Les Journalistes
Monographie de la presse parisienne
Extrait:
Axiome
La critique aujourdâhui ne sert plus quâĂ une seule chose : Ă faire vivre le critique.
Préface de Raphaël Sorin.
Postface de Raphaël Meltz.
HonorĂ© de Balzac, observateur fin des hommes et de leurs entreprises, a dĂ©peint il y a presque deux cents ans les mĆurs de la presse française avec une grande justesse dans cette monographie. Il a dâailleurs utilisĂ© cette Ă©tude pour bĂątir les personnages de plusieurs de ses romans, notamment les cĂ©lĂšbres Illusions perdues (Lucien de RubemprĂ© est exactement le sous-genre « Jeune Critique Blond » ici dĂ©crit dans la famille des critiques).
Aujourdâhui cette Ă©tude, avec ses variĂ©tĂ©s, genres et sous-genres de journalistes, et ses axiomes qui sâappliquent au systĂšme de la presse, nâa rien perdu de sa verve et de sa pertinence. RafraĂźchissante, sa lecture permet, Ă lâheure dâInternet, des rĂ©seaux sociaux et des blogs, de reposer les questions des buts, des moyens et des mĂ©tamorphoses de la presse, cette grande patronne de la modernitĂ©.
Revue de presse
- Les Journalistes Didier Bazy La Cause Littéraire Mars 2012
Tous les dix ans, on publie la cĂ©lĂšbre Monographie de la presse parisienne de Balzac (Le Mot et Le Reste, 12 euros), occasion de constater que les feuilles de chou du XIXe siĂšcle et nos mĂ©dias de lâĂšre 2.0 se ressemblent comme deux Ă©ditos. Avec une aciditĂ© quâon qualifierait aujourdâhui dâantisystĂšme, Balzac dresse une typographie de plumitifs archĂ©typaux : le âtartineurâ de premiĂšre page sans qui âlâintelligence des abonnĂ©s maigriraitâ, lâuniversitaire qui rĂȘve dâun fromage ministĂ©riel, le vulgarisateur qui change le complexe en crĂ©tin, le prĂ©posĂ© aux Ă©loges qui âpile la rose et vous lâĂ©tend sur trois colonnes avec une grĂące de garçon parfumeurâ. Au lecteur de leur trouver des noms contemporains. Ceux que cite Balzac ont disparu des mĂ©moires.
Le monumental Balzac (sa vie, son Ćuvre) a laissĂ© Ă la postĂ©ritĂ© un tableau des journalistes de son temps. Une monographie, courte et intense, collier de perles rares Ă lâusage des amateurs et des professionnels de lâĂ©criture.
Disciple des physiologistes Lavater et Gall, Balzac se rĂ©clame aussi de Geoffroy Saint-Hilaire et de Cuvier, les grands taxinomistes : « Si Buffon a fait un magnifique ouvrage en essayant de reprĂ©senter dans un livre lâensemble de la zoologie, nây avait-il pas une Ćuvre de ce genre Ă faire pour la SociĂ©tĂ© ? » (Avant-Propos de La ComĂ©die humaine).
Et pourquoi les gens de lettres seraient-ils épargnés ? Ce sera chose faite en 1843.
Cette monographie de la presse parisienne pourrait sâintituler : La ComĂ©die Humaine des Ecrivains. A mettre au programme obligatoire de toutes les Ă©coles de journalisme qui ne sont pas toujours des Ă©coles de modestie.
Plus quâune galerie de portraits, un tableau organisĂ©, une incisive classification des gens de plumes. La grille est Ă©loquente. La voici : elle suffit ici.
Qui donc aujourdâhui se risquera Ă ce travail de titan : une classification des gens dâĂ©cran, des gens du clavier et de la tablette tactile ? Quel chroniqueur, quel pamphlĂ©taire, quel universitaire ? Il doit bien exister quelque part. Allons, mignons et mignonnes, voir sur la toile⊠Qui donc dĂ©brouillera les Ă©cheveaux oĂč bloggeurs et narcisses rivalisent avec les gĂ©ants au sein de lâarachnĂ©en rĂ©seau des rĂ©seaux ? Car nous y sommes : la star acadĂ©mie est lâĂ©toile polaire de nos navigations.
Pour longtemps cependant rĂšgnera dans la sphĂšre des fixes de la littĂ©rature, cette monographie de Balzac, Ă cĂŽtĂ© dâEschyle et de Spinoza, et de quelques autres, auprĂšs desquels il convient de se retrouver comme auprĂšs dâun bon feu de cheminĂ©e pour Ă©viter avec tact de refaire le monde.
La Monographie de la presse parisienne paraĂźt en livraison les 21 janvier et 28 fĂ©vrier 1843 dans le tome II de lâouvrage collectif La Grande Ville. Nouveau tableau de Paris comique, critique et philosophique, Paris, au bureau central des publications nouvelles (le tome I est dĂ» Ă Paul de Kock), illustrĂ© par Gavarni, Victor Adam, Daumier, dâAubigny, Henri Emy, TraviĂšs et Henri Monnier. Câest cette Ă©dition que nous donnons Ă lire et Ă voir.
Une Ă©dition sĂ©parĂ©e verra le jour en mars 1843 : Monographie de la presse parisienne, illustrĂ©e de scĂšnes, croquis, charges, caricatures, portraits et grandes vignettes hors-texte, avec un tableau synoptique de lâordre gendelettre. Extraits de La Grande Ville. Nouveau Tableau de Paris (voir StĂ©phane Vachon, Les Travaux et les jours dâHonorĂ© de Balzac, Paris, Presses universitaires de Vincennes, Presses du CNRS, Les Presses de lâuniversitĂ© de MontrĂ©al, 1992, p. 221).
Parmi les éditions modernes, malheureusement sans illustrations, nous retiendrons :
Monographie de la presse parisienne. PrĂ©cĂ©dĂ©e de lâHistoire vĂ©ridique du canard par GĂ©rard de Nerval, Paris, J.-J. Pauvert, coll. LibertĂ©s, 1965.
Monographie de la presse parisienne. PrĂ©cĂ©dĂ©e dâune Minigraphie de la presse parisienne par Guy Hocquenghem, Paris, J. E. Hallier/ Albin Michel, 1981.
Les Journalistes : Monographie de la presse parisienne suivie de Théorie de la démarche, Paris, Arléa-poche, 1998.
La Presse parisienne, postface de Patrick Besson, Paris, Fayard, coll. Mille et une nuits, 2003.
Parmi les traductions, signalons une traduction japonaise par Shigeru Kashima (avec un essai sur Balzac et le journalisme), Tokyo, Shin-hyoron, 1986, et une traduction russe par Véra Miltchina dans la revue Znamia, 1997, n° 5, p. 143-169, source : www.balzac-etudes.org