Beat Hotel
Ginsberg, Burroughs et Corso Ă Paris, 1957-1963
Au printemps 1960, le dĂ©but de la dĂ©cennie la plus explosive en expĂ©rimentations culturelles depuis le tournant du siĂšcle, les Beats vivant au Beat Hotel, avaient dĂ©jĂ ouvert la voie avec les routines, les cut-up, le stroboscope et la divination; ils avaient eu des visions et des hallucinations, avaient essayĂ© le haschich, la marijuana, le Diosan, la codĂ©ine, la morphine et lâhĂ©roĂŻne, et ils avaient participĂ© Ă des orgies et Ă dâautres pratiques sexuelles qui Ă©taient illĂ©gales et mal vues dans leurs pays dâorigine. Depuis leur abri, le Beat Hotel, ils avaient tracĂ© beaucoup des chemins que la âgĂ©nĂ©ration sixtiesâ allait emprunter : lâusage rĂ©crĂ©atif de drogues et les expĂ©riences psychĂ©dĂ©liques; les recherches sur la magie et le mysticisme sous toutes ses formes; les droits des gays et la libertĂ© homosexuelle pour les jeunes, ainsi que la lĂ©galisation de la âpornographieâ et la contestation des lois sur lâobscĂ©nitĂ©. Ce nâĂ©tait pas tout Ă fait sexe, drogues et rockânâroll (le rockânâroll en Ă©tait Ă ses balbutiements) mais leurs expĂ©riences furent certainement Ă lâorigine de ce qui a suivi.
Traduit de lâanglais par Alice Volatron.
Au coeur du quartier latin, rue GĂźt-le-cĆur Ă Paris, un hĂŽtel miteux a jouĂ© un rĂŽle clĂ© dans lâhistoire de la littĂ©rature beat. Câest dans cet Ă©tablissement, tenu dâune main de fer par Mme Rachou, que les Ă©crivains amĂ©ricains beat, exilĂ©s volontaires dâun pays trop puritain pour recevoir leurs idĂ©es, ont trouvĂ© refuge.
Allen Ginsberg, William Burroughs, Gregory Corso⊠tous y ont sĂ©journĂ©. Et ce petit hĂŽtel de devenir lâĂ©picentre du phĂ©nomĂšne beat qui, entre New York, San Francisco, Mexico, Tanger, Amsterdam, Londres et Budapest, nâa pas simplement concernĂ© les Ă©crivains et artistes amĂ©ricains, mais toute la bohĂšme internationale.
Cet ouvrage remarquablement bien documentĂ© retrace avec brio les annĂ©es parisiennes des grandes figures du beat. Il saisit lâaspect international de ce mouvement, les stratĂ©gies qui lui ont permis dâessaimer, et nous plonge dans le Paris populaire et interlope de cette Ă©poque, son souffle, ses voix aujourdâhui disparus.
Revue de presse
- On the road again Decideurs Juillet/Aout 2012
- Bibliographie Q.G & C.G. Trois couleurs - hors série "Sur la route" Printemps 2012
- Beat Hotel Capucine Vignaux Ventilo Janvier 2012
- Beat Hotel Noé Gaillard Murmures Janvier 2012
- Beat Hotel Guitarist (& Bass) Magazine Janvier 2012
- Musique matin Christophe Bourseiller La Matinale de France Musique 20 octobre 2011
- Easy Rider n°1124 Olivier Valerio Radio Pfm 23 octobre 2011
- Beat Hotel Didier Bazy La Cause Litteraire 31 octobre 2011
- Book Box Richard GAITE Radio Nova 25 octobre 2011
- Beat Hotel Cédric Delvallez Let's Motiv Lille Novembre 2011
Le livre de Barry Miles est exemplaire tant par la prĂ©cision du rĂ©cit que par la finesse dâun point de vue qui Ă©claire cet ensemble fourmillant dâanecdotes, de sĂ©quences infimes, montrant lâimportance de ce quotidien populaire dans le vagabondage expĂ©rimental Beat, oĂč la jonction entre lâart et la vie est au cĆur de chaque moment. Sâappuyant sur un considĂ©rable corpus dâentretiens, Barry Miles retrace le cheminement dĂ©saxĂ© de la planĂšte Beat Ă Paris, dans ses mouvements internes, ses apothĂ©oses secrĂštes, ses dĂ©placements au cĆur du monde encore gris dâaprĂšs-guerre : Ce sont de jeunes amĂ©ricains, accomplissant durant ces annĂ©es, sans le savoir, lâune des grandes trajectoires collectives de lâart du XXe siĂšcle, en rupture avec les cadres et les conventions de la crĂ©ation littĂ©raire, de la vie en occident, et sâenfonçant dans des expĂ©riences hallucinĂ©es au fond des chambres du vieil hĂŽtel rue GĂźt-le-CĆur.
A lâinstar du Chelsea Ă New York ou du Wentley Ă San Francisco, le 9 rue GĂźt-le-Coeur Ă Paris a servi de refuge aux Ă©crivains beats tels Allen Ginsberg (Howl), Gregory Corso (The American Express), William Burroughs (Le Festin nu) ou Brion Gysin (The Process). HĂŽtel miteux tenu dâune main de fer par Madame Rachou, il est le théùtre de lâexil. ExpĂ©riences sensorielles (drogues, hallucinations, trips, etc.) et littĂ©raires (cut-up, lectures, mysticisme, etc.) sont dĂ©crites avec minutie et anecdotes par leur ami, Barry Miles.
Selon lâauteur, lââaspect international de la Beat Generation est mĂ©sestimĂ©â par les historiens. Pourtant, le sĂ©jour Ă Paris des Beats fut lâun des plus intenses du mouvement. Ami et biographe de Ginsberg et de Burroughs, le Britannique Barry Miles comble ce manque en revisitant le âBeat Hotelâ, une pension miteuse sise 9, rue GĂźt-le-Coeur, dans le Quartier Latin, oĂč logeaient et festoyaient les poĂštes. La proximitĂ© de Miles avec les acteurs du livre garantit une quantitĂ© dâanecdotes intimes sur ces annĂ©es parisiennes.
Paris, 1963 : le Beat Hotel met la clĂ© sous la porte. Sous forme de rĂ©cit, Miles conte les frasques et les affres de ses pensionnaires. TĂ©moignages, dialogues authentiques et correspondances en verve nous rendent familiers Burroughs, Corso et Ginsberg, Ă qui lâon attribuera plus tard le fameux mot dâordre âFlower Powerâ. Au grĂ© des tribulations de cette Beat Generation, on croise Breton, Artaud, Man Ray⊠On sourit de lâirrĂ©vĂ©rence de ces enfants turbulents⊠On apprend aussi que câest âune tempĂȘte transcendantale de visions colorĂ©esâ dans un car pour Marseille qui donnera Ă Brion Gysin lâidĂ©e de sa Dreamachine. Beat Hotel offre une vision ample de cette âgĂ©nĂ©rationâ : drogues, sĂ©ances de divination, effervescence des annĂ©es 50, Ă©changes splendides et hallucinĂ©s sur lâartâŠ
Vous connaissez au moins les deux premiers â vous avez sans doute lu le second et vu le premier sur des images â le troisiĂšme nâa pas, dans notre vieille Europe, la mĂȘme notoriĂ©tĂ© que les deux autres. Cela ne veut pas dire quâil est sans intĂ©rĂȘt. Ce livre en tout cas parle de leurs sĂ©jours dans le Paris de la fin des annĂ©es 50 et du dĂ©but des annĂ©es 60. Un Paris frĂ©quentĂ© par les jeunes AmĂ©ricains bohĂšmes en mal dâexistence, dâindividualitĂ©. Un Paris disparu comme lâhĂŽtel qui les accueillait.
Un Paris oĂč flottaient encore, pour eux, les mannes de Rimbaud et des surrĂ©alistes, oĂč ils venaient chercher lâinspiration et trouvaient leur crĂ©ativitĂ©. Câest lĂ que Burroughs expĂ©rimenta la technique du âCut Upâ (inspirĂ©e dâun jeu surrĂ©aliste) dont la page 214 vous donne ici le mode dâemploi. âUne page de texte dactylographiĂ©, ou une page imprimĂ©e, Ă©tait coupĂ©e verticalement, puis horizontalement, ce qui donnait quatre rectangles de texte. Ceux-ci Ă©taient rĂ©arrangĂ©s dans un ordre diffĂ©rent pour crĂ©er une nouvelle page.â Les surrĂ©alistes, eux, dĂ©coupaient des mots dans un journal, les mĂ©langeaient dans un chapeau et Ă©crivaient le texte en les tirant au hasard⊠Cette Beat Generation doit aussi beaucoup Ă Rimbaud et Ă sa lettre dite du âVoyantâ qui prĂ©conise un long et lent dĂ©rĂšglement de tous les sensâŠ
Ce livre offre un bon moyen de faire connaissance avec ces poĂštes et Ă©crivains un peu mĂ©connus. Ceux qui ont peut-ĂȘtre la nostalgie de cette bohĂšme seront contents dây retrouver les noms de ceux quâils apprĂ©cient ou ont enviĂ©s. Il fixe un temps, une Ă©poque et des gens dans lâhistoire littĂ©raire alors que les consĂ©quences de leurs expĂ©riences jouent encore au prĂ©sent.
Dans le quartier latin, rue GĂźt-le-CĆur, il y avait ce petit hĂŽtel miteux et pas cher, qui existe toujours, mais les prix ont beaucoup changĂ© ! Câest lĂ que descendaient les Ă©crivains beat de passage Ă Paris. Ils avaient dâailleurs tout un circuit dâĂ©tablissements semblables dans le monde, on peut citer aussi le Gulhane Hotel Ă Istanbul. Il nâĂ©tait pas rare dây croiser Ginsberg, Burroughs ou Corso, mais aussi Bob Kaufman, Gary Snider et tous ceux qui furent Ă lâĂ©picentre de la Beat Generation.
Ce matin-lĂ , BEATHOTEL Ă©tait le coup de cĆur de Christophe Bourseiller dans la Matinale de France Musique.
Réécoutez lâĂ©mission sur le site de France Musique
Dans son excellente émission dominicale consacrée à la BD, la musique (rock surtout), la contre-culture, Olivier Valério nous parle de Beat Hotel de Barry Miles.
A réécouter (fichier en ligne) !
Generation B. Aujourdâhui, chacun se prend pour une grande star de la crĂ©ation artistique. Dit JĂ©rĂŽme Bourgeois. Sans doute se rappelle-t-il le mot de Warhol en 1968 : Dans le futur, chacun aura droit Ă 15 minutes de cĂ©lĂ©britĂ© mondiale. Nous sommes, Ă prĂ©sent, dans le futur. Et ce futur-ci est notre prĂ©sent. Et JĂ©rĂŽme Bourgeois nâaura pas forcĂ©ment droit ici Ă son quart dâheure.
Bien avant la X Generation, il y eut la Beat Generation. Câest KĂ©rouac qui lança la formule en 1948. Holmes en publia le manifeste dans le New York Times Magazine, le 16 Novembre 1952 : The origins of the word « beat » are obscure, but the meaning is only too clear to most Americans. More than mere weariness, it implies the feeling of having been used, of being raw. It involves a sort of nakedness of mind, and, ultimately, of soul ; a feeling of being reduced to the bedrock of consciousness. In short, it means being undramatically pushed up against the wall of oneself.
Le mouvement Beat est nĂ© contre les prĂ©jugĂ©s et le puritanisme amĂ©ricain dâaprĂšs-guerre. Alcools, drogues et dĂ©lires doivent ĂȘtre repensĂ©s en termes dâeffets et non de causes. Produit par et surtout dans le SystĂšme (ici rĂ©habilitĂ©âŠ), le mouvement Beat est dĂ©prĂ©ciation revendiquĂ©e par ironie sur son sort, synchronisation et coĂŻncidence, instantanĂ©s et connexions, arc Ă©lectrique tendu en vĂ©cu expĂ©rimental et Universel historique.
Quelques exemples :
â Le fameux poĂšme de Corso : Bomb. Calligramme en forme de champignon atomique. (http://www.litkicks.com/Texts/Bomb.html)
â Le cut-up, inventĂ© par le plasticien Gysin et repris par Burroughs en littĂ©rature. Un nouvel espace littĂ©raire est créé.
â La machine Ă rĂȘver de Gysin et Sommerville, ancĂȘtre de la techno actuelle.
â Lâaccident du jeu de Guillaume Tell survenu Ă la femme de Burroughs qui rencontra une balle tirĂ©e par son compagnon (coĂŻncidence qui dĂ©clencha son Ćuvre mais dont tout crĂ©ateur devrait ne pas trop tirer parti, of course).
Lâexemple dâun lieu, improbable, et prĂ©cisĂ©ment du Beat Hotel. Aujourdâhui disparu et ressuscitĂ© par Barry Miles en 2000 et magnifiquement traduit et Ă©ditĂ© en Français en 2011.
Pourquoi cet hĂŽtel prĂ©cis ? Madame Rachou, Why not ? Incertain et Ă©vident, dĂ©labrĂ© et pas cher, ce lieu de non culte nâest insolite que pour les nostalgiques. Câest le Paris misĂ©rable et vivant des annĂ©es 50 (10.000 personnes se rĂ©chauffent aux bouches des Ă©gouts â Ont-ils entendu le cri de lâAbbĂ© Pierre ?). Câest lâambiance de certains films de Cassavetes. Câest aussi le Paris de Papon et des Arabes tabassĂ©s et jetĂ©s dans la Seine. On aurait prĂ©fĂ©rĂ© le Paris de Pascal.
Madame Rachou, tenanciĂšre peu regardante de lâHĂŽtel du Vieux Paris, 9 rue GĂźt-le-CĆur, 42 chambres sans confort, accueillera sans le savoir la Beat Generation.
Corso dĂ©barque le premier. Il cĂŽtoie de trĂšs prĂšs Genet. Picasso le fera virer dâune exposition Ă Nice par ses gardes du corps. Gentil Picasso. Corso a Ă©tudiĂ© de 16 Ă 18 ans dans une prison amĂ©ricaine : il y aura lu le dictionnaire.
Ginsberg le rejoint. CensurĂ© pour obscĂ©nitĂ©, il imagine Paris libĂ©rĂ©. Il poursuivra sa quĂȘte vers lâOrient et les amphĂ©tamines.
Extrait de Kaddish de Ginsberg :
MĂšre, quâaurais-je dĂ» faire pour te sauver
Aurais-je dĂ» mettre le soleil dehors ?
Aurais-je dĂ» ne pas appeler la police
Aurais-je dĂ» ĂȘtre ton amant
Aurais-je dĂ» te tenir la main et marcher dans le parc
A minuit pendant soixante ans ?
Je suis un poĂšte, je vais mettre le soleil dehors.
En Ă©cho, Corso entonne : « la poĂ©sie qui doit ĂȘtre dĂ©truite doit lâĂȘtre, mĂȘme si cela revient Ă dĂ©truire sa propre poĂ©sie ».
Le Beat Hotel est un vrai laboratoire littĂ©raire, oĂč chacun sâencourage dans des expĂ©riences inouĂŻes de crĂ©ations inĂ©dites.
Le gĂ©nie de ce livre, fruit dâun travail colossal de recherches et de tĂ©moignages, plongera ses lecteurs Ă©bahis dans des vies qui font Ćuvres et dans des Ćuvres qui ont inventĂ© de nouvelles possibilitĂ©s de vie. Jimmy Morrisson, Michaux, Takis, Brigitte Fontaine, Zappa, David Bowie, Bono, Bukowski, Brian Eno, Laurie Anderson, Richard Pinhas et tant dâautres AREBEAT.
Quel fut le grand mouvement artistique qui « suivit » ? La question est ouverte.
BaltruĆĄaitis soutenait que lâart authentique annonce les modes de vie et de pensĂ©e Ă lâavance, antĂ©rieurement aux dĂ©couvertes scientifiques et aux inventions techniques. Beat Hotel est un de ces creusets, un point focal, un nĆud borromĂ©en, un espace-temps fractal. Barry Miles Ă©pouse la mĂ©thode du grand esthĂ©ticien de lâhistoire de lâart qui affirmait : « Jâai une seule mĂ©thode de travail : aller Ă la source, chercher les vrais textes, au-delĂ des articles de synthĂšse [âŠ]. Câest en allant Ă la source quâon arrive Ă une vision exacte des choses ». Les Editions Le Mot et Le Reste se sont occupĂ©es du reste et de lâessentiel : Beat Hotel est la source de la Beat Generation, le lieu dâinspirations folles, lâespace des crĂ©ations actuelles. Leurs effets de surface, que lâon nâidentifiera pas aux seules extravagances dĂ©signĂ©es comme telles par les juges et les moralistes, ondoient sans nous noyer, nous irradient sans maladie opportune. Beat Hotel est notre temps.
Dans son émission Book Box sur Radio Nova, Richard Gaitet a lu des extraits de Beat Hotel.
Une fois encore, le Mot et le Reste nous rĂ©gale dâun sujet prĂ©cis, original et largement ignorĂ© jusquâĂ ce jour. A savoir lâaventure parisienne de quelques figures majeures de la Beat Generation. Allen Ginsberg, William Burroughs, Gregory Corso ou encore Bryon Gysin tous __ sauf Kerouac __ sont passĂ©s par ce petit relais pourri quâĂ©tait le Beat Hotel entre 57 et 63. Alors que dans les rues de Paris rĂ©gnait la crainte des attentats du FLN, cette poignĂ©e de poĂštes, peintres et Ă©crivains a su crĂ©er son propre paradis terrestre au milieu des rats et des cafards, dans lâobscuritĂ© et la puanteur.
BourrĂ© dâanecdotes hilarantes, Beat Hotel nous ramĂšne Ă cette Ă©poque lointaine oĂč la BohĂšme avait encore une signification. Et la littĂ©rature, le sens de lâhumour et de la dĂ©mesure.