Comment jâai gagnĂ© le Canada
« La route de MontrĂ©al Ă Toronto, bĂ©ton implacable, est inhumaine Ă lâauto-stoppeur. Il y passe peut-ĂȘtre en moyenne une voiture chaque dix secondes ; et, plus il en passe, moins il y a de chances quâelles sâarrĂȘtent.
Selon la vieille tactique europĂ©enne, je mâĂ©tais efforcĂ© de sortir de la ville. AprĂšs deux ou trois fausses pistes, je parviens Ă lĂącher le dernier tramway lĂ©preux et goutteux, pour courageusement grimper la rampe qui domine le fleuve au-dessus de Verdun. JâarrĂȘte Ă un point que je crois stratĂ©gique, pose mon sac, mâassieds sur ma valise. Au bout de cinq minutes, jâavais mal au bras Ă force de faire signe. [âŠ]
Une Plymouthâ39 sâĂ©tait arrĂȘtĂ©e, je ne lâavais pas vue. Il y avait trois heures que jâattendais. Il allait Ă Valois. CâĂ©tait bien sur la grande route, le plus loin possible, jâespĂ©rais. CâĂ©tait un bon vieux scotch dâune soixantaine dâannĂ©es, invalide de guerre.
â O yourâfrom France ! Betioune, Sainte Quentinnnss, Amiensss. Mamoiselle from ArmentiĂšres. Ah ! Ah ! How do you like Canada ? »
Préface de Raymond Federman
Dans cet ouvrage au style trĂ©pidant, lâauteur nous invite Ă la traversĂ©e du Canada de la fin des annĂ©es cinquante. Ici, fiction et rĂ©alitĂ© se mĂ©langent dans des aventures de petits boulots, de rencontres et de grands espaces, de MontrĂ©al Ă Vancouver, avec 29 cents dans sa poche. Il y a aussi la route, lâauto-stop, lâhistoire de la ruĂ©e vers lâor, les trains de nuit et les filles dâun soir ou dâune vie. Câest aussi lâhistoire dâune langue : « mon mĂ©tier, câest la langue française », dit le narrateur. Conteur insatiable, ses propos « vocalisent avec tous les accents possibles et imaginables », dans un show Ă©poustouflant.
Revue de presse
Comment jâai gagnĂ© le Canada est lâĆuvre dâun homme qui Ă©crit en marchant et qui parle dans son Ă©criture Ă tous les temps et de tous les espaces quâil rencontre. Il soliloque, il crie, il chante, il rĂąle, il pense, il recite, il se tait mĂȘme. Ce quâil cherche Ă gagner bien plus que le Canada, câest sa propre libertĂ©.