Sermons radiophoniques
EXTRAIT
Les PygmĂ©es, une des cultures les plus « primitives », ne produisent pas ni ne consomment leur musique, mais deviennent en masse « la voix de la forĂȘt ». Ă lâautre bout de lâĂ©chelle, parmi des sociĂ©tĂ©s agraires complexes, telle Bali Ă lâorĂ©e du xxe siĂšcle,« tout le monde est un artiste » (en 1980 un mystique javanais mâa dit « Tout le monde doit ĂȘtre un artiste ! »).
Les buts de lâimmĂ©diatisme se trouvent quelque part le long de la trajectoire dessinĂ©e grossiĂšrement par ces trois points (les PygmĂ©es, les Indiens des Plaines, les Balinais), qui ont tous eu un lien avec le concept anthropologique de « chamanisme dĂ©mocratique ». Les actes crĂ©atifs, eux-mĂȘmes les rĂ©sultats extĂ©rieurs de lâintĂ©rioritĂ© de lâimagination, ne passent pas par la mĂ©diation et ne sont pas aliĂ©nĂ©s (dans le sens oĂč nous employons ces termes) quand ils sont rĂ©alisĂ©s par tout le monde pour tout le monde â quand ils sont produits mais pas reproduits â quand ils sont partagĂ©s mais pas fĂ©tichisĂ©s. Bien entendu, ces actes sont accomplis Ă travers une mĂ©diation dâun certain genre et dans une certaine mesure, comme le sont tous les actes â mais ils ne sont pas encore devenus les forces de lâaliĂ©nation extrĂȘme entre un expert / prĂȘtre / producteur dâune part et un pauvre «profane» ou consommateur dâautre part.
Introduction de Guillaume Kosmicki.
Traduit de lâanglais par Fleur Ramette.
Les Sermons radiophoniques (1992) forment un ensemble de onze textes dans lesquels lâauteur dĂ©veloppe une thĂ©orie de pratique artistique appelĂ©e âimmĂ©diatismeâ. Dans la lignĂ©e de Dada et du situationnisme, lâimmĂ©diatisme se conçoit comme un mouvement basĂ© sur la notion de jeu. En effet, dans nos sociĂ©tĂ©s high-tech oĂč le capitalisme tardif nous pousse de plus en plus loin dans des formes extrĂȘmes de mĂ©diation et donc dâaliĂ©nation, oĂč le fossĂ© entre la production et la consommation de lâart ne cesse de sâĂ©largir, lâart vĂ©ritable ne peut se concevoir que sous la forme dâun jeu car le jeu est la plus immĂ©diate des expĂ©riences.
DĂšs lors potlatch, terrorisme poĂ©tique et nomadisme forment des manifestations logiques de lâimmĂ©diatisme qui permettent de libĂ©rer et de partager lâimagination.
Revue de presse
LES LIVRES MAL LĂCHĂS DU PRINTEMPS NoĂ«l Godin ZĂLIUM N°9 avril-mai 2012
Au-delà des TAZ, le Jihad anarchiste ! Noël Godin CQFD N°103 septembre 2012
L'ATELIER DU SON Thomas Baumgartner FRANCE CULTURE juin 2012
BULLES NOIRES Stéphane Allégret RADIO LIBERTAIRE 15 octobre 2011
Nouveautés Anarlivres novembre 2011
Wake Up Call Juliana radio Canal B 13 octobre 2011
Le coup de coeur de Christophe Bourseiller Christophe BOURSEILLER MUSIQUE MATIN (FRANCE MUSIQUE) 6 octobre 2011
Christophe KIHM ARTPRESS #382 octobre 2011
La sélection de la rédaction DE TROIS COULEURS - MK2 septembre 2011
Collectors #73-03 CHRONIC'ART septembre-octobre 2011
L'ATELIER DU SON THOMAS BAUMGARTNER FRANCE CULTURE 16 septembre 2011
LES SERMONS RADIOPHONIQUES DE HAKIM BEY ENFIN TRADUITS MAXENCE GRUGIER FLUCTUAT 12 août 2011
Thierry L'AMINOT ETUDES JEAN-JACQUES ROUSSEAU n°18 été 2011
Hakim Bey (Peter Lamborn Wilson) est un Ă©crivain anarchiste amĂ©ricain qui est connu pour son concept de TAZ (en France Zones dâAutonomie Temporaire). Il sâest aussi intĂ©ressĂ© aux pirates, au soufisme et Ă Charles Fourier. Ce recueil de âsermonsâ propose onze essais qui ont Ă©tĂ© Ă©crits pour un Ă©mission de radio diffusĂ©e il y a une vingtaine dâannĂ©es sur XBAI-FM Pacific Ă New York. Lâauteur y dĂ©veloppe une thĂ©orie sur lâart quâil appelle âimmĂ©diatismeâ et dans laquelle on reconnaĂźt les influences de Dada et du situationnisme. Lâart doit ĂȘtre sĂ©parĂ© du capital, les artistes et les travailleurs culturels doivent cesser de dĂ©pendre du systĂšme Ă©conomique. Il faut valoriser des pratiques simples comme le jeu, lâĂ©change et le don (le potlatch), lâamitiĂ©, les banquets, le nomadisme, le terrorisme politique⊠Les textes sont accompagnĂ©s dâannotations qui donnent un Ă©clairage sur les trĂšs nombreuses rĂ©fĂ©rences auxquelles se rĂ©fĂšre Hakim Bey
Petit panorama gredin des parutions récentes les plus chouettement fouteuses de merde.
(âŠ)
Et puis avec Sermons radiophoniques (Le Mot et le Reste), un pot-pourri de chroniques new-yorkaises acĂ©rĂ©es de Hakim Bey complĂ©tant avec piquant ses appels Ă la crĂ©ation de zones autonomes temporaires âoĂč lâanarchie est vĂ©ritablement vĂ©cue dans lâinstant prĂ©sent, et pendant un moment donnĂ©, avant de disparaĂźtre tout aussi rapidement.â
Il est assez Ă©trange que personne nâait relevĂ© (tout du moins Ă ma connaissance) que lâinventeur de lâĂ©peronnant concept des zones autonomes temporaires ou TAZ, Hakim Bey, travaillait sacrĂ©ment du citron. Ses Ă©crits pamphlĂ©taires couillus, godillant souvent en mĂȘme temps que lâĂ©sotĂ©risme, la linguistique, lâanthropologie, la gastrosophie, la polĂ©mologie, le soufisme et lâanarcho-situationnisme prennent souvent de drĂŽles de chemins, tour Ă tour phosphorescents et opaques, Ă©clairants et biscornus. En atteste la toute rĂ©cente traduction de son MillĂ©nium de 1996 (Ă©ditions le Mot et le Reste comme lâan dernier de ses Sermons radiophoniques) par lâĂ©nigmatique Fleur Ramette.
Puisque lâennemi aujourdâhui, nous dit-il, est moins lâĂtat ni mĂȘme le Spectacle selon Debord que le Capital libĂ©rĂ© de la politique, des religions et des frontiĂšres, il y a lieu de se livrer contre lui Ă un nouveau style de âpropagande par le faitâ: le Jihad. Ne plus sâen tenir, pour notre Ă©mancipation immĂ©diate, Ă la crĂ©ation de TAZ, mais tendre Ă une sorte de âzone autonome permanenteâ, raccordant entre eux des groupes de combat et des expĂ©riences alternatives, quâon pourrait identifier au âmillĂ©niumâ. Autrement dit, Ă la rĂ©volution libertaire en marche menĂ©e par des âmillions de travailleurs, de fermiers, de peuples tribaux, de marginaux, dâartistes de toutes classes, dâhĂ©rĂ©tiques et mĂȘme de commerçants et de professionnels petits-bourgeoisâ. Hakim Bey prĂ©cise quâil voit le nouveau monde comme lâavĂšnement du âfĂ©dĂ©ralisme nĂ©o-proudhonienâ garantissant la libertĂ© totale Ă âchaque point dâorganisation dans le rhizome, aussi petit soit-il â mĂȘme pour un seul individu, ou un tout petit groupe de sĂ©cessionnistes.â
On accompagne de bon cĆur Hakim Bey dans ses exultations, dâautant mieux quâil a lâart, assez cocasse Ă vrai dire, dâĂ©viter les chausse-trappes de justesse. Parfois dâextrĂȘme justesse : Bey ose nous sortir, par exemple, que le âmillĂ©niumâ, auquel les rebelles aspirent, câest⊠la venue du messie. Mais il ajoute aussitĂŽt que le messie, pour lui, est une collectivitĂ© en lutte dans laquelle chaque individualitĂ© peut se rĂ©aliser dans sa diffĂ©rence et avec ses propres modes de rĂ©sistance au systĂšme.
On attend les derniĂšres observations dâHakim Bey avec curiositĂ©. Ăditeurs et traducteurs, Ă lâattaque ! Il nous brĂ»le de savoir comment le gaillard perçoit le soulĂšvement dâOaxaca, les canulars des Yes Men, les colĂšres des IndignĂ©s ou les frasques de Black Blocks se rĂ©clamant de lui.
Guillaume Kosmicki, musicologue, Ă©tait dĂ©jĂ intervenu dans LâAtelier du Son, pour donner quelques repĂšres au sujet dâHakim Bey, des Zones autonomes temporaires et de ses âSermons radiophoniquesâ. Quelques minutes seulement. On sâĂ©tait promis de le rĂ©inviter, en prenant plus de temps, pour revenir sur la somme quâil a fait paraĂźtre il y a quelque temps et qui est sur le point dâĂȘtre rééditĂ©e : Musiques Ă©lectroniques, des avant-gardes aux dance floors (Ă©d. Le Mot et le Reste). Câest ce quâon fait â enfin â ce soir.
La clartĂ©, voilĂ la vertu de ce livre. En questionnant lâeffet de lâimpulsion Ă©lectrique entrĂ©e dans le champ du sonore, Guillaume Kosmicki Ă©tablit des passerelles (entre les genres, entre les individus et entre les pĂ©riodes) et donne Ă voir la marche de la crĂ©ation sonore et musicale au XXe siĂšcle. Un des mouvements du livre est de montrer comment la part de lâexpĂ©rience et de la recherche glisse progressivement vers lâexpression musicale populaire. Et que de VarĂšse au sample hip-hop, il y a des liens. Que de Dada au drone, on peut tracer une ligne. Que Fluxus et Kraftwerk ne sont pas si Ă©loignĂ©s.
Bien sĂ»r, Guillaume Kosmicki ne fait pas lâimpasse sur les traces de lâĂ©poque dans lâexpression sonore et musicale : effets de ruptures, de provocation, introduction du bruit du monde dans les partitions⊠Pour arriver Ă la pĂ©riode actuelle, marquĂ©e par les reprises, les croisements, les hybridations, le partage, la fĂȘte. JusquâĂ aujourdâhui, oĂč il annonce que nous sommes âĂ une pĂ©riode charniĂšreâ : âle calme avant la tempĂȘteâ.
Ce soir, nous vous proposons une bande originale possible de âMusiques Ă©lectroniques, des avant-gardes aux dance floorsâ, commentĂ©e avec lâauteur, Ă©videmment.
Dans son Ă©mission du 15 octobre, StĂ©phane recevait Guillaume Kosmicki pour parler dâHakim Bey, de raves et de musiques Ă©lectroniques.
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Peut-on, aujourdâhui, modifier les rapports entre individus, et soi-mĂȘme avant tout, en vue de faire Ă©voluer le monde ? Hakim Bey, initiateur des « TAZ » (« zones dâautonomie temporaires »), rĂ©pond par lâaffirmative et dĂ©veloppe la notion dâ« immĂ©diatisme » dans ces Sermons radiophoniques (introd. de Guillaume Kosmicki, trad. de lâamĂ©ricain par Fleur Ramette, Le mot et le reste, 88 pages, 9 euros), extraits dâĂ©missions sur une radio new-yorkaise dans les annĂ©es 1990. Les moyens ? Citons, entre autres, le « tong » (rĂ©fĂ©rence aux tongs chinois), constitution de sociĂ©tĂ© secrĂšte pour les groupes marginaux ou prĂŽnant des actes illĂ©gaux (et lâon pense au groupe de hackers dâAnonymous, par exemple), et le concept de potlatch (cĂ©rĂ©monie de dons) appliquĂ© Ă des banquets ou Ă des pique-niques mĂȘlant Ă©changes de plats et de cadeaux non manufacturĂ©s⊠Il sâagit encore et toujours de constituer, selon les mots du prĂ©facier, des « zones pirates oĂč lâanarchie est vĂ©ritablement vĂ©cue dans lâinstant prĂ©sent, et pendant un moment donnĂ©, avant de disparaĂźtre tout aussi rapidement ».
Guillaume Kosmicki Ă©tait lâinvitĂ© de la matinale trĂšs punchy de Juliana. Il a prĂ©sentĂ© les Sermons radiophoniques aux auditeurs.
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Radio Canal B
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Les Sermons radiophoniques, coup de cĆur de Christophe Bouseiller, animateur de la matinale de France Musique (Musique matin).
Pour réécouter lâĂ©mssion : MUSIQUEMATIN
Le nom dâHakim Bey (Peter Lamborn Wilson) est particuliĂšrement connu dans les milieux artistiques grĂące Ă la grande fortune rencontrĂ©e par son concept de âT.A.Z.â (Zone dâAutonomie Temporaire) depuis maintenant deux dĂ©cennies (lâĂ©dition originale de T.A.Z. date de 1991, sa traduction française de 1997). Ce succĂšs repose en grande partie sur deux points : dâune part, le mystĂšre auratique entretenu autour de cet auteur adepte du secret, poĂšte et mystique qui se qualifie lui-mĂȘme dââanarchiste ontologiqueâ, dont les rĂ©fĂ©rences et les emprunts vont de la philosophie de Nietzsche au spiritualisme et Ă lâĂ©sotĂ©risme, qui adopte des postures de sage ou de chamane, multiplie les appels Ă lâinsurrection et les formules aphoristiques sur la marche du monde. Appelons cela un style. Cette fortune repose encore sur des propositions concrĂštes (comme les âT.A.Zâ) appartenant au registre des maniĂšres dâĂȘtre et des arts de vivre, dans des formes alternatives aux normes dominantes des sociĂ©tĂ©s capitalistes contemporaines. Postures, discours et propositions sont bien entendus mĂȘlĂ©s chez Hakim Bey, et ces Sermons radiophoniques â interventions effectuĂ©es il y a plus de vingt ans sur les ondes de WBAI-FM Pacific Ă New York, lors de lâĂ©mission M.O.R.C. â ne dĂ©rogent pas Ă la rĂšgle. LâarriĂšre-plan idĂ©ologique et les vĂ©ritĂ©s par trop simplistes qui soutiennent le discours ne doivent pas masquer lâintĂ©rĂȘt de ses objets, qui participent dâune volontĂ© de crĂ©er du collectif â Ă©loge de lâart comme jeu, rĂ©flexions Ă partir du Tong chinois et autres structures dâorganisation secrĂštes, conviviales, autonomes, a-hiĂ©rarchiques, modĂšle du banquet, Ă©loge de lâamitiĂ© comme forme de vie⊠Objets qui permettent de comprendre combien le succĂšs dâHakim Bey est aussi liĂ© Ă son classicisme.
âToute chose dĂ©licate et belle, du surrĂ©alisme Ă la break dance, finit comme fourrage pour les publicitĂ©s McDeath.â
Ecrivain anarchiste amĂ©ricain, Hakim Bey, de son vrai nom Peter Lamborn Wilson, est connu pour sa thĂ©orie des T.A.Z. (âzones autonomes temporairesâ) et son attachement Ă la culture pirate en gĂ©nĂ©ral. Dans Serons radiophoniques, il pose la question de la pratique de lâart Ă lâheure de la culture poubelle : âEst-il possible dâĂȘtre sĂ©rieux mais pas sobre ?â Foutraque et fulgurant, lâauteur prĂȘche en onze sermons â comme les stigmates dâun dogmatisme achevĂ© â sa thĂ©orie de lâimmĂ©diatisme.
Pour son numĂ©ro rentrĂ©e, dans sa nouvelle rubrique Collectors, le magazine culturel Chronicâart reproduit un extrait des Sermons radiophoniques (âLe Potlatch immĂ©diatisteâ).
Dans la deuxiĂšme partie de lâĂ©mission, le musicologue Guillaume Kosmicki revient sur les Sermons radiophoniques dâHakim Bey, qui paraissent aux Ă©ditions Le Mot et le Reste et dont il signe lâintroduction. Hakim Bey, thĂ©oricien amĂ©ricain, inventeur du concept de âZones dâautonomes temporairesâ, explique ici âlâimmĂ©diatismeâ, ou lâart comme jeu quotidien. Guillaume Kosmicki explique en quoi la parole dâHakim Bey entre en Ă©cho avec les free parties et la musique Ă©lectronique.
LâAtelier du son
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Les Ă©ditions Le Mot et le Reste publient dans leur collection Attitudes, les textes dâun esprit libre : Hakim Bey. Lâauteur du fameux traitĂ© T.A.Z (ou Z.A.T. En français pour â Zones dâAutonomie Temporaire â) de 1991, qui inspira toute une frange de la contre-culture des annĂ©es 90 (et en particulier le mouvement techno free-party de la mĂȘme Ă©poque). Et câest avec plaisir, et il faut bien le dire, soulagement en ces temps troublĂ©s, que nous retrouvons ici ses sermons originalement composĂ©s pour lâĂ©mission de radio M.O.R.C. (The Moorish Orthodox Radio Crusade Collective) sur WBAI-FM Pacific Ă New York.
Ces â sermons â (The Radio Sermonette en V.O.) se composent de onze essais, ou manifestes, visant Ă exposer la pensĂ©e totalement singuliĂšre dâun des plus mystĂ©rieux personnage de la fin du 20Ăšme siĂšcle et du dĂ©but du 21Ăšme, Hakim Bey, pseudonyme connu de Peter Lamborn Wilson. Un penseur dâobĂ©dience anarchiste adhĂ©rant Ă lâidĂ©e âdâanarchisme ontologiqueâ, qui explore depuis plus de 15 ans les zones inconnues ou â fort heureusement pour certaines â ignorĂ©es, de notre culture et de notre histoire. Exhumant souvent ainsi des trĂ©sors de possibilitĂ©s cachĂ©es nous permettant de dĂ©compresser ou dâen finir, au moins âtemporairementâ, le temps dâune soirĂ©e, dâune fĂȘte, dâun festival, dâune performance, ou dâune Ă©mission de radio par exemple, avec la pression et lâaliĂ©nation que nous impose lâactuelle civilisation.
On trouvera parmi ces Sermons Radiophoniques, un traitĂ© de lâimĂ©diatisme qui cherche Ă sĂ©parer lâart du capital et dâen finir avec lâaliĂ©nation des artistes â et des travailleurs culturels â envers lâĂ©conomie. Un texte passionnant sur lâhistoire des Tongs, cette confrĂ©rie âocculteâ (dans le sens de secrĂšte et invisible) nĂ©e en chine (et qui rappellera Ă certains son fabuleux livre sur les Utopies Pirates). Sont aussi prĂ©sentĂ©s, un essai intitulĂ© ImĂ©diatisme VS capitalisme dont le titre parle de lui-mĂȘme aprĂšs la lecture du premier traitĂ©, ainsi quââInvolutionâ, âImaginationâ ou âVernissageâ. Certains, fameux sur le net (les textes dâHakim Bey sont anticopyrightĂ©s, ils sont donc librement piratĂ©s et diffusĂ©s dans leur langue dâorigine, comme ce fut le cas pour âUn Potlatch ImĂ©diatisteâ), ont dĂ©jĂ fait parler beaucoup dâeux et ont Ă©tĂ© lu dans le monde entier dans leur langue originale.
Câest pourquoi il faut insister sur le fait que lâĂ©diteur les prĂ©sente ici sous une traduction inĂ©dite â et excellente â de Fleur Ramette, accompagnĂ©e de nombreuses annotations permettant au lecteur français de mieux comprendre les nombreuses rĂ©fĂ©rences soulevĂ©s par Hakim Bey. Lâensemble est aussi complĂ©tĂ© dâune trĂšs bonne introduction synthĂ©tique de Guillaume Kosmicki, Ă©galement auteur de la somme sur les Musiques Electroniques chez le mĂȘme Ă©diteur.
Les Sermons Radiophoniques paraßtront le 18 août aux éditions Le Mot et le reste.
Antoine Hetzenberger ayant utilisĂ© les thĂšses dâHakim Bey pour Ă©tayer sa rĂ©flexion dans une Ă©tude sur Emile et Sophie, on peut supposer que cet auteur intĂ©resse les rousseauistes. Hakim Bey est un essayiste anarchiste contemporain qui publie Ă©galement des ouvrages sous le nom de Peter Lamborn Wilson et tente de formuler de nouvelles formes de rapports humains, dĂ©gagĂ©s du formalisme bureaucratique et de lâoppression Ă©tatique. Il met ainsi au goĂ»t du jour lâassociation dâĂ©goĂŻste dĂ©finie par Max Stirner dans LâUnique et sa propriĂ©tĂ© et propose des solutions modulables, Ă©phĂ©mĂšres, instables et par lĂ mĂȘme insaisissables, les fameuses T.A.Z (Zones dâAutonomie Temporaire) dans lesquelles les ĂȘtres humains peuvent communiquer, construire et crĂ©er ici et maintenant. Hakim Bey utilise les moyens dâaujourdâhui pour faire connaĂźtre sa pensĂ©e, la radio ou Internet, bien quâil se garde aussi des liens quâils engendrent. En bon anarchiste, il garde de la distance vis-Ă -vis de la technologie et du spectacle aliĂ©nant des mĂ©dias, refuse la popularitĂ© et le rĂŽle de gourou quâon attend quâil prenne. Ces Sermons radiophoniques sont tirĂ©s de lâĂ©mission M.O.R.C, diffusĂ©e autrefois Ă New York et ils ont Ă©tĂ© publiĂ©s la premiĂšre fois en 1992. Le lecteur y trouvera des textes sur les Tongs chinois, des considĂ©rations sur la sociĂ©tĂ© du spectacle ou une thĂ©orie de lâimmĂ©diatisme qui traduisent lâouverture dâesprit de lâauteur. Plusieurs passages font irrĂ©sistiblement penser Ă R., notamment cette critique des livres : âLes livres en tant que mĂ©dias ne transmettent que des mots __ pas de sons, dâimages, dâodeurs ou de sensations tactilesâ. Ils empĂȘchent non seulement dâavoir accĂšs aux choses, mais aux rĂȘves mĂȘme. Hakim Bey voit dans lâintĂ©rĂȘt que nous portons aux grottes de Lascaux la preuve âque Babylone a enfin commencĂ© Ă sâeffondrerâ et que lâanarchisme est plus un symptĂŽme quâune cause de sa disparition. Il nâaspire pas Ă un retour Ă lâĂąge de pierre, mais plutĂŽt Ă un retour Ă une technologie psychique dont nous aurions oubliĂ© quâelle Ă©tait nĂŽtre. Il a cette trĂšs belle formulation de lâespoir, digne de lâĂ©clat de rire de lâUnique une fois quâil a secouĂ© le poids des idĂ©aux dont on lâaccablait : âMalgrĂ© nos imaginations utopiques, nous ne savons pas Ă quoi nous attendre. Mais nous, au moins, nous sommes prĂ©parĂ©s Ă la dĂ©rive vers lâinconnu. Pour nous, câest une aventure, pas la fin du monde. Nous avons accueilli le retour du chaos, car avec le danger vient, enfin, une chance de crĂ©erâ. On ne saurait ĂȘtre plus anarchiste.