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Parution : 19/02/2015
ISBN : 9782360541614
360 pages (14,8 x 21)

25 €

Au large de l'histoire

AprĂšs avoir errĂ© quelques annĂ©es, Ă©tudiant fĂ©rocement studieux mais aussi trĂšs anarchiste, aprĂšs avoir dĂ©ambulĂ© le long des docks du port de Glasgow, alors au dernier stade de la rĂ©volution industrielle, entourĂ© d’une drĂŽle de musique oĂč les accents de Rimbaud (” Je me crois en enfer “) et de Hölderlin (« Ce que tu veux, c’est un monde ») se mĂȘlaient aux phrasĂ©s grinçants de L’OpĂ©ra de quat’sous de Bertolt Brecht, je me posais la question : que faire ? Que faire de fondamental ? D’abord pour donner un fondement et un mouvement Ă  une existence individuelle, mais aussi pour tenter de changer le cours des choses, sur les plans culturels, civilisationnel et sociopolitique.

Pendant le XIXe et le XXe on a cru, malgrĂ© tout, que l’Histoire Ă©tait synonyme de ProgrĂšs. Qu’elle menait quelque part : Ă  un grand État, au communisme universel, Ă  un SupermarchĂ© du bonheur. Personne n’y croit plus. Personne n’a plus confiance dans l’Histoire. D’oĂč un grand vide existentiel et culturel. C’est de ce constat que le dernier essai de Kenneth White prend son point de dĂ©part. Sans utopisme, sans prophĂ©tisme, sans rĂ©enchantement facile. Mais en entreprenant une navigation hauturiĂšre dans un espace de vie et de pensĂ©e, qui a toujours existĂ© au large de l’Histoire. La navigation de White passe par cinq grandes escales : une analyse socio-politique de la fin de la modernitĂ©, ce que White appelle la mĂ©diocratie ; une investigation qui remonte aux origines de la culture ; l’examen de diverses tentatives de refondation sociale Ă  travers le monde ; la question, posĂ©e encore trop timidement par l’écologie, de l’habitation de la Terre ; et pour finir, une critique de la situation contemporaine de l’art.

Revue de presse

- Au-delĂ  des colonnes d’Hercule de la postmodernitĂ© RĂ©gis Poulet La Revue des Ressources 19 octobre 2015
- AustĂšre ivresse Richard Blin Le Matricule des Anges Avril 2015
- La pensée en mouvement Thibaut Allemand Let's motiv 1er avril 2015

- Au-delĂ  des colonnes d’Hercule de la postmodernitĂ©

Il faut bien le rĂ©pĂ©ter pour espĂ©rer se faire entendre dans le brouhaha qui prĂ©tend tenir lieu de culture, l’Ɠuvre de Kenneth White est tout Ă  fait capitale pour notre temps. Elle est actuellement la seule qui propose une sortie des crises civilisationnelle, Ă©cologique et culturelle qui frappent l’humanitĂ© et le vivant en son ensemble. Cela se sait depuis longtemps (depuis des livres tels que Une apocalypse tranquille, La Figure du dehors, L’Esprit nomade, Une stratĂ©gie paradoxale) chez tous ceux qui, Ă  travers le monde, ne se contentent pas du brouhaha.
Or Kenneth White vient de publier, coup sur coup, deux essais qui ouvrent un peu plus cet espace mental dans lequel l’esprit peut trouver un second souffle. Étant donnĂ© que ces deux livres balisent un espace culturel Ă  ses limites pour en ouvrir un nouveau et plus large, on peut considĂ©rer que ces essais sont les colonnes d’Hercule de la postmodernitĂ©.

Le premier essai est intitulĂ© Au large de l’Histoire, le deuxiĂšme a pour titre Le Gang du Kosmos (voir notre recension).

DĂšs sa prĂ©face, Kenneth White convoque trois manifestations de la pensĂ©e qui ont donnĂ© Ă  l’humanitĂ© — dans le passĂ© et jusqu’à rĂ©cemment — ses repĂšres : le mythe, la religion et la philosophie. Aucun des trois n’est isolĂ© des autres, et l’histoire de la pensĂ©e est pleine de ces mĂ©langes entre mythe et religion, ou entre philosophie et religion. L’essai de White est une rĂ©flexion qui part d’une des derniĂšres manifestations de la pensĂ©e Ă  l’échelle mondiale : la confiance dans l’Histoire. LibertĂ©, progrĂšs, bonheur — tout nous a Ă©tĂ© promis. La luciditĂ© oblige Ă  reconnaĂźtre que les pensĂ©es religieuses Ă  caractĂšre eschatologique, de mĂȘme que l’historicisme ont Ă©chouĂ© et que leurs derniĂšres convulsions continuent Ă  frapper durement. Se refusant Ă  adopter une attitude diogĂ©nique qui serait cependant difficile Ă  blĂąmer, White explore dans son ouvrage « un ensemble de ‘champs’ allant de l’organisation sociale Ă  la composition artistique en passant par l’intelligence chercheuse » afin de rĂ©pondre au dĂ©sarroi de la pensĂ©e et de l’action contemporaines.

Son analyse de la modernitĂ©, entre mĂ©diocratie et extrĂ©mismes variĂ©s, pousse jusqu’à l’os, jusqu’à un terrain radical Ă  partir duquel on pourrait envisager de reprendre pied. Écartant d’emblĂ©e les tentatives de ‘rĂ©enchantement du monde’ des sociologues post-weberiens, White s’attarde un peu plus sur cet affaissement diffus de la dĂ©mocratie qu’est la mĂ©diocratie. Plus que le gouvernement des mĂ©diocres proposĂ© par Alain, ‘mĂ©diocratie’ signifie pour White « le stade final d’une dĂ©gradation lente » de la dĂ©mocratie, laquelle bascule vite dans la dĂ©magogie puis dans le populisme. Mais la mĂ©diocratie est plus largement insidieuse :

« MĂ©diocratie, ici, signifie la rĂ©duction du concept de culture au niveau le plus bas. C’est un Ă©tat de choses oĂč le mĂ©diocre (le moins exigeant, le plus facile) est le plus rĂ©pandu, parce que le plus facilement vendable, oĂč l’individu, loin de figurer comme un ĂȘtre en voie de dĂ©veloppement, ce qu’il est dans toute culture valable, comme dans toute dĂ©mocratie rĂ©elle, est de plus en plus considĂ©rĂ© uniquement comme un consommateur de marchandises ou de ‘culture’, dans l’intĂ©rĂȘt d’une ‘croissance’ continue vue comme l’enrichissement gĂ©nĂ©ral d’une sociĂ©tĂ©, mais qui n’est en fait la plupart du temps que l’enrichissement Ă©hontĂ© de quelques-uns. »

Le risque de voir nos sociĂ©tĂ©s soumises Ă  « des extrĂ©mismes simplistes et fanatiques de toutes sortes » Ă  plus ou moins longue Ă©chĂ©ance n’est hĂ©las pas nĂ©gligeable si l’on ne fait pas une analyse radicale de cette situation.

Pour ce faire, Kenneth White recherche dans l’histoire culturelle les fils qu’il pourrait nouer ensemble afin de confectionner une amarre capable de nous Ă©viter l’échouage — avant de la larguer pour naviguer au large de l’histoire. D’une relecture d’Adam Smith Ă  la frĂ©quentation toujours roborative de Nietzsche, White est en quĂȘte d’un projet mondial fondamental : « Que faire de fondamental ? D’abord pour donner un fondement et un mouvement Ă  une existence individuelle, mais aussi pour tenter de changer le cours des choses, sur les plans culturel, civilisationnel et sociopolitique. » Citant Starobinski, il souligne que les Ă©poques de mutations sont celles durant lesquelles un nombre croissant d’individus supporte de plus en plus mal l’ordre du jour qui leur est imposĂ©, que ce soient l’ordre ecclĂ©siastique, l’ordre utopique ou l’ordre capitaliste industriel.

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Retrouvez l’intĂ©gralitĂ© de cette excellente chronique signĂ© RĂ©gis Poulet sur le site de La Revue des Ressources

Régis Poulet
La Revue des Ressources 19 octobre 2015

- AustĂšre ivresse

En deux livres jalonnant ce qui est peut-ĂȘtre le vrai voyage postmoderne, Kenneth White poursuit sa quĂȘte gĂ©opoĂ©itique.

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Cet essai commence par une analyse sociopolitique de l’empire de la “mĂ©diocratie” : standardisation massive, dĂ©substantialisation de la vie alliĂ©e Ă  une “twitterisation des esprits”. Que faire face Ă  cette infantilisation gĂ©nĂ©rale? Pour tenter de rĂ©pondre Ă  ce dĂ©fi, K. White dresse la cartographie complexe des Ă©vĂ©nements qui ont conduit l’homme Ă  s’isoler du reste du vivant et Ă  se replier sur lui-mĂȘme avant d’explorer ce que “l’intelligence chercheuse “ – Whitman, Thoreau, Nietzsche, Segalen, Heidegger, Hölderlin, Rilke
 – a dĂ©jĂ  pu nous proposer.

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Lire l’article dans son intĂ©gralitĂ©

Richard Blin
Le Matricule des Anges Avril 2015

- La pensée en mouvement

Passionnant mais totalement dĂ©routant, cet essai revisite les XIXe et XXe siĂšcles Ă  leur pĂ©riphĂ©rie. Naviguant entre les Ă©poques et les Ă©coles, Au large de L’Histoire est une gigantesque errance. GĂ©ographique, historique, philosophique
 poĂ©tique, aussi.

DrĂŽle d’ouvrage. Est-ce de l’histoire, de la philosophie, de la poĂ©sie ? Un peu de tout cela. Kenneth White dĂ©veloppe ici son concept de gĂ©opoĂ©tique. Les dĂ©finitions sont nombreuses, on retiendra celle-ci : « la crĂ©ation d’une synthĂšse entre le monde extĂ©rieur et soi, soi et le monde extĂ©rieur recréés dans un troisiĂšme objet qui est une synthĂšse ». Le philosophe, ancien disciple de Gilles Deleuze, se penche ici sur les questions de la modernitĂ© (et sa fin supposĂ©e), de l’errance, du nomadisme, mais aussi des lieux, de l’habitat. Se cĂŽtoient Stefan Zweig et les penseurs sanskrits, Walt Whitman et Heidegger, Rimbaud et Hölderlin, Marx et Rilke. Plus qu’un Ă©talage stĂ©rile, l’érudit Ă©claire les travaux picturaux de Malevitch Ă  la lumiĂšre de Nietzsche et du biologiste D’Arcy Thompson. C’est une affaire de ponts jetĂ©s entre divers savoirs et disciplines. Cependant, en s’appuyant sur le rapport Ă  la nature et sur des penseurs, artistes ou philosophes appartenant Ă  l’avant-garde, White n’évoque jamais les rapports sociaux qui traversent, agitent et font avancer le monde. On peut le regretter. Nous Ă©tions cependant prĂ©venus : l’Écossais se situe « au large » de l’Histoire.

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Thibaut Allemand
Let's motiv 1er avril 2015