Demain c'est le beau monde
Un texte dense sur le partage, lâamour et la (re)dĂ©couverte face Ă la maladie et Ă lâoubli.
« Demain câest le beau monde, nous allons partir tous les deux sur les routes comme avant. Longer les lacs, les riviĂšres, regarder le ciel comme celui qui nous troublait certaines nuits. Je suis Ă©mue Ă cette idĂ©e. Tu mâas appris Ă voir. Si tu pouvais, tu me dirais quâune histoire, ça ne se raconte pas par la fin. » ConfrontĂ©e Ă la maladie qui emporte doucement lâhomme qui a partagĂ© sa vie, une femme part sur les routes quâelle a autrefois empruntĂ©es avec lui. Elle sâoffre une ultime tentative de renouer avec les souvenirs en suivant la trace dâun passĂ© qui tend Ă disparaĂźtre. Une escapade dans leurs souvenirs, quâelle lui dĂ©die, dans lâespoir illusoire mais nĂ©cessaire quâĂ travers elle il pourra assembler les bribes de sa mĂ©moire et lutter, encore un peu, contre la fugue de son esprit.
Revue de presse
Une femme dont le compagnon perd la mĂ©moire â tout leur passĂ© commun sâefface pour lui de jour en jour â est partie seule sur les traces de leurs souvenirs, des lieux oĂč ils se sont aimĂ©s pour tenter de survivre Ă lâangoisse de lâavenir. Il est toujours lĂ mais il ne parle plus, il ne sait plus, il perd ses mots, ses gestes, ses liens au monde : « Au dĂ©but de ton silence, tu avais punaisĂ© une phrase, dans le couloir dâentrĂ©e, une ligne dâun poĂšme de Paul Ăluard. âJe fĂȘte lâessentiel, je fĂȘte ta prĂ©sence.â Quelques mots sauvĂ©s avant la haute mer, le naufrage promis. Le poĂšme dit aussi que rien nâest passĂ©, la vie a des feuilles nouvelles. Ma promenade nâest pas une Ă©preuve, une preuve plutĂŽt de ce qui a vĂ©cu et ce qui peut se prĂ©senter Ă nous, durer encore un peu. Une poignĂ©e de saisons avant que mes cheveux ne se teintent dâargent et de neige, que ta voix et tes mots ne soient plus quâune suite de sons oĂč il manque lâessentiel, le sens. Sens et justesse des mots. »
Elle lâa laissĂ© quelques jours dans une maison mĂ©dicalisĂ©e pour tenter de reconstituer un peu dâĂ©nergie face au dĂ©sastre qui les attend. Elle retrouve une amie ainsi que son professeur de violoncelle, instrument de musique qui lâaccompagne toujours. La nature lui permet de jouer dans la sĂ©rĂ©nitĂ© et lâharmonie du lieu : « Jâai Ă©coutĂ© les sifflements des oiseaux, les cris des corbeaux ou des corneilles. Pour les accompagner, jâai sorti le violoncelle que jâai emportĂ© dans le coffre de la voiture. Avec eux et pour nous, jâai jouĂ©, le temps quâa durĂ© le miracle. Sans toi, je vais continuer Ă regarder le ciel, me battre contre ta mĂ©moire mitĂ©e sans que tu nây puisses rien. Au dĂ©but, elle sâest faite capricieuse, puis elle sâest Ă©loignĂ©e, comme sâen vont les mots. Lâair et les pages deviennent vides de sens. Quand il nây a plus de voix, il nây a plus de langue. »
La lecture est aussi prĂ©sente que la musique : « Lire, câĂ©tait ton bonheur autant que la musique. » De nombreuses rĂ©fĂ©rences littĂ©raires enrichissent le texte.
Câest un superbe poĂšme dâamour pour lâĂȘtre aimĂ© qui se retire du monde peu Ă peu au fur et Ă mesure de lâĂ©volution de la maladie qui engloutit sa mĂ©moire et ne laisse quâun corps vidĂ© de toute la richesse qui lâa constituĂ©.
Cette prose poĂ©tique relate un moment de rĂ©pit qui permet Ă lâhĂ©roĂŻne de se ressourcer. Câest beau et terrifiant dâaccompagner ces instants dâamour et de tendresse oĂč cette femme demeure seule dans la nostalgie de ce quâelle a vĂ©cu avec son compagnon.
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