Choro
« Claire et Anne poussent du pied le Bon PĂšre. Il a trouvĂ© lui aussi flottant la clĂ© musicale de la baie de lâambre & des mĂ»res. Le chef a tout son front â clartĂ©, nickel â dans le versant grattĂ© des pĂŽles. Au jusant chantonne comme une folle. On viendra venant elle est lĂ . Câest peut-ĂȘtre une jeune femme seule sous un saule. Une veine bleue traverse le doux flanc. Elle lui dit tirez sur lâos câest une fourche qui viendra et non merci. Parfois comme percent un peu les nerfs sous ses cheveux, la paille est une ombre oĂč lâon sert.
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Quand Juliano Garcia premiĂšrement a aimĂ© Claire les parties prenantes ont mĂ©nagĂ© un sort contenu dans la pierre. Un grand vaisseau principal porte les plis du monde jusquâau bord de la rive : prie dieu pour quâil tourne et retourne Anne dans le tapis des trĂšfles. Câest un petit chat et ses yeux affamĂ©s ont versĂ© tout premiĂšrement le souvenir matinal debout.
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Peignant, demeurant, chassant. »
En juin 1632, Anne et Claire, deux petites soeurs du couvent brĂ©silien de SĂŁo Pedro de SolĂs, assassinent le PĂšre jĂ©suite Juliano Garcia de Andrade qui abusait dâelles. Elles fuient en emportant son corps. Elles sont rattrapĂ©es et emprisonnĂ©es. Anne se donne la mort en se dĂ©fenestrant.
Claire est jugée et étranglée.
Revue de presse
« Emmanuel Tugny, la trentaine passĂ©e, est un poĂšte dâune rare discrĂ©tion. On sâĂ©tonnerait presque du nombre de livres quâil a publiĂ© depuis moins de dix ans chez Carte Blanche, aux cĂŽtĂ©s de Christain Prigent, Maurice Roche, Deuzeuze, etc., puis Ă La Part commune. Choro son septiĂšme opus, entame, nous prĂ©cise la quatriĂšme de couverture, un « cycle Ă©pique en trois volets », Ă partir de lâassassinat, en 1632, du pĂšre jĂ©suite Juliano Garcia par deux petites sĆurs du couvent brĂ©silien de Sao Pedro de Solis dont il abusait. Anne et Claire, qui chercheront Ă dissimuler le corps de ce pauvre pĂšre, seront rattrapĂ©es. Anne se dĂ©fenestrera. Claire sera jugĂ©e et Ă©tranglĂ©e. Deux vie vers quoi lâinfĂąme se retourne, aurait dit Michel Foucault. Mais Choro, qui est loin dâĂȘtre un livre fascinĂ© par le fait divers, nâexpose pas aussi abruptement la vie de ces deux sĆurs [âŠ]
Câest toute la finesse du livre. Il rend plutĂŽt la parole Ă ces deux sĆurs, par de petites proses serrĂ©es, rapides, nerveuses, parfois rĂ©duites Ă une seule ligne. Il rĂ©trocĂšde moins le dĂ©sir dâun jugement, ni mĂȘme ne rĂ©clame justice, mais cherche plutĂŽt Ă inventer une fiction capable de se retourner comme un gant pour aspirer lâĂ©vĂ©nement qui condamna ces deux vies et le rĂ©duire Ă rien, Ă rien sinon Ă toute la masse de mĂ©moire qui constitue, depuis leur naissance, leur vie Ă chacune. Câest une dĂ©marche forte, politique, au sens le plus profond, parce que la ligne serpentine de vies anodines est rendue Ă elle-mĂȘme : une trame de fils, des tissus plus complexes que le seul acte pour lequel on ira juger ces deux pauvres sĆurs. [âŠ]
Ces proses, aux rythmes nerveusement rentrĂ©es, les phrases de Tugny les font tourner comme la rage dans ses sĆurs. Et tourne ainsi le juste Ă©cho des mots face au mal. Choro, nous nâavons rien dit de ce mot Ă©trange, renvoie peut-ĂȘtre au grec xoros, qui signifie et fait rĂ©fĂ©rence Ă la descendance donnĂ©e par une femme (ses enfants) ; mais entend aussi le « rejeton, dâune plante par exemple », et plus tard donne tout le prisme dâun vocabulaire liĂ© Ă lâidĂ©e de jeune fille. Ses trois sens sont dans Choro, ils vont parfaitement au livre ; et appellent superbement ses lignes de fuites. »