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Parution : 07/01/2021
ISBN : 9782361397029
120 pages (14,8 x 21 cm)

Encabanée

“Ce n’est pas seulement un roman d’apprentissage, de passage Ă  l’ñge adulte, ce n’est pas seulement un Thoreau au fĂ©minin et en raccourci ni un texte sur le rapport vivant, c’est aussi une femme qui commence Ă  Ă©crire.”

Marie Richeux — France Culture // Par les temps qui courent

‱ Finaliste du Prix Hors Concours 2021

‱ SĂ©lection Prix RĂ©cit de l’Ailleurs 2022

Ce qu’en pensent les libraires :

« Ce texte grandiose, comme un appel Ă  ouvrir les yeux, trouve un Ă©cho particulier dans la sociĂ©tĂ© dans laquelle nous vivons aujourd’hui. »
RĂ©mi, L’Utopie (Paris)

« Faire preuve Ă  -40°C d’autodĂ©rision n’est pas la derniĂšre des qualitĂ©s de l’auteure qui signe un premier roman engagĂ©, amoureux, libre et tellement actuel. »
Solenn, La Colline aux livres (Bergerac)

« C’est l’histoire d’une femme qui ose se mettre Ă  Ă©crire, qui dresse des listes merveilleuses et drĂŽles pour oublier le froid, qui vit et qui aime, mais qui est aussi seule et en colĂšre parfois. C’est beau, c’est fort, c’est juste ! »
Fantine, La Lison (Lille)

« C’est le charme de cet ouvrage, car ce n’est pas l’histoire d’une performance, d’une aventure extrĂȘme, c’est avant tout la place d’une femme en forĂȘt, d’un ĂȘtre reconsidĂ©rant son monde et ses propres valeurs.»
Fanny, Le Grenier (Dinan)

« Roman aussi court qu’engagĂ©, EncabanĂ©e est le rĂ©cit d’une rĂ©vĂ©lation dont l’apparition de Rio dans le rĂ©cit va servir de dĂ©clencheur. [
] Plus de 170 ans aprĂšs la parution de Walden, l’influence de Thoreau se fait toujours sentir et l’on ne peut que s’en rĂ©jouir, ce n’est pas Sylvain Tesson qui viendra nous contredire.»
Yann, Librairie Alpha Bureau (Monistrol-sur-Loire)

« VoilĂ  un livre plein de douceur qu’on a envie de relire Ă  peine refermĂ© tellement c’était bien, ou peut-ĂȘtre parce que c’était trop court. C’est poĂ©tique, dĂ©paysant, apaisant, et toutes ces expressions quĂ©bĂ©coises
 j’adore. Un vrai moment de plĂ©nitude avec Anouk, une connexion avec ses propres sens et la nature qui fait un bien fou.»
Juliette, Librairie Montbarbon (Bourg-en-Bresse)

« Qu’il est doux de “s’encabaner” dans un livre ! [
] Un court texte Ă  la couleur du QuĂ©bec qui vous surprendra sans nul doute ! »
Stéphanie, Le Furet du Nord (Lille)

« Il ne faut pas trop en savoir pour se plonger librement dans ce rĂ©cit Ă  la fois initiatique, libre et libĂ©rateur. C’est une jeune femme blessĂ©e par notre monde qui s’enfuit dans le grand silence, Ă  l’épreuve d’elle-mĂȘme mais aussi bercĂ©e par la poĂ©sie. Des jours et des nuits Ă  ses cĂŽtĂ©s, encabanĂ©s nous-mĂȘmes, voici une trĂšs belle expĂ©rience de saison.»
Cécile, Les Biens-Aimés (Nantes)

« Marre de la civilisation ? D’une sociĂ©tĂ© consumĂ©riste et Ă©puisante ? [
] Au fond des grandes forĂȘts canadiennes, en plein hiver, Anouk partage avec humour son expĂ©rience et nous offre un bol d’oxygĂšne. Un petit bout d’horizon et d’aurore borĂ©ale pour respirer.»
Julie, L’Embellie (La Bernerie-en-Retz)

“Qui n’a jamais eu l’envie de se retrouver dans une cabane, au fin fond des bois, prendre du temps pour soi, pour observer, s’émerveiller, se re-synchroniser avec le rythme de la Nature, des saisons ? Une sorte de confinement choisi, pour atteindre l’essentiel. Mais loin de l’image idyllique, il faut aussi passer par des sacrifices, du labeur, une frugalitĂ© nĂ©cessaire. Un rĂ©cit merveilleux, une pause bienvenue dans le tumulte et le chaos.“
Aurélie, Page et Plume (Limoges)

“C’est un court et merveilleux roman fait d’émotions et de sensations. Passer ces quelques jours dans cette petite cabane entourĂ©e de neige et de glace, est une expĂ©rience que nous offre l’auteure. On en ressort changĂ©-e, peut ĂȘtre un peu gelĂ©-e, mais indĂ©niablement apaisĂ©-e.“
Muriel, Vivement dimanche (Lyon)

“Into The Wild au fĂ©minin. Un roman dĂ©licat, aux savoureuses expressions quĂ©bĂ©coises en prime !“
Azélie, Le Comptoir des lettres (Paris)

“Une femme s’installe dans une cabane coupĂ©e de tout et apprend Ă  vivre seule en pleine nature. Jour aprĂšs jour elle tient son journal, y dĂ©veloppant notamment le concept de “fĂ©minisme rural”. Un texte brut qui ne manque pas de charme.“
HélÚne, Atout Livre (Paris)

“AprĂšs Tesson, Thoreau, Fromm
 Avec Filteau-Chiba, enfin une femme qui s’encabane! Un trĂšs beau rĂ©cit entre “nature writing”, rĂ©flexion fĂ©ministe et Ă©cologique, portĂ© par la poĂ©sie de la langue quĂ©bĂ©coise.“
Sixtine, Mollat (Bordeaux)

“Ce petit livre pourrait se lire comme un conte. Anouk, la narratrice, se retire Ă  Kamouraska (lĂ  oĂč l’eau rencontre les roseaux) dans une cabane en plein hiver. Avec une fĂ©roce envie de se retirer des trĂ©pidations MontrĂ©alaises. Elle lit, elle coupe du bois, elle sent cette faune sauvage qui l’épie. Et il y a cette neige abondante rendant les espaces immaculĂ©s. Et l’irruption de cet inconnu, venu se cacher
 Ce texte est simple et trĂšs agrĂ©able Ă  lire en ces pĂ©riodes oĂč on prĂ©fĂ©rerait ĂȘtre encabanĂ© prĂšs du Saint Laurent que confinĂ© dans nos citĂ©s. C’est le genre de livre qui fait du bien.“
Benoßt, La GéothÚque (Nantes)

Un roman trĂšs beau dans lequel se mĂ©langent la puissance de l’écriture et la magie de l’émotion.
Au détour des Mots (Tournon-sur-RhÎne)

Au fond de la forĂȘt
Résilier la colÚre du monde en buvant de la neige
Provoquer l’accident de soi pour mieux dĂ©sirer l’autre.
Lister ce qui est dérisoire, vitale et renié
AccĂ©der Ă  la poĂ©sie du monde en s’accordant la solitude
Encabannée nous offre une respiration.

Juliette, Quai des Brumes (Strasbourg)

“Un livre pour se mettre Ă  l’épreuve [
] une jeune auteure quĂ©bĂ©coise pleine de talent.“
Laura, Sauramps Odyssée (Montpellier)

“Tour Ă  tour drĂŽle et plein de sagesse, EncabanĂ©e sonne comme un Walden des temps modernes, et au fĂ©minin !“
La Chouette librairie (Lille)

LassĂ©e de participer au cirque social et aliĂ©nant qu’elle observe quotidiennement Ă  MontrĂ©al, Anouk quitte son appartement pour une cabane rustique et un bout de forĂȘt au Kamouraska, lĂ  oĂč naissent les bĂ©lugas. EncabanĂ©e dans le plus rude des hivers, elle apprend Ă  se dĂ©tacher de son ancienne vie et renoue avec ses racines. Couper du bois, s’approvisionner en eau, dĂ©gager les chemins, les gestes du quotidien deviennent ceux de la survie. DĂ©barrassĂ©e du superflu, accompagnĂ©e par quelques-uns de ses poĂštes essentiels et de sa marie-jeanne, elle se recentre, sur ses dĂ©sirs, ses envies et apprivoise cahin-caha la terre des coyotes et les sublimes nuits glacĂ©es du Bas-Saint-Laurent. Par touches subtiles, Gabrielle Filteau-Chiba mĂȘle au roman, rĂ©cit et rĂ©flexions Ă©cologiques, enrichissant ainsi la narration d’un isolement qui ne sera pas aussi solitaire qu’espĂ©rĂ©.

Revue de presse

- Encabanée FV Revue Silence juillet 2021
- Encabanée Olivier Monssens Radio Caroline / RTBF 15 mai 2021
- Encabanée Stéphanie Dambroise Axelle Magazine juin 2021
- Encabanée L'Amour des livres mars 2021
- Encabanée Claude Maine Ouest France 1 mai 2021
- Encabanée SégolÚne Radio Béton / N'écoute pas les idoles 6 mars 2021
- Encabanée Robert Colonna d'Istria Corse Matin mars 2021
- Encabanée Alexandre Maréchal Un dernier livre avant la fin du monde 5 février 2021
- Rentrée d'hiver La Vagabonde La Vagabonde 26 février 2021
- Quel régal de s'encabaner avec la plume de Gabrielle Filteau-Chiba Joël Born Centre Presse 28 février 2021
- Encabanée Revue Collections Revue Collections Hiver 2021
- Encabanée Ronan Manuel Radio Rennes février 2021
- Encabanée Henri-Charles Dahlem Ma collection de livres 19 février 2021
- Encabanée Fanny Nowak Aires livres 15 février 2021
- Encabanée Parme Ceriset La Cause Littéraire 11 février 2021
- Encabanée : tout quitter pour mieux se retrouver ? Camille Gho Maze 4 février 2021
- Nos romans préférés de la rentrée Benoßt Franquebalme Marianne 6 février 2020
- Encabanée, un hiver au fond des bois Yann Leray Addict Culture 3 février 2021
- Interview de Gabrielle Filteau-Chiba Matthieu Delaunay La RelĂšve et La Peste 25 janvier 2021
- La librairie francophone Emmanuel Khérad France Inter // La librairie francophone 23 janvier 2021
- Encabanée Scarlett Lea Touch Book 25 janvier 2021
- Encabanée Véronique Cassarin-Grand L'Obs 21 janvier 2021
- Encabanée Noé Gaillard Daily Passions 18 janvier 2021
- Encabanée Fanny Les libraires masqués du Grenier 13 janvier 2021
- Encabanée Erik Poulet-Reney Couleur Papier // Triage FM 13 janvier 2021
- Gabrielle Filteau-Chiba et sa cabane au Canada Marie Richeux France Culture // Par les temps qui courent 11 janvier 2021
- Sélection livre Hervé Marchioni France Bleu Loire Océan 10 janvier 2021
- Encabanée Les notes Les notes 8 janvier 2021
- Cinq romans de la rentrée littéraire 2021 pour bien commencer l'année Thomas Messias Slate 9 janvier 2021
- Encabanée Dominique Lin France Bleu Vaucluse 8 janvier 2021
- Encabanée Amadine Farges Encres vagabondes 8 janvier 2021
- Ecabanée, bribes d'une révolte intérieure Vincent Penninckx Le Suricate Magazine 7 janvier 2021
- Vivre et écrire dans le Kamouraska Isabelle Kortian Cause Commune // Le monde en questions 4 janvier 2021

- Encabanée

Anouk quitte MontrĂ©al pour vivre un hiver dans une cabane. Un rĂ©cit au fĂ©minin de Walden ou la vie dans les bois de Thoreau. Avec une Ă©criture trĂšs poĂ©tique, un rĂ©cit sur la solitude, la simplicitĂ© volontaire, le froid, la beautĂ© et le silence de la nature, sur l’insupportable pression de la sociĂ©tĂ© de consommation, sur les positionnements fĂ©ministes
 Quand il y a un unique visiteur, c’est un militant Ă©colo radical
 ce qui rend le roman un peu tirĂ© par les cheveux. Mais cela permet d’opposer une position de retrait avec une position de rĂ©volte. TrĂšs agrĂ©able Ă  lire.

FV
Revue Silence juillet 2021

- Encabanée

Olivier Monssens lit un extrait d’ EncabanĂ©e de Gabrielle Filteau-Chiba dans son Ă©mission sur Radio Caroline, diffusĂ©e sur la RTBF.

Réécouter, Ă  partir de 35’‘.

Olivier Monssens
Radio Caroline / RTBF 15 mai 2021

- Encabanée

Lire le rĂ©cit de Gabrielle Filteau-Chiba en pĂ©riode de conïŹnement est une expĂ©rience Ă  la fois Ă©trange et apaisante. Largement inspirĂ© par la vie de l’autrice, EncabanĂ©e raconte la semaine qu’Anouk a passĂ©e dans son refuge, coincĂ©e dans un bout de forĂȘt quĂ©bĂ©coise du Kamouraska, par moins 40 degrĂ©s. « Le froid a pĂ©trifiĂ© mon char. Le toit de la cabane est couvert de strates de glace et de neige qui ont tranquillement enseveli le panneau solaire. Les batteries marines sont vides comme mes poches. Plus moyen de recharger le tĂ©lĂ©phone cellulaire, d’entendre une voix rassurante, ni de permettre Ă  mes proches de me gĂ©olocaliser. » MĂȘme si Anouk a choisi son isolement – fuir MontrĂ©al, ses bruits, sa pollution, s’émanciper des obligations sociales et professionnelles – pour vivre au plus prĂšs de la nature, elle n’avait pas imaginĂ© connaĂźtre cet Ă©pisode extrĂȘme oĂč l’activitĂ© principale de ses journĂ©es consiste Ă  entretenir la ïŹ‚amme de son poĂȘle Ă  bois et espĂ©rer ainsi atteindre cinq degrĂ©s Ă  l’intĂ©rieur de l’habitat. CoupĂ©e de tout, Anouk prĂ©serve sa santĂ© mentale grĂące Ă  l’art : elle lit, dessine, met par Ă©crit ses peurs, ses rĂȘves, ses fantasmes. Jour aprĂšs jour, elle transforme son encabanement en parcours initiatique au terme duquel elle acquiert le droit de gouverner rĂ©ellement son existence. Avec ce livre, premier volet d’un triptyque, Gabrielle Filteau-Chiba a transformĂ© son journal intime, composant un texte universel, engagĂ©, oĂč elle dĂ©fend son fĂ©minisme rural et son militantisme Ă©cologique dans une langue qui, comme l’hĂ©roĂŻne, est libre et affranchie des conventions. (S.D.)

Une chronique Ă  retrouver dans la revue Axelle

Stéphanie Dambroise
Axelle Magazine juin 2021

- Encabanée

Fuyant la pollution et une sociĂ©tĂ© de consommation rĂ©gie par et pour les hommes, Anouk se rĂ©fugie dans une cabane au fond des bois, dans une rĂ©gion sauvage du QuĂ©bec. DĂ©pouillĂ©e du superflu, elle renoue avec elle-mĂȘme et avec la nature, vivant Ă  son rythme, domptant ses hivers rudes. ParĂ©e de sa solitude rĂ©confortante, elle palpe la sensation du bonheur qui consiste Ă  se suffire Ă  soi-mĂȘme. Dans son carnet de bord, s’entrelacent rĂ©flexions philosophiques et considĂ©rations fĂ©ministes et Ă©cologiques. Un ensemble trĂšs inspirant.

L'Amour des livres mars 2021

- Encabanée

TrĂšs joli et rĂ©ussi premier roman que celui de Gabrielle Filteau-Chiba. A 22 ans, l’autrice a choisi de vivre dans une cabane, dans les bois de Kamouraska, dans l’Est du QuĂ©bec, lĂ  oĂč la tempĂ©rature peut descendre Ă  -40°. De cette (sur)vie dans ce milieu extrĂȘme, elle raconte avec poĂ©sie et d’exquises expressions quĂ©bĂ©coises son bonheur d’ĂȘtre dans la nature et sa colĂšre face aux attaques incessantes contre cet environnement Ă  protĂ©ger.

Sensible premier roman que celui de Gabrielle Filteau-Chiba. À 22 ans, la jeune femme a vĂ©cu dans les bois de Kamouraska, dans l’Est du QuĂ©bec, lĂ  oĂč la tempĂ©rature peut descendre Ă  -40°. LĂ  oĂč aller chercher de l’eau, faire ses besoins dehors, oublier de rapporter assez de bois dans sa cabane peuvent se rĂ©vĂ©ler tragiques.

Les engelures font mal comme les peines d’amours, dit l’autrice. Elle raconte la vie d’Anouk qui, lassĂ©e par la vie Ă  MontrĂ©al, choisit de vivre solitaire dans ces Ă©tendues blanches. Celle-ci ponctue son quotidien avec la lecture de ses poĂštes, fait une rencontre Ă©tonnante, fume et boit (un peu).

S’il n’y a plus la trĂ©pidation urbaine dans ce milieu blanc, les attaques faites Ă  la nature demeurent comme la course effrĂ©nĂ©e au pĂ©trole dans les sables bitumineux.

Gabrielle Filteau-Chiba n’est pas une urbaine rĂȘvant dans une nature immaculĂ©e. Habile, elle Ă©voque aussi l’environnement et les attaques brutales de ceux qui veulent le dĂ©fendre, avec une Ă©criture Ă©lĂ©gante, poĂ©tique, ponctuĂ©e d’expressions quĂ©bĂ©coises. Ses listes de choses pour lutter contre le froid sont si belles !

Un article Ă  retrouver sur Ouest France

Claude Maine
Ouest France 1 mai 2021

- Encabanée

Sur les ondes de Radio Béton, SégolÚne parle du premier roman de Gabrielle Filteau-Chiba, Encabanée !

Réécouter l’émission

SégolÚne
Radio Béton / N'écoute pas les idoles 6 mars 2021

- Encabanée

LassĂ©e par la vie urbaine, une jeune femme trouve refuge dans une forĂȘt. Le temps s’y Ă©coule diffĂ©remment, les sentiments ne sont plus les mĂȘmes, la vie y a une autre Ă©paisseur. Un court rĂ©cit Ă  lire Ă  voix haute avec l’accent quĂ©bĂ©cois.
[
]
Ce petit rĂ©cit ne vaut pas par la solution de cette intrigue, anecdotique, mais par son dĂ©pouillement, Ă  l’image de l’entreprise racontĂ©e. Il vaut par sa sobriĂ©tĂ©, et son dĂ©licieux vocabulaire, quĂ©bĂ©cois, si singulier qu’il nĂ©cessite, Ă  la fin du volume, un petit glossaire.

Robert Colonna d'Istria
Corse Matin mars 2021

- Encabanée

Depuis quelques mois, les Ă©ditions Le Mot et le reste s’intĂ©ressent de trĂšs prĂšs Ă  la littĂ©rature quĂ©bĂ©coise. Eux qui ont assis leur notoriĂ©tĂ© Ă©ditoriale grĂące Ă  leurs livres sur la musique aussi passionnants qu’érudits semblent Ă©galement constituer un catalogue quĂ©bĂ©cois cohĂ©rent et fascinant. DerniĂšre parution : EncabanĂ©e, de Gabrielle Filteau-Chiba, le trĂšs court rĂ©cit d’une femme tournant le dos Ă  l’agitation humaine de MontrĂ©al et s’installant dans une cabane isolĂ©e au fond des bois, du cĂŽtĂ© de Kamouraska.

Voici, en quelque sorte, la profession de foi de l’autrice – EncabanĂ©e peut se lire comme son propre journal, romancĂ©, puisque Gabrielle Filteau-Chiba s’est bel et bien isolĂ©e plusieurs annĂ©es dans une cabane au fond des bois qui, de son propre aveu, Ă©tait tout autant refuge que prison.

Les contraintes, dans cette cabane, en plein hiver, sont nombreuses. La narratrice semblait les avoir sous-estimĂ©es, au dĂ©but de son projet. Dans ces pages, le rapport au froid (qui peut prĂ©cipiter les hallucinations et la folie) et Ă  la solitude (au point de prier pour l’apparition d’un corps, d’un amant) est dĂ©crit de façon dĂ©licate et trĂšs juste. AgrĂ©mentĂ© de listes en tout genre (par exemple, ces « phrases pour ne pas sombrer dans la folie quand tu as froid »), ce journal de bord a parfois des accents comiques, comme si l’autrice cherchait Ă  se rassurer tandis qu’elle doit survivre dans ces conditions extrĂȘmes. MalgrĂ© toutes ces difficultĂ©s, le choix de vivre ainsi, dans le dĂ©nuement et la sobriĂ©tĂ©, n’est jamais remis en cause par Anouk, la narratrice.

Elle n’a pas de mots assez durs pour ce qu’elle a quittĂ© – la ville, le bruit, la dĂ©possession de son humanitĂ©, cette impression de voir sa vie dĂ©filer sans pouvoir faire grand chose pour en arrĂȘter la course folle, comme une spectatrice de son propre destin. Nous rĂȘvons tous de suivre Anouk dans son choix. Nous rĂȘvons tous de nous rĂ©fugier au plus profond de nous-mĂȘmes, dans une cabane comme la sienne. C’est pourquoi la lecture de ce rĂ©cit vibre tant en nous. Cette connivence entre l’autrice et son lecteur permet de nous rĂ©chauffer – aprĂšs tout, on peut combattre le froid avec des couvertures de laine, mais on ne peut combattre la bĂȘtise de l’Homme et son absurde besoin de performance comme unique moyen d’exister.
[
]

RĂ©sonne alors le roman de Marie-Eve SĂ©vigny Sans terre, paru au Mot et le reste l’an passĂ© (souvenez-vous, je vous en parlais ici), qui Ă©voquait les actions coups de poing en faveur de l’environnement. RĂ©sonne Ă©galement le roman d’Elise Turcotte L’apparition du chevreuil, oĂč il Ă©tait question de fuir le monde abruti par la haine pour s’installer en marge, loin de tout (j’en parlais ici).

RĂ©sonne aussi, surtout, (nommĂ©ment puisque Anouk le cite Ă  la fin du livre) Thoreau et sa DĂ©sobĂ©issance civile, Thoreau et son Walden – eux aussi disponibles aux Ă©ditions du Mot et le reste, question de cohĂ©rence.

Une chronique Ă  retrouver sur Un denrier livre avant la fin du monde

Alexandre Maréchal
Un dernier livre avant la fin du monde 5 février 2021

- Rentrée d'hiver

EncabanĂ©e de Gabrielle Filteau-Chiba est un des coups de coeur de la rentrĂ©e littĂ©raire d’hiver de La Vagabonde ! Une chronique Ă  Ă©couter en podcast

La Vagabonde
La Vagabonde 26 février 2021

- Quel régal de s'encabaner avec la plume de Gabrielle Filteau-Chiba

Cette jeune Ă©crivain quĂ©bĂ©coise a dĂ©cidĂ© de quitter la ville pour vivre au milieu des grands espaces naturels du Bas Saint-Laurent, prĂšs de la riviĂšre Kamouraska. Son roman s’inspire de son premier hiver
glacial dans une cabane rustique.

L’éditeur marseillais Le Mot et le Reste nous livre rĂ©guliĂšrement de vrais bonheurs littĂ©raires. Il en est
ainsi avec EncabanĂ©e de Gabrielle Filteau-Chiba. Une belle dĂ©couverte venue de chez nos cousins quĂ©bĂ©cois. Quel rĂ©gal, en effet,d e s’encabaner, l’espace de quelques heures, avec la plume de cette jeune Ă©crivain, traductrice de formation, et militante de la cause environnementale.

LassĂ©e de se laisser emporter quotidiennement par le cirque social qu’elle observe Ă  MontrĂ©al, Anouk, le personnage du roman, dĂ©cide de s’installer dans une cabane rustique,sans eau ni Ă©lectricitĂ©, du Kamarouska, cette rĂ©gion du Bas Saint-Laurent, oĂč naissent les bĂ©lugas. Par des tempĂ©ratures glaciales, accompagnĂ©e par quelques poĂštes, sa Marie-Jeanne et le cri des coyotes, au bout de sa solitude, elle apprendra Ă  se recentrer sur elle-mĂȘme, Ă  se libĂ©rer des rouages du systĂšme social pour se
concentrer sur l’essentiel, sur la vie. Un roman qui prend tout son sens alors que la crise sanitaire nous contraint Ă  nous enfermer, pendant que certains choisissent librement de dĂ©crocher de ce monde que l’on dit moderne et de se retrouver en pleine harmonie avec la nature. Et quel plaisir de savourer quelques-unes des subtilitĂ©s et expressions imagĂ©es de la langue quĂ©bĂ©coise.

Un premier roman marquant inspirĂ© par l’expĂ©rience toute aussi marquante de l’auteur dans une cabane, prĂšs de la riviĂšre Ă  truites du Kamouraska, oĂč elle vit depuis avec sa fille et son compagnon, dans une maison en bois, entourĂ©e de jardins et de serres.

Joël Born
Centre Presse 28 février 2021

- Encabanée

Gabrielle Filteau-Chiba a fait une entrĂ©e remarquĂ©e avec son premier roman, EncabanĂ©e, inspirĂ© par son propre retour aux sources et Ă  la simplicitĂ© volontaire. Anouk, son hĂ©roĂŻne, amorce une remise en question sur le monde dans lequel on vit et ressent l’appel puissant de la nature, mais aussi de l’écriture, nous conviant Ă  mesure qu’elle Ă©crit Ă  redĂ©couvrir des incontournables de la littĂ©rature quĂ©bĂ©coise tels qu’Anne HĂ©bert, Émile Nelligan et Louis Hamelin.

EncabanĂ©e est un rĂ©cit Ă©minemment fĂ©ministe qui nous plonge dans le carnet de survie d’Anouk dĂ©corĂ© de magnifiques illustrations de l’autrice, rĂ©digĂ© pendant un hiver glacial dans le Kamouraska oĂč la narratrice s’isole dans un refuge forestier sans Ă©lectricitĂ©. PubliĂ© aux Ă©ditions Le mot et le reste, EncabanĂ©e plaira aux amateurs de nature writing et de Henry David Thoreau, Ă©galement publiĂ© chez le mĂȘme Ă©diteur.

Revue Collections
Revue Collections Hiver 2021

- Encabanée

Dans l’émission Si on parlait de lire, Ronan Manuel a prĂ©sentĂ© EncabanĂ©e de Gabrielle Filteau-Chiba !

Retrouvez Radio Rennes

Ronan Manuel
Radio Rennes février 2021

- Encabanée

Quelquefois, le confinement a du bon. En racontant le sĂ©jour d’Anouk, partie en plein hiver «s’encabaner» dans la forĂȘt quĂ©bĂ©coise, Gabrielle Filteau-Chiba rĂ©ussit un premier roman Ă©colo-fĂ©ministe Ă©crit avec poĂ©sie et humour. Une belle rĂ©ussite!

Le 2 janvier, en plein hiver, Anouk, la narratrice de ce court et beau roman «file en douce» de MontrĂ©al pour s’installer Ă  Saint-Bruno-de-Kamouraska, «tombĂ©e sous le charme de ce nom ancestral – Kamouraska – dĂ©signant lĂ  oĂč l’eau rencontre les roseaux, lĂ  oĂč le golfe salĂ© rĂ©trĂ©cit et se mĂȘle aux eaux douces du fleuve, lĂ  oĂč naissent les bĂ©lugas et paissent les oiseaux migrateurs.»
Elle ne nous en dira guĂšre plus de ses motivations, si ce n’est qu’elle entend fuir un quotidien trop banal et une vie oĂč le superficiel a pris le pas sur l’essentiel. En revanche, elle va nous raconter avec autant de crainte que d’humour, avec autant d’émotion que de poĂ©sie sa vie dans et autour de cette cabane perdue dans l’immensitĂ© de la forĂȘt. Elle doit d’abord lutter contre le froid intense qui s’est installĂ© avant d’imaginer se consacrer Ă  son programme, lire et Ă©crire. Et se prouver qu’au bout de sa solitude, sa vie va recommencer.

Intrépide ou plutÎt inconsciente, elle ne va pas tarder à se rendre compte combien sa situation est précaire. [
]
Et alors qu’un sentiment diffus de peur s’installe, que les questions se bousculent, comment faire seule face Ă  un agresseur alors que la voiture refuse de dĂ©marrer, peut-elle se prĂ©parer Ă  mourir gelĂ©e ? Ou Ă  ĂȘtre dĂ©vorĂ©e par les coyotes qui rĂŽdent? Presque Ă©tonnĂ©e de se retrouver en vie au petit matin, elle conjure le sort en dressant des listes, comme celle des «qualitĂ©s requises pour survivre en forĂȘt», avec ma prĂ©fĂ©rĂ©e, la «mĂ©ditation dans le noir silence sur ce qui t’a poussĂ©e Ă  t’encabaner loin de tout».
Peut-ĂȘtre que le fruit de ses rĂ©flexions lui permettra de goĂ»ter au plaisir de (re)dĂ©couvrir des Ɠuvres d’Anne HĂ©bert, de Gilles Vigneault et de quelques autres auteurs de chefs-d’Ɠuvre de la littĂ©rature quĂ©bĂ©coise qui garnissent la bibliothĂšque de sa cabane. Et d’y ajouter son livre? [
]

AprĂšs quelques jours, son moral remonte avec l’arrivĂ©e inopinĂ©e de Shalom, un gros matou «miaulant au pied de la porte comme tĂ©lĂ©portĂ© en plein dĂ©sert arctique» et dont la «petite boule de poils ronronnante» rĂ©chauffe aussi bien ses orteils que son esprit.
Avec un peu de sirop d’érable, la vie serait presque agrĂ©able, n’était cette vilaine blessure qui balafre son visage. Couper le bois est tout un art.
C’est Ă  ce moment qu’une silhouette s’avance. À peine le temps de dĂ©crocher le fusil que Rio est dĂ©jĂ  lĂ  Ă  demander refuge. La «fĂ©ministe rurale» accueille ce nouveau compagnon avec mĂ©fiance, puis avec cette chaleur qui lui manquait tant. [
]

Gabrielle Filteau-Chiba a parfaitement su rendre la quĂȘte de cette femme, partie pour se retrouver. Et qui, en s’encabanant, va dĂ©couvrir non seulement des valeurs, mais aussi une boussole capable de lui ouvrir de nous horizons, sans se dĂ©partir de son humour: «Incarner la femme au foyer au sein d’une forĂȘt glaciale demeure, pour moi, l’acte le plus fĂ©ministe que je puisse commettre, car c’est suivre mon instinct de femelle et me dessiner dans la neige et l’encre les Ă©tapes de mon affranchissement.»

Quelquefois, le confinement a du bon.
«Ma vie reprend du sens dans ma forĂȘt», dit Anouk. En lisant son tĂ©moignage, notre vie aussi reprend du sens.

Une chronique à retrouver en intégralité sur Ma collection de livres

Henri-Charles Dahlem
Ma collection de livres 19 février 2021

- Encabanée

Cela te tente un aller direct dans les bois? Si ton « Oui » est franc et direct, alors cette histoire est totalement faite pour toi. Tu vas t’enfoncer dans les grands espaces blancs, prendre refuge au sein d’une cabane, faire rougeoyer ton feu et lire l’histoire d’Anouk.

Anouk est cette jeune femme qui n’en peut plus de MontrĂ©al, de la sloche sur les grandes artĂšres bouchĂ©es, des lumiĂšres qui brisent le ciel parfois Ă©toilĂ©, du rythme inutilement brutal de sa vie.Alors elle part Anouk, elle va s’encabanĂ©e dans ces bois du Bas-Saint-Laurent, et c’est son journal que tu vas parcourir jour aprĂšs jour.

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Il y a de la poĂ©sie de l’instant, l’engagement de l’hĂ©roĂŻne, miroir de l’auteure, elle aussi encabanĂ©e dans le Haut-Kamouraska. Avec une plume proche de son essentiel, Gabrielle Filteau-Chiba construit l’histoire d’Anouk, il y a ses listes numĂ©rotĂ©es, ses coups de griffe Ă  l’encontre de l’humanitĂ©, le rĂ©cit qui, en lui-mĂȘme, donne des contours Ă  cet univers gelĂ© immaculĂ©.

Et un jour, une rencontre, par n’importe laquelle puisqu’il ne peut en ĂȘtre autrement dans cette rĂ©gion reculĂ©e, sauvage mais pas tant que cela, le monde de la destruction n’étant jamais loin.

EncabanĂ©e , c’est aussi la question du dĂ©sir, de la solitude, de la peau, de cette chaleur humaine manquante puis follement attachante. Anouk dit son corps mais aussi sa Marie-Jeanne, Gilles Vigneault et d’autres plumes rattachĂ©es Ă  la sienne. C’est le charme de cet ouvrage, car ce n’est pas l’histoire d’une performance, d’une aventure extrĂȘme, c’est avant tout la place d’une femme en forĂȘt, d’un ĂȘtre reconsidĂ©rant son monde et ses propres valeurs.

Entre les planches de cette cabane, il y a le refuge de la colĂšre, la rĂ©sistance au froid et ses tourments poĂ©tiques, la jouissance de l’instant jouxtant le hurlement des coyotes, le crĂ©pitement du feu tandis qu’au loin, un braconnier tue sa proie.

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Voici indĂ©niablement une auteure Ă  suivre, car oui, EncabanĂ©e est le dĂ©but d’une sacrĂ©e plume.

Coup au 💙 engagĂ©, engageant.

Retrouvez la chronique de Fanny sur Aires Libres

Fanny Nowak
Aires livres 15 février 2021

- Encabanée

Qui n’a jamais songĂ© Ă  s’éloigner pour quelque temps du monde, de la sociĂ©tĂ© de consommation souvent individualiste et matĂ©rialiste, afin de se retrouver en tĂȘte-Ă -tĂȘte avec l’immensitĂ© et avec soi-mĂȘme ?
Comme le dit Sylvain Tesson dans son livre, Dans les forĂȘts de SibĂ©rie, « L’ermite nie la vocation de la civilisation, en constitue la critique vivante ».
Il y a parfois une tentative de se reconnecter Ă  l’essentiel, de se retirer de l’enfer urbain oĂč l’on ne prend jamais le temps de s’arrĂȘter et de savourer l’instant prĂ©sent.
En dĂ©couvrant page aprĂšs page ce rĂ©cit particuliĂšrement vivant que la narratrice d’ EncabanĂ©e dĂ©roule Ă  la maniĂšre d’un journal de bord quasi-quotidien, on ne peut s’empĂȘcher de penser Ă  cet extrait de Walden :
« Je m’en allais dans les bois parce que je voulais vivre sans hĂąte, vivre intensĂ©ment et sucer toute la moelle de la vie, mettre en dĂ©route tout ce qui n’était pas la vie, pour ne pas dĂ©couvrir, Ă  l’heure de ma mort, que je n’avais pas vĂ©cu ».
Et c’est bien dans la lignĂ©e de Thoreau que s’inscrit la dĂ©marche d’Anouk, l’hĂ©roĂŻne, qui choisit de quitter sa vie citadine de MontrĂ©al pour une cabane dans une forĂȘt au Kamouraska. Elle savoure le bonheur de vivre une existence sobre mais dĂ©couvre non sans difficultĂ© les tĂąches nĂ©cessaires Ă  la survie au quotidien dans un environnement sauvage (couper du bois, s’approvisionner en eau). AprĂšs avoir affrontĂ© sa peur de la nuit, le froid et la solitude, elle parvient Ă  se recentrer sur elle-mĂȘme, sur ses combats de jadis pour la dĂ©fense de la planĂšte et la cause fĂ©ministe, sur les raisons qui l’ont poussĂ©e Ă  fuir les liens sociaux parfois dĂ©cevants et superficiels, le rĂšgne de l’artifice et de l’apparence.
Cette nouvelle vie lui apporte des moments d’émerveillement devant la beautĂ© de la nature, quelques Ă©preuves, et surtout une expĂ©rience inattendue qui prouve que mĂȘme dans le cƓur d’une rebelle en exil, la chaleur des liens interhumains n’est jamais trĂšs loin.

Une chronique à retrouver sur La Cause Littéraire

Parme Ceriset
La Cause Littéraire 11 février 2021

- Encabanée : tout quitter pour mieux se retrouver ?

DrĂŽle d’aventure que celle d’Anouk quittant le confort de MontrĂ©al pour une cahute mal isolĂ©e blottie au fond des bois de Kamouraska. Le rĂ©cit d’une quĂȘte de soi, et un premier roman qui veut rappeler Ă  lui les grands Ă©crivains canadiens.

PubliĂ© au Canada en 2018 et diffusĂ© en France en ce dĂ©but d’annĂ©e 2021 chez Le mot et le reste, EncabanĂ©e raconte la solitude de l’humain dans la nature. Gabrielle Filteau-Chiba elle-mĂȘme fait l’expĂ©rience de cette solitude en 2013, dans ces bois de Kamouraska, qu’elle n’a plus jamais quittĂ©s ; son roman s’inspire en partie de cette expĂ©rience.

Chaque chapitre suit les neuf jours consĂ©cutifs qu’elle a passĂ© seule dans la nature. EntrecoupĂ©s de listes numĂ©rotĂ©es, ces derniĂšres ne permettent pas de dater prĂ©cisĂ©ment l’arrivĂ©e d’Anouk dans sa cabane. La veille du premier jour documentĂ© ? Une semaine avant ? En tout cas, l’arrivĂ©e doit ĂȘtre rĂ©cente car l’hĂ©roĂŻne semble encore en pleine pĂ©riode d’acclimatation. Autre ponctuation du roman, la multitude de rĂ©fĂ©rences Ă  diffĂ©rents auteurs ou artistes canadiens, lesquels accompagnent Anouk dans sa retraite. Thoreau, bien sĂ»r, le pĂšre du nature writing canadien ou encore Anne HĂ©bert et son Kamouraska, Ă  qui elle dĂ©dicace son roman.

Retourner à l’essentiel
« Chaque kilomĂštre qui m’éloigne de MontrĂ©al est un pas de plus dans le pĂšlerinage vers la seule cathĂ©drale qui m’inspire la foi, une profonde forĂȘt qui abrite toutes mes confessions ». DĂšs la premiĂšre page, Gabrielle Filteau-Chiba, par l’utilisation du champ lexical de la religion place l’expĂ©rience de son hĂ©roĂŻne dans le domaine du mystique. Il ne s’agit pas d’un simple caprice, ou bien d’une semaine de vacances avec l’optique d’un retour au confort. Ici, Anouk fait le choix radical de la solitude.

Dans sa cabane, elle n’a pas d’autre objectif que la survie : ne pas mourir de froid pendant la nuit, ne pas se laisser surprendre par une nature qui ne pardonne pas la paresse. Elle vit au jour le jour, et se laisse parfois, le soir, bercer par des fantasmes. Elle a fui la routine, le mĂ©tro-boulot-dodo, le consumĂ©risme constant et les injonctions de la sociĂ©tĂ© moderne. PoussĂ©e par une impulsion qu’elle ne s’explique pas : « Je comprendrais pourquoi je suis ici lorsque j’aurai tout lu. »

Les grands combats
Dans EncabanĂ©e, Gabrielle Filteau-Chiba semble aborder un peu tous les grands sujets du moment : le fĂ©minisme, l’impact de notre sociĂ©tĂ© de consommation sur la planĂšte et l’activisme Ă©cologique. Ce dernier apparaĂźt dans le sixiĂšme chapitre Ă  travers une Ă©criture de l’exaltation intĂ©ressante. C’est l’élĂ©ment perturbateur de la solitude de l’hĂ©roĂŻne. Sorte d’épiphanie, l’activisme incarne l’éveil qu’Anouk est venu chercher dans les bois de Kamouraska. Elle insiste sur l’importance de faire tout notre possible, Ă  notre Ă©chelle, pour lutter contre le rĂ©chauffement climatique. Il n’y a pas de petite action. Ce sujet, avec celui de la crĂ©ation, clĂŽt le roman. Un peu rapidement peut-ĂȘtre, mais encore une fois, il s’agit d’un Ă©veil.

Le fĂ©minisme occupe Ă©galement une place importante dans les pensĂ©es d’Anouk. Plus particuliĂšrement l’idĂ©al du fĂ©minisme rural qui incite les femmes Ă  cultiver la terre dans le respect de traditions ancestrales. Cette aspiration entre Ă©videmment en rĂ©sonance avec le besoin de retour Ă  la nature de l’hĂ©roĂŻne.

En 2019, dans Mon annĂ©e de repos et de dĂ©tente de l’AmĂ©ricaine Ottessa Moshfegh, se retrouve Ă©galement cette urgence ressentie par l’hĂ©roĂŻne de fuir la sociĂ©tĂ©. Chez Moshfegh, le personnage principal (sans nom), s’assomme de mĂ©dicaments pendant un an. Autre similaritĂ©, l’idĂ©e que l’hĂ©roĂŻne principale se sert de sa beautĂ© pour Ă©voluer plus facilement en sociĂ©tĂ©. Anouk, comme l’hĂ©roĂŻne d’Ottessa Moshfegh, ont conscience que leur beautĂ© ouvre toutes les portes. Gabrielle Filteau-Chiba manie ce paramĂštre avec plus de dĂ©licatesse que l’autrice amĂ©ricaine et surtout le supprime, dĂšs le dĂ©but de l’intrigue, en balafrant Anouk. Mais la question de la beautĂ© et de l’idĂ©al esthĂ©tique permet une remise en question du personnage dans une perspective fĂ©ministe intĂ©ressante.

Une chronique Ă  retrouver sur Maze

Camille Gho
Maze 4 février 2021

- Nos romans préférés de la rentrée

À LA RECHERCHE D’UNE CABANE PERDUE
Paru il y a trois ans au QuĂ©bec, ce premier roman nous arrive enfin via l’excellente maison marseillaise « Le mot et le reste ». FamiliĂšre des textes de Henry D. Thoreau, cette derniĂšre ne pouvait qu’ĂȘtre sensible Ă  EncabanĂ©e, chronique par Gabrielle Filteau-Chiba de son confinement solitaire dans une cabane isolĂ©e des forĂȘts du Kamouraska. ExilĂ©e volontaire dans cette rĂ©gion du Bas-Saint-Laurent, sans eau ni Ă©lectricitĂ©, Anouk (alter ego de l’autrice) y a acquis une forĂȘt « au prix d’un appartement en ville » pour habiter son « rĂȘve de toujours : vivre de ma plume au fond des bois ». Elle tient en cent pages la chronique anarcho-comique de son sĂ©jour. Coupe du bois par – 40 degrĂ©s, approvisionnement en eau, peur des coyotes, combat avec une riviĂšre gelĂ©e
 la trentenaire se coltine une nature vĂ©nĂ©rĂ©e mais pas toujours accorte.

C’est du Sylvain Tesson en moins poseur, Filteau-Chiba revendiquant l’usage d’une langue bardĂ©e d’accents et d’expressions populaires quĂ©bĂ©coises qui sont, mĂȘme lĂ -bas, proscrites des bancs de l’universitĂ©. Un glossaire est disponible Ă  la fin de l’ouvrage pour ces maudits Français qui ignorent le sens de « bibitte » (bestiole) ou « prendre son trou » (se replier sur soi). Si sa rĂ©bellion contre la sociĂ©tĂ© agace par ses atours convenus, l’autrice nous cueille par son naturel et sa vitalitĂ©. Qu’elle clame son besoin de sexe (pas rassasiĂ© par le sirop d’érable) ou son art de pisser Ă  l’orĂ©e du bois pour Ă©loigner les ours noirs, Filteau-Chiba fait montre d’une luciditĂ© caustique rĂ©jouissante. « Je comprendrai pourquoi je suis ici lorsque j’aurai tout lu », Ă©crit-elle. Une profession de foi qui donne illico envie d’aller se claquemurer dans la Vanoise.

La sélection est à retrouver dans Marianne

BenoĂźt Franquebalme
Marianne 6 février 2020

- Encabanée, un hiver au fond des bois

« Jusqu’à ce jour, je n’ai pas trouvĂ© ma place dans ce monde sans queue ni tĂȘte ».

Dans ce premier roman, Gabrielle Filteau-Chiba esquisse en une petite centaine de pages l’échappĂ©e belle, d’Anouk, son alter ego. FatiguĂ©e de notre sociĂ©tĂ© de consommation et du monde tel qu’il tourne, la jeune femme largue les amarres et trouve refuge dans une cabane au fond des bois du Kamouraska, au QuĂ©bec. Intransigeante avec ce monde qui l’a vue naĂźtre mais dans lequel elle ne se reconnaĂźt plus, Anouk tente de renouer avec l’essentiel et de se dĂ©barrasser du superflu. Se chauffer, rentrer du bois, pelleter la neige qui s’accumule autour de son abri, casser la glace Ă  la riviĂšre pour en ramener de l’eau, tel est son nouveau programme. Et le luxe d’avoir du temps pour lire et penser.

Mais cette solitude souhaitĂ©e peut s’avĂ©rer pesante et la jeune femme ressent rapidement un manque, physique, charnel, la prĂ©sence d’un homme. Alors, pour penser Ă  autre chose, elle fait de longues listes, de questions existentielles ou de choses Ă  ne pas oublier pour son prochain sĂ©jour, des qualitĂ©s requises pour survivre en forĂȘt
 La visite d’un chat, tout d’abord, puis d’un homme quelques jours plus tard, vont venir bousculer son quotidien.

Avec le personnage de Riopelle (vite surnommĂ© Rio), c’est le fracas du monde extĂ©rieur et de ses luttes qui s’invite dans la cabane, le retour Ă  cette rĂ©alitĂ© qu’Anouk avait voulu fuir. Mais c’est Ă©galement l’occasion pour elle de faire le tri dans ses pensĂ©es, ses prĂ©occupations, de redĂ©finir les principes sur lesquels elle souhaite bĂątir son existence.

Roman aussi court qu’engagĂ©, EncabanĂ©e est le rĂ©cit d’une rĂ©vĂ©lation dont l’apparition de Rio dans le rĂ©cit va servir de dĂ©clencheur. Prenant conscience de combats qui, jusque-lĂ , se dĂ©roulaient sans elle, Anouk et, Ă  travers elle, Gabrielle Filteau-Chiba, trouve un sens Ă  sa vie, une force et une motivation qui lui faisaient dĂ©faut jusque-lĂ , Ă©touffĂ©es par les contraintes et les futilitĂ©s de notre sociĂ©tĂ© consumĂ©riste. Plus de 170 ans aprĂšs la parution de Walden, l’influence de Thoreau se fait toujours sentir et l’on ne peut que s’en rĂ©jouir, ce n’est pas Sylvain Tesson qui viendra nous contredire. Si le message peut sembler basique, il n’en est pas moins le bienvenu par les temps qui courent.

Une chronique Ă  retrouver sur Addict Culture

Yann Leray
Addict Culture 3 février 2021

- Interview de Gabrielle Filteau-Chiba

A l’occasion de la parution en France d’ EncabanĂ©e , l’autrice Gabrielle Filteau-Chiba a bien voulu prendre le temps de dĂ©lier sa pensĂ©e de romanciĂšre des bois et des bĂȘtes et d’en dire davantage sur ses passions et de la joie de vivre « en cabane ».

LR&LP : EncabanĂ©e est l’histoire presque autobiographique d’une femme qui quitte son appartement confortable de MontrĂ©al pour partir en forĂȘt et plonger en elle-mĂȘme. Le livre relate dix jours de cette expĂ©rience, mais vous y avez passĂ© beaucoup plus de temps, pouvez-vous raconter la genĂšse de cette « fuite verte » ?
En 2012, c’était l’annĂ©e des manifestations Ă©tudiantes au QuĂ©bec, le « Printemps Érable », je travaillais comme traductrice dans une super boĂźte et avais dĂ©cidĂ© de prendre une semaine de vacances dans le Bas-Saint-Laurent.
Des amis louaient une maison Ă  Kamouraska, j’ai plantĂ© ma tente dans leur cour et l’opĂ©ration sĂ©duction a Ă©tĂ© si efficace avec la plage, les chutes cachĂ©es en forĂȘt, les joyaux de la nature, que finalement, je suis restĂ©e cinq semaines.
Les humains Ă©taient aussi beaux que la nature, une communautĂ© alternative se tissait, j’ai trouvĂ© que je me verrais ici et j’ai cherchĂ© des maisons ou des terrains Ă  vendre. Et j’ai trouvĂ© une cabane, avec un jardin juste Ă  cĂŽtĂ© d’une riviĂšre poissonneuse avec des pommiers qui donnaient dĂ©jĂ  pas mal de fruits
 Pour l’autonomie et le futur, c’était gĂ©nial !

*L’interview est Ă  retrouver en intĂ©gralitĂ© sur La RelĂšve et La Peste ou sur Mediapart*

Matthieu Delaunay
La RelĂšve et La Peste 25 janvier 2021

- La librairie francophone

Aujourd’hui on soutient le festival de la BD d’AngoulĂȘme qui commence en partie le week-end prochain, nous recevons une grande comĂ©dienne qui publie un livre confidence sur sa mĂšre, figure culte du cinĂ©ma et on part en forĂȘt sous la neige, au Canada.

La comĂ©dienne Sarah Biasini publie un livre touchant sur la maternitĂ©. Elle raconte son histoire personnelle liĂ©e Ă  sa maman, Romy Schneider, disparue prĂ©maturĂ©ment. Un rĂ©cit qui explore le lien entre une mĂšre et sa fille : “La beautĂ© du ciel” publiĂ© aux Editions Stock.

C’est le Grand Prix d’AngoulĂȘme 2020. Emmanuel Guibert est dĂ©jĂ  sur place pour une exposition, en marge du Festival de la Bande DessinĂ©e d’AngoulĂȘme qui va dĂ©cerner prochainement le Prix 2021. Il publie un petit bijou graphique qui imagine la rencontre entre un balayeur et un smartphone et vous allez l’entendre le sujet va bien plus loin et nous concerne tous ! : “Le smartphone et le balayeur” publiĂ© aux Editions Les ArĂšnes BD.

Nous irons aussi dans une forĂȘt canadienne sous la neige avec la quĂ©bĂ©coise Gabrielle Filteau-Chiba qui publie chez un Ă©diteur QuĂ©bĂ©cois et un Ă©diteur français. Elle porte un regard singulier sur la nature qui va forcĂ©ment vous ressourcer ! : « EncabanĂ©e » publiĂ© aux Editions Le Mot et le reste.

Une émission à réécouter sur France Inter

Emmanuel Khérad
France Inter // La librairie francophone 23 janvier 2021

- Encabanée

St Bruno de Kamouraska, une cabane , une riviĂšre, une forĂȘt ; comme une liste des indispensables Ă  la survie Ă©motionnelle. Tout ceci, tellement loin de MontrĂ©al et de ses lumiĂšres, de sa pollution, de son agitation et des attraits fantasmĂ©s voici ou nous emmĂšnent Gabrielle Filteau-Chiba avec son roman « EncabanĂ©e ». Dans son livre l’auteur nous parle d’Elle qui effectue les gestes simples du quotidien, simples mais essentiels Ă  la survie dans cet hiver glacial : allumer le feu, l’entretenir, Ă©loigner les dangers, s’alimenter, se chauffer et garder la raison.

Elle, elle Ă©crit aussi un journal de bord pour ne pas sombrer dans une folie de solitude et de froid et Elle lit pour s’abreuver de la connaissance des autres (d’ailleurs ce roman m’a donnĂ© envie de lire Anne Hebert).

Elle est aussi à la recherche des origines, les origines de la Terre MÚre, de la femme des origines délestée de tous les attributs et concessions de notre monde occidental moderne. Elle sans inutile sérieux se définit comme « féministe rurale ».

Et dans cette immense solitude glaciale qu’elle s’est choisie, elle est aussi trĂšs humainement en manque de l’autre, du toucher, du regard de l’autre. Elle vit une expĂ©rience de survie incroyable de sensations parfois Ă  la limite de la folie en allant chercher au plus profond de son ĂȘtre l’énergie de continuer vers le dĂ©pouillement de toute chose inutile.

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Ce roman nous parle d’une femme qui dĂ©cide de tout larguer pour retrouver un sens Ă  sa vie en allant chercher au plus froid de l’hiver dans une simple cabane isolĂ©e dans une forĂȘt l’essence mĂȘme de sa vie. Elle y fait de belles rencontres tant avec elle-mĂȘme qu’avec un homme fort de ses convictions.

Le livre est court mais dense, il nous donne envie de revenir Ă  l’essentiel, de nous dĂ©pouiller de toute chose futile et inutile qui nous empĂȘche d’ĂȘtre Ă  l’écoute de nous mĂȘme, tellement nous sommes le nez dans le guidon.

Une trĂšs belle lecture.

“Une chronique à retrouver sur le blog Lea Touch Book“https://leatouchbook.blogspot.com/2021/01/encabanee-gabrielle-filteau-chiba.html

Scarlett
Lea Touch Book 25 janvier 2021

- Encabanée

Gabrielle Filteau-Chiba n’est pas une Ă©cologiste de salon. Cette traductrice qui vivait Ă  MontrĂ©al en a eu assez de son travail dans un bureau avec vue sur un mur de briques et, plus encore, de “la folie des grandeurs des temps modernes” qui bousille la nature autant que les hommes. À l’hiver 2013, pour mener une vie conforme Ă  ses valeurs, elle a liquidĂ© tout ve qu’elle possĂ©dait en ville pour aller s’installer dans une cabane sans Ă©lectricitĂ© ni eau courante ni chauffage sur un terrain qu’elle avait achetĂ© dans un coin paumĂ© du Kamouraska. Anouk, son double de papier et narratrice de ce court roman Ă  la langue savoureuseen mauduit (pour ceux qui buteraient sur certaines expressions quĂ©bĂ©coises, un glossaire figure en fin d’ouvrage), fait le rĂ©cit, entre dĂ©tresse et autodĂ©rision, des premiers jours dans cet ermitage oĂč une sĂ©vĂšre vague de froid (-40°C) va mettre Ă  rude Ă©preuve son corps et ses idĂ©aux. Par chance, un “gros matou plus noir que la nuit, aux yeux orange citrouille” viendra bientĂŽt lui tenir compagnie, suivi de peu par un militant Ă©cologiste en cavale. Gabrielle a gagnĂ© son pari. Si la cabane a Ă©tĂ© depuis remplacĂ©e par une maison, elle vit dĂ©sormais cette rude et somptueuse nature et se bat pour la prĂ©server.

Véronique Cassarin-Grand
L'Obs 21 janvier 2021

- Encabanée

Si vous avez appris Ă  aimer lire avec Croc-Blanc et Belliou la fumĂ©e de Jack London ou avec H.D. Thoreau (mĂȘme Ă©diteur), ce petit livre est pour vous. Vous remarquerez en couverture la prĂ©sence de l’animal (plus un coyote qu’un loup sans doute), la prĂ©sence de l’humain se manifeste elle par l’existence de la cabane et de la clĂŽture. Attention ! Il ne s’agit pas d’un simple rĂ©cit de plus Ă  propos d’un retour Ă  la nature. Commencez par lire le glossaire en fin de volume pour ne pas avoir Ă  interrompre votre lecture, pour comprendre par exemple les mots « bibitte » et « mardi ». L’auteure est QuĂ©bĂ©coise et utilise les mots de sa langue dont certains ont changĂ© de sens.

S’il me fallait qualifier ce livre d’un mot je dirais qu’il est nĂ© d’un refus. Gabrielle refuse de continuer Ă  vivre selon le modĂšle de sociĂ©tĂ© qui est le nĂŽtre. Et celui qu’elle rencontre a transformĂ© son refus en action collective. Gabrielle se retrouve seule avec son chat dans un hiver de forĂȘt dans une rĂ©gion du QuĂ©bec et Ă  proximitĂ© d’une voie ferrĂ©e sur laquelle circulent des trains porteurs de pĂ©trole lourd. Gabrielle rĂ©apprend Ă  vivre, c’est-Ă -dire : couper du bois pour le feu, remplir d’eau ou de neige les citernes nĂ©cessaires, pelleter la neige pour assurer les chemins, marquer son territoire. Elle se blesse au visage et ne peut traiter sa blessure qu’à la gomme de pin
 Elle Ă©crit et dessine, et s’apprivoise. Et survient Rio (pour Riopelle) qui a attaquĂ© la voie ferrĂ©e.

C’est fort bien Ă©crit, je veux dire que ce n’est ni un brĂ»lot politique ni un tract. C’est une histoire de personne comme vous et moi dont les choix impliquent une autre vision du monde et de soi (et vice versa). Elle ne force pas notre adhĂ©sion, mais je la trouve trĂšs convaincante.

Bonne lecture de transport en commun pour donner envie.

Une chronique Ă  retrouver sur Daily Passions

Noé Gaillard
Daily Passions 18 janvier 2021

- Encabanée

Cela te tente un aller direct dans les bois ? Si ton « Oui » est franc et direct, alors cette histoire est totalement faite pour toi. Tu vas t’enfoncer dans les grands espaces blancs, prendre refuge au sein d’une cabane, faire rougeoyer ton feu et lire l’histoire d’Anouk.

Anouk est cette jeune femme qui n’en peut plus de MontrĂ©al, de la sloche sur les grandes artĂšres bouchĂ©es, des lumiĂšres qui brisent le ciel parfois Ă©toilĂ©, du rythme inutilement brutal de sa vie.Alors elle part Anouk, elle va s’encabanĂ©e dans ces bois du Bas-Saint-Laurent, et c’est son journal que tu vas parcourir jour aprĂšs jour.

« La grange est remplie de vieux outils rouillĂ©s que je trie. ÉgoĂŻne, chignole, hache – charpentiĂšres de l’Apocalypse ou planches de Salut – armes fantasques de palissade serpente de ronces que j’érigerais autour de mon cƓur affolĂ©, de mon corps meurtri et de ma terre, trop belle pour ĂȘtre protĂ©gĂ©e de la nature humaine. »

Il y a de la poĂ©sie de l’instant, l’engagement de l’hĂ©roĂŻne, miroir de l’auteure, elle aussi encabanĂ©e dans le Haut-Kamouraska. Avec une plume proche de son essentiel, Gabrielle Filteau-Chiba construit l’histoire d’Anouk, il y a ses listes numĂ©rotĂ©es, ses coups de griffe Ă  l’encontre de l’humanitĂ©, le rĂ©cit qui, en lui-mĂȘme, donne des contours Ă  cet univers gelĂ© immaculĂ©.

Et un jour, une rencontre, par n’importe laquelle puisqu’il ne peut en ĂȘtre autrement dans cette rĂ©gion reculĂ©e, sauvage mais pas tant que cela, le monde de la destruction n’étant jamais loin.« EncabanĂ©e », c’est aussi la question du dĂ©sir, de la solitude, de la peau, de cette chaleur humaine manquante puis follement attachante. Anouk dit son corps mais aussi sa Marie-Jeanne, Gilles Vigneault et d’autres plumes rattachĂ©es Ă  la sienne.

C’est le charme de cet ouvrage, car ce n’est pas l’histoire d’une performance, d’une aventure extrĂȘme, c’est avant tout la place d’une femme en forĂȘt, d’un ĂȘtre reconsidĂ©rant son monde et ses propres valeurs.

Entre les planches de cette cabane, il y a le refuge de la colĂšre, la rĂ©sistance au froid et ses tourments poĂ©tiques, la jouissance de l’instant jouxtant le hurlement des coyotes, le crĂ©pitement du feu tandis qu’au loin, un braconnier tue sa proie.

« Que toutes les courbes de ma route avaient comme unique dessein de me mener ici pour survivre Ă  un hiver froid, mais couronnĂ© d’étoiles et de perles de sagesse, je ne saurais le dire avec certitude. Destin ou non, les couleurs de cette nuit blanche ont rĂ©veillĂ© en moi une palette d’espĂ©rance, bien plus que tous les amants du monde. »

Coup au cƓur engagĂ©.

Une chronique à retrouver sur Les libraires masqués du Grenier

Fanny
Les libraires masqués du Grenier 13 janvier 2021

- Encabanée

InspirĂ©e par son choix de vie dans son chalet au cƓur des bois, prĂšs de la riviĂšre Kamouraska Ă  Saint-Bruno au QuĂ©bec, Gabrielle Filteau-Chiba en a fait un roman, dont le lien est l’écologie, la dĂ©fense de la nature, de notre Terre-mĂšre.

On songe immĂ©diatement Ă  Henry David Thoreau, Ă  son livre « Walden ou la vie dans les sous-bois », mais aussi Ă  l’expĂ©rience de Sylvain Tesson, sa vie d’ermite dans les forĂȘts de SibĂ©rie. Anouk, l’hĂ©roĂŻne de ce petit roman intitulĂ© « L’EncabanĂ©e », tente quant Ă  elle l’expĂ©rience de son « fĂ©minisme rural », dit-elle. Ayant fait provision de nourriture, d’alcools, de livres, donc de l’essentiel pour survivre aux grands froids et Ă  la solitude, et soumise aux tĂąches physiques, elle se confie le soir Ă  son journal de bord, toujours dans ce souci lĂ©gitime de laisser une trace, Ă  la lumiĂšre des bougies et du poĂȘle Ă  bois. A l’écart des vitres et des murs du chalet, non loin du fleuve glacĂ©, elle n’a que des coyotes pour voisins. Elle a voulu fuir la ville et tout le systĂšme de ses contemporains qui leur grille les ailes. Elle refuse cette vie matĂ©rielle (un titre dans l’Ɠuvre de Marguerite Duras), et toutes ses formes de pollutions. Sa vĂ©nĂ©ration au silence et Ă  la prĂ©sence des arbres et du vĂ©gĂ©tal la porte au-delĂ  de ses espĂ©rances. Sauf qu’en contradiction son fĂ©minisme pourtant haut clamĂ©, est parfois saturĂ© et lĂ©gĂšrement trahi lorsque son esprit vagabonde et tangue vers le manque d’un homme certains soirs [
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Est-ce que sa bonne Ă©toile aura finalement guidĂ© un amant transit de froid jusqu’à sa porte ?
Toujours est-il que l’auteure a, par ailleurs, et sans cause Ă  effet, trĂšs judicieusement glissĂ© dans cette fiction son rappel Ă  la protection de la nature en faisant la lumiĂšre sur la lutte des Ă©cologistes quĂ©bĂ©cois contre l’industrie pĂ©troliĂšre qui pollue leurs eaux, et qui, de ce fait, contrarie l’espĂšce des bĂ©lugas qui naissent lĂ , dans le fleuve Kamouraska


Un roman engagĂ© Ă©crit dans l’esprit de la langue quĂ©bĂ©coise, selon des tournures typiques, qu’un glossaire sympathique et prĂ©venant traduit Ă  la fin de l’ouvrage pour le plaisir du lecteur dĂ©paysĂ©.

Une chronique de l’émission Couleur Papier sur Triage FM

Erik Poulet-Reney
Couleur Papier // Triage FM 13 janvier 2021

- Gabrielle Filteau-Chiba et sa cabane au Canada

Gabrielle Filteau-Chiba Ă©tait l’invitĂ©e de Marie Richeux dans son Ă©mission Par les temps qui courent sur France Culture afin de discuter de son premier roman EncabanĂ©e et de son expĂ©rience de ses jours passĂ©s seule dans le bois du Kamouraska.

Une émission à réécouter sur France Culture

Marie Richeux
France Culture // Par les temps qui courent 11 janvier 2021

- Sélection livre

EncabanĂ©e est le coup de coeur de la librairie Les Bien-AimĂ©s Ă  Nantes. La libraire le prĂ©sente sur France Bleu. À Ă©couter en ligne.

Hervé Marchioni
France Bleu Loire Océan 10 janvier 2021

- Encabanée

Lasse de sa vie professionnelle et d’une une sociĂ©tĂ© qu’elle juge superficielle, Anouk dĂ©cide de quitter MontrĂ©al et de s’« encabaner » dans un refuge au Kamouraska, dans le Bas-Saint-Laurent. C’est dans cette cabane, coupĂ©e du monde et confrontĂ©e Ă  un hiver trĂšs rude, qu’elle va tenter de trouver un nouveau sens Ă  sa vie, en effectuant un retour aux sources dans la nature. Jusqu’au jour oĂč un homme frappe Ă  sa porte, lui demandant de le cacher quelques jours.

Ce court rĂ©cit propose un voyage Ă  la fois rĂ©el et intĂ©rieur. Sous forme de carnet de bord, la narratrice, dont le livre est en partie tirĂ© de sa propre expĂ©rience, offre un rĂ©cit poĂ©tique oĂč nature et introspection sont omniprĂ©sentes : il s’agit de retrouver le sens de la vie dans une sociĂ©tĂ© soumise Ă  l’immĂ©diatetĂ© et au consumĂ©risme. Mais au-delĂ  d’un simple plaidoyer pour une quĂȘte de sens, l’ouvrage se fait porte-voix d’un combat Ă©cologique militant et engagĂ©. La force de l’auteure est de faire prendre conscience de notre impact sur la planĂšte, renvoyant chacun Ă  la libertĂ© de trouver son rĂŽle et sa place dans la protection de la nature. (E.M et A.-M.D)

Une chronique Ă  retrouver dans Les notes

Les notes
Les notes 8 janvier 2021

- Cinq romans de la rentrée littéraire 2021 pour bien commencer l'année

Quatre autrices et un auteur réfléchissent à la façon dont la vie les confronte, ou confronte leurs personnages, à la solitude.

En ce dĂ©but d’annĂ©e civile, une nouvelle fournĂ©e d’ouvrages de grande qualitĂ© dĂ©barque sur les Ă©talages des librairies. Ces cinq artistes dont c’est le premier ou le deuxiĂšme livre tirent incontestablement leur Ă©pingle du jeu.

«EncabanĂ©e», voyager en soi-mĂȘme

Le plus court roman de cette sĂ©lection (une centaine de pages), dĂ©crit la vie de solitude choisie par Anouk. Dans une cabane rustique situĂ©e au fond des bois du Kamouraska, cette jeune femme quĂ©bĂ©coise renoue avec elle-mĂȘme, se dĂ©lectant d’une vie de dĂ©nuement Ă  laquelle elle aspirait depuis longtemps.
EncabanĂ©e nous est prĂ©sentĂ© comme le journal d’Anouk, double fictionnel de l’autrice Gabrielle Fiteau-Chiba, qui vit cette existence ascĂ©tique avec intensitĂ©, alternant phases d’allĂ©gresse et vraies pĂ©riodes de doute. Du Sylvain Tesson sans le vernis rĂ©actionnaire, en quelque sorte. Car mĂȘme lorsqu’elle se remĂ©morre certains instants de son ancienne vie, la narratrice sait rester humble et lucide.
Dans son dernier acte, EncabanĂ©e injecte un surcroĂźt de tension en modifiant soudainement la donne. Loin de dĂ©naturer l’ensemble, ce rebondissement dont on ne rĂ©vĂšlera rien vient au contraire approfondir la rĂ©flexion de l’écrivaine sur les bienfaits de la solitude et sur la dimension trĂšs politique de la quĂȘte de son hĂ©roĂŻne.

Extrait
«J’ai lu quelque part que l’eau salĂ©e soigne toutes les peines de l’ñme: la mer, la sueur et les larmes. J’ai mis toutes les chances de mon cĂŽtĂ© en partant pour le Bas-Saint-Laurent avec une pelle, une hache et mon dĂ©goĂ»t de la sociĂ©tĂ©. Reste Ă  voir qui rira le dernier. Si le froid me laisse du lousse^1^. Si le printemps existe toujours. Parfois je crains que l’hiver ne se soit installĂ© pour de bon.»

DĂ©couvrez l’article et les autres romans de la sĂ©lection sur Slate

Thomas Messias
Slate 9 janvier 2021

- Encabanée

Ceux qui me suivent le savent, j’aime faire dĂ©couvrir des auteurs en dehors des autoroutes de l’édition. La maison Le Mot et le reste, basĂ©e Ă  Marseille, fait partie de ces Ă©diteurs indĂ©pendants que je suis pour la qualitĂ©, la diversitĂ© et l’originalitĂ© de ses parutions. Je vais commencer cette annĂ©e 2021 par ce premier roman de Gabrielle Filteau-Chiba, EncabanĂ©e, paru initialement au QuĂ©bec aux Ă©ditions XYZ.

EncabanĂ©e est un de ces termes imagĂ©s typiquement quĂ©bĂ©cois que l’on retrouve tout le long de ce roman et qui donnent une touche particuliĂšre aux lecteurs français, nous permettant presque d’entendre le savoureux accent de Gabrielle Filteau-Chiba. Son Ă©criture fluide et subtile nous embarque dans ce huis clos avec l’hiver de la forĂȘt canadienne, un journal intime entre les Ă©lĂ©ments et l’auteure en quĂȘte de retour sur elle-mĂȘme. Pas facile de quitter le confort de la ville pour aller affronter le froid, la solitude et la nature sauvage sur fond de cris de coyotes. Tout est rĂ©duit au minimum vital pour mieux rĂ©apprendre les valeurs et rĂ©vĂ©ler les vrais besoins. C’est le moyen pour Anouk, le personnage central, de tout remettre Ă  plat et de passer Ă  la phase suivante de sa vie.

Reste une visite inattendue qui va bouleverser cette solitude.

L’auteure, concernĂ©e de prĂšs par l’environnement et la dĂ©fense de la nature a vĂ©cu cet isolement dans son chalet sur une terre prĂšs de la riviĂšre Kamouraska Ă  Saint-Bruno, sans Ă©lectricitĂ© et sans eau courante. On ne peut inventer les morsures du froid, le besoin vital de feu, de nourriture, d’eau et de sommeil.
« Je me suis imaginĂ© des choses qui ne sont peut-ĂȘtre pas arrivĂ©es. Dans un dĂ©lire d’avoir froid et de ne pas dormir. Tes peurs prennent plus de place. Tu ne sais plus s’il y a quatre ou quarante coyotes dehors », dit Gabrielle Filteau-Chiba. (Source : Le Journal de QuĂ©bec)

Ce journal intime, censĂ© n’ĂȘtre lu que par son auteur, s’adresse Ă  tout le monde, dissĂ©minant ici et lĂ  un effet miroir, une question, un regard sur notre sociĂ©tĂ©, l’environnement, etc. Pas de leçon, juste l’expĂ©rience de cette femme qui tente de quitter la ville, sans y ĂȘtre rĂ©ellement prĂ©parĂ©e.

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La chronique est à lire en intégralité sur le blog de Dominique Lin

et aussi sur France Bleu Vaucluse

Dominique Lin
France Bleu Vaucluse 8 janvier 2021

- Encabanée

Anouk, jeune femme lassĂ©e de la ville et du mode de vie qu’on y adopte – « l’eau embouteillĂ©e, la propagande sur Ă©cran, la mĂ©fiance entre voisins, l’oubli collectif de nos ancĂȘtres et de nos combats, l’esclavage d’une vie Ă  crĂ©dit et les divans dans lesquels on s’incruste » –, quitte MontrĂ©al pour une cabane au Kamouraska.
LĂ , sur les rives du fleuve Saint-Laurent, alors que sa voiture se recouvre bientĂŽt de neige, Anouk fait l’expĂ©rience de la vie solitaire au cƓur de la nature. Le journal qu’elle tient les premiers jours de cette nouvelle existence ne cache pas les difficultĂ©s qui sont les siennes, le froid qui s’insinue partout, les coyotes qui rĂŽdent, les mauvais gestes qui causent des blessures et le corps qui crie ses manques. Mais le chemin vers le « fĂ©minisme rural » dans lequel s’est engagĂ©e la narratrice regorge aussi de beautĂ© : l’aurore et ses pastels, lire, Ă©crire et dessiner jusqu’à ce que la nuit tombe. Et, aussi isolĂ©e que soit la cabane, on peut tout de mĂȘme y adopter un chat, y rencontrer un homme aussi inspirant que mystĂ©rieux


Dans ce court rĂ©cit Ă©crit sous forme de vrai-faux journal, Gabrielle Filteau-Chiba dĂ©crit sans faux-semblants la beautĂ© et la duretĂ© de cette rĂ©gion sauvage, mais ce manifeste en faveur de la Nature ne serait certainement pas le mĂȘme sans l’attachement au QuĂ©bec et notamment Ă  sa langue qui transparaĂźt Ă  chaque page : « Le vent porte l’odeur musquĂ©e des feuilles mortes sous la neige, et j’attends un printemps prĂ©coce comme on espĂšre le QuĂ©bec libre. »
En effet, non contente de se placer sous le patronage du Karoumaska d’Anne HĂ©bert, grande femme de lettres francophone, l’auteure parsĂšme son rĂ©cit de citations et de rĂ©fĂ©rences Ă  la littĂ©rature quĂ©bĂ©coise. Pour le lecteur français, les mots quĂ©bĂ©cois qui Ă©maillent le rĂ©cit donnent ainsi une certaine poĂ©sie Ă  cette belle chronique d’une renaissance : « C’est ici, au bout de ma solitude et d’un rang dĂ©sert, que ma vie recommence. »

Une chronique Ă  retrouver sur Encres vagabondes

Amadine Farges
Encres vagabondes 8 janvier 2021

- Ecabanée, bribes d'une révolte intérieure

InspirĂ© du rude hiver qu’elle a passĂ© dans sa cabane du Bas-du-Fleuve en 2013, EncabanĂ©e, le premier roman de Gabrielle Filteau-Chiba est une pause nĂ©cessaire en ces temps oĂč le monde s’emballe mais Ă©galement un cri de colĂšre face Ă  une sociĂ©tĂ© qui a oubliĂ© ses racines.

En 2012, Gabrielle Filteau-Chiba, traductrice de mĂ©tier, habite MontrĂ©al. Elle a 25 ans, un emploi qu’elle aime bien, mais Ă©prouve une sorte de malaise par rapport au cirque social et aliĂ©nant de la grande ville. Pour changer d’air, elle rend visite Ă  des amis qui louent une maison dans les terres derriĂšre Kamouraska. Elle y reste cinq semaines, dĂ©cide d’acheter un terrain avec une petite cabane dessus. Elle retourne Ă  MontrĂ©al, le temps de vendre tout ce qu’elle possĂšde et la voilĂ , Ă  l’hiver 2013, prĂȘte Ă  passer l’hiver dans sa cabane.

A la maniĂšre d’un Sylvain Tesson ou Henry David Thoreau, elle nous fait ressentir Ă  travers une dizaine d’évocations ses peurs et ses petites joies, ses rĂ©flexions profondes par rapport Ă  un environnement hostile mais tellement fragile. Car EncabanĂ©e n’est pas un roman de survie mais plutĂŽt une ode Ă  la beautĂ© et un appel Ă  la dĂ©fense des rĂ©gions sauvages du QuĂ©bec. Un appel qui rĂ©sonne encore plus Ă  l’heure actuelle oĂč de plus en plus de gens rĂ©alisent la vacuitĂ© de la sociĂ©tĂ© moderne et la nĂ©cessite de se reconnecter Ă  quelque chose de plus profond et authentique.

Bien entendu, comme dans toute cette littĂ©rature de cabane, le lecteur rĂ©alisera que la vie sauvage est loin d’ĂȘtre aussi romantique qu’elle n’y paraĂźt au premier abord et que se frotter aux Ă©lĂ©ments peut vous dĂ©courager avant de trouver la foi. NĂ©anmoins, il y a quelque chose d’attirant dans cet isolement et ce renoncement Ă  la sociĂ©tĂ© de consommation.

EncabanĂ©e ne vous poussera peut-ĂȘtre pas Ă  partir dans la seconde dans les grandes Ă©tendues sauvages, mais dĂ©clenchera chez certains lecteurs un processus de rĂ©flexion par rapport Ă  leur propre existence et leur lien avec la sociĂ©tĂ© actuelle. Un ouvrage Ă  acquĂ©rir pour ceux qui se sentent Ă  l’étroit dans notre sociĂ©tĂ© moderne.

Une chronique à retrouver en intégralité sur Le Suricate Magazine

Vincent Penninckx
Le Suricate Magazine 7 janvier 2021

- Vivre et écrire dans le Kamouraska

Isabelle Kortian a reçu Gabrielle Filteau-Chiba autour de son récit Encabanée.

EN PLATEAU (VIRTUEL) :
Gabrielle Filteau-Chiba, romanciÚre québécoise et militante de la cause environnementale, publie Encabanée, son premier roman, aux éditions Le mot et le reste.

CONTEXTE :
Traductrice de formation, Gabrielle Filteau-Chiba a quittĂ© le confort d’une vie citadine Ă  MontrĂ©al, sa ville natale au QuĂ©bec, pour vivre durant trois ans dans les conditions les plus rudimentaires d’une cabane sans eau et sans Ă©lectricitĂ©, perdue dans les forĂȘts du Kamouraska. EncabanĂ©e, son premier roman (et premier volet d’un triptyque), est nĂ© de cette expĂ©rience extrĂȘme qui l’a marquĂ©e et profondĂ©ment transformĂ©e.

Est-ce la peur de « s’encanailler », de s’embourgeoiser, qui conduit la narratrice Ă  s’encabaner et affronter solitude et coyotes dans les nuits glacĂ©es du Bas-Saint-Laurent ? La peur de se laisser vaincre par l’usure du temps, les compromis et les dĂ©missions, l’apathie et le cynisme, pousse-t-elle l’ex-Ă©tudiante engagĂ©e et jeune femme promise Ă  une brillante carriĂšre, Ă  larguer les amarres et vivre sans filet ? Caprice bobo ou dĂ©cision irrĂ©versible ? Coup de tĂȘte ? Coup de foudre pour le Kamouraska.
« Fini, la facilitĂ© de se dĂ©merder en ville, grĂące Ă  ta belle gueule », dĂ©clare Anouk en se constituant prisonniĂšre de l’hiver, sans grande prĂ©paration. Avec comme seule compagnie, celle d’un journal de bord soumis aux alĂ©as de l’encre gelĂ©e de sa plume, et celle des souris, ses colocataires.

Comment fait-on pour survivre quand l’eau de la riviĂšre est gelĂ©e, qu’il fait moins 40 Ă  l’extĂ©rieur et qu’il faut sortir chercher du bois ? Le froid qui vous empĂȘche de dormir. La peur de s’endormir et mourir de froid, car le feu s’est Ă©teint dans la cheminĂ©e. La neige pour tout horizon.
L’épreuve du froid comme mĂ©taphore. Oui et non. Un baptĂȘme du feu. Douter mais ne pas renoncer. Assumer ses rĂȘves et ses illusions. Ses erreurs. Faire l’expĂ©rience de ses propres limites. Oser aller au bout de soi-mĂȘme. Entrer dans le vif du sujet, ĂȘtre et non pas paraĂźtre. En quoi vaincre la frilositĂ© libĂšre, est facteur d’émancipation ? En passer par lĂ  pour trouver et puiser en soi les ressources inconnues, la force et le courage. La sĂšve et le sel de la vie. La cabane comme une boĂźte de Pandore. RenaĂźtre. Attendre le printemps. Comme une aurore borĂ©ale.

Pour Gabrielle Filteau-Chiba, l’écriture n’est pas un exercice futile. Elle passe par une difficile mise Ă  nu de soi-mĂȘme dans lequel subsiste l’essentiel, dĂ©lestĂ© du superflu. Il faut Ă©prouver que l’on est soi-mĂȘme vivant pour prendre rĂ©ellement conscience de ce qu’est la vie, que les autres sont des vivants, que la nature est vivante et mĂ©rite notre respect et notre bienveillance. EngagĂ©e dans la lutte environnementale, la romanciĂšre quĂ©bĂ©coise Ă©crit comme elle vit, en harmonie, en osmose avec la nature, dont elle se sent un Ă©lĂ©ment. Sa prose poĂ©tique rend hommage aux gĂ©nĂ©rations qui nous prĂ©cĂšdent, aux AmĂ©rindiens, aux premiĂšres nations, Ă  la solidaritĂ© qui unit tous les vivants. Avec vigueur et fraĂźcheur, elle porte l’aube d’un monde nouveau. Son rĂ©cit est celui d’une conversion, la sortie de l’adulescence et l’entrĂ©e dans l’ñge adulte, celui de l’éco-responsabilitĂ©. Planter un arbre, lutter contre la dĂ©forestation, en manifestant pacifiquement, en dessinant, en Ă©crivant, sont chaque fois une merveilleuse façon de cultiver l’espoir, de remporter de petites victoires qui, s’ajoutant les unes aux autres, font sens.

Les petites riviĂšres font les grands fleuves.

L’interview est Ă  Ă©couter dans l’émission Le monde en questions sur la radio Cause Commune

Isabelle Kortian
Cause Commune // Le monde en questions 4 janvier 2021