Carnets de la mer d'Okhotsk
L'éternité et les mortes saisons
AprĂšs les Carnets de KyĂŽto, Nadine Ribault fait corps avec un nouvel espace et nous emmĂšne, au plus prĂšs de ses sensations, dans le nord du Japon, sur les rives de la mer dâOkhotsk.
Des Ă©tendues de glace et de neige, des touffes de vĂ©gĂ©tation brĂ»lĂ©es, un sable noir. Le silence, le seul vĂ©ritable silence, et la mer. Noire, calme, profonde, forte, une mer de marbre, immense et dure, la mer dâOkhotsk. Un bĂątiment public sur la cĂŽte hivernale du nord de lâĂźle de HokkaidĂŽ comme refuge, ou point de dĂ©part aux dĂ©ambulations songeuses et poĂ©tiques de Nadine Ribault. Apprivoiser cet espace infini, sây lier, embrasser le tragique du lieu, se confronter Ă lâinconnu, au rugueux. Puis, marcher sur la glace du lac Saroma, traverser la mer des glaces, surplomber lâabĂźme depuis le cap Notoro, arpenter la forĂȘt de bouleaux de la pĂ©ninsule de Shiretoko en sa compagnie. Observer et non pas conquĂ©rir, ressentir et non pas apprĂ©hender, lâapproche poĂ©tique de Nadine Ribault laisse le loisir au lecteur de trouver son souffle, dans une rĂ©elle expĂ©rience de partage.
Revue de presse
Qui a entendu parler de la sauvage et souvent glaciale mer dâOkhotsk, dans lâocĂ©an Pacifique? Mentionnons quelque noms plus connus : lâĂźle de Hokkaido au sud, celle de Sakhaline Ă lâouest, ainsi que la cĂŽte de SibĂ©rieâŠ
Si son nom provient dâune ancienne colonie russe, nous sommes ici au Japon en compagnie poĂ©tique de Nadine Ribault. ForcĂ©ment au Japon ! pays apprivoisĂ© (si possible?), par lâautrice partageant sa vie entre la CĂŽtĂ© dâOpale dans le Pas-de-Calais et lâarchipel secouĂ© de spasmes, depuis une vingtaine dâannĂ©es. Ainsi jamais loin de la mer, de ses frissons et de ses tempĂȘtes (âles galops des bourrasques et les saccades dangereusesâ quâaffrontent les goĂ©lands, dit-elle). Ces Carnets font suite Ă ceux âde KyĂŽtoâ, âde la CĂŽte dâOpaleâ, mais aussi âdes CĂ©vennesâ et âdes Cornouaillesâ publiĂ©s depuis 2012 par la prolifique artiste qui poursuit aussi sa sĂ©rie de collages, exposĂ©s notamment Ă la galerie Lâespace du dedans Ă Lille. Nadine Ribault affirme se consacrer Ă lâĂ©criture âen retraitâ. De la sociĂ©tĂ© des humains et du spectacle, sans doute, elle qui refuse que des photos dâelles non maĂźtrisĂ©es circulent sur Internet. Mais certainement pas de la nature, Ă laquelle elle ne cesse de se confronter dans ses livres, quâil sâagisse de nouvelles ou de ces carnets-dĂ©ambulations. Nadine Ribault dĂ©teste la nature domestiquĂ©e pour les touristes. Chez elle, le paysage veut ou non les hommes, et non lâinverse. Sây confronter est une âmise Ă terreâ. Câest âlâineffable qui nous dĂ©passeâ. Comme la blancheur des glaces dĂ©rivantes.
Une silencieuse forĂȘt de bouleaux posĂ©e sur un impassible manteau de neige et nous voilĂ relisant Melville et ses lignes sur lâensorcellement de la blancheur, dans Moby Dick. Lire Nadine Ribault parmi ces paysages Ă©nigmatiques et oniriques, câest accompagner une âfĂ©e aux lĂšvres gercĂ©es qui passe telle une entaille de piquant dâoursinâ non loin de vous et vous âleste de cicatricesâ. LâĂ©crivaine aurait pu se rendre lĂ -bas en Ă©tĂ©, elle a choisi fĂ©vrier pour honorer ce rendez-vous avec un inconnu blanc, âinexotiqueâ au possible.