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Parution : 18/08/2011
ISBN : 9782360540273
88 pages (14,8 x 21)

Sermons radiophoniques

EXTRAIT
Les PygmĂ©es, une des cultures les plus « primitives », ne produisent pas ni ne consomment leur musique, mais deviennent en masse « la voix de la forĂȘt ». À l’autre bout de l’échelle, parmi des sociĂ©tĂ©s agraires complexes, telle Bali Ă  l’orĂ©e du xxe siĂšcle,« tout le monde est un artiste » (en 1980 un mystique javanais m’a dit « Tout le monde doit ĂȘtre un artiste ! »).
Les buts de l’immĂ©diatisme se trouvent quelque part le long de la trajectoire dessinĂ©e grossiĂšrement par ces trois points (les PygmĂ©es, les Indiens des Plaines, les Balinais), qui ont tous eu un lien avec le concept anthropologique de « chamanisme dĂ©mocratique ». Les actes crĂ©atifs, eux-mĂȘmes les rĂ©sultats extĂ©rieurs de l’intĂ©rioritĂ© de l’imagination, ne passent pas par la mĂ©diation et ne sont pas aliĂ©nĂ©s (dans le sens oĂč nous employons ces termes) quand ils sont rĂ©alisĂ©s par tout le monde pour tout le monde – quand ils sont produits mais pas reproduits – quand ils sont partagĂ©s mais pas fĂ©tichisĂ©s. Bien entendu, ces actes sont accomplis Ă  travers une mĂ©diation d’un certain genre et dans une certaine mesure, comme le sont tous les actes – mais ils ne sont pas encore devenus les forces de l’aliĂ©nation extrĂȘme entre un expert / prĂȘtre / producteur d’une part et un pauvre «profane» ou consommateur d’autre part.

Introduction de Guillaume Kosmicki.
Traduit de l’anglais par Fleur Ramette.

Les Sermons radiophoniques (1992) forment un ensemble de onze textes dans lesquels l’auteur dĂ©veloppe une thĂ©orie de pratique artistique appelĂ©e “immĂ©diatisme”. Dans la lignĂ©e de Dada et du situationnisme, l’immĂ©diatisme se conçoit comme un mouvement basĂ© sur la notion de jeu. En effet, dans nos sociĂ©tĂ©s high-tech oĂč le capitalisme tardif nous pousse de plus en plus loin dans des formes extrĂȘmes de mĂ©diation et donc d’aliĂ©nation, oĂč le fossĂ© entre la production et la consommation de l’art ne cesse de s’élargir, l’art vĂ©ritable ne peut se concevoir que sous la forme d’un jeu car le jeu est la plus immĂ©diate des expĂ©riences.
DĂšs lors potlatch, terrorisme poĂ©tique et nomadisme forment des manifestations logiques de l’immĂ©diatisme qui permettent de libĂ©rer et de partager l’imagination.

Revue de presse

Felip Équy Cahier Critique du PoĂ©sie (CCP 24) Octobre 2012
LES LIVRES MAL LÉCHÉS DU PRINTEMPS NoĂ«l Godin ZÉLIUM N°9 avril-mai 2012
Au-delà des TAZ, le Jihad anarchiste ! Noël Godin CQFD N°103 septembre 2012
L'ATELIER DU SON Thomas Baumgartner FRANCE CULTURE juin 2012
BULLES NOIRES Stéphane Allégret RADIO LIBERTAIRE 15 octobre 2011
Nouveautés Anarlivres novembre 2011
Wake Up Call Juliana radio Canal B 13 octobre 2011
Le coup de coeur de Christophe Bourseiller Christophe BOURSEILLER MUSIQUE MATIN (FRANCE MUSIQUE) 6 octobre 2011
Christophe KIHM ARTPRESS #382 octobre 2011
La sélection de la rédaction DE TROIS COULEURS - MK2 septembre 2011
Collectors #73-03 CHRONIC'ART septembre-octobre 2011
L'ATELIER DU SON THOMAS BAUMGARTNER FRANCE CULTURE 16 septembre 2011
LES SERMONS RADIOPHONIQUES DE HAKIM BEY ENFIN TRADUITS MAXENCE GRUGIER FLUCTUAT 12 août 2011
Thierry L'AMINOT ETUDES JEAN-JACQUES ROUSSEAU n°18 été 2011

Hakim Bey (Peter Lamborn Wilson) est un Ă©crivain anarchiste amĂ©ricain qui est connu pour son concept de TAZ (en France Zones d’Autonomie Temporaire). Il s’est aussi intĂ©ressĂ© aux pirates, au soufisme et Ă  Charles Fourier. Ce recueil de “sermons” propose onze essais qui ont Ă©tĂ© Ă©crits pour un Ă©mission de radio diffusĂ©e il y a une vingtaine d’annĂ©es sur XBAI-FM Pacific Ă  New York. L’auteur y dĂ©veloppe une thĂ©orie sur l’art qu’il appelle “immĂ©diatisme” et dans laquelle on reconnaĂźt les influences de Dada et du situationnisme. L’art doit ĂȘtre sĂ©parĂ© du capital, les artistes et les travailleurs culturels doivent cesser de dĂ©pendre du systĂšme Ă©conomique. Il faut valoriser des pratiques simples comme le jeu, l’échange et le don (le potlatch), l’amitiĂ©, les banquets, le nomadisme, le terrorisme politique
 Les textes sont accompagnĂ©s d’annotations qui donnent un Ă©clairage sur les trĂšs nombreuses rĂ©fĂ©rences auxquelles se rĂ©fĂšre Hakim Bey

Felip Équy
Cahier Critique du Poésie (CCP 24) Octobre 2012

LES LIVRES MAL LÉCHÉS DU PRINTEMPS

Petit panorama gredin des parutions récentes les plus chouettement fouteuses de merde.
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Et puis avec Sermons radiophoniques (Le Mot et le Reste), un pot-pourri de chroniques new-yorkaises acĂ©rĂ©es de Hakim Bey complĂ©tant avec piquant ses appels Ă  la crĂ©ation de zones autonomes temporaires “oĂč l’anarchie est vĂ©ritablement vĂ©cue dans l’instant prĂ©sent, et pendant un moment donnĂ©, avant de disparaĂźtre tout aussi rapidement.”

Noël Godin
ZÉLIUM N°9 avril-mai 2012

Au-delĂ  des TAZ, le Jihad anarchiste !

Il est assez Ă©trange que personne n’ait relevĂ© (tout du moins Ă  ma connaissance) que l’inventeur de l’éperonnant concept des zones autonomes temporaires ou TAZ, Hakim Bey, travaillait sacrĂ©ment du citron. Ses Ă©crits pamphlĂ©taires couillus, godillant souvent en mĂȘme temps que l’ésotĂ©risme, la linguistique, l’anthropologie, la gastrosophie, la polĂ©mologie, le soufisme et l’anarcho-situationnisme prennent souvent de drĂŽles de chemins, tour Ă  tour phosphorescents et opaques, Ă©clairants et biscornus. En atteste la toute rĂ©cente traduction de son MillĂ©nium de 1996 (Ă©ditions le Mot et le Reste comme l’an dernier de ses Sermons radiophoniques) par l’énigmatique Fleur Ramette.
Puisque l’ennemi aujourd’hui, nous dit-il, est moins l’État ni mĂȘme le Spectacle selon Debord que le Capital libĂ©rĂ© de la politique, des religions et des frontiĂšres, il y a lieu de se livrer contre lui Ă  un nouveau style de “propagande par le fait”: le Jihad. Ne plus s’en tenir, pour notre Ă©mancipation immĂ©diate, Ă  la crĂ©ation de TAZ, mais tendre Ă  une sorte de “zone autonome permanente”, raccordant entre eux des groupes de combat et des expĂ©riences alternatives, qu’on pourrait identifier au “millĂ©nium”. Autrement dit, Ă  la rĂ©volution libertaire en marche menĂ©e par des “millions de travailleurs, de fermiers, de peuples tribaux, de marginaux, d’artistes de toutes classes, d’hĂ©rĂ©tiques et mĂȘme de commerçants et de professionnels petits-bourgeois”. Hakim Bey prĂ©cise qu’il voit le nouveau monde comme l’avĂšnement du “fĂ©dĂ©ralisme nĂ©o-proudhonien” garantissant la libertĂ© totale Ă  “chaque point d’organisation dans le rhizome, aussi petit soit-il – mĂȘme pour un seul individu, ou un tout petit groupe de sĂ©cessionnistes.“
On accompagne de bon cƓur Hakim Bey dans ses exultations, d’autant mieux qu’il a l’art, assez cocasse Ă  vrai dire, d’éviter les chausse-trappes de justesse. Parfois d’extrĂȘme justesse : Bey ose nous sortir, par exemple, que le “millĂ©nium”, auquel les rebelles aspirent, c’est
 la venue du messie. Mais il ajoute aussitĂŽt que le messie, pour lui, est une collectivitĂ© en lutte dans laquelle chaque individualitĂ© peut se rĂ©aliser dans sa diffĂ©rence et avec ses propres modes de rĂ©sistance au systĂšme.
On attend les derniĂšres observations d’Hakim Bey avec curiositĂ©. Éditeurs et traducteurs, Ă  l’attaque ! Il nous brĂ»le de savoir comment le gaillard perçoit le soulĂšvement d’Oaxaca, les canulars des Yes Men, les colĂšres des IndignĂ©s ou les frasques de Black Blocks se rĂ©clamant de lui.

CQFD

Noël Godin
CQFD N°103 septembre 2012

L'ATELIER DU SON

Guillaume Kosmicki, musicologue, Ă©tait dĂ©jĂ  intervenu dans L’Atelier du Son, pour donner quelques repĂšres au sujet d’Hakim Bey, des Zones autonomes temporaires et de ses “Sermons radiophoniques”. Quelques minutes seulement. On s’était promis de le rĂ©inviter, en prenant plus de temps, pour revenir sur la somme qu’il a fait paraĂźtre il y a quelque temps et qui est sur le point d’ĂȘtre rééditĂ©e : Musiques Ă©lectroniques, des avant-gardes aux dance floors (Ă©d. Le Mot et le Reste). C’est ce qu’on fait – enfin – ce soir.

La clartĂ©, voilĂ  la vertu de ce livre. En questionnant l’effet de l’impulsion Ă©lectrique entrĂ©e dans le champ du sonore, Guillaume Kosmicki Ă©tablit des passerelles (entre les genres, entre les individus et entre les pĂ©riodes) et donne Ă  voir la marche de la crĂ©ation sonore et musicale au XXe siĂšcle. Un des mouvements du livre est de montrer comment la part de l’expĂ©rience et de la recherche glisse progressivement vers l’expression musicale populaire. Et que de VarĂšse au sample hip-hop, il y a des liens. Que de Dada au drone, on peut tracer une ligne. Que Fluxus et Kraftwerk ne sont pas si Ă©loignĂ©s.

Bien sĂ»r, Guillaume Kosmicki ne fait pas l’impasse sur les traces de l’époque dans l’expression sonore et musicale : effets de ruptures, de provocation, introduction du bruit du monde dans les partitions
 Pour arriver Ă  la pĂ©riode actuelle, marquĂ©e par les reprises, les croisements, les hybridations, le partage, la fĂȘte. Jusqu’à aujourd’hui, oĂč il annonce que nous sommes “à une pĂ©riode charniĂšre” : “le calme avant la tempĂȘte”.

Ce soir, nous vous proposons une bande originale possible de “Musiques Ă©lectroniques, des avant-gardes aux dance floors”, commentĂ©e avec l’auteur, Ă©videmment.

ÉCOUTER L’ÉMISSION

Thomas Baumgartner
FRANCE CULTURE juin 2012

BULLES NOIRES

Dans son Ă©mission du 15 octobre, StĂ©phane recevait Guillaume Kosmicki pour parler d’Hakim Bey, de raves et de musiques Ă©lectroniques.

Lien permanent pour réécouter l’émission

Stéphane Allégret
RADIO LIBERTAIRE 15 octobre 2011

Nouveautés

Peut-on, aujourd’hui, modifier les rapports entre individus, et soi-mĂȘme avant tout, en vue de faire Ă©voluer le monde ? Hakim Bey, initiateur des « TAZ » (« zones d’autonomie temporaires »), rĂ©pond par l’affirmative et dĂ©veloppe la notion d‘« immĂ©diatisme » dans ces Sermons radiophoniques (introd. de Guillaume Kosmicki, trad. de l’amĂ©ricain par Fleur Ramette, Le mot et le reste, 88 pages, 9 euros), extraits d’émissions sur une radio new-yorkaise dans les annĂ©es 1990. Les moyens ? Citons, entre autres, le « tong » (rĂ©fĂ©rence aux tongs chinois), constitution de sociĂ©tĂ© secrĂšte pour les groupes marginaux ou prĂŽnant des actes illĂ©gaux (et l’on pense au groupe de hackers d’Anonymous, par exemple), et le concept de potlatch (cĂ©rĂ©monie de dons) appliquĂ© Ă  des banquets ou Ă  des pique-niques mĂȘlant Ă©changes de plats et de cadeaux non manufacturĂ©s
 Il s’agit encore et toujours de constituer, selon les mots du prĂ©facier, des « zones pirates oĂč l’anarchie est vĂ©ritablement vĂ©cue dans l’instant prĂ©sent, et pendant un moment donnĂ©, avant de disparaĂźtre tout aussi rapidement ».

ANARLIVRES

Anarlivres novembre 2011

Wake Up Call

Guillaume Kosmicki Ă©tait l’invitĂ© de la matinale trĂšs punchy de Juliana. Il a prĂ©sentĂ© les Sermons radiophoniques aux auditeurs.

Pour réécouter l’émission :
Radio Canal B
Lien permanent

Juliana
radio Canal B 13 octobre 2011

Le coup de coeur de Christophe Bourseiller

Les Sermons radiophoniques, coup de cƓur de Christophe Bouseiller, animateur de la matinale de France Musique (Musique matin).

Pour réécouter l’émssion : MUSIQUEMATIN

Christophe BOURSEILLER
MUSIQUE MATIN (FRANCE MUSIQUE) 6 octobre 2011

Le nom d’Hakim Bey (Peter Lamborn Wilson) est particuliĂšrement connu dans les milieux artistiques grĂące Ă  la grande fortune rencontrĂ©e par son concept de “T.A.Z.” (Zone d’Autonomie Temporaire) depuis maintenant deux dĂ©cennies (l’édition originale de T.A.Z. date de 1991, sa traduction française de 1997). Ce succĂšs repose en grande partie sur deux points : d’une part, le mystĂšre auratique entretenu autour de cet auteur adepte du secret, poĂšte et mystique qui se qualifie lui-mĂȘme d’“anarchiste ontologique”, dont les rĂ©fĂ©rences et les emprunts vont de la philosophie de Nietzsche au spiritualisme et Ă  l’ésotĂ©risme, qui adopte des postures de sage ou de chamane, multiplie les appels Ă  l’insurrection et les formules aphoristiques sur la marche du monde. Appelons cela un style. Cette fortune repose encore sur des propositions concrĂštes (comme les “T.A.Z”) appartenant au registre des maniĂšres d’ĂȘtre et des arts de vivre, dans des formes alternatives aux normes dominantes des sociĂ©tĂ©s capitalistes contemporaines. Postures, discours et propositions sont bien entendus mĂȘlĂ©s chez Hakim Bey, et ces Sermons radiophoniques — interventions effectuĂ©es il y a plus de vingt ans sur les ondes de WBAI-FM Pacific Ă  New York, lors de l’émission M.O.R.C. — ne dĂ©rogent pas Ă  la rĂšgle. L’arriĂšre-plan idĂ©ologique et les vĂ©ritĂ©s par trop simplistes qui soutiennent le discours ne doivent pas masquer l’intĂ©rĂȘt de ses objets, qui participent d’une volontĂ© de crĂ©er du collectif — Ă©loge de l’art comme jeu, rĂ©flexions Ă  partir du Tong chinois et autres structures d’organisation secrĂštes, conviviales, autonomes, a-hiĂ©rarchiques, modĂšle du banquet, Ă©loge de l’amitiĂ© comme forme de vie
 Objets qui permettent de comprendre combien le succĂšs d’Hakim Bey est aussi liĂ© Ă  son classicisme.

ARTPRESS

Christophe KIHM
ARTPRESS #382 octobre 2011

La sélection de la rédaction

“Toute chose dĂ©licate et belle, du surrĂ©alisme Ă  la break dance, finit comme fourrage pour les publicitĂ©s McDeath.“
Ecrivain anarchiste amĂ©ricain, Hakim Bey, de son vrai nom Peter Lamborn Wilson, est connu pour sa thĂ©orie des T.A.Z. (“zones autonomes temporaires”) et son attachement Ă  la culture pirate en gĂ©nĂ©ral. Dans Serons radiophoniques, il pose la question de la pratique de l’art Ă  l’heure de la culture poubelle : “Est-il possible d’ĂȘtre sĂ©rieux mais pas sobre ?” Foutraque et fulgurant, l’auteur prĂȘche en onze sermons — comme les stigmates d’un dogmatisme achevĂ© — sa thĂ©orie de l’immĂ©diatisme.

DE
TROIS COULEURS - MK2 septembre 2011

Collectors #73-03

Pour son numĂ©ro rentrĂ©e, dans sa nouvelle rubrique Collectors, le magazine culturel Chronic’art reproduit un extrait des Sermons radiophoniques (“Le Potlatch immĂ©diatiste”).

Chronic’art

CHRONIC'ART septembre-octobre 2011

L'ATELIER DU SON

Dans la deuxiĂšme partie de l’émission, le musicologue Guillaume Kosmicki revient sur les Sermons radiophoniques d’Hakim Bey, qui paraissent aux Ă©ditions Le Mot et le Reste et dont il signe l’introduction. Hakim Bey, thĂ©oricien amĂ©ricain, inventeur du concept de “Zones d’autonomes temporaires”, explique ici “l’immĂ©diatisme”, ou l’art comme jeu quotidien. Guillaume Kosmicki explique en quoi la parole d’Hakim Bey entre en Ă©cho avec les free parties et la musique Ă©lectronique.

L’Atelier du son
Lien permanent sur le site de Guillaume Kosmicki

THOMAS BAUMGARTNER
FRANCE CULTURE 16 septembre 2011

LES SERMONS RADIOPHONIQUES DE HAKIM BEY ENFIN TRADUITS

Les Ă©ditions Le Mot et le Reste publient dans leur collection Attitudes, les textes d’un esprit libre : Hakim Bey. L’auteur du fameux traitĂ© T.A.Z (ou Z.A.T. En français pour “ Zones d’Autonomie Temporaire “) de 1991, qui inspira toute une frange de la contre-culture des annĂ©es 90 (et en particulier le mouvement techno free-party de la mĂȘme Ă©poque). Et c’est avec plaisir, et il faut bien le dire, soulagement en ces temps troublĂ©s, que nous retrouvons ici ses sermons originalement composĂ©s pour l’émission de radio M.O.R.C. (The Moorish Orthodox Radio Crusade Collective) sur WBAI-FM Pacific Ă  New York.

Ces “ sermons “ (The Radio Sermonette en V.O.) se composent de onze essais, ou manifestes, visant Ă  exposer la pensĂ©e totalement singuliĂšre d’un des plus mystĂ©rieux personnage de la fin du 20Ăšme siĂšcle et du dĂ©but du 21Ăšme, Hakim Bey, pseudonyme connu de Peter Lamborn Wilson. Un penseur d’obĂ©dience anarchiste adhĂ©rant Ă  l’idĂ©e “d’anarchisme ontologique”, qui explore depuis plus de 15 ans les zones inconnues ou – fort heureusement pour certaines – ignorĂ©es, de notre culture et de notre histoire. Exhumant souvent ainsi des trĂ©sors de possibilitĂ©s cachĂ©es nous permettant de dĂ©compresser ou d’en finir, au moins “temporairement”, le temps d’une soirĂ©e, d’une fĂȘte, d’un festival, d’une performance, ou d’une Ă©mission de radio par exemple, avec la pression et l’aliĂ©nation que nous impose l’actuelle civilisation.

On trouvera parmi ces Sermons Radiophoniques, un traitĂ© de l’imĂ©diatisme qui cherche Ă  sĂ©parer l’art du capital et d’en finir avec l’aliĂ©nation des artistes – et des travailleurs culturels – envers l’économie. Un texte passionnant sur l’histoire des Tongs, cette confrĂ©rie “occulte” (dans le sens de secrĂšte et invisible) nĂ©e en chine (et qui rappellera Ă  certains son fabuleux livre sur les Utopies Pirates). Sont aussi prĂ©sentĂ©s, un essai intitulĂ© ImĂ©diatisme VS capitalisme dont le titre parle de lui-mĂȘme aprĂšs la lecture du premier traitĂ©, ainsi qu’“Involution”, “Imagination” ou “Vernissage”. Certains, fameux sur le net (les textes d’Hakim Bey sont anticopyrightĂ©s, ils sont donc librement piratĂ©s et diffusĂ©s dans leur langue d’origine, comme ce fut le cas pour “Un Potlatch ImĂ©diatiste”), ont dĂ©jĂ  fait parler beaucoup d’eux et ont Ă©tĂ© lu dans le monde entier dans leur langue originale.

C’est pourquoi il faut insister sur le fait que l’éditeur les prĂ©sente ici sous une traduction inĂ©dite – et excellente – de Fleur Ramette, accompagnĂ©e de nombreuses annotations permettant au lecteur français de mieux comprendre les nombreuses rĂ©fĂ©rences soulevĂ©s par Hakim Bey. L’ensemble est aussi complĂ©tĂ© d’une trĂšs bonne introduction synthĂ©tique de Guillaume Kosmicki, Ă©galement auteur de la somme sur les Musiques Electroniques chez le mĂȘme Ă©diteur.

Les Sermons Radiophoniques paraßtront le 18 août aux éditions Le Mot et le reste.

Fluctuat

MAXENCE GRUGIER
FLUCTUAT 12 août 2011

Antoine Hetzenberger ayant utilisĂ© les thĂšses d’Hakim Bey pour Ă©tayer sa rĂ©flexion dans une Ă©tude sur Emile et Sophie, on peut supposer que cet auteur intĂ©resse les rousseauistes. Hakim Bey est un essayiste anarchiste contemporain qui publie Ă©galement des ouvrages sous le nom de Peter Lamborn Wilson et tente de formuler de nouvelles formes de rapports humains, dĂ©gagĂ©s du formalisme bureaucratique et de l’oppression Ă©tatique. Il met ainsi au goĂ»t du jour l’association d’égoĂŻste dĂ©finie par Max Stirner dans L’Unique et sa propriĂ©tĂ© et propose des solutions modulables, Ă©phĂ©mĂšres, instables et par lĂ  mĂȘme insaisissables, les fameuses T.A.Z (Zones d’Autonomie Temporaire) dans lesquelles les ĂȘtres humains peuvent communiquer, construire et crĂ©er ici et maintenant. Hakim Bey utilise les moyens d’aujourd’hui pour faire connaĂźtre sa pensĂ©e, la radio ou Internet, bien qu’il se garde aussi des liens qu’ils engendrent. En bon anarchiste, il garde de la distance vis-Ă -vis de la technologie et du spectacle aliĂ©nant des mĂ©dias, refuse la popularitĂ© et le rĂŽle de gourou qu’on attend qu’il prenne. Ces Sermons radiophoniques sont tirĂ©s de l’émission M.O.R.C, diffusĂ©e autrefois Ă  New York et ils ont Ă©tĂ© publiĂ©s la premiĂšre fois en 1992. Le lecteur y trouvera des textes sur les Tongs chinois, des considĂ©rations sur la sociĂ©tĂ© du spectacle ou une thĂ©orie de l’immĂ©diatisme qui traduisent l’ouverture d’esprit de l’auteur. Plusieurs passages font irrĂ©sistiblement penser Ă  R., notamment cette critique des livres : “Les livres en tant que mĂ©dias ne transmettent que des mots __ pas de sons, d’images, d’odeurs ou de sensations tactiles”. Ils empĂȘchent non seulement d’avoir accĂšs aux choses, mais aux rĂȘves mĂȘme. Hakim Bey voit dans l’intĂ©rĂȘt que nous portons aux grottes de Lascaux la preuve “que Babylone a enfin commencĂ© Ă  s’effondrer” et que l’anarchisme est plus un symptĂŽme qu’une cause de sa disparition. Il n’aspire pas Ă  un retour Ă  l’ñge de pierre, mais plutĂŽt Ă  un retour Ă  une technologie psychique dont nous aurions oubliĂ© qu’elle Ă©tait nĂŽtre. Il a cette trĂšs belle formulation de l’espoir, digne de l’éclat de rire de l’Unique une fois qu’il a secouĂ© le poids des idĂ©aux dont on l’accablait : “MalgrĂ© nos imaginations utopiques, nous ne savons pas Ă  quoi nous attendre. Mais nous, au moins, nous sommes prĂ©parĂ©s Ă  la dĂ©rive vers l’inconnu. Pour nous, c’est une aventure, pas la fin du monde. Nous avons accueilli le retour du chaos, car avec le danger vient, enfin, une chance de crĂ©er”. On ne saurait ĂȘtre plus anarchiste.

Thierry L'AMINOT
ETUDES JEAN-JACQUES ROUSSEAU n°18 été 2011