Carnets des Cornouailles
Le vent soufflait. Nous avancions au milieu des ruines, ne sachant plus si, aprĂšs tout, ce que nous voyions, effleurant la surface de lâĂźle, sâimmergeait ou Ă©mergeait de cette masse de granit ensoleillĂ©. Il y avait lĂ un sourire sans contredit possible, le sourire du temps prĂ©sent quand le vent de la libertĂ© souffle sur la terre satisfaite. Voici trois millions et demi dâannĂ©es, cet endroit plat, Ă niveau de mer, nâexistait pas. Il a fallu que la terre se soulevĂąt pour quâapparĂ»t un pli, puis se formĂąt un repli sous lâeffet du mouvement, de la pression, du tremblement, de la rĂ©volution, pour quâune premiĂšre galette dâardoise se retournĂąt sur la vase et quâune premiĂšre fissure ouvrĂźt une ravine.
Les Carnets des Cornouailles ont Ă©tĂ© rĂ©digĂ©s au retour dâun sĂ©jour en Angleterre. AprĂšs un pĂšlerinage sur la tombe de la philosophe Simone Weil Ă Ashford, lâauteur a rĂ©sidĂ© dans le petit village de pĂȘcheurs de Port Isaac juchĂ© entre la lande, une crĂȘte dĂ©chirĂ©e et la mer aux reflets gris et vert. Ce paysage rude dont lâĂ©crivain sâimprĂšgne fait naĂźtre des rĂȘveries, des amorces dâhistoire, des rĂ©voltes aussi. Ă lâinverse du ton plus apaisĂ© des Carnets des CĂ©vennes, on sent poindre ici une agitation, un cri, avec en filigrane des interrogations sur les murs et les frontiĂšres qui sĂ©parent les hommes.
Revue de presse
- Désastres, indifférence et honneur Roland Pfefferkorn La Marseillaise 09/08/2012
Ceux qui connaissent ce comtĂ© dâAngleterre sâĂ©meuvent Ă retrouver entre les lignes les cĂŽtes rocheuses, isolĂ©es, rudes, accidentĂ©es. Les autres peuvent aisĂ©ment les deviner. Lâauteure sâest posĂ©e sur la pĂ©ninsule, Ă lâĂ©coute du monde, de lâenfance et dâelle-mĂȘme. Elle observe la douleur « indestructible », sâenfonce dans la pierre du pays, regarde les ombres et les couleurs, et sâĂ©nerve contre ceux qui ne dĂ©crivent pas les paysages. « Ne plus savoir dĂ©crire, câest ne plus savoir Ă©crire. »
[âŠ] Il y a un mois la commission indĂ©pendante dâinvestigation sur la catastrophe de Fukushima rendait un verdict Ă©loquent : la catastrophe Ă©tait bien « causĂ©e par lâhomme ». Le trimestriel « Sortir du nuclĂ©aire » (n°54, Ă©tĂ© 2012) revient longuement sur la menace que constitue toujours la centrale dĂ©truite en raison notamment de la prĂ©caritĂ© du stockage des combustibles usĂ©s. Le livre de Nadine et Thierry Ribault, « Les sanctuaires de lâabĂźme. Chronique du dĂ©sastre de Fukushima » ( Ăditions de lâencyclopĂ©die des nuisances, 2012) revient sur les Ă©vĂšnements qui ont suivi le dĂ©clenchement de lâaccident. Il dĂ©taille les tergiversations du gouvernement japonais et de lâentreprise responsable de la centrale sans oublier « lâempire du mensonge radieux » qui entoure le nuclĂ©aire civil et militaire. De Nadine Ribault il faut signaler deux autres trĂšs beaux livre publiĂ©s en 2012 Ă Marseille aux Ă©ditions Le mot et le reste : « Carnets des CĂ©vennes » et « Carnets des Cornouailles ». Chez elle, les mots viennent des lieux, nature et histoire entremĂȘlĂ©es. Ces textes sensibles cĂ©lĂšbrent le mouvement, « cavalier inexpĂ©rimentĂ© qui saccade le temps » et font entendre chacun Ă sa maniĂšre « ce chant puissant Ă la vie, celui qui dilate la vie ».