aprĂšs jour elle tient son journal, y dĂ©veloppant notamment le concept de âfĂ©minisme ruralâ. Un texte brut qui ne manque pas de charme.â
HélÚne, Atout Livre (Paris)
âAprĂšs Tesson, Thoreau, Fromm⊠Avec Filteau-Chiba, enfin une femme qui sâencabane! Un trĂšs beau rĂ©cit entre ânature writingâ, rĂ©flexion fĂ©ministe et Ă©cologique, portĂ© par la poĂ©sie de la langue quĂ©bĂ©coise.â
Sixtine, Mollat (Bordeaux)
âCe petit livre pourrait se lire comme un conte. Anouk, la narratrice, se retire Ă Kamouraska (lĂ oĂč lâeau rencontre les roseaux) dans une cabane en plein hiver. Avec une fĂ©roce envie de se retirer des trĂ©pidations MontrĂ©alaises. Elle lit, elle coupe du bois, elle sent cette faune sauvage qui lâĂ©pie. Et il y a cette neige abondante rendant les espaces immaculĂ©s. Et lâirruption de cet inconnu, venu se cacher⊠Ce texte est simple et trĂšs agrĂ©able Ă lire en ces pĂ©riodes oĂč on prĂ©fĂ©rerait ĂȘtre encabanĂ© prĂšs du Saint Laurent que confinĂ© dans nos citĂ©s. Câest le genre de livre qui fait du bien.â
Benoßt, La GéothÚque (Nantes)
Un roman trĂšs beau dans lequel se mĂ©langent la puissance de lâĂ©criture et la magie de lâĂ©motion.
Au détour des Mots (Tournon-sur-RhÎne)
Au fond de la forĂȘt
Résilier la colÚre du monde en buvant de la neige
Provoquer lâaccident de soi pour mieux dĂ©sirer lâautre.
Lister ce qui est dérisoire, vitale et renié
AccĂ©der Ă la poĂ©sie du monde en sâaccordant la solitude
Encabannée nous offre une respiration.
Juliette, Quai des Brumes (Strasbourg)
âUn livre pour se mettre Ă lâĂ©preuve [âŠ] une jeune auteure quĂ©bĂ©coise pleine de talent.â
Laura, Sauramps Odyssée (Montpellier)
âTour Ă tour drĂŽle et plein de sagesse, EncabanĂ©e sonne comme un Walden des temps modernes, et au fĂ©minin !â
La Chouette librairie (Lille)
LassĂ©e de participer au cirque social et aliĂ©nant quâelle observe quotidiennement Ă MontrĂ©al, Anouk quitte son appartement pour une cabane rustique et un bout de forĂȘt au Kamouraska, lĂ oĂč naissent les bĂ©lugas. EncabanĂ©e dans le plus rude des hivers, elle apprend Ă se dĂ©tacher de son ancienne vie et renoue avec ses racines. Couper du bois, sâapprovisionner en eau, dĂ©gager les chemins, les gestes du quotidien deviennent ceux de la survie. DĂ©barrassĂ©e du superflu, accompagnĂ©e par quelques-uns de ses poĂštes essentiels et de sa marie-jeanne, elle se recentre, sur ses dĂ©sirs, ses envies et apprivoise cahin-caha la terre des coyotes et les sublimes nuits glacĂ©es du Bas-Saint-Laurent. Par touches subtiles, Gabrielle Filteau-Chiba mĂȘle au roman, rĂ©cit et rĂ©flexions Ă©cologiques, enrichissant ainsi la narration dâun isolement qui ne sera pas aussi solitaire quâespĂ©rĂ©.
Revue de presse
- Encabanée Olivier Monssens Radio Caroline / RTBF 15 mai 2021
- Encabanée Stéphanie Dambroise Axelle Magazine juin 2021
- Encabanée L'Amour des livres mars 2021
- Encabanée Claude Maine Ouest France 1 mai 2021
- Encabanée SégolÚne Radio Béton / N'écoute pas les idoles 6 mars 2021
- Encabanée Robert Colonna d'Istria Corse Matin mars 2021
- Encabanée Alexandre Maréchal Un dernier livre avant la fin du monde 5 février 2021
- Rentrée d'hiver La Vagabonde La Vagabonde 26 février 2021
- Quel régal de s'encabaner avec la plume de Gabrielle Filteau-Chiba Joël Born Centre Presse 28 février 2021
- Encabanée Revue Collections Revue Collections Hiver 2021
- Encabanée Ronan Manuel Radio Rennes février 2021
- Encabanée Henri-Charles Dahlem Ma collection de livres 19 février 2021
- Encabanée Fanny Nowak Aires livres 15 février 2021
- Encabanée Parme Ceriset La Cause Littéraire 11 février 2021
- Encabanée : tout quitter pour mieux se retrouver ? Camille Gho Maze 4 février 2021
- Nos romans préférés de la rentrée Benoßt Franquebalme Marianne 6 février 2020
- Encabanée, un hiver au fond des bois Yann Leray Addict Culture 3 février 2021
- Interview de Gabrielle Filteau-Chiba Matthieu Delaunay La RelĂšve et La Peste 25 janvier 2021
- La librairie francophone Emmanuel Khérad France Inter // La librairie francophone 23 janvier 2021
- Encabanée Scarlett Lea Touch Book 25 janvier 2021
- Encabanée Véronique Cassarin-Grand L'Obs 21 janvier 2021
- Encabanée Noé Gaillard Daily Passions 18 janvier 2021
- Encabanée Fanny Les libraires masqués du Grenier 13 janvier 2021
- Encabanée Erik Poulet-Reney Couleur Papier // Triage FM 13 janvier 2021
- Gabrielle Filteau-Chiba et sa cabane au Canada Marie Richeux France Culture // Par les temps qui courent 11 janvier 2021
- Sélection livre Hervé Marchioni France Bleu Loire Océan 10 janvier 2021
- Encabanée Les notes Les notes 8 janvier 2021
- Cinq romans de la rentrée littéraire 2021 pour bien commencer l'année Thomas Messias Slate 9 janvier 2021
- Encabanée Dominique Lin France Bleu Vaucluse 8 janvier 2021
- Encabanée Amadine Farges Encres vagabondes 8 janvier 2021
- Ecabanée, bribes d'une révolte intérieure Vincent Penninckx Le Suricate Magazine 7 janvier 2021
- Vivre et écrire dans le Kamouraska Isabelle Kortian Cause Commune // Le monde en questions 4 janvier 2021
Anouk quitte MontrĂ©al pour vivre un hiver dans une cabane. Un rĂ©cit au fĂ©minin de Walden ou la vie dans les bois de Thoreau. Avec une Ă©criture trĂšs poĂ©tique, un rĂ©cit sur la solitude, la simplicitĂ© volontaire, le froid, la beautĂ© et le silence de la nature, sur lâinsupportable pression de la sociĂ©tĂ© de consommation, sur les positionnements fĂ©ministes⊠Quand il y a un unique visiteur, câest un militant Ă©colo radical⊠ce qui rend le roman un peu tirĂ© par les cheveux. Mais cela permet dâopposer une position de retrait avec une position de rĂ©volte. TrĂšs agrĂ©able Ă lire.
Olivier Monssens lit un extrait dâ EncabanĂ©e de Gabrielle Filteau-Chiba dans son Ă©mission sur Radio Caroline, diffusĂ©e sur la RTBF.
Réécouter, Ă partir de 35ââ.
Lire le rĂ©cit de Gabrielle Filteau-Chiba en pĂ©riode de conïŹnement est une expĂ©rience Ă la fois Ă©trange et apaisante. Largement inspirĂ© par la vie de lâautrice, EncabanĂ©e raconte la semaine quâAnouk a passĂ©e dans son refuge, coincĂ©e dans un bout de forĂȘt quĂ©bĂ©coise du Kamouraska, par moins 40 degrĂ©s. « Le froid a pĂ©trifiĂ© mon char. Le toit de la cabane est couvert de strates de glace et de neige qui ont tranquillement enseveli le panneau solaire. Les batteries marines sont vides comme mes poches. Plus moyen de recharger le tĂ©lĂ©phone cellulaire, dâentendre une voix rassurante, ni de permettre Ă mes proches de me gĂ©olocaliser. » MĂȘme si Anouk a choisi son isolement â fuir MontrĂ©al, ses bruits, sa pollution, sâĂ©manciper des obligations sociales et professionnelles â pour vivre au plus prĂšs de la nature, elle nâavait pas imaginĂ© connaĂźtre cet Ă©pisode extrĂȘme oĂč lâactivitĂ© principale de ses journĂ©es consiste Ă entretenir la ïŹamme de son poĂȘle Ă bois et espĂ©rer ainsi atteindre cinq degrĂ©s Ă lâintĂ©rieur de lâhabitat. CoupĂ©e de tout, Anouk prĂ©serve sa santĂ© mentale grĂące Ă lâart : elle lit, dessine, met par Ă©crit ses peurs, ses rĂȘves, ses fantasmes. Jour aprĂšs jour, elle transforme son encabanement en parcours initiatique au terme duquel elle acquiert le droit de gouverner rĂ©ellement son existence. Avec ce livre, premier volet dâun triptyque, Gabrielle Filteau-Chiba a transformĂ© son journal intime, composant un texte universel, engagĂ©, oĂč elle dĂ©fend son fĂ©minisme rural et son militantisme Ă©cologique dans une langue qui, comme lâhĂ©roĂŻne, est libre et affranchie des conventions. (S.D.)
Une chronique Ă retrouver dans la revue Axelle
Fuyant la pollution et une sociĂ©tĂ© de consommation rĂ©gie par et pour les hommes, Anouk se rĂ©fugie dans une cabane au fond des bois, dans une rĂ©gion sauvage du QuĂ©bec. DĂ©pouillĂ©e du superflu, elle renoue avec elle-mĂȘme et avec la nature, vivant Ă son rythme, domptant ses hivers rudes. ParĂ©e de sa solitude rĂ©confortante, elle palpe la sensation du bonheur qui consiste Ă se suffire Ă soi-mĂȘme. Dans son carnet de bord, sâentrelacent rĂ©flexions philosophiques et considĂ©rations fĂ©ministes et Ă©cologiques. Un ensemble trĂšs inspirant.
TrĂšs joli et rĂ©ussi premier roman que celui de Gabrielle Filteau-Chiba. A 22 ans, lâautrice a choisi de vivre dans une cabane, dans les bois de Kamouraska, dans lâEst du QuĂ©bec, lĂ oĂč la tempĂ©rature peut descendre Ă -40°. De cette (sur)vie dans ce milieu extrĂȘme, elle raconte avec poĂ©sie et dâexquises expressions quĂ©bĂ©coises son bonheur dâĂȘtre dans la nature et sa colĂšre face aux attaques incessantes contre cet environnement Ă protĂ©ger.
Sensible premier roman que celui de Gabrielle Filteau-Chiba. Ă 22 ans, la jeune femme a vĂ©cu dans les bois de Kamouraska, dans lâEst du QuĂ©bec, lĂ oĂč la tempĂ©rature peut descendre Ă -40°. LĂ oĂč aller chercher de lâeau, faire ses besoins dehors, oublier de rapporter assez de bois dans sa cabane peuvent se rĂ©vĂ©ler tragiques.
Les engelures font mal comme les peines dâamours, dit lâautrice. Elle raconte la vie dâAnouk qui, lassĂ©e par la vie Ă MontrĂ©al, choisit de vivre solitaire dans ces Ă©tendues blanches. Celle-ci ponctue son quotidien avec la lecture de ses poĂštes, fait une rencontre Ă©tonnante, fume et boit (un peu).
Sâil nây a plus la trĂ©pidation urbaine dans ce milieu blanc, les attaques faites Ă la nature demeurent comme la course effrĂ©nĂ©e au pĂ©trole dans les sables bitumineux.
Gabrielle Filteau-Chiba nâest pas une urbaine rĂȘvant dans une nature immaculĂ©e. Habile, elle Ă©voque aussi lâenvironnement et les attaques brutales de ceux qui veulent le dĂ©fendre, avec une Ă©criture Ă©lĂ©gante, poĂ©tique, ponctuĂ©e dâexpressions quĂ©bĂ©coises. Ses listes de choses pour lutter contre le froid sont si belles !
Un article Ă retrouver sur Ouest France
Sur les ondes de Radio Béton, SégolÚne parle du premier roman de Gabrielle Filteau-Chiba, Encabanée !
LassĂ©e par la vie urbaine, une jeune femme trouve refuge dans une forĂȘt. Le temps sây Ă©coule diffĂ©remment, les sentiments ne sont plus les mĂȘmes, la vie y a une autre Ă©paisseur. Un court rĂ©cit Ă lire Ă voix haute avec lâaccent quĂ©bĂ©cois.
[âŠ]
Ce petit rĂ©cit ne vaut pas par la solution de cette intrigue, anecdotique, mais par son dĂ©pouillement, Ă lâimage de lâentreprise racontĂ©e. Il vaut par sa sobriĂ©tĂ©, et son dĂ©licieux vocabulaire, quĂ©bĂ©cois, si singulier quâil nĂ©cessite, Ă la fin du volume, un petit glossaire.
Depuis quelques mois, les Ă©ditions Le Mot et le reste sâintĂ©ressent de trĂšs prĂšs Ă la littĂ©rature quĂ©bĂ©coise. Eux qui ont assis leur notoriĂ©tĂ© Ă©ditoriale grĂące Ă leurs livres sur la musique aussi passionnants quâĂ©rudits semblent Ă©galement constituer un catalogue quĂ©bĂ©cois cohĂ©rent et fascinant. DerniĂšre parution : EncabanĂ©e, de Gabrielle Filteau-Chiba, le trĂšs court rĂ©cit dâune femme tournant le dos Ă lâagitation humaine de MontrĂ©al et sâinstallant dans une cabane isolĂ©e au fond des bois, du cĂŽtĂ© de Kamouraska.
Voici, en quelque sorte, la profession de foi de lâautrice â EncabanĂ©e peut se lire comme son propre journal, romancĂ©, puisque Gabrielle Filteau-Chiba sâest bel et bien isolĂ©e plusieurs annĂ©es dans une cabane au fond des bois qui, de son propre aveu, Ă©tait tout autant refuge que prison.
Les contraintes, dans cette cabane, en plein hiver, sont nombreuses. La narratrice semblait les avoir sous-estimĂ©es, au dĂ©but de son projet. Dans ces pages, le rapport au froid (qui peut prĂ©cipiter les hallucinations et la folie) et Ă la solitude (au point de prier pour lâapparition dâun corps, dâun amant) est dĂ©crit de façon dĂ©licate et trĂšs juste. AgrĂ©mentĂ© de listes en tout genre (par exemple, ces « phrases pour ne pas sombrer dans la folie quand tu as froid »), ce journal de bord a parfois des accents comiques, comme si lâautrice cherchait Ă se rassurer tandis quâelle doit survivre dans ces conditions extrĂȘmes. MalgrĂ© toutes ces difficultĂ©s, le choix de vivre ainsi, dans le dĂ©nuement et la sobriĂ©tĂ©, nâest jamais remis en cause par Anouk, la narratrice.
Elle nâa pas de mots assez durs pour ce quâelle a quittĂ© â la ville, le bruit, la dĂ©possession de son humanitĂ©, cette impression de voir sa vie dĂ©filer sans pouvoir faire grand chose pour en arrĂȘter la course folle, comme une spectatrice de son propre destin. Nous rĂȘvons tous de suivre Anouk dans son choix. Nous rĂȘvons tous de nous rĂ©fugier au plus profond de nous-mĂȘmes, dans une cabane comme la sienne. Câest pourquoi la lecture de ce rĂ©cit vibre tant en nous. Cette connivence entre lâautrice et son lecteur permet de nous rĂ©chauffer â aprĂšs tout, on peut combattre le froid avec des couvertures de laine, mais on ne peut combattre la bĂȘtise de lâHomme et son absurde besoin de performance comme unique moyen dâexister.
[âŠ]
RĂ©sonne alors le roman de Marie-Eve SĂ©vigny Sans terre, paru au Mot et le reste lâan passĂ© (souvenez-vous, je vous en parlais ici), qui Ă©voquait les actions coups de poing en faveur de lâenvironnement. RĂ©sonne Ă©galement le roman dâElise Turcotte Lâapparition du chevreuil, oĂč il Ă©tait question de fuir le monde abruti par la haine pour sâinstaller en marge, loin de tout (jâen parlais ici).
RĂ©sonne aussi, surtout, (nommĂ©ment puisque Anouk le cite Ă la fin du livre) Thoreau et sa DĂ©sobĂ©issance civile, Thoreau et son Walden â eux aussi disponibles aux Ă©ditions du Mot et le reste, question de cohĂ©rence.
Une chronique Ă retrouver sur Un denrier livre avant la fin du monde
EncabanĂ©e de Gabrielle Filteau-Chiba est un des coups de coeur de la rentrĂ©e littĂ©raire dâhiver de La Vagabonde ! Une chronique Ă Ă©couter en podcast
Cette jeune Ă©crivain quĂ©bĂ©coise a dĂ©cidĂ© de quitter la ville pour vivre au milieu des grands espaces naturels du Bas Saint-Laurent, prĂšs de la riviĂšre Kamouraska. Son roman sâinspire de son premier hiver
glacial dans une cabane rustique.
LâĂ©diteur marseillais Le Mot et le Reste nous livre rĂ©guliĂšrement de vrais bonheurs littĂ©raires. Il en est
ainsi avec EncabanĂ©e de Gabrielle Filteau-Chiba. Une belle dĂ©couverte venue de chez nos cousins quĂ©bĂ©cois. Quel rĂ©gal, en effet,d e sâencabaner, lâespace de quelques heures, avec la plume de cette jeune Ă©crivain, traductrice de formation, et militante de la cause environnementale.
LassĂ©e de se laisser emporter quotidiennement par le cirque social quâelle observe Ă MontrĂ©al, Anouk, le personnage du roman, dĂ©cide de sâinstaller dans une cabane rustique,sans eau ni Ă©lectricitĂ©, du Kamarouska, cette rĂ©gion du Bas Saint-Laurent, oĂč naissent les bĂ©lugas. Par des tempĂ©ratures glaciales, accompagnĂ©e par quelques poĂštes, sa Marie-Jeanne et le cri des coyotes, au bout de sa solitude, elle apprendra Ă se recentrer sur elle-mĂȘme, Ă se libĂ©rer des rouages du systĂšme social pour se
concentrer sur lâessentiel, sur la vie. Un roman qui prend tout son sens alors que la crise sanitaire nous contraint Ă nous enfermer, pendant que certains choisissent librement de dĂ©crocher de ce monde que lâon dit moderne et de se retrouver en pleine harmonie avec la nature. Et quel plaisir de savourer quelques-unes des subtilitĂ©s et expressions imagĂ©es de la langue quĂ©bĂ©coise.
Un premier roman marquant inspirĂ© par lâexpĂ©rience toute aussi marquante de lâauteur dans une cabane, prĂšs de la riviĂšre Ă truites du Kamouraska, oĂč elle vit depuis avec sa fille et son compagnon, dans une maison en bois, entourĂ©e de jardins et de serres.
Gabrielle Filteau-Chiba a fait une entrĂ©e remarquĂ©e avec son premier roman, EncabanĂ©e, inspirĂ© par son propre retour aux sources et Ă la simplicitĂ© volontaire. Anouk, son hĂ©roĂŻne, amorce une remise en question sur le monde dans lequel on vit et ressent lâappel puissant de la nature, mais aussi de lâĂ©criture, nous conviant Ă mesure quâelle Ă©crit Ă redĂ©couvrir des incontournables de la littĂ©rature quĂ©bĂ©coise tels quâAnne HĂ©bert, Ămile Nelligan et Louis Hamelin.
EncabanĂ©e est un rĂ©cit Ă©minemment fĂ©ministe qui nous plonge dans le carnet de survie dâAnouk dĂ©corĂ© de magnifiques illustrations de lâautrice, rĂ©digĂ© pendant un hiver glacial dans le Kamouraska oĂč la narratrice sâisole dans un refuge forestier sans Ă©lectricitĂ©. PubliĂ© aux Ă©ditions Le mot et le reste, EncabanĂ©e plaira aux amateurs de nature writing et de Henry David Thoreau, Ă©galement publiĂ© chez le mĂȘme Ă©diteur.
Dans lâĂ©mission Si on parlait de lire, Ronan Manuel a prĂ©sentĂ© EncabanĂ©e de Gabrielle Filteau-Chiba !
Quelquefois, le confinement a du bon. En racontant le sĂ©jour dâAnouk, partie en plein hiver «sâencabaner» dans la forĂȘt quĂ©bĂ©coise, Gabrielle Filteau-Chiba rĂ©ussit un premier roman Ă©colo-fĂ©ministe Ă©crit avec poĂ©sie et humour. Une belle rĂ©ussite!
Le 2 janvier, en plein hiver, Anouk, la narratrice de ce court et beau roman «file en douce» de MontrĂ©al pour sâinstaller Ă Saint-Bruno-de-Kamouraska, «tombĂ©e sous le charme de ce nom ancestral â Kamouraska â dĂ©signant lĂ oĂč lâeau rencontre les roseaux, lĂ oĂč le golfe salĂ© rĂ©trĂ©cit et se mĂȘle aux eaux douces du fleuve, lĂ oĂč naissent les bĂ©lugas et paissent les oiseaux migrateurs.»
Elle ne nous en dira guĂšre plus de ses motivations, si ce nâest quâelle entend fuir un quotidien trop banal et une vie oĂč le superficiel a pris le pas sur lâessentiel. En revanche, elle va nous raconter avec autant de crainte que dâhumour, avec autant dâĂ©motion que de poĂ©sie sa vie dans et autour de cette cabane perdue dans lâimmensitĂ© de la forĂȘt. Elle doit dâabord lutter contre le froid intense qui sâest installĂ© avant dâimaginer se consacrer Ă son programme, lire et Ă©crire. Et se prouver quâau bout de sa solitude, sa vie va recommencer.
IntrĂ©pide ou plutĂŽt inconsciente, elle ne va pas tarder Ă se rendre compte combien sa situation est prĂ©caire. [âŠ]
Et alors quâun sentiment diffus de peur sâinstalle, que les questions se bousculent, comment faire seule face Ă un agresseur alors que la voiture refuse de dĂ©marrer, peut-elle se prĂ©parer Ă mourir gelĂ©e ? Ou Ă ĂȘtre dĂ©vorĂ©e par les coyotes qui rĂŽdent? Presque Ă©tonnĂ©e de se retrouver en vie au petit matin, elle conjure le sort en dressant des listes, comme celle des «qualitĂ©s requises pour survivre en forĂȘt», avec ma prĂ©fĂ©rĂ©e, la «mĂ©ditation dans le noir silence sur ce qui tâa poussĂ©e Ă tâencabaner loin de tout».
Peut-ĂȘtre que le fruit de ses rĂ©flexions lui permettra de goĂ»ter au plaisir de (re)dĂ©couvrir des Ćuvres dâAnne HĂ©bert, de Gilles Vigneault et de quelques autres auteurs de chefs-dâĆuvre de la littĂ©rature quĂ©bĂ©coise qui garnissent la bibliothĂšque de sa cabane. Et dây ajouter son livre? [âŠ]
AprĂšs quelques jours, son moral remonte avec lâarrivĂ©e inopinĂ©e de Shalom, un gros matou «miaulant au pied de la porte comme tĂ©lĂ©portĂ© en plein dĂ©sert arctique» et dont la «petite boule de poils ronronnante» rĂ©chauffe aussi bien ses orteils que son esprit.
Avec un peu de sirop dâĂ©rable, la vie serait presque agrĂ©able, nâĂ©tait cette vilaine blessure qui balafre son visage. Couper le bois est tout un art.
Câest Ă ce moment quâune silhouette sâavance. Ă peine le temps de dĂ©crocher le fusil que Rio est dĂ©jĂ lĂ Ă demander refuge. La «fĂ©ministe rurale» accueille ce nouveau compagnon avec mĂ©fiance, puis avec cette chaleur qui lui manquait tant. [âŠ]
Gabrielle Filteau-Chiba a parfaitement su rendre la quĂȘte de cette femme, partie pour se retrouver. Et qui, en sâencabanant, va dĂ©couvrir non seulement des valeurs, mais aussi une boussole capable de lui ouvrir de nous horizons, sans se dĂ©partir de son humour: «Incarner la femme au foyer au sein dâune forĂȘt glaciale demeure, pour moi, lâacte le plus fĂ©ministe que je puisse commettre, car câest suivre mon instinct de femelle et me dessiner dans la neige et lâencre les Ă©tapes de mon affranchissement.»
Quelquefois, le confinement a du bon.
«Ma vie reprend du sens dans ma forĂȘt», dit Anouk. En lisant son tĂ©moignage, notre vie aussi reprend du sens.
Une chronique à retrouver en intégralité sur Ma collection de livres
Cela te tente un aller direct dans les bois? Si ton « Oui » est franc et direct, alors cette histoire est totalement faite pour toi. Tu vas tâenfoncer dans les grands espaces blancs, prendre refuge au sein dâune cabane, faire rougeoyer ton feu et lire lâhistoire dâAnouk.
Anouk est cette jeune femme qui nâen peut plus de MontrĂ©al, de la sloche sur les grandes artĂšres bouchĂ©es, des lumiĂšres qui brisent le ciel parfois Ă©toilĂ©, du rythme inutilement brutal de sa vie.Alors elle part Anouk, elle va sâencabanĂ©e dans ces bois du Bas-Saint-Laurent, et câest son journal que tu vas parcourir jour aprĂšs jour.
[âŠ]
Il y a de la poĂ©sie de lâinstant, lâengagement de lâhĂ©roĂŻne, miroir de lâauteure, elle aussi encabanĂ©e dans le Haut-Kamouraska. Avec une plume proche de son essentiel, Gabrielle Filteau-Chiba construit lâhistoire dâAnouk, il y a ses listes numĂ©rotĂ©es, ses coups de griffe Ă lâencontre de lâhumanitĂ©, le rĂ©cit qui, en lui-mĂȘme, donne des contours Ă cet univers gelĂ© immaculĂ©.
Et un jour, une rencontre, par nâimporte laquelle puisquâil ne peut en ĂȘtre autrement dans cette rĂ©gion reculĂ©e, sauvage mais pas tant que cela, le monde de la destruction nâĂ©tant jamais loin.
EncabanĂ©e , câest aussi la question du dĂ©sir, de la solitude, de la peau, de cette chaleur humaine manquante puis follement attachante. Anouk dit son corps mais aussi sa Marie-Jeanne, Gilles Vigneault et dâautres plumes rattachĂ©es Ă la sienne. Câest le charme de cet ouvrage, car ce nâest pas lâhistoire dâune performance, dâune aventure extrĂȘme, câest avant tout la place dâune femme en forĂȘt, dâun ĂȘtre reconsidĂ©rant son monde et ses propres valeurs.
Entre les planches de cette cabane, il y a le refuge de la colĂšre, la rĂ©sistance au froid et ses tourments poĂ©tiques, la jouissance de lâinstant jouxtant le hurlement des coyotes, le crĂ©pitement du feu tandis quâau loin, un braconnier tue sa proie.
[âŠ]
Voici indĂ©niablement une auteure Ă suivre, car oui, EncabanĂ©e est le dĂ©but dâune sacrĂ©e plume.
Coup au đ engagĂ©, engageant.
Retrouvez la chronique de Fanny sur Aires Libres
Qui nâa jamais songĂ© Ă sâĂ©loigner pour quelque temps du monde, de la sociĂ©tĂ© de consommation souvent individualiste et matĂ©rialiste, afin de se retrouver en tĂȘte-Ă -tĂȘte avec lâimmensitĂ© et avec soi-mĂȘme ?
Comme le dit Sylvain Tesson dans son livre, Dans les forĂȘts de SibĂ©rie, « Lâermite nie la vocation de la civilisation, en constitue la critique vivante ».
Il y a parfois une tentative de se reconnecter Ă lâessentiel, de se retirer de lâenfer urbain oĂč lâon ne prend jamais le temps de sâarrĂȘter et de savourer lâinstant prĂ©sent.
En dĂ©couvrant page aprĂšs page ce rĂ©cit particuliĂšrement vivant que la narratrice dâ EncabanĂ©e dĂ©roule Ă la maniĂšre dâun journal de bord quasi-quotidien, on ne peut sâempĂȘcher de penser Ă cet extrait de Walden :
« Je mâen allais dans les bois parce que je voulais vivre sans hĂąte, vivre intensĂ©ment et sucer toute la moelle de la vie, mettre en dĂ©route tout ce qui nâĂ©tait pas la vie, pour ne pas dĂ©couvrir, Ă lâheure de ma mort, que je nâavais pas vĂ©cu ».
Et câest bien dans la lignĂ©e de Thoreau que sâinscrit la dĂ©marche dâAnouk, lâhĂ©roĂŻne, qui choisit de quitter sa vie citadine de MontrĂ©al pour une cabane dans une forĂȘt au Kamouraska. Elle savoure le bonheur de vivre une existence sobre mais dĂ©couvre non sans difficultĂ© les tĂąches nĂ©cessaires Ă la survie au quotidien dans un environnement sauvage (couper du bois, sâapprovisionner en eau). AprĂšs avoir affrontĂ© sa peur de la nuit, le froid et la solitude, elle parvient Ă se recentrer sur elle-mĂȘme, sur ses combats de jadis pour la dĂ©fense de la planĂšte et la cause fĂ©ministe, sur les raisons qui lâont poussĂ©e Ă fuir les liens sociaux parfois dĂ©cevants et superficiels, le rĂšgne de lâartifice et de lâapparence.
Cette nouvelle vie lui apporte des moments dâĂ©merveillement devant la beautĂ© de la nature, quelques Ă©preuves, et surtout une expĂ©rience inattendue qui prouve que mĂȘme dans le cĆur dâune rebelle en exil, la chaleur des liens interhumains nâest jamais trĂšs loin.
Une chronique à retrouver sur La Cause Littéraire
DrĂŽle dâaventure que celle dâAnouk quittant le confort de MontrĂ©al pour une cahute mal isolĂ©e blottie au fond des bois de Kamouraska. Le rĂ©cit dâune quĂȘte de soi, et un premier roman qui veut rappeler Ă lui les grands Ă©crivains canadiens.
PubliĂ© au Canada en 2018 et diffusĂ© en France en ce dĂ©but dâannĂ©e 2021 chez Le mot et le reste, EncabanĂ©e raconte la solitude de lâhumain dans la nature. Gabrielle Filteau-Chiba elle-mĂȘme fait lâexpĂ©rience de cette solitude en 2013, dans ces bois de Kamouraska, quâelle nâa plus jamais quittĂ©s ; son roman sâinspire en partie de cette expĂ©rience.
Chaque chapitre suit les neuf jours consĂ©cutifs quâelle a passĂ© seule dans la nature. EntrecoupĂ©s de listes numĂ©rotĂ©es, ces derniĂšres ne permettent pas de dater prĂ©cisĂ©ment lâarrivĂ©e dâAnouk dans sa cabane. La veille du premier jour documentĂ© ? Une semaine avant ? En tout cas, lâarrivĂ©e doit ĂȘtre rĂ©cente car lâhĂ©roĂŻne semble encore en pleine pĂ©riode dâacclimatation. Autre ponctuation du roman, la multitude de rĂ©fĂ©rences Ă diffĂ©rents auteurs ou artistes canadiens, lesquels accompagnent Anouk dans sa retraite. Thoreau, bien sĂ»r, le pĂšre du nature writing canadien ou encore Anne HĂ©bert et son Kamouraska, Ă qui elle dĂ©dicace son roman.
Retourner Ă lâessentiel
« Chaque kilomĂštre qui mâĂ©loigne de MontrĂ©al est un pas de plus dans le pĂšlerinage vers la seule cathĂ©drale qui mâinspire la foi, une profonde forĂȘt qui abrite toutes mes confessions ». DĂšs la premiĂšre page, Gabrielle Filteau-Chiba, par lâutilisation du champ lexical de la religion place lâexpĂ©rience de son hĂ©roĂŻne dans le domaine du mystique. Il ne sâagit pas dâun simple caprice, ou bien dâune semaine de vacances avec lâoptique dâun retour au confort. Ici, Anouk fait le choix radical de la solitude.
Dans sa cabane, elle nâa pas dâautre objectif que la survie : ne pas mourir de froid pendant la nuit, ne pas se laisser surprendre par une nature qui ne pardonne pas la paresse. Elle vit au jour le jour, et se laisse parfois, le soir, bercer par des fantasmes. Elle a fui la routine, le mĂ©tro-boulot-dodo, le consumĂ©risme constant et les injonctions de la sociĂ©tĂ© moderne. PoussĂ©e par une impulsion quâelle ne sâexplique pas : « Je comprendrais pourquoi je suis ici lorsque jâaurai tout lu. »
Les grands combats
Dans EncabanĂ©e, Gabrielle Filteau-Chiba semble aborder un peu tous les grands sujets du moment : le fĂ©minisme, lâimpact de notre sociĂ©tĂ© de consommation sur la planĂšte et lâactivisme Ă©cologique. Ce dernier apparaĂźt dans le sixiĂšme chapitre Ă travers une Ă©criture de lâexaltation intĂ©ressante. Câest lâĂ©lĂ©ment perturbateur de la solitude de lâhĂ©roĂŻne. Sorte dâĂ©piphanie, lâactivisme incarne lâĂ©veil quâAnouk est venu chercher dans les bois de Kamouraska. Elle insiste sur lâimportance de faire tout notre possible, Ă notre Ă©chelle, pour lutter contre le rĂ©chauffement climatique. Il nây a pas de petite action. Ce sujet, avec celui de la crĂ©ation, clĂŽt le roman. Un peu rapidement peut-ĂȘtre, mais encore une fois, il sâagit dâun Ă©veil.
Le fĂ©minisme occupe Ă©galement une place importante dans les pensĂ©es dâAnouk. Plus particuliĂšrement lâidĂ©al du fĂ©minisme rural qui incite les femmes Ă cultiver la terre dans le respect de traditions ancestrales. Cette aspiration entre Ă©videmment en rĂ©sonance avec le besoin de retour Ă la nature de lâhĂ©roĂŻne.
En 2019, dans Mon annĂ©e de repos et de dĂ©tente de lâAmĂ©ricaine Ottessa Moshfegh, se retrouve Ă©galement cette urgence ressentie par lâhĂ©roĂŻne de fuir la sociĂ©tĂ©. Chez Moshfegh, le personnage principal (sans nom), sâassomme de mĂ©dicaments pendant un an. Autre similaritĂ©, lâidĂ©e que lâhĂ©roĂŻne principale se sert de sa beautĂ© pour Ă©voluer plus facilement en sociĂ©tĂ©. Anouk, comme lâhĂ©roĂŻne dâOttessa Moshfegh, ont conscience que leur beautĂ© ouvre toutes les portes. Gabrielle Filteau-Chiba manie ce paramĂštre avec plus de dĂ©licatesse que lâautrice amĂ©ricaine et surtout le supprime, dĂšs le dĂ©but de lâintrigue, en balafrant Anouk. Mais la question de la beautĂ© et de lâidĂ©al esthĂ©tique permet une remise en question du personnage dans une perspective fĂ©ministe intĂ©ressante.
Une chronique Ă retrouver sur Maze
Ă LA RECHERCHE DâUNE CABANE PERDUE
Paru il y a trois ans au QuĂ©bec, ce premier roman nous arrive enfin via lâexcellente maison marseillaise « Le mot et le reste ». FamiliĂšre des textes de Henry D. Thoreau, cette derniĂšre ne pouvait quâĂȘtre sensible Ă EncabanĂ©e, chronique par Gabrielle Filteau-Chiba de son confinement solitaire dans une cabane isolĂ©e des forĂȘts du Kamouraska. ExilĂ©e volontaire dans cette rĂ©gion du Bas-Saint-Laurent, sans eau ni Ă©lectricitĂ©, Anouk (alter ego de lâautrice) y a acquis une forĂȘt « au prix dâun appartement en ville » pour habiter son « rĂȘve de toujours : vivre de ma plume au fond des bois ». Elle tient en cent pages la chronique anarcho-comique de son sĂ©jour. Coupe du bois par â 40 degrĂ©s, approvisionnement en eau, peur des coyotes, combat avec une riviĂšre gelĂ©e⊠la trentenaire se coltine une nature vĂ©nĂ©rĂ©e mais pas toujours accorte.
Câest du Sylvain Tesson en moins poseur, Filteau-Chiba revendiquant lâusage dâune langue bardĂ©e dâaccents et dâexpressions populaires quĂ©bĂ©coises qui sont, mĂȘme lĂ -bas, proscrites des bancs de lâuniversitĂ©. Un glossaire est disponible Ă la fin de lâouvrage pour ces maudits Français qui ignorent le sens de « bibitte » (bestiole) ou « prendre son trou » (se replier sur soi). Si sa rĂ©bellion contre la sociĂ©tĂ© agace par ses atours convenus, lâautrice nous cueille par son naturel et sa vitalitĂ©. Quâelle clame son besoin de sexe (pas rassasiĂ© par le sirop dâĂ©rable) ou son art de pisser Ă lâorĂ©e du bois pour Ă©loigner les ours noirs, Filteau-Chiba fait montre dâune luciditĂ© caustique rĂ©jouissante. « Je comprendrai pourquoi je suis ici lorsque jâaurai tout lu », Ă©crit-elle. Une profession de foi qui donne illico envie dâaller se claquemurer dans la Vanoise.
La sélection est à retrouver dans Marianne
« JusquâĂ ce jour, je nâai pas trouvĂ© ma place dans ce monde sans queue ni tĂȘte ».
Dans ce premier roman, Gabrielle Filteau-Chiba esquisse en une petite centaine de pages lâĂ©chappĂ©e belle, dâAnouk, son alter ego. FatiguĂ©e de notre sociĂ©tĂ© de consommation et du monde tel quâil tourne, la jeune femme largue les amarres et trouve refuge dans une cabane au fond des bois du Kamouraska, au QuĂ©bec. Intransigeante avec ce monde qui lâa vue naĂźtre mais dans lequel elle ne se reconnaĂźt plus, Anouk tente de renouer avec lâessentiel et de se dĂ©barrasser du superflu. Se chauffer, rentrer du bois, pelleter la neige qui sâaccumule autour de son abri, casser la glace Ă la riviĂšre pour en ramener de lâeau, tel est son nouveau programme. Et le luxe dâavoir du temps pour lire et penser.
Mais cette solitude souhaitĂ©e peut sâavĂ©rer pesante et la jeune femme ressent rapidement un manque, physique, charnel, la prĂ©sence dâun homme. Alors, pour penser Ă autre chose, elle fait de longues listes, de questions existentielles ou de choses Ă ne pas oublier pour son prochain sĂ©jour, des qualitĂ©s requises pour survivre en forĂȘt⊠La visite dâun chat, tout dâabord, puis dâun homme quelques jours plus tard, vont venir bousculer son quotidien.
Avec le personnage de Riopelle (vite surnommĂ© Rio), câest le fracas du monde extĂ©rieur et de ses luttes qui sâinvite dans la cabane, le retour Ă cette rĂ©alitĂ© quâAnouk avait voulu fuir. Mais câest Ă©galement lâoccasion pour elle de faire le tri dans ses pensĂ©es, ses prĂ©occupations, de redĂ©finir les principes sur lesquels elle souhaite bĂątir son existence.
Roman aussi court quâengagĂ©, EncabanĂ©e est le rĂ©cit dâune rĂ©vĂ©lation dont lâapparition de Rio dans le rĂ©cit va servir de dĂ©clencheur. Prenant conscience de combats qui, jusque-lĂ , se dĂ©roulaient sans elle, Anouk et, Ă travers elle, Gabrielle Filteau-Chiba, trouve un sens Ă sa vie, une force et une motivation qui lui faisaient dĂ©faut jusque-lĂ , Ă©touffĂ©es par les contraintes et les futilitĂ©s de notre sociĂ©tĂ© consumĂ©riste. Plus de 170 ans aprĂšs la parution de Walden, lâinfluence de Thoreau se fait toujours sentir et lâon ne peut que sâen rĂ©jouir, ce nâest pas Sylvain Tesson qui viendra nous contredire. Si le message peut sembler basique, il nâen est pas moins le bienvenu par les temps qui courent.
Une chronique Ă retrouver sur Addict Culture
A lâoccasion de la parution en France dâ EncabanĂ©e , lâautrice Gabrielle Filteau-Chiba a bien voulu prendre le temps de dĂ©lier sa pensĂ©e de romanciĂšre des bois et des bĂȘtes et dâen dire davantage sur ses passions et de la joie de vivre « en cabane ».
LR&LP : EncabanĂ©e est lâhistoire presque autobiographique dâune femme qui quitte son appartement confortable de MontrĂ©al pour partir en forĂȘt et plonger en elle-mĂȘme. Le livre relate dix jours de cette expĂ©rience, mais vous y avez passĂ© beaucoup plus de temps, pouvez-vous raconter la genĂšse de cette « fuite verte » ?
En 2012, câĂ©tait lâannĂ©e des manifestations Ă©tudiantes au QuĂ©bec, le « Printemps Ărable », je travaillais comme traductrice dans une super boĂźte et avais dĂ©cidĂ© de prendre une semaine de vacances dans le Bas-Saint-Laurent.
Des amis louaient une maison Ă Kamouraska, jâai plantĂ© ma tente dans leur cour et lâopĂ©ration sĂ©duction a Ă©tĂ© si efficace avec la plage, les chutes cachĂ©es en forĂȘt, les joyaux de la nature, que finalement, je suis restĂ©e cinq semaines.
Les humains Ă©taient aussi beaux que la nature, une communautĂ© alternative se tissait, jâai trouvĂ© que je me verrais ici et jâai cherchĂ© des maisons ou des terrains Ă vendre. Et jâai trouvĂ© une cabane, avec un jardin juste Ă cĂŽtĂ© dâune riviĂšre poissonneuse avec des pommiers qui donnaient dĂ©jĂ pas mal de fruits⊠Pour lâautonomie et le futur, câĂ©tait gĂ©nial !
*Lâinterview est Ă retrouver en intĂ©gralitĂ© sur La RelĂšve et La Peste ou sur Mediapart*
Aujourdâhui on soutient le festival de la BD dâAngoulĂȘme qui commence en partie le week-end prochain, nous recevons une grande comĂ©dienne qui publie un livre confidence sur sa mĂšre, figure culte du cinĂ©ma et on part en forĂȘt sous la neige, au Canada.
La comĂ©dienne Sarah Biasini publie un livre touchant sur la maternitĂ©. Elle raconte son histoire personnelle liĂ©e Ă sa maman, Romy Schneider, disparue prĂ©maturĂ©ment. Un rĂ©cit qui explore le lien entre une mĂšre et sa fille : âLa beautĂ© du cielâ publiĂ© aux Editions Stock.
Câest le Grand Prix dâAngoulĂȘme 2020. Emmanuel Guibert est dĂ©jĂ sur place pour une exposition, en marge du Festival de la Bande DessinĂ©e dâAngoulĂȘme qui va dĂ©cerner prochainement le Prix 2021. Il publie un petit bijou graphique qui imagine la rencontre entre un balayeur et un smartphone et vous allez lâentendre le sujet va bien plus loin et nous concerne tous ! : âLe smartphone et le balayeurâ publiĂ© aux Editions Les ArĂšnes BD.
Nous irons aussi dans une forĂȘt canadienne sous la neige avec la quĂ©bĂ©coise Gabrielle Filteau-Chiba qui publie chez un Ă©diteur QuĂ©bĂ©cois et un Ă©diteur français. Elle porte un regard singulier sur la nature qui va forcĂ©ment vous ressourcer ! : « EncabanĂ©e » publiĂ© aux Editions Le Mot et le reste.
Une émission à réécouter sur France Inter
St Bruno de Kamouraska, une cabane , une riviĂšre, une forĂȘt ; comme une liste des indispensables Ă la survie Ă©motionnelle. Tout ceci, tellement loin de MontrĂ©al et de ses lumiĂšres, de sa pollution, de son agitation et des attraits fantasmĂ©s voici ou nous emmĂšnent Gabrielle Filteau-Chiba avec son roman « EncabanĂ©e ». Dans son livre lâauteur nous parle dâElle qui effectue les gestes simples du quotidien, simples mais essentiels Ă la survie dans cet hiver glacial : allumer le feu, lâentretenir, Ă©loigner les dangers, sâalimenter, se chauffer et garder la raison.
Elle, elle Ă©crit aussi un journal de bord pour ne pas sombrer dans une folie de solitude et de froid et Elle lit pour sâabreuver de la connaissance des autres (dâailleurs ce roman mâa donnĂ© envie de lire Anne Hebert).
Elle est aussi à la recherche des origines, les origines de la Terre MÚre, de la femme des origines délestée de tous les attributs et concessions de notre monde occidental moderne. Elle sans inutile sérieux se définit comme « féministe rurale ».
Et dans cette immense solitude glaciale quâelle sâest choisie, elle est aussi trĂšs humainement en manque de lâautre, du toucher, du regard de lâautre. Elle vit une expĂ©rience de survie incroyable de sensations parfois Ă la limite de la folie en allant chercher au plus profond de son ĂȘtre lâĂ©nergie de continuer vers le dĂ©pouillement de toute chose inutile.
[âŠ]
Ce roman nous parle dâune femme qui dĂ©cide de tout larguer pour retrouver un sens Ă sa vie en allant chercher au plus froid de lâhiver dans une simple cabane isolĂ©e dans une forĂȘt lâessence mĂȘme de sa vie. Elle y fait de belles rencontres tant avec elle-mĂȘme quâavec un homme fort de ses convictions.
Le livre est court mais dense, il nous donne envie de revenir Ă lâessentiel, de nous dĂ©pouiller de toute chose futile et inutile qui nous empĂȘche dâĂȘtre Ă lâĂ©coute de nous mĂȘme, tellement nous sommes le nez dans le guidon.
Une trĂšs belle lecture.
âUne chronique Ă retrouver sur le blog Lea Touch Bookâhttps://leatouchbook.blogspot.com/2021/01/encabanee-gabrielle-filteau-chiba.html
Gabrielle Filteau-Chiba nâest pas une Ă©cologiste de salon. Cette traductrice qui vivait Ă MontrĂ©al en a eu assez de son travail dans un bureau avec vue sur un mur de briques et, plus encore, de âla folie des grandeurs des temps modernesâ qui bousille la nature autant que les hommes. Ă lâhiver 2013, pour mener une vie conforme Ă ses valeurs, elle a liquidĂ© tout ve quâelle possĂ©dait en ville pour aller sâinstaller dans une cabane sans Ă©lectricitĂ© ni eau courante ni chauffage sur un terrain quâelle avait achetĂ© dans un coin paumĂ© du Kamouraska. Anouk, son double de papier et narratrice de ce court roman Ă la langue savoureuseen mauduit (pour ceux qui buteraient sur certaines expressions quĂ©bĂ©coises, un glossaire figure en fin dâouvrage), fait le rĂ©cit, entre dĂ©tresse et autodĂ©rision, des premiers jours dans cet ermitage oĂč une sĂ©vĂšre vague de froid (-40°C) va mettre Ă rude Ă©preuve son corps et ses idĂ©aux. Par chance, un âgros matou plus noir que la nuit, aux yeux orange citrouilleâ viendra bientĂŽt lui tenir compagnie, suivi de peu par un militant Ă©cologiste en cavale. Gabrielle a gagnĂ© son pari. Si la cabane a Ă©tĂ© depuis remplacĂ©e par une maison, elle vit dĂ©sormais cette rude et somptueuse nature et se bat pour la prĂ©server.
Si vous avez appris Ă aimer lire avec Croc-Blanc et Belliou la fumĂ©e de Jack London ou avec H.D. Thoreau (mĂȘme Ă©diteur), ce petit livre est pour vous. Vous remarquerez en couverture la prĂ©sence de lâanimal (plus un coyote quâun loup sans doute), la prĂ©sence de lâhumain se manifeste elle par lâexistence de la cabane et de la clĂŽture. Attention ! Il ne sâagit pas dâun simple rĂ©cit de plus Ă propos dâun retour Ă la nature. Commencez par lire le glossaire en fin de volume pour ne pas avoir Ă interrompre votre lecture, pour comprendre par exemple les mots « bibitte » et « mardi ». Lâauteure est QuĂ©bĂ©coise et utilise les mots de sa langue dont certains ont changĂ© de sens.
Sâil me fallait qualifier ce livre dâun mot je dirais quâil est nĂ© dâun refus. Gabrielle refuse de continuer Ă vivre selon le modĂšle de sociĂ©tĂ© qui est le nĂŽtre. Et celui quâelle rencontre a transformĂ© son refus en action collective. Gabrielle se retrouve seule avec son chat dans un hiver de forĂȘt dans une rĂ©gion du QuĂ©bec et Ă proximitĂ© dâune voie ferrĂ©e sur laquelle circulent des trains porteurs de pĂ©trole lourd. Gabrielle rĂ©apprend Ă vivre, câest-Ă -dire : couper du bois pour le feu, remplir dâeau ou de neige les citernes nĂ©cessaires, pelleter la neige pour assurer les chemins, marquer son territoire. Elle se blesse au visage et ne peut traiter sa blessure quâĂ la gomme de pin⊠Elle Ă©crit et dessine, et sâapprivoise. Et survient Rio (pour Riopelle) qui a attaquĂ© la voie ferrĂ©e.
Câest fort bien Ă©crit, je veux dire que ce nâest ni un brĂ»lot politique ni un tract. Câest une histoire de personne comme vous et moi dont les choix impliquent une autre vision du monde et de soi (et vice versa). Elle ne force pas notre adhĂ©sion, mais je la trouve trĂšs convaincante.
Bonne lecture de transport en commun pour donner envie.
Une chronique Ă retrouver sur Daily Passions
Cela te tente un aller direct dans les bois ? Si ton « Oui » est franc et direct, alors cette histoire est totalement faite pour toi. Tu vas tâenfoncer dans les grands espaces blancs, prendre refuge au sein dâune cabane, faire rougeoyer ton feu et lire lâhistoire dâAnouk.
Anouk est cette jeune femme qui nâen peut plus de MontrĂ©al, de la sloche sur les grandes artĂšres bouchĂ©es, des lumiĂšres qui brisent le ciel parfois Ă©toilĂ©, du rythme inutilement brutal de sa vie.Alors elle part Anouk, elle va sâencabanĂ©e dans ces bois du Bas-Saint-Laurent, et câest son journal que tu vas parcourir jour aprĂšs jour.
« La grange est remplie de vieux outils rouillĂ©s que je trie. ĂgoĂŻne, chignole, hache â charpentiĂšres de lâApocalypse ou planches de Salut â armes fantasques de palissade serpente de ronces que jâĂ©rigerais autour de mon cĆur affolĂ©, de mon corps meurtri et de ma terre, trop belle pour ĂȘtre protĂ©gĂ©e de la nature humaine. »
Il y a de la poĂ©sie de lâinstant, lâengagement de lâhĂ©roĂŻne, miroir de lâauteure, elle aussi encabanĂ©e dans le Haut-Kamouraska. Avec une plume proche de son essentiel, Gabrielle Filteau-Chiba construit lâhistoire dâAnouk, il y a ses listes numĂ©rotĂ©es, ses coups de griffe Ă lâencontre de lâhumanitĂ©, le rĂ©cit qui, en lui-mĂȘme, donne des contours Ă cet univers gelĂ© immaculĂ©.
Et un jour, une rencontre, par nâimporte laquelle puisquâil ne peut en ĂȘtre autrement dans cette rĂ©gion reculĂ©e, sauvage mais pas tant que cela, le monde de la destruction nâĂ©tant jamais loin.« EncabanĂ©e », câest aussi la question du dĂ©sir, de la solitude, de la peau, de cette chaleur humaine manquante puis follement attachante. Anouk dit son corps mais aussi sa Marie-Jeanne, Gilles Vigneault et dâautres plumes rattachĂ©es Ă la sienne.
Câest le charme de cet ouvrage, car ce nâest pas lâhistoire dâune performance, dâune aventure extrĂȘme, câest avant tout la place dâune femme en forĂȘt, dâun ĂȘtre reconsidĂ©rant son monde et ses propres valeurs.
Entre les planches de cette cabane, il y a le refuge de la colĂšre, la rĂ©sistance au froid et ses tourments poĂ©tiques, la jouissance de lâinstant jouxtant le hurlement des coyotes, le crĂ©pitement du feu tandis quâau loin, un braconnier tue sa proie.
« Que toutes les courbes de ma route avaient comme unique dessein de me mener ici pour survivre Ă un hiver froid, mais couronnĂ© dâĂ©toiles et de perles de sagesse, je ne saurais le dire avec certitude. Destin ou non, les couleurs de cette nuit blanche ont rĂ©veillĂ© en moi une palette dâespĂ©rance, bien plus que tous les amants du monde. »
Coup au cĆur engagĂ©.
Une chronique à retrouver sur Les libraires masqués du Grenier
InspirĂ©e par son choix de vie dans son chalet au cĆur des bois, prĂšs de la riviĂšre Kamouraska Ă Saint-Bruno au QuĂ©bec, Gabrielle Filteau-Chiba en a fait un roman, dont le lien est lâĂ©cologie, la dĂ©fense de la nature, de notre Terre-mĂšre.
On songe immĂ©diatement Ă Henry David Thoreau, Ă son livre « Walden ou la vie dans les sous-bois », mais aussi Ă lâexpĂ©rience de Sylvain Tesson, sa vie dâermite dans les forĂȘts de SibĂ©rie. Anouk, lâhĂ©roĂŻne de ce petit roman intitulĂ© « LâEncabanĂ©e », tente quant Ă elle lâexpĂ©rience de son « fĂ©minisme rural », dit-elle. Ayant fait provision de nourriture, dâalcools, de livres, donc de lâessentiel pour survivre aux grands froids et Ă la solitude, et soumise aux tĂąches physiques, elle se confie le soir Ă son journal de bord, toujours dans ce souci lĂ©gitime de laisser une trace, Ă la lumiĂšre des bougies et du poĂȘle Ă bois. A lâĂ©cart des vitres et des murs du chalet, non loin du fleuve glacĂ©, elle nâa que des coyotes pour voisins. Elle a voulu fuir la ville et tout le systĂšme de ses contemporains qui leur grille les ailes. Elle refuse cette vie matĂ©rielle (un titre dans lâĆuvre de Marguerite Duras), et toutes ses formes de pollutions. Sa vĂ©nĂ©ration au silence et Ă la prĂ©sence des arbres et du vĂ©gĂ©tal la porte au-delĂ de ses espĂ©rances. Sauf quâen contradiction son fĂ©minisme pourtant haut clamĂ©, est parfois saturĂ© et lĂ©gĂšrement trahi lorsque son esprit vagabonde et tangue vers le manque dâun homme certains soirs [âŠ]
Est-ce que sa bonne Ă©toile aura finalement guidĂ© un amant transit de froid jusquâĂ sa porte ?
Toujours est-il que lâauteure a, par ailleurs, et sans cause Ă effet, trĂšs judicieusement glissĂ© dans cette fiction son rappel Ă la protection de la nature en faisant la lumiĂšre sur la lutte des Ă©cologistes quĂ©bĂ©cois contre lâindustrie pĂ©troliĂšre qui pollue leurs eaux, et qui, de ce fait, contrarie lâespĂšce des bĂ©lugas qui naissent lĂ , dans le fleuve KamouraskaâŠ
Un roman engagĂ© Ă©crit dans lâesprit de la langue quĂ©bĂ©coise, selon des tournures typiques, quâun glossaire sympathique et prĂ©venant traduit Ă la fin de lâouvrage pour le plaisir du lecteur dĂ©paysĂ©.
Une chronique de lâĂ©mission Couleur Papier sur Triage FM
Gabrielle Filteau-Chiba Ă©tait lâinvitĂ©e de Marie Richeux dans son Ă©mission Par les temps qui courent sur France Culture afin de discuter de son premier roman EncabanĂ©e et de son expĂ©rience de ses jours passĂ©s seule dans le bois du Kamouraska.
Une émission à réécouter sur France Culture
Encabanée est le coup de coeur de la librairie Les Bien-Aimés à Nantes. La libraire le présente sur France Bleu. à écouter en ligne.
Lasse de sa vie professionnelle et dâune une sociĂ©tĂ© quâelle juge superficielle, Anouk dĂ©cide de quitter MontrĂ©al et de sâ« encabaner » dans un refuge au Kamouraska, dans le Bas-Saint-Laurent. Câest dans cette cabane, coupĂ©e du monde et confrontĂ©e Ă un hiver trĂšs rude, quâelle va tenter de trouver un nouveau sens Ă sa vie, en effectuant un retour aux sources dans la nature. Jusquâau jour oĂč un homme frappe Ă sa porte, lui demandant de le cacher quelques jours.
Ce court rĂ©cit propose un voyage Ă la fois rĂ©el et intĂ©rieur. Sous forme de carnet de bord, la narratrice, dont le livre est en partie tirĂ© de sa propre expĂ©rience, offre un rĂ©cit poĂ©tique oĂč nature et introspection sont omniprĂ©sentes : il sâagit de retrouver le sens de la vie dans une sociĂ©tĂ© soumise Ă lâimmĂ©diatetĂ© et au consumĂ©risme. Mais au-delĂ dâun simple plaidoyer pour une quĂȘte de sens, lâouvrage se fait porte-voix dâun combat Ă©cologique militant et engagĂ©. La force de lâauteure est de faire prendre conscience de notre impact sur la planĂšte, renvoyant chacun Ă la libertĂ© de trouver son rĂŽle et sa place dans la protection de la nature. (E.M et A.-M.D)
Une chronique Ă retrouver dans Les notes
Quatre autrices et un auteur réfléchissent à la façon dont la vie les confronte, ou confronte leurs personnages, à la solitude.
En ce dĂ©but dâannĂ©e civile, une nouvelle fournĂ©e dâouvrages de grande qualitĂ© dĂ©barque sur les Ă©talages des librairies. Ces cinq artistes dont câest le premier ou le deuxiĂšme livre tirent incontestablement leur Ă©pingle du jeu.
«EncabanĂ©e», voyager en soi-mĂȘme
Le plus court roman de cette sĂ©lection (une centaine de pages), dĂ©crit la vie de solitude choisie par Anouk. Dans une cabane rustique situĂ©e au fond des bois du Kamouraska, cette jeune femme quĂ©bĂ©coise renoue avec elle-mĂȘme, se dĂ©lectant dâune vie de dĂ©nuement Ă laquelle elle aspirait depuis longtemps.
EncabanĂ©e nous est prĂ©sentĂ© comme le journal dâAnouk, double fictionnel de lâautrice Gabrielle Fiteau-Chiba, qui vit cette existence ascĂ©tique avec intensitĂ©, alternant phases dâallĂ©gresse et vraies pĂ©riodes de doute. Du Sylvain Tesson sans le vernis rĂ©actionnaire, en quelque sorte. Car mĂȘme lorsquâelle se remĂ©morre certains instants de son ancienne vie, la narratrice sait rester humble et lucide.
Dans son dernier acte, EncabanĂ©e injecte un surcroĂźt de tension en modifiant soudainement la donne. Loin de dĂ©naturer lâensemble, ce rebondissement dont on ne rĂ©vĂšlera rien vient au contraire approfondir la rĂ©flexion de lâĂ©crivaine sur les bienfaits de la solitude et sur la dimension trĂšs politique de la quĂȘte de son hĂ©roĂŻne.
Extrait
«Jâai lu quelque part que lâeau salĂ©e soigne toutes les peines de lâĂąme: la mer, la sueur et les larmes. Jâai mis toutes les chances de mon cĂŽtĂ© en partant pour le Bas-Saint-Laurent avec une pelle, une hache et mon dĂ©goĂ»t de la sociĂ©tĂ©. Reste Ă voir qui rira le dernier. Si le froid me laisse du lousse^1^. Si le printemps existe toujours. Parfois je crains que lâhiver ne se soit installĂ© pour de bon.»
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Ceux qui me suivent le savent, jâaime faire dĂ©couvrir des auteurs en dehors des autoroutes de lâĂ©dition. La maison Le Mot et le reste, basĂ©e Ă Marseille, fait partie de ces Ă©diteurs indĂ©pendants que je suis pour la qualitĂ©, la diversitĂ© et lâoriginalitĂ© de ses parutions. Je vais commencer cette annĂ©e 2021 par ce premier roman de Gabrielle Filteau-Chiba, EncabanĂ©e, paru initialement au QuĂ©bec aux Ă©ditions XYZ.
EncabanĂ©e est un de ces termes imagĂ©s typiquement quĂ©bĂ©cois que lâon retrouve tout le long de ce roman et qui donnent une touche particuliĂšre aux lecteurs français, nous permettant presque dâentendre le savoureux accent de Gabrielle Filteau-Chiba. Son Ă©criture fluide et subtile nous embarque dans ce huis clos avec lâhiver de la forĂȘt canadienne, un journal intime entre les Ă©lĂ©ments et lâauteure en quĂȘte de retour sur elle-mĂȘme. Pas facile de quitter le confort de la ville pour aller affronter le froid, la solitude et la nature sauvage sur fond de cris de coyotes. Tout est rĂ©duit au minimum vital pour mieux rĂ©apprendre les valeurs et rĂ©vĂ©ler les vrais besoins. Câest le moyen pour Anouk, le personnage central, de tout remettre Ă plat et de passer Ă la phase suivante de sa vie.
Reste une visite inattendue qui va bouleverser cette solitude.
Lâauteure, concernĂ©e de prĂšs par lâenvironnement et la dĂ©fense de la nature a vĂ©cu cet isolement dans son chalet sur une terre prĂšs de la riviĂšre Kamouraska Ă Saint-Bruno, sans Ă©lectricitĂ© et sans eau courante. On ne peut inventer les morsures du froid, le besoin vital de feu, de nourriture, dâeau et de sommeil.
« Je me suis imaginĂ© des choses qui ne sont peut-ĂȘtre pas arrivĂ©es. Dans un dĂ©lire dâavoir froid et de ne pas dormir. Tes peurs prennent plus de place. Tu ne sais plus sâil y a quatre ou quarante coyotes dehors », dit Gabrielle Filteau-Chiba. (Source : Le Journal de QuĂ©bec)
Ce journal intime, censĂ© nâĂȘtre lu que par son auteur, sâadresse Ă tout le monde, dissĂ©minant ici et lĂ un effet miroir, une question, un regard sur notre sociĂ©tĂ©, lâenvironnement, etc. Pas de leçon, juste lâexpĂ©rience de cette femme qui tente de quitter la ville, sans y ĂȘtre rĂ©ellement prĂ©parĂ©e.
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La chronique est à lire en intégralité sur le blog de Dominique Lin
et aussi sur France Bleu Vaucluse
Anouk, jeune femme lassĂ©e de la ville et du mode de vie quâon y adopte â « lâeau embouteillĂ©e, la propagande sur Ă©cran, la mĂ©fiance entre voisins, lâoubli collectif de nos ancĂȘtres et de nos combats, lâesclavage dâune vie Ă crĂ©dit et les divans dans lesquels on sâincruste » â, quitte MontrĂ©al pour une cabane au Kamouraska.
LĂ , sur les rives du fleuve Saint-Laurent, alors que sa voiture se recouvre bientĂŽt de neige, Anouk fait lâexpĂ©rience de la vie solitaire au cĆur de la nature. Le journal quâelle tient les premiers jours de cette nouvelle existence ne cache pas les difficultĂ©s qui sont les siennes, le froid qui sâinsinue partout, les coyotes qui rĂŽdent, les mauvais gestes qui causent des blessures et le corps qui crie ses manques. Mais le chemin vers le « fĂ©minisme rural » dans lequel sâest engagĂ©e la narratrice regorge aussi de beautĂ© : lâaurore et ses pastels, lire, Ă©crire et dessiner jusquâĂ ce que la nuit tombe. Et, aussi isolĂ©e que soit la cabane, on peut tout de mĂȘme y adopter un chat, y rencontrer un homme aussi inspirant que mystĂ©rieuxâŠ
Dans ce court rĂ©cit Ă©crit sous forme de vrai-faux journal, Gabrielle Filteau-Chiba dĂ©crit sans faux-semblants la beautĂ© et la duretĂ© de cette rĂ©gion sauvage, mais ce manifeste en faveur de la Nature ne serait certainement pas le mĂȘme sans lâattachement au QuĂ©bec et notamment Ă sa langue qui transparaĂźt Ă chaque page : « Le vent porte lâodeur musquĂ©e des feuilles mortes sous la neige, et jâattends un printemps prĂ©coce comme on espĂšre le QuĂ©bec libre. »
En effet, non contente de se placer sous le patronage du Karoumaska dâAnne HĂ©bert, grande femme de lettres francophone, lâauteure parsĂšme son rĂ©cit de citations et de rĂ©fĂ©rences Ă la littĂ©rature quĂ©bĂ©coise. Pour le lecteur français, les mots quĂ©bĂ©cois qui Ă©maillent le rĂ©cit donnent ainsi une certaine poĂ©sie Ă cette belle chronique dâune renaissance : « Câest ici, au bout de ma solitude et dâun rang dĂ©sert, que ma vie recommence. »
Une chronique Ă retrouver sur Encres vagabondes
InspirĂ© du rude hiver quâelle a passĂ© dans sa cabane du Bas-du-Fleuve en 2013, EncabanĂ©e, le premier roman de Gabrielle Filteau-Chiba est une pause nĂ©cessaire en ces temps oĂč le monde sâemballe mais Ă©galement un cri de colĂšre face Ă une sociĂ©tĂ© qui a oubliĂ© ses racines.
En 2012, Gabrielle Filteau-Chiba, traductrice de mĂ©tier, habite MontrĂ©al. Elle a 25 ans, un emploi quâelle aime bien, mais Ă©prouve une sorte de malaise par rapport au cirque social et aliĂ©nant de la grande ville. Pour changer dâair, elle rend visite Ă des amis qui louent une maison dans les terres derriĂšre Kamouraska. Elle y reste cinq semaines, dĂ©cide dâacheter un terrain avec une petite cabane dessus. Elle retourne Ă MontrĂ©al, le temps de vendre tout ce quâelle possĂšde et la voilĂ , Ă lâhiver 2013, prĂȘte Ă passer lâhiver dans sa cabane.
A la maniĂšre dâun Sylvain Tesson ou Henry David Thoreau, elle nous fait ressentir Ă travers une dizaine dâĂ©vocations ses peurs et ses petites joies, ses rĂ©flexions profondes par rapport Ă un environnement hostile mais tellement fragile. Car EncabanĂ©e nâest pas un roman de survie mais plutĂŽt une ode Ă la beautĂ© et un appel Ă la dĂ©fense des rĂ©gions sauvages du QuĂ©bec. Un appel qui rĂ©sonne encore plus Ă lâheure actuelle oĂč de plus en plus de gens rĂ©alisent la vacuitĂ© de la sociĂ©tĂ© moderne et la nĂ©cessite de se reconnecter Ă quelque chose de plus profond et authentique.
Bien entendu, comme dans toute cette littĂ©rature de cabane, le lecteur rĂ©alisera que la vie sauvage est loin dâĂȘtre aussi romantique quâelle nây paraĂźt au premier abord et que se frotter aux Ă©lĂ©ments peut vous dĂ©courager avant de trouver la foi. NĂ©anmoins, il y a quelque chose dâattirant dans cet isolement et ce renoncement Ă la sociĂ©tĂ© de consommation.
EncabanĂ©e ne vous poussera peut-ĂȘtre pas Ă partir dans la seconde dans les grandes Ă©tendues sauvages, mais dĂ©clenchera chez certains lecteurs un processus de rĂ©flexion par rapport Ă leur propre existence et leur lien avec la sociĂ©tĂ© actuelle. Un ouvrage Ă acquĂ©rir pour ceux qui se sentent Ă lâĂ©troit dans notre sociĂ©tĂ© moderne.
Une chronique à retrouver en intégralité sur Le Suricate Magazine
Isabelle Kortian a reçu Gabrielle Filteau-Chiba autour de son récit Encabanée.
EN PLATEAU (VIRTUEL) :
Gabrielle Filteau-Chiba, romanciÚre québécoise et militante de la cause environnementale, publie Encabanée, son premier roman, aux éditions Le mot et le reste.
CONTEXTE :
Traductrice de formation, Gabrielle Filteau-Chiba a quittĂ© le confort dâune vie citadine Ă MontrĂ©al, sa ville natale au QuĂ©bec, pour vivre durant trois ans dans les conditions les plus rudimentaires dâune cabane sans eau et sans Ă©lectricitĂ©, perdue dans les forĂȘts du Kamouraska. EncabanĂ©e, son premier roman (et premier volet dâun triptyque), est nĂ© de cette expĂ©rience extrĂȘme qui lâa marquĂ©e et profondĂ©ment transformĂ©e.
Est-ce la peur de « sâencanailler », de sâembourgeoiser, qui conduit la narratrice Ă sâencabaner et affronter solitude et coyotes dans les nuits glacĂ©es du Bas-Saint-Laurent ? La peur de se laisser vaincre par lâusure du temps, les compromis et les dĂ©missions, lâapathie et le cynisme, pousse-t-elle lâex-Ă©tudiante engagĂ©e et jeune femme promise Ă une brillante carriĂšre, Ă larguer les amarres et vivre sans filet ? Caprice bobo ou dĂ©cision irrĂ©versible ? Coup de tĂȘte ? Coup de foudre pour le Kamouraska.
« Fini, la facilitĂ© de se dĂ©merder en ville, grĂące Ă ta belle gueule », dĂ©clare Anouk en se constituant prisonniĂšre de lâhiver, sans grande prĂ©paration. Avec comme seule compagnie, celle dâun journal de bord soumis aux alĂ©as de lâencre gelĂ©e de sa plume, et celle des souris, ses colocataires.
Comment fait-on pour survivre quand lâeau de la riviĂšre est gelĂ©e, quâil fait moins 40 Ă lâextĂ©rieur et quâil faut sortir chercher du bois ? Le froid qui vous empĂȘche de dormir. La peur de sâendormir et mourir de froid, car le feu sâest Ă©teint dans la cheminĂ©e. La neige pour tout horizon.
LâĂ©preuve du froid comme mĂ©taphore. Oui et non. Un baptĂȘme du feu. Douter mais ne pas renoncer. Assumer ses rĂȘves et ses illusions. Ses erreurs. Faire lâexpĂ©rience de ses propres limites. Oser aller au bout de soi-mĂȘme. Entrer dans le vif du sujet, ĂȘtre et non pas paraĂźtre. En quoi vaincre la frilositĂ© libĂšre, est facteur dâĂ©mancipation ? En passer par lĂ pour trouver et puiser en soi les ressources inconnues, la force et le courage. La sĂšve et le sel de la vie. La cabane comme une boĂźte de Pandore. RenaĂźtre. Attendre le printemps. Comme une aurore borĂ©ale.
Pour Gabrielle Filteau-Chiba, lâĂ©criture nâest pas un exercice futile. Elle passe par une difficile mise Ă nu de soi-mĂȘme dans lequel subsiste lâessentiel, dĂ©lestĂ© du superflu. Il faut Ă©prouver que lâon est soi-mĂȘme vivant pour prendre rĂ©ellement conscience de ce quâest la vie, que les autres sont des vivants, que la nature est vivante et mĂ©rite notre respect et notre bienveillance. EngagĂ©e dans la lutte environnementale, la romanciĂšre quĂ©bĂ©coise Ă©crit comme elle vit, en harmonie, en osmose avec la nature, dont elle se sent un Ă©lĂ©ment. Sa prose poĂ©tique rend hommage aux gĂ©nĂ©rations qui nous prĂ©cĂšdent, aux AmĂ©rindiens, aux premiĂšres nations, Ă la solidaritĂ© qui unit tous les vivants. Avec vigueur et fraĂźcheur, elle porte lâaube dâun monde nouveau. Son rĂ©cit est celui dâune conversion, la sortie de lâadulescence et lâentrĂ©e dans lâĂąge adulte, celui de lâĂ©co-responsabilitĂ©. Planter un arbre, lutter contre la dĂ©forestation, en manifestant pacifiquement, en dessinant, en Ă©crivant, sont chaque fois une merveilleuse façon de cultiver lâespoir, de remporter de petites victoires qui, sâajoutant les unes aux autres, font sens.
Les petites riviĂšres font les grands fleuves.
Lâinterview est Ă Ă©couter dans lâĂ©mission Le monde en questions sur la radio Cause Commune