Amqui
Un polar trĂšs efficace, construit dans les rĂšgles de lâart et non dĂ©nuĂ© dâhumour. De lâhumour noir, on sâentend. Impossible de le dĂ©poser avant dâavoir tournĂ© la derniĂšre page. Vous serez prĂ©venus !
ICI Radio-Canada
Ă lâarrĂȘt de bus devant la prison de MontrĂ©al, Ătienne ChĂ©nier attend sous la pluie. Libraire dans la mi-trentaine, nĂ© Ă Amqui, condamnĂ© pour meurtre il y a quatre ans, il vient dâĂȘtre relĂąchĂ©, bien avant la fin de sa peine, Ă la suite de tractations douteuses. Il attend le bus, mais surtout le moment propice pour exĂ©cuter un plan de vengeance longuement mijotĂ©. EnquĂȘteur bedonnant, alcoolique et dĂ©pressif, Denis Leblanc, accompagnĂ© de sa partenaire Sophie, se lance sur la piste de ChĂ©nier, autour de qui les cadavres sâempilent. Comment un simple libraire a-t-il pu se transformer en tueur sanguinaire? Est-ce liĂ© aux innombrables pans dâombre de son histoire familiale? Leblanc joue un jeu dangereux dans cette enquĂȘte, mais depuis la mort de son fils, il nâa vraiment plus rien Ă perdre.
Revue de presse
- Amqui Flore Delain En lisant, en écrivant 26 octobre 2020
- Amqui Simone Tremblay La livrophage 27 octobre 2020
- Quelques questions Ă Eric Forbes lectrice en campagne La livrophage 2 novembre 2020
- Avec Ăric Forbes, nulle Amqui vive. Alexandra Schwartzbrod LibĂ©ration 24 septembre 2020
- Pour que tu flingues encore Thierry Boillot L'Alsace 30 août 2020
Je peux te dire que dans le genre amusement sanglant, Ătienne ChĂ©nier nây va pas quâavec la crosse de son Glock et câest⊠totalement gĂ©nial. Bon, dâaccord, le fait que le personnage principal soit libraire de son Ă©tat pourrait te faire dire « ça y est, câest facile cette identification »âŠtss tss, que nenni, car Ătienne est un tueur acharnĂ©, plutĂŽt pas mal bon dans ce domaine dâailleurs.
Mais pourquoi donc cette obstination farouche Ă tuer des hommes dĂ©shabillĂ©s de toute fioriture phallocentrique ? car oui Ătienne apprĂ©cie dâabattre sa proie dans le plus simple appareil. Et bien Ă toi dây aller car il serait fort dommageable que tu passes Ă cĂŽtĂ© de ce trĂšs bon polar qui ne sâarrĂȘte pas au limite du genre.
En face dâĂtienne, Ăric Forbes place un enquĂȘteur du Service de Police de MontrĂ©al, un certain Denis Leblanc, qui se demande comment ce singulier individu a pu bĂ©nĂ©ficier dâune large remise de peine. La figure de Leblanc est dĂ©jĂ tout un poĂšme « (âŠ) Une seule fois il avait lu un livre de ce genre, et il nâavait pas vraiment aimĂ©. Le personnage principal, un policier alcoolique et bedonnant au seuil de la retraite, rĂąlait sans cesse Ă propos de tout et de rien ; et, malgrĂ© son caractĂšre exĂ©crable, finissait au lit avec une blonde pulpeuse qui se rĂ©vĂ©lait ĂȘtre la meurtriĂšre. Ă croire que les auteurs ne connaissait strictement rien au mĂ©tier de policier(âŠ) ». Bref.
Dans cette histoire qui te prend aux tripes, sans mauvais jeu de mots, ce qui est plus quâagrĂ©able câest cette galerie de personnages composĂ©e par Forbes. Il y a du consistant, de la carcasse usagĂ©e, le sens exquis de la formule et de la mise en situation, les plaies, les bosses et toute la sympathie humaine tout Ă fait anti-hĂ©roĂŻque.
Sur un rythme soutenu, lâauteur, lui aussi libraire, collectionneur de polars et originaire dâAmqui, va, par petites gouttes ensanglantĂ©es, te mener au secret qui ronge son protagoniste, certes « imparfait » et pourtant terriblement fascinant.
Lâinspiration de Jean-Patrick Manchette nâest pas loin, pas loin non plus des dĂ©tectives privĂ©s comme Philip Marlowe (Raymond Chandler) ou Sam Spade (Dashiell Hammett).
Sauf que « notre » Ătienne Charnier, euh excusez moi, ChĂ©nier, est plutĂŽt un homme en colĂšre. Des bas quartiers aux grandes villas, sa vengeance sâĂ©tale et rien nâest plus dangereux quâun homme qui nâa plus rien Ă perdre.
Ăric Forbes balance dans son shaker littĂ©raire un flic alcoolique et un libraire ivre de revanche pour tâoffrir un cocktail explosif oĂč la pointe dâhumour, forcĂ©ment noir, te tracera un sourire et te gardera lâĆil pĂ©tillant jusque tard dans la nuit.
Dans le jeu du massacre oĂč le tueur montre bien que le monstre nâest pas forcĂ©ment celui que lâon croit, « Amqui » tâentraĂźne dans un tumultueux chemin jamais pavĂ© de bonnes intentions.
Voici un polar hors cadre qui tâĂ©lectrisera jusquâau bout.
Coup au cĆur bien noir.
*Sur le site Aire(s) Libre(s), Amqui est à retrouver aux cÎtés de Betty de Tiffany McDaniel !*
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On suit deux romans en un, finalement, puisquâon Ă©pouse Ă la fois le point de vue de ChĂ©nier et celui de Leblanc, pas forcĂ©ment ennemis mais plutĂŽt adversaires, chacun se tenant, vacillant, de son cĂŽtĂ© de la loi.
Les deux hommes ont en commun des blessures que rien ne pourra cicatriser mais chacun a une maniĂšre diffĂ©rente dây survivre, lâalcool et la dĂ©pression pour lâun, la justice expĂ©ditive pour lâautre.
Au centre de ce rĂ©cit, un regard extrĂȘmement critique sur la sociĂ©tĂ© quĂ©bĂ©coise : gangrenĂ©e, pourrie, corrompue jusquâau coeur de la classe dirigeante, elle dĂ©truit la vie des hommes et les pousse au dĂ©sespoir et Ă la violence.
Ăcrite dans cette langue rĂ©jouissante et inventive, lâintrigue est convulsive et sĂšche comme un coup de trique, la noirceur et la mort ne cessant de se rĂ©pandre au fil des pages, avec, çà et lĂ , des moments dâhumour comme des aboiements brefs et un amour des polars Ă lâancienne que je partage totalement.
Le début de cette chronique ainsi que des extraits sont à lire sur En lisant, en écrivant.
âĂa faisait un moment que je nâen avais pas lu un, un roman policier pur et dur. Ici en quĂ©becois, ce qui donne une note parfois trĂšs trĂšs comique aux scĂšnes les plus saignantes, et il y en a un bon lot, ce qui nâest pas pour me dĂ©plaire.â
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âTrĂšs bel Ă©pilogue, avec un libraire revenu Ă sa vie de libraire, mais⊠pour moi un roman jubilatoire et ça ne se refuse pas .â
La chronique est entiĂšre et illustrĂ©e dâextraits sur le blog La livrophage.
Sur ce mĂȘme blog, vous pouvez Ă©galement retrouver un entretien avec lâauteur.
âCher Ăric, bonjour et merci. Merci dâavoir acceptĂ© de rĂ©pondre Ă quelques questions et merci pour la lecture savoureuse que vous mâavez offerte.
Jâai pu lire que vous ĂȘtes libraire et collectionneur de polars. Vous avez donc de beaux atouts pour Ă votre tour vous lancer dans lâĂ©criture.
Est-ce quâil a fallu beaucoup de temps pour oser vous lancer, lâenvie Ă©tait-elle lĂ depuis longtemps ou bien ce fut un besoin pressant, un sujet qui survient, une stimulation particuliĂšre ? Dites-moi quelle a Ă©tĂ© la machine qui sâest mise en route pour dĂ©buter ce roman.
Depuis Ă peu prĂšs lâĂąge de 12 ans, soit depuis que je mâintĂ©resse au polar, lâidĂ©e dâĂ©crire un roman mâa toujours trottĂ© dans la tĂȘte. Sauf que, pendant longtemps, je ne croyais pas avoir ce quâil faut pour en Ă©crire un. Ă force de frĂ©quenter les plus grands auteurs, jâavais dĂ©veloppĂ©, je crois, une espĂšce de complexe dâinfĂ©rioritĂ©. Et, honnĂȘtement, mĂȘme aprĂšs lâĂ©criture dâAmqui, et son succĂšs inespĂ©rĂ©, ce complexe me hante toujours. Comme si jâĂ©tais un imposteur sur le point dâĂȘtre dĂ©masquĂ© ! Ce qui mâa dĂ©cidĂ© Ă envoyer le manuscrit dâAmqui (qui dormait dans un tiroir, et sur lequel je travaillais par intermittence depuis une douzaine dâannĂ©es), le vĂ©ritable Ă©lĂ©ment dĂ©clencheur, est un sentiment dâurgence qui mâa saisi aprĂšs un incident cardiaque oĂč jâai failli laisser ma peau ( le mĂȘme genre dâincident qui tue le fils de Leblanc dans mon livre). Quand on rĂ©alise que, dans la vie, tout peut basculer en un claquement de doigt, on fait fi de ses scrupules et on fonce en se disant quâon a rien Ă perdre, sauf, peut-ĂȘtre, un peu dâamour propre.â
Lâinterview est Ă lire en intĂ©gralitĂ© sur le blog La livrophage
Pour son premier roman, lâĂ©crivain quĂ©becois nous emmĂšne dans la rĂ©gion du Bas-Saint-Laurent, sur les traces dâun libraire transformĂ© en tueur.
Pour ceux qui ne le sauraient pas, Amqui est une ville du QuĂ©bec, dont le nom signifierait «lieu dâamusement et de plaisir», ce qui paraĂźt difficile Ă croire quand on lit le roman noir dâEric Forbes. Amqui, câest la ville dont son hĂ©ros est originaire : Etienne ChĂ©nier, un libraire trentenaire que lâon dĂ©couvre dĂšs la premiĂšre page imbibĂ© de pluie sous un abribus devant le mythique pĂ©nitencier de Bordeaux, non pas en Gironde mais au nord de MontrĂ©al. Lâhomme vient de purger quatre ans de prison pour meurtre : il a Ă©tĂ© libĂ©rĂ© bien plus tĂŽt que prĂ©vu pour une raison inconnue et, manifestement, il entend bien utiliser ce temps de libertĂ© qui sâouvre Ă lui pour rĂ©gler quelques comptes.
Quand il commence Ă laisser trop de sang couler derriĂšre lui, un enquĂȘteur se lance Ă sa poursuite. Denis Leblanc est lâarchĂ©type du flic dĂ©pressif et bedonnant mais il a une circonstance attĂ©nuante : son fils unique Samuel est mort par nĂ©gligence mĂ©dicale Ă lâhĂŽpital Jean-Talon, et il reste hantĂ© par lâimage du jeune homme «affalĂ© dans un fauteuil roulant, inerte, la tĂȘte renversĂ©e vers lâarriĂšre, les yeux rĂ©vulsĂ©s, la bouche entrouverte». Une course-poursuite va sâengager entre les deux hommes, Leblanc ayant toujours un coup de retard sur ChĂ©nier. Celui-ci a un point faible, sa mĂšre, hospitalisĂ©e pour Alzheimer. «DĂšs lâapparition des premiers symptĂŽmes, elle avait su quâelle partait Ă toute vitesse dans un autre monde. Un monde de noirceur et de silence. Sa prison Ă elle. Elle lâavait suppliĂ© de la tuer. ChĂ©nier en avait Ă©tĂ© incapable.»
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Eric Forbes a mis beaucoup de lui-mĂȘme dans ce premier roman car il est libraire et originaire dâAmqui, comme son hĂ©ros. On adore ses dialogues avec le mot «pis» Ă toutes les sauces («Tiens, ton nouveau gun, lâhĂ©roĂŻne, pis tes autres gugusses. Vu que lâarme Ă©tait pas prĂ©vue, pis quâil a fallu couper dans les dĂ©lais, ça va te coĂ»ter le double») et ses rĂ©fĂ©rences aux polars (quâil collectionne).
Lisez toute la chronique sur Libération.fr
Un noir roman dont le flic sâappelle Leblanc ? Tabarnak ! Nous sommes Ă MontrĂ©al oĂč le dĂ©nommĂ© ChĂ©nier vient dâĂȘtre libĂ©rĂ© de prison plus tĂŽt que prĂ©vu. Que lui vaut cette gracieuse remise de peine ? MystĂšre. Mais visiblement, ChĂ©nier a des comptes Ă rĂ©gler. Avec un tram de retard, le neurasthĂ©nique sergent enquĂȘteur Leblanc et sa plus dynamique collĂšgue Sophie se lancent Ă ses trousses.
Ătrange tout de mĂȘme : ChĂ©nier Ă©tait auparavant un libraire sans histoire. Quâa-t-il bien pu se passer pour quâil se mĂ©tamorphose en tonton flingueur prĂȘt Ă vider son chargeur Ă la premiĂšre contrariĂ©tĂ© ?
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Chic alors : Ăric Forbes nous dĂ©livre un percutant roman chargĂ© dâhumour et dâhĂ©moglobine oĂč lâon se dĂ©lecte de dialogues avec lâaccent quĂ©bĂ©cois authentique. Crisse ! Un pur bonheur tarantinesque.