à l'écart
De mĂȘme quâil existe une lutte Ă mener sur le langage, on peut ĂȘtre natif dâun pays, supposĂ© enracinĂ© â je prĂ©fĂšre dire ancrĂ© â et le regarder mourir. On peut aussi venir dâailleurs et en faire partie intĂ©grante. On en revient Ă cette Ă©vocation des racines. AĂ©riennes, souterraines, elles vous poussent ou vous retiennent. En soi, lâĂ©criture propose un dĂ©racinement dans ce mĂ©lange permanent dâappartenance et dâexil. Ce qui explique mon obstination face Ă cet incessant flux et reflux, Ă vouloir planter, Ă©claircir, Ă©laguer et non seulement abattre, mais remplacer, rĂ©parer mĂȘme. Les arbres symbolisent la jonction, une symbiose adĂ©quate entre ces pratiques.
Ă lâĂ©cart est un rĂ©cit oĂč lâauteur dĂ©veloppe un ensemble de thĂ©matiques qui circonscrivent son univers. AndrĂ© Bucher prend la parole et partage sa vision sur le rĂŽle de lâĂ©crivain-paysan, son rapport au temps et aux saisons, lâenracinement au lieu et le dĂ©racinement pas lâĂ©criture. Quâest-ce quâĂ©crire sur la vallĂ©e du Jabron et passer dâune expĂ©rience particuliĂšre Ă une vision plus globale ? Au fil de ces textes, AndrĂ© Bucher revient sur lâĂ©cologie actuelle, le rapport que ce prĂ©curseur de lâagriculture bio entretient avec la nature, le lien quâil tisse entre ces paysages oĂč il Ă©volue et son imaginaire. Ă lâĂ©cart dessine la gĂ©ographie intime dâAndrĂ© Bucher, permet de mieux cerner son Ćuvre et porte au jour des questionnements actuels.
Revue de presse
- En marge Roger Wallet Le Calepin 29 janvier 2018
- Semer, planter des arbres⊠et écrire ! Guillaume Lohest Valériane Juillet-août 2016
- Reportage sur André Bucher pour le 19/20 Véronique Bouvier France 3 Provence-Alpes 4 juillet 2016
- à l'écart Noé Gaillard Daily Books 20 juin 2016
- La Grande Librairie François Busnel France 5 05 mai 2016
- Bucher par Bucher La Tribune 14 avril 2016
Le matin, Jacques Tassin, Penser comme un arbre (On le relit pour la troisiĂšme fois de suite tellement ce livre est riche) en alternance avec A lâĂ©cart, dâAndrĂ© Bucher quâon lira plusieurs fois certainement aussi.
Dans le sac Ă main, Pedro Salinas, La mer lumiĂšre.
Le soir, Ragnar Jonasson, Snjor, quâon a fini par racheter car, sans lâavoir lu, on lâa prĂȘtĂ© Ă quelquâun, qui lâa prĂȘtĂ© Ă quelquâun qui lâa prĂȘtĂ© Ă quelquâun qui lâa prĂȘtĂ© Ă quelquâun et on ne sait plus du tout Ă qui on lâa prĂȘtĂ© finalement.
Rendez-vous sur Bonheur de jour
AndrĂ© Bucher (bu-chĂšre, il est dâorigine alsacienne) a dĂ©veloppĂ© lâimage du paysan-Ă©crivain. Agriculteur bio (aujour- dâhui retraitĂ©) dans la DrĂŽme, il a publiĂ© de la poĂ©sie puis sâest fait connaĂźtre dans le domaine romanesque avec « Le cabaret des oiseaux » chez Sabine Wespieser. Il Ă©dite dorĂ©navant chez Le mot et le reste. Il y a sept ou huit ans, jâai rĂ©alisĂ©, sur lui et avec lui, pour les Ă©d. du Petit VĂ©hicule, un recueil de la collection Chiendents (n°17) titrĂ© « Une gĂ©ographie intime ». Par la suite il mâinvita deux fois au petit salon du livre quâil organise dans son village de Montfroc. Je le savais proche de Jim Harrisson, lâauteur amĂ©ricain, il mâen a parlĂ©. « Ă lâĂ©cart » est un curieux livre, et la prĂ©sentation quâA.B. en a faite Ă La grande librairie (6 mai 2016) traduit bien sa nature si difficile Ă cerner. Ce serait une sorte de portrait autobiographique composĂ© de textes de natures diffĂ©rentes : rĂ©cit de vie, C.V. ,mais aussi discours en faveur de lâagriculture bio (il sây consacre depuis 1970) et contre le productivisme, rĂ©flexion sur lâamĂ©nagement du territoire et la notion de justice dĂ©mocratique (la raretĂ© des services publics dans sa vallĂ©e du Jabron), lâĂ©criture de la nature (le nature writing « du Montana » Ă quoi on le rattache) et plusieurs textes brefs qui en tĂ©moignent. En somme un portrait multiple. Il me semble que mes rĂ©serves sont justifiĂ©es par le sentiment dâune adaptation imparfaite de la langue et du processus de pensĂ©e dâA.B. au propos â sentiment qui ne cesse de me tenailler Ă revoir la vidĂ©o avec François Busnel. La parole est hĂ©sitante, le propos peu clair. Prenons lâexemple de lâĂ©criture de la nature. Bucher utilise successivement les termes dâĂ©copoĂ©tique et dâĂ©cocritique sans vraiment les distinguer, ce qui perturbe la comprĂ©hension. Point de dĂ©part de la rĂ©flexion : le principe anthropocentriste, assis sur le dogme religieux, fondant «lâexploitation du rĂšgne animal, minĂ©ral et vĂ©gĂ©tal». Sâensuit un survol confus de lâusage de la nature en littĂ©rature, dont Ă©videmment le cadre bucolique et romantique. Mais pourquoi se poser la question de la lĂ©gitimitĂ© de lâĂ©crivain Ă interprĂ©ter les rĂ©actions de la nature qui, Ă lâĂ©vidence, de par son essence mĂȘme, ignore de telles projections, car « elle ne possĂšde pas de voix distincte » ? Bucher pense sans doute Ă©clairer son propos en nommant les composantes de cette galaxie amĂ©ricaine du nature writing. HĂ©las, sa liste dĂ©borde et il finit par y intĂ©grer Faulkner, Carver â jâai lu tout Carver et jamais nâai eu le sentiment que la nature Ă©tait son propos â, Steinbeck, Hemingway â pour « Le vieil homme et la mer » ? Ceci juste aprĂšs la phrase : « La nature est omniprĂ©sente et irrigue de façon tangible leurs romans ».
Je pense que cet ouvrage pĂȘche par sa forme. LâĂ©crivain sây exprime en toute libertĂ© et ne parvient pas Ă organiser avec pĂ©dagogie son propos, il se laisse entraĂźner dâune idĂ©e Ă lâautre. Il nâa personne face Ă lui pour lui faire prĂ©ciser les concepts dont il use ni pour creuser une idĂ©e. Cela transparaĂźt aussi dans la derniĂšre partie, « Les mythes », qui dĂ©marre par cette affirmation «Quâon le veuille ou non, les mythes nous influencent et nous façonnent ». Affirmation convenue mais gratuite, qui sâinscrit dans le droit fil du religieux et ses vellĂ©itĂ©s Ă structurer la pensĂ©e et la vie sociale. Mais que contre-dit la pensĂ©e laĂŻque qui, heureusement, sâest construite et affirmĂ©e au fil de lâHistoire. Les problĂšmes sociaux dâaujourdâhui ne relĂšvent pas du mythe. Et seule une trĂšs mince frange de lâĂ©criture contemporaine â notamment poĂ©tique â continue de sâappuyer sur le mythe. Je tiens cet ouvrage pour Ă©crit « en marge » dâune Ćuvre romanesque originale et nĂ©cessaire.
En 1972, AndrĂ© Bucher, Alsacien dâorigine, prend la direction de la Haute-Provence, avec sa femme et ses jumeaux. «Dans la fougue de mes vingt-six ans, je ne voyais dâautre alternative que celle de devenir paysan .» Ă cette Ă©poque, Nature & ProgrĂšs existe depuis une petite dizaine dâannĂ©es ; AndrĂ© Bucher fait partie des pionniers. Lâesprit qui lâanime nous est familier, «cette capacitĂ© de prendre en charge son existence de maniĂšre plus radicale et autonome, tout en modifiant notre comportement. En somme un projet de vie Ă lâĂ©cart, et non en marge, dans lequel lâagriculture biologique et une pratique Ă©cologique sâinscriraient tout naturellement mais qui ne constitueraient point le seul objectif en soi.» La vie dâagriculteur exige un engagement total. Ce nâest donc quâune vingtaine dâannĂ©es plus tard quâAndrĂ© Bucher sâest autorisĂ© Ă renouer avec lâĂ©criture. Et encore, prĂ©cise-t-il, seulement «lâhiver, la nuit», par manque de disponibilitĂ©s. Les titres de ses premiers romans publiĂ©s ne laissent aucun doute sur la place centrale quâoccupe la nature, le «pays», dans ses rĂ©cits : Le pays qui vient de loin (2003). Le Cabaret des oiseaux (2004), Pays Ă vendre (2005). DĂ©neiger le ciel (2007) ⊠Voici donc le paysan devenu «écrivain-paysan». AndrĂ© Bucher nâaime pas les Ă©tiquettes mais celle-lĂ , par son originalitĂ©, lui donne un petit caractĂšre de provocation. Ce qui semble lui convenir. Elle «fait figure de gag», dit-il. En lui, les deux activitĂ©s communiquent : «Dans cette supposĂ©e dichotomie, agriculture et Ă©criture, câest comme si je parvenais Ă mâunifier, mâunir Ă cet endroit. Une maniĂšre de rĂ©tablir lâĂ©quilibre, mise Ă Ă©galitĂ© de lâair, eau, ciel et terre, rochers, riviĂšres, hĂ©rons, ours ou loups, animaux dans leur globalitĂ© avec nous, autres ĂȘtres humains, apprentis sorciers et rois des prĂ©dateurs.» Ă lâĂ©cart nâest pas une fiction. Ce livre est un petit essai mais pas sur le mode de lâargumentation. PlutĂŽt une invitation Ă sâapprocher de lâunivers de son auteur, Ă dĂ©couvrir ses romans, sa vallĂ©e, son pays intĂ©rieur. On y Ă©prouve, par petites touches trĂšs personnelles dont lâagencement garde un air de mystĂšre, lâalchimie qui habite lâĂ©crivain-paysan : un lieu, la vallĂ©e du Jabron, transformĂ© Ă lâoccasion par lâimagination en «Montana en miniature», une parentĂ© avec les Ă©crivains amĂ©ricains du Nature writing («lâĂ©criture de la nature»), en particulier le regrettĂ© Jim Harrison et les Ă©crivains amĂ©rindiens, prĂ©cise-t-il. Mais aussi la rĂ©alitĂ© des luttes et alternatives Ă©cologiques dans les termes dâaujourdâhui, les AMAP françaises, la vente directe, les marchĂ©s locaux. La lecture dâAndrĂ© Bucher est un puissant encouragement pour celui ou celle qui est, Ă la fois, amoureux de littĂ©rature et persuadĂ© que lâagriculture biologique, locale et solidaire est la seule Ă mĂȘme de nourrir lâhumanitĂ© sans dĂ©grader les «pays», les lieux et les sols qui hĂ©bergent la vie. Elle ouvre les portes quâon tient trop souvent fermĂ©es entre les deux «cultures», celle qui nourrit les corps et celle qui alimente tout le reste, toutes deux nous situant dans une relation particuliĂšre avec la nature, constituĂ©e Ă la fois de participation et de distance. «Ce que je crois savoir, Ă©crit AndrĂ© Bucher du bout de la plume, est que nous devons intercĂ©der dans le cycle naturel mais avec discernement et beaucoup dâhumilitĂ©.» Lâauteur y sĂšme Ă©galement de lâhumour, du mythe et une musique de la phrase oĂč le silence a sa part. Ă lâĂ©cart est une mise en bouche ; on en sort avec lâenvie de marcher sur les sentiers de la montagne de Lure, de goĂ»ter encore et toujours aux dĂ©cors de Haute-Provence, et avec la rĂ©solution de lire les derniers romans dâAndrĂ© Bucher. Les titres en disent long : La VallĂ©e seule (2013), La Montagne de la derniĂšre chance (2015). Ils sont publiĂ©s chez lâexcellent Ă©diteur marseillais Le mot et le reste, dont le catalogue recĂšle aussi des trĂ©sors de traduction de Thoreau dont nous reparlerons.
Ă la rencontre dâAndrĂ© Bucher, sur ses terres, chez lui. Un reportage de France 3 Provence-Alpes.
DiffusĂ© le lundi 4 juillet Ă 19h00 (Ă partir de 12â08).
Voir le reportage en replay sur le site de France 3
Note : 5/5
QuatriĂšme titre de « notre » « Ă©crivain-paysan » ou « paysan-Ă©crivain » chez Le mot et le reste et je crois que lâon pourrait le considĂ©rer comme une sorte de bilan, dâauto-analyse.
Il justifie son titre par le fait quâil est Ă lâĂ©cart des modes, des lieux oĂč il faudrait ĂȘtre, des styles, etc. Il explique comment il en est arrivĂ© lĂ . Et ce quâil dit de lâendroit quâil habite nous laisse prĂ©sumer quâil mĂšne une vie « tranquille » mais pas tout Ă fait sereine tant le poids de la sociĂ©tĂ© et du monde pĂšse autour de lui. Jâai relevĂ© trois citations qui vous donneront une idĂ©e du bonhomme, de lâhonnĂȘte homme que lâon sent marcher dans la campagne dâun pas rythmĂ© par la rĂ©flexion.
« MĂȘmes les plus remarquables expĂ©riences, les plus belles initiatives, si on nây prend garde, finissent par ĂȘtre dĂ©voyĂ©es. (Le rock des annĂ©es soixante, par exemple). Ce que Guy Debord en son temps (1967) intitula La SociĂ©tĂ© du spectacle. Pour illustrer le propos, jâai rĂ©guliĂšrement une grave crise dâurticaire, lorsque jâentends la chanson de John Lennon. Qui aurait cru quâun jour son titre servirait de slogan publicitaire pour glorifier lâimagination et servir de vulgaire promotion au CrĂ©dit Agricole. »
« Que de fois nâentendons-nous pas : « On ne va pas revenir Ă la bougie ! » Dans la bouche de supposĂ©s intellectuels, je trouve cela affligeant. »
« Par analogie, si nous nous prĂ©occupons de lâĂ©tat de la planĂšte que nous lĂ©guerons Ă nos enfants, en revanche on peut tout autant sâinterroger sur quels enfants nous laisserons Ă cette mĂȘme planĂšte. »
Je ne sais pas vous, mais moi, il me semble quâun individu qui tient ce type de propos mĂ©rite dâĂȘtre lu plus avant. Mais peut-ĂȘtre est-ce parce quâil est nĂ© en 1946 ? Peut-ĂȘtre aussi que les jeunes lecteurs dâaujourdâhui nâont pas les mĂȘmes prĂ©occupations.
Bonne lecture.`
Retrouvez la chronique de Noé Gaillard sur le site de Daily Books
François Busnel invite AndrĂ© Bucher sur son plateau pour parler de son nouvel ouvrage Ă lâĂ©cart et de la réédition de son âmagnifique romanâ FĂ©e dâhiver.
Revoir lâĂ©mission sur le site de France 5
Une pause. PoĂšmes, nouvelles, carnet de voyage et 8 romans tracent la voix littĂ©raire du paysan Ă©crivain AndrĂ© Bucher. Le montagnard de Montfroc (26) a plantĂ© sa vie Ă lâĂ©cart, enfouissant dâabord ses mots pour animer son idĂ©al de libertĂ© et nourrir sa famille. Ce nâest quâĂ partir de 1990 quâil sâautorise Ă réécrire dans la nature qui lâhabite.
EditĂ© chez Sabine Wespieser, DenoĂ«l et Le mot et Le reste, repris en poche, lâĂąpre paysan nâa pas dĂ©tournĂ© ses pas, ni Ă©coutĂ© les corneilles du succĂšs. Il revient dans un ouvrage dâune centaine de pages en ellipses, rĂ©flexions, critiques, fragments ⊠sur lâĂ©closion, lâexpression et les fondements de son Ă©criture.
Loin de lâautobiographie, son exĂ©gĂšse est tranchante, extrĂȘmement fine. Se rattachant au courant du «nature writing» («quitte Ă se voir attribuer une Ă©tiquette»), AndrĂ© Bucher se raconte, analyse et Ă©pluche. Pudiquement, rĂ©solument. Lâaveu de lâabandon de la mĂšre permet vite de laisser sâenvoler sa poĂ©tique, souvent qualifiĂ©e de voix singuliĂšre. «⊠jâai pensĂ© Ă mon tour que lâĂ©criture de la nature, entre autres actions, permettait de dĂ©placer le curseur de lâengagement mais paradoxalement elle vous invite, vous appelle au silence et au doute. Câest peut-ĂȘtre de cette tension, de ces instants magiques et fragiles, que se nourrit ma relation Ă la nature et qui produit ce que je nommerais «une Ă©criture de lâincertitude.»
Agriculture Ă©cologique, rapport Ă la nature, inscriptions dans le temps et lâespace, relations aux
animaux⊠ce ne sont pas des convictions, des dĂ©finitions. Câest une gĂ©ographie intime, une typologie de lâĂ©criture, une carte de la mĂ©moire. PrĂ©supposĂ© de lecture dâ«A lâĂ©cart» : avoir lu AndrĂ© Bucher ! ou aimer les procĂ©dĂ©s de fabrique.