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Parution : 23/02/2012
ISBN : 9782360540426
76 pages (148 x 210)

10 €

Carnets des Cévennes

Extrait :
En plein Ă©tĂ©, le Causse soudain se mettait Ă  parler d’hiver, de gorgĂ©es de lait chaud, de flambĂ©e de bois, de chĂątaignes grillĂ©es, de doigts ou de chiens frigorifiĂ©s. Il y avait si peu d’hommes, si peu de hameaux et si peu d’arbres au demeurant. Quelques brebis seulement, par ci, par lĂ , et une carcasse blanchie contre laquelle mon pied vint butter.

Nadine Ribault aime la marche et la nature. Elle Ă©crit des romans, mais aprĂšs chacun d’entre eux, aprĂšs cet acte de crĂ©ation et de rĂ©sistance, cette inspiration, elle a besoin de s’ancrer Ă  nouveau dans son existence, de s’appuyer sur le rĂ©el, d’expirer. Cela, elle le rĂ©alise en Ă©crivant ce qu’elle nomme des Points d’Appui, sortes de carnets d’écrivain, comme le peintre a son carnet de croquis, mais Ă©levĂ©s au rang de piĂšces maĂźtresses. Ces Points d’Appui sont tous rattachĂ©s Ă  un lieu, ici les CĂ©vennes.
Dans les Carnets des CĂ©vennes, Nadine Ribault nous raconte sa marche Ă  travers les CĂ©vennes – les drailles, les fleurs sauvages, le Mont Aigual et le dĂ©filĂ© des nuages. Chemin faisant, sa rĂȘverie ouvre la voie Ă  des questionnements esthĂ©tiques et philosophiques, intimes parfois, et Ă  une mise en perspective de l’acte d’écriture qu’elle maĂźtrise au demeurant parfaitement bien : le mot est toujours juste, jamais en trop, la phrase est ciselĂ©e et lĂ©gĂšre.

Revue de presse

- Désastres, indifférence et honneur Roland Pfefferkorn La Marseillaise 9 aout 2015
- Carnets des Cévennes Jane Hervé Festival du livre et de la presse d'écologie Mai 2012

- Désastres, indifférence et honneur

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] Il y a un mois la commission indĂ©pendante d’investigation sur la catastrophe de Fukushima rendait un verdict Ă©loquent : la catastrophe Ă©tait bien « causĂ©e par l’homme ». Le trimestriel « Sortir du nuclĂ©aire » (n°54, Ă©tĂ© 2012) revient longuement sur la menace que constitue toujours la centrale dĂ©truite en raison notamment de la prĂ©caritĂ© du stockage des combustibles usĂ©s. Le livre de Nadine et Thierry Ribault, « Les sanctuaires de l’abĂźme. Chronique du dĂ©sastre de Fukushima » ( Éditions de l’encyclopĂ©die des nuisances, 2012) revient sur les Ă©vĂšnements qui ont suivi le dĂ©clenchement de l’accident. Il dĂ©taille les tergiversations du gouvernement japonais et de l’entreprise responsable de la centrale sans oublier « l’empire du mensonge radieux » qui entoure le nuclĂ©aire civil et militaire. De Nadine Ribault il faut signaler deux autres trĂšs beaux livre publiĂ©s en 2012 Ă  Marseille aux Ă©ditions Le mot et le reste : « Carnets des CĂ©vennes » et « Carnets des Cornouailles ». Chez elle, les mots viennent des lieux, nature et histoire entremĂȘlĂ©es. Ces textes sensibles cĂ©lĂšbrent le mouvement, « cavalier inexpĂ©rimentĂ© qui saccade le temps » et font entendre chacun Ă  sa maniĂšre « ce chant puissant Ă  la vie, celui qui dilate la vie ».

Roland Pfefferkorn
La Marseillaise 9 aout 2015

- Carnets des Cévennes

C’est de la marche, du corps en mouvement, qu’émane une certaine pensĂ©e autonome. Telle est la dĂ©-marche de l’auteure, Nadine Ribault, qui pĂ©rĂ©grine Ă  travers les belles CĂ©vennes (avec une escale culturelle Ă  Londres, oubliĂ©e dans le titre). Au fil des drailles* et de sa sensibilitĂ©, elle convie tantĂŽt la poĂ©sie reçue directement du paysage, tantĂŽt la philosophie sous forme d’invisible, d’absolu ou d’infini, toujours emportĂ©e et portĂ©e par l’amour du beau. Elle montre Ă  quel point la culture Ă©mane aussi d’une confrontation de l’homme/femme Ă  la nature.

Trouvant en certains lieux privilĂ©giĂ©s un « point d’appui » (du pied d’abord version Rilke, puis de l’esprit), elle y dĂ©veloppe une Ă©criture distincte des « saccades temporelles » propres au roman. Ainsi certaines montagnes sont « bousculĂ©es » (Aigoual), d’autres sont « posĂ©es comme les oiseaux qui ont repliĂ© leurs ailes. LĂ , « la terre avait poussĂ© d’elle-mĂȘme » au Chaos de NĂźmes-le Vieux », cet « Ăąpre plateau rocheux oĂč tout, sous l’effet du vent des rafales, des pluies, a poussĂ© de travers
 ». La promenade commune (on dĂ©couvre la prĂ©sence d’un compagnon de cheminement) est ponctuĂ©e de beaux instants de contemplation : « « Sur cet Ă -plat, allongĂ©s sur le dos, nous contemplions le ciel, nous prenions la mesure du silence et de comment la montagne tendait les bras vers le ciel et l’attirait vers elle ».

L’Ɠil de la marche est ici Ɠil de l’esprit. Selon l’auteure, « les mots ne fixent pas. Ils embrasent ». Elle invente un langage qui dit ses Ă©tats d’ñme en nĂ©ologismes (dĂ©consolation, greffure, assemelation, prĂ©cipiteux, rapter le cerveau
). VĂ©ritable guide, le langage intĂšgre et prolonge aisĂ©ment sa vision d’un monde au-delĂ  des apparences : « On ne se bat pas contre l’invisible. On ne s’interpĂ©nĂštre pas avec l’invisible. On le porte en soi. » Nul besoin de convoquer tout Ă  la fois Camus, Sophocle, Pierre LouĂżs- Simone Weil, Kazantzakis, Ravel, Epstein, Proust, Charlie Chaplin, etc. Trop Ă©maillĂ© de rĂ©fĂ©rences, le texte perd sa puissance Ă©vocatrice. Sa marche dans les Causses aurait pu nous conduire Ă  la seule liste de noms Ă©trangers des rĂ©sistants cĂ©venols. Le lecteur aurait Ă©tĂ© comblĂ© par le rappel grave de cette mĂ©moire collective.

Festival Du Livre Et De La Presse D’ecologie

Jane Hervé
Festival du livre et de la presse d'écologie Mai 2012