Dictionnaire de littérature à l'usage des snobs
Le terme de snob est plutĂŽt Ă prendre ici dans un sens de secte Ă©lective qui prĂ©fĂšrera toujours placer au sommet de son panthĂ©on personnel un auteur mĂ©connu mais jugĂ©, pour des raisons qui nâappartiennent quâĂ lui, mille fois plus important quâune sommitĂ© universelle des lettres au palmarĂšs suffisamment Ă©loquent pour sâattirer une indiffĂ©rence teintĂ©e de mĂ©pris.
Comment dĂ©finir si un Ă©crivain est snob ou non? Quelle particularitĂ© dâordre littĂ©raire, historique ou social le rend unique aux yeux des snobs littĂ©raires? Les Ă©lus de ce recueil dâĂ©crivains, dâartistes, de cinĂ©astes, de lieux possĂšdent en commun le don dâĂ©veiller les passions dans les salons, de questionner le lien entre talent et cĂ©lĂ©britĂ©. Les rĂšgles ne sont pas les mĂȘmes de ce cĂŽtĂ©-ci de la littĂ©rature et il ne fait pas forcĂ©ment bon ĂȘtre reconnu. Les idoles de lâombre trouvent plus facilement grĂące aux yeux des snobs intransigeants fort peu enclins Ă partager leurs dĂ©couvertes. Philippe Garnier y cĂŽtoie donc Gabriel Joseph de La Vergue, comte de Guilleragues pendant que les Algonquins et H.L. Mencken trouvent leur place aux cĂŽtĂ©s de lâermite François Augieras.
LâobjectivitĂ© nâest pas une qualitĂ© requise pour entrer dans lâunivers des snobs littĂ©raires mais on ne saurait douter du talent de tous les auteurs prĂ©sents ni remettre en cause le prestige qui entoure les associations et lieux cultes citĂ©s. Cet ouvrage regorge de perles littĂ©raires quâil ne faudrait pas simplement lire dans le but de pouvoir enfin disserter en sociĂ©tĂ© sur les poĂšmes des Crosby ou le Locus Solus de Raymond Roussel, mais bel et bien parce que le talent les habite. Il ne sâagit pas ici de pontifier sur dâillustres inconnus mais de construire une sĂ©lection littĂ©raire intrigante et passionnante, parsemĂ©e dâanecdotes et dâobservations hilarantes.
Revue de presse
Parution ce mois, dâune version actualisĂ©e, revue et corrigĂ©e du fameux Dictionnaire de littĂ©rature pour les snobs de Fabrice Gaignault Ă©ditĂ©e Ă lâĂ©poque en moindre tirage et restĂ© lettres mortes, de fait, pour beaucoup de lecteurs. Petit prĂ©cis de littĂ©rature pour initiĂ©s â ou pour ceux qui aimeraient le devenir â le âDico de littĂ©rature snobâ enchantera ceux qui cherchent de nouvelles pistes excentriques et souhaitent enrichir Ă la fois leur bibliothĂšque, et leur culture. Dâune maniĂšre trĂšs snob, bien Ă©videmment.
Quel rapport entre le critique, essayiste et poĂšte français Michel Bulteau et le Club des Longues Moustaches ? Entre un gĂ©ant boxeur neveu dâOscar Wilde (Arthur Cravan) et le mouvement Dada ? Entre lâinĂ©narrable critique rock fin de siĂšcle Yves Adrien et lâĂ©trange JosĂ©phin PĂ©ladan ? Entre la mythique City Lights Bookstore (librairie Beat de San-Francisco rĂ©unissant les Ćuvres de William Burroughs, Gregory Corso, Allen Ginsberg plus tous les autres) et lâOutlaw Liberation Army ? Entre Ian Fleming, crĂ©ateur de lâagent 007 et Jean-Jacques Schuhl ? Qui sont Sebastien Horsley et SunsiarĂ© de Larcöne ?
Simple ! Tous sont de prĂšs ou de loin affiliĂ©s Ă des mouvements littĂ©raires obscurs et/ou confidentiels pour le commun des lecteurs, mais font office de vĂ©ritables cultes pour lâamateur de littĂ©rature snobs. Le parti pris du snobisme dans le domaine des lettres, comme le signal trĂšs bien Fabrice Gaignault dans sa prĂ©face,âcâest choisir plutĂŽt le dĂ©lirant poĂšte beat John Giorno que ce balourd de Jacques Kerouac, lâamusant Louise de Vilmorin Ă son dernier amant le vibrionnant AndrĂ© Malrauxâ, prendre le parti pris de lâobscur chĂ©ri par quelques-uns plutĂŽt que le pseudo âbranchĂ©â adorĂ© par lâensemble.
Câest aussi faire preuve de curiositĂ©, dâoriginalitĂ© et de radicalisme. DĂ©fendre, avec bien souvent un maximum de mauvaise foi, lâinconnu gĂ©nial et donc logiquement incompris aux yeux du snob, au dĂ©triment du gĂ©nĂ©ral. De fait, nous sommes tous snob en littĂ©rature Ă partir du moment oĂč nous prĂ©fĂ©rons, disons, William Burroughs, Ă Marc Levy. Et dans un monde oĂč plus personne ne lit, la lecture en elle-mĂȘme, est souvent le comble du snobisme. Reste quâĂ lâheure oĂč sort Obsession, dernier recueil de nouvelles de lâultra-dandy contemporain Jean-Jacques Schuhl (dont le fabuleusement prĂ©cieux Ingrid Caven fut pourtant rĂ©compensĂ© en par le Prix Goncourt en 2000) et sommet de littĂ©rature snob, la lecture de ce dictionnaire est plus que jamais dâactualitĂ© !
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