Ăcrits dyonisiens
Joseph et lâuniversitĂ©
Joseph est penchĂ© sur les Ćuvres complĂštes du pseudo-Denys lâArĂ©opagite (Traduction, prĂ©face et notes par Maurice de Gandillac, Aubier Montaigne, Paris, 1943), chargĂ© dâune nouvelle Ă©dition de la ThĂ©ologie mystique, le dernier traitĂ© de Dionysos, Denys, pseudo-Denys, ou Denis. â comment lâappeler ? puisque aucun des prĂ©noms ne correspond Ă lâauteur vĂ©ritable ; puisque, comme il Ă©tait Ă prĂ©voir, lâhomme pieux quasi tricentenaire comblĂ© de rĂ©vĂ©lations successives, le prosĂ©lyte couronnĂ© de tant de mitres, le bienheureux gratifiĂ© Ă son heure derniĂšre de la palme du martyre, le dĂ©collĂ©, saint Denis, Ă©tait un personnage abstrait, figure transparente oĂč se fondent, par lâentremise des hagiographes et des martyrologes, six ou dix Denis ou Denys vĂ©ritables courant chacun, Ă lâĂąge de la premiĂšre Eglise, un liĂšvre diffĂ©rent sur une autre partie du monde.
Dâentre ces personnages, Ă©voquons ici les trois plus fameux : Denys lâArĂ©opagite, citĂ© par saint Paul (Actes des ApĂŽtres, XVII, 34) comme lâun des rares AthĂ©niens quâil trouva prĂȘts, lors de son discours dans la citĂ© attique, Ă le suivre et Ă embrasser la religion nouvelle â cet habitant de lâArĂ©opage fut peut-ĂȘtre le premier Ă©vĂȘque dâAthĂšnes ; le second pseudo-Denys, est un des premiers auteurs « mystiques » â mais il faudrait dĂ©finir ce mot â qui emprunte, par humilitĂ© peut-ĂȘtre, le nom du compagnon de Paul et se fait passer pour un contemporain du Christ ; on lui doit quatre traitĂ©s : les Noms divins, la HiĂ©rarchie cĂ©leste, la HiĂ©rarchie ecclĂ©siastique, la ThĂ©ologie mystique et une dizaine dâEpĂźtres ; lâanalyse minutieuse des textes patristiques circonscrit Ă©troitement lâensemble de ses textes, le « corpus dionysien », au dĂ©but du vie siĂšcle et au cercle nĂ©oplatonicien de Proclus ; le troisiĂšme Denis, Ă©vĂȘque de Paris, fut dĂ©capitĂ© Ă la fin du III^e siĂšcle : la lĂ©gende sâempare du martyr et la couronne mĂ©rovingienne en fait immĂ©diatement son saint patron ; plus tard, Charlemagne contribue Ă en diffuser largement le culte.
Joseph, chercheur, professeur Ă lâuniversitĂ© de Saint-Denis, expĂ©rimentĂ©, collĂšgue complaisant, Ă©dite textes mystiques avec apparat critique : introduction, prĂ©sentation, commentaires, notes en bas de page ou en fin de chapitre (indiffĂ©remment). Accepte tout, mĂȘme mal payĂ©.
Trop long.
J. prof. éd. textes myst. intro. comm.n. Mal payé O.K.
Ăa va. On fait court. Câest la vie.
Le songe de Joseph
Dans la bibliothĂšque, Joseph sâendort. Il repousse sa chaise pour sâĂ©tendre plus commodĂ©ment, pose sa joue contre les pages du livre ouvert et sombre ainsi, parmi les effluves de poussiĂšre et de papier ranci. Il voit dans la nuit improvisĂ©e les vrillettes Ă lâĆuvre Ă mĂȘme le livre, y dessiner avec lenteur une figure aux contours indĂ©finissables, de leurs sillons aux reflets dâinfini reprĂ©senter un visage et puis gagner sa tĂȘte Ă lui, Joseph, pour y ronger des cavernes proprettes. Il voit encore dans le jour un corps glorieux comme une torche aux reflets mĂȘlĂ©s. Et lui adresse la parole.
Photographies dâYves Jolivet
Qui Ă©tait Denys lâArĂ©opagite, ou plutĂŽt qui Ă©taient-ils ? Câest la question Ă laquelle Joseph, universitaire, tente de trouver une rĂ©ponse en interrogeant dâanciens manuscrits. Ainsi, prĂ©sent et histoire se mĂȘlent dans une rĂȘverie jusquâĂ former un entre-deux insaisissable.
Les courts textes de Xavier Galmiche, Ă©rudits, ironiques et dâune trĂšs grande qualitĂ© stylistique soulĂšvent aussi les problĂšmes de conservation de la mĂ©moire et de son support, le livre. Cette mĂȘme interrogation se dĂ©ploie dans un autre registre, celui de lâimage. Les photographies dâYves Jolivet dĂ©veloppent une interrogation sur les niveaux de lecture dâune fresque religieuse dans laquelle les informations visuelles sont tronquĂ©es par lâeffet du temps et des destructions humaines. Peut-ĂȘtre est-ce ainsi quâil faut aussi considĂ©rer cet ouvrage, un lieu clos dans lequel saisissement du sens et effacement du sens des mots et images sâaffrontent tour Ă tour, Ă mesure de la destruction physique du livre.