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Parution : 19/05/2016
ISBN : 9782360542062
448 pages (148 x 210)

Contre-culture(s) - Nouvelle edition

Des Anonymous à Prométhée

Une leçon d’histoire, cĂŽtĂ© jardin. Une cour de rĂ©crĂ©ation pour nous tous qui avons tant besoin de repenser le monde, encore et toujours.

Jean Rouzaud – Nova

Qu’y a-t-il de commun entre les Amish, les Ranters et Barbe Noire ? Entre les hippies, les beatniks et les communards du XIXe ? Entre les indignĂ©s, les hackers, ces nouveaux pirates de la cyberculture, et PromĂ©thĂ©e ? C’est ce que cet ouvrage se propose de vous expliquer.
Contre-culture(s) dĂ©peint une histoire originale des dissidences Ă  partir des annĂ©es deux mille et en remontant jusqu’à l’antiquitĂ© grecque, au seuil de notre civilisation judĂ©o-chrĂ©tienne. Si le terme de « contre-culture » a Ă©tĂ© thĂ©orisĂ© dans un cadre trĂšs prĂ©cis, la contestation tous azimuts des turbulentes annĂ©es soixante, l’auteur a voulu remonter le temps pour Ă©couter les voix dissidentes qui se sont fait entendre, fouiller les microsociĂ©tĂ©s qui ont tentĂ© de se pĂ©renniser en marge de l’ordre Ă©tabli.
Vaste panorama historique des tentatives de rĂ©bellion et de rĂ©alisation d’utopies, Contre-culture(s), des Anonymous Ă  PromĂ©thĂ©e permet de remonter la riche lignĂ©e de la logique contestataire, d’en dresser une sorte de gĂ©nĂ©alogie, de rĂ©tablir la voix des vaincus.
C’est un peu une histoire populaire de la contestation, Ă  rebours de l’ordre chronologique et des canons Ă©tablis.

• Lire un extrait

Revue de presse

- Pourquoi Pigalle restera Pigalle, le berceau des contre-cultures Marie-Lou Morin Vice // I-D 22 septembre 2016
- Éloge de l'indiscipline Roberto Santo-Martino RĂ©alitĂ©s n°55 26 septembre 2013
- La contre-culture bouge encore Maxime Delcourt Mouvement.net 5 mai 2013
- "La contre-culture, c’est l'espoir utopique de construire un paradis terrestre" Entretien Maxence Grugier Premiere 10 avril 2013
- Contre-culture, une histoire plurielle Sylvain Boulouque L'Ours n°427 Avril 2013
- La contre-culture Ă  vingt siĂšcles Jean Rouzaud novaplanet.com 25 mars 2013
- Easy Reader Radio PFM Dimanche 3 mars 2013

- Pourquoi Pigalle restera Pigalle, le berceau des contre-cultures

Il y doit y avoir quelque chose dans l’air de Pigalle. Du Grand Duc au Sans Souci de la Locomotive au New Moon, du Bus au Folie’s Pigalle : le quartier reste le point nĂ©vralgique d’une certaine idĂ©e de la nuit, de la fĂȘte et des marges. Aujourd’hui Ă  l’honneur dans le cadre de la RBMA, i-D s’est penchĂ© sur l’histoire de ce quartier mythique, des clubs de jazz des annĂ©es 1920 au bordel actuel du Titan.

« Pigalle, c’est la poĂ©sie de la nuit noire crevĂ©e par le battement d’enseigne des cƓurs Ă©lectriques. C’est un peu de pluie mĂȘlĂ©e aux roulis de pianos », Ă©crivait le scĂ©nariste RenĂ© Fallet, en 1949. Les nĂ©ons sont aujourd’hui fatiguĂ©s : les lettres du Folie’s Pigalle grillent Ă  mesure que la clientĂšle dĂ©laisse le club. Les rideaux de velours des cinĂ©mas porno ont la couleur des Ă©toffes trop exposĂ©es au soleil. Les prostituĂ©s ne sont quasiment plus. Pourtant, bien au-delĂ  de l’aura touristique qui amĂšne encore des cars massifs devant le Moulin-Rouge, Pigalle vit toujours la nuit. « Pigalle c’est un quartier oĂč tu peux encore cloper dans certains clubs, oĂč tu croises des artistes, des dealers, des djihadistes en devenir, de vieilles prostituĂ©es. Un endroit carte postale un peu cheap mais qui reste authentique, un endroit oĂč le smoothie sans gluten ne rĂšgne pas encore totalement en maĂźtre, dĂ©crit Guillaume Sorge, le directeur artistique du Festival Red Bull Music Academy (1), qui a imaginĂ© une dĂ©ambulation nocturne dans le quartier.

D’aussi loin que remonte l’histoire de Pigalle, le quartier n’a cessĂ© de mĂȘler les paumĂ©s, les artistes, les bien-nĂ©s en manque de frisson, les dĂ©chus, les hors-normes
 « Il y a des endroits telluriques. Pigalle est certainement une zone comme ça. Je ne sais quelles racines il y a dans le sol et qui engendre ce phĂ©nomĂšne fait d’amours et de rencontres », explique Claude Dubois, historien de Paris (2). Pigalle est ce quartier fait de fantasmes qui tient entre deux stations, Pigalle et Blanche, le boulevard Rochechouart et de Clichy et les rues perpendiculaires Ă  la place Pigalle. « Historiquement, le quartier se situe aux marges gĂ©ographiques, culturelle et sociale de Paris, c’est aussi un lieu oĂč l’ordre et la loi avaient moins de prise. Un lieu de confrontation entre la norme et la dissidence : c’est la conjoncture parfaite pour faire croĂźtre une micro-sociĂ©tĂ© correspondant au profit de la contre-culture », analyse Steven Jezo-Vannier, historien et essayiste (3). Alors Pigalle en a vu passer des artistes, ceux qui refusaient de s’accommoder d’une certaine rĂ©alitĂ©, donnant naissance Ă  des cultures en marge, tombĂ©es ensuite dans le mainstream ou tuĂ©es dans l’Ɠuf par refus de la concession.

Investi par la mafia corse, qui s’ennuyait ferme sur l’üle de BeautĂ© et qui avait appris les rudiments du commerce du sexe dans les villes portuaires de Toulon et de Marseille, le quartier Pigalle se fait vider de ses petites frappes, toutes tuĂ©es par rĂšglement de compte, dans la deuxiĂšme dĂ©cennie du XX^e^ siĂšcle. C’est l’époque du jazz et de l’épopĂ©e d’Eugene Ballard. Enfant d’esclave, cet AmĂ©ricain n’a qu’un rĂȘve : vivre en France. Pendant sa traversĂ©e de l’Atlantique, il dĂ©barque malgrĂ© lui Ă Liverpool oĂč il devient docker, puis boxeur. AprĂšs un combat victorieux Ă  l’ElysĂ©e-Montmatre, en 1913, il dĂ©cide de s’installer Ă  Pigalle. Seulement, c’est la veille de la Grande Guerre, et il est enrĂŽlĂ© dans l’armĂ©e. À son retour, il se marie avec une fille de comtesse et se paie Le Grand-Duc, au 52, rue Pigalle. Charlie Chaplin, Francis Scott Fitzgerald, Ernest Hemingway, Man Ray, Louis Amstrong frĂ©quentent ce club ouvert jusqu’à l’aube en pleines AnnĂ©es Folles. Tout Ă  cĂŽtĂ©, il y a chez Bricktop’s, fondĂ©e par la chanteuse afro-amĂ©ricaine Ada Smith, oĂč l’on Ă©chauffe ses pieds sur du charleston, qu’elle a importĂ©. Django Reinhardt, lui, frĂ©quente le sulfureux New Monico, temple du tango. La DeuxiĂšme Guerre mondiale met fin aux bars Ă  bulles.

Il y a des endroits telluriques. Pigalle est certainement une zone comme ça. Je ne sais quelles racines il y a dans le sol et qui engendre ce phĂ©nomĂšne fait d’amours et de rencontres

Les bandits corses continuent de faire leurs petites affaires : proxĂ©nĂ©tisme, trafic de drogue
Joseph Marini est le chef de la pĂšgre. RĂ©guliĂšrement, il fait exĂ©cuter des adversaires par fusillade. Il ne fait pas bon de se promener au pied de la Butte. Mais Pigalle continue de fasciner, notamment les garçons de bonne famille qui rĂȘvent d’ĂȘtre gangster. Comme Monsieur Bill, de son vrai nom Georges Rapin, gĂ©rant du Sans-Souci nĂ© dans le 16e bourgeois qui s’invente une vie de crapule jusqu’à tuer sa maĂźtresse prostituĂ©e en 1959. Il sera dĂ©capitĂ© par la justice. Pigalle a le goĂ»t du drame.

Dans les annĂ©es 60, la police tente de nettoyer le quartier, et c’est la pĂ©riode des yĂ©yĂ©s, fils Ă  papa bien mis qui vont danser le jerk au Bus Palladium ou Ă  la Locomotive. La lĂ©gende les compare aux Mods londoniens. Chacun rivalise de bon goĂ»t : Johnny Halliday se prend pour Elvis, François Hardy scintille en Paco Rabanne au concert des Who.

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Marie-Lou Morin
Vice // I-D 22 septembre 2016

- Éloge de l'indiscipline

Steven Jezo-Vannier a dĂ©jĂ  publiĂ© plusieurs ouvrages sur les expĂ©riences alternatives des sixties, la culture rock et la presse parallĂšle. Avec Contre-culture(s), il ouvre l’angle d’observation et propose une histoire
Ă  rebours des contestations dĂ©butant par la prĂ©sentation des mouvements contemporains d’opposition Ă  l’ordre dominant (Hakers, Anonymous, IndignĂ©s, Raveurs
) puis remontant le temps pour en retrouver les fondements.
À l’instar des Diggers, un collectif artistique dont le slogan est Tout est gratuit, fais ton propre truc !, et dont le nom est empruntĂ© Ă  une communautĂ© du XVIIe siĂšcle, le propos est d’éclairer la tradition des dissidences, de rapprocher les formes et d’appliquer le principe clef de l’action au prĂ©sent.
Cette gĂ©nĂ©alogie inversĂ©e de l’esprit d’utopie, des sĂ©ditions, des pirateries, des radicalitĂ©s qui osent se frotter aux conformismes de la tradition et du bon sens aussi bien qu’aux autoritĂ©s les plus inclĂ©mentes, apparente des hommes et des femmes tous impatients de justice et d’émancipation : Punks et Hippies, DadaĂŻstes et Provos, Communards et Transcendantalistes, BĂ©gards, Rustauds, Cyniques et Orphiques

Et comme ces hautes lignĂ©es qui aiment Ă  afficher un pĂ©digrĂ©e pompeux, quelques ancĂȘtres hĂ©roĂŻques, parfois une extraction divine, elle accorde Ă  cette famille composite d’idĂ©alistes Ă©loquents et de sans voix de l’histoire, une ascendance mythologique du cĂŽtĂ© de Dionysos, Pan et PromĂ©thĂ©e.
On perçoit aisĂ©ment ce qui relie ces trois figures tutĂ©laires aux modernes contestataires dans une manifestation comme, entre autres exemples, le Burning Man Festival qui se tient chaque annĂ©e dans le dĂ©sert de Black Rock au Nevada et s’achĂšve par la crĂ©mation festive d’un mannequin gĂ©ant : regroupement initiatique, mystĂšres improvisĂ©s, euphorie collective et crĂ©ation dĂ©bridĂ©e, en plus du malin plaisir Ă  contourner les rĂšgles sĂ©vĂšres du quotidien.
Quant au dĂ©tournement promĂ©thĂ©en de la technique, il est illustrĂ© par les Anonymous arborant le masque de Guy Fawkes, conspirateur anglais du XVIe siĂšcle, proclamant Nous sommes lĂ©gion, redoutez-nous ! Et invitant chacun Ă  mettre au jour les secrets du pouvoir et du savoir, afin que les hommes deviennent souverains d’eux
mĂȘmes.
Pour rester bien sur terre, il est deux maniĂšres d’ouvrir l’ouvrage bien documentĂ© de S. Jezo-Vannier. La premiĂšre est d’approcher, au grĂ© des curiositĂ©s, chacun des chapitres comme un tableau dans une galerie de
portraits.
Déjà, la précision des détails aide à se repérer dans le paysage changeant et par nature diffus de la contre culture informatique.
Les enjeux du contrĂŽle du monde numĂ©rique ressortent de l’antagonisme entre white hats et black hats, bricoleurs agissant dans la perspective de socialiser la micro-informatique et hakers mercenaires aux objectifs troubles ou malfaisants.
Le cas de R.Tappan Morris met en lumiĂšre la prolifĂ©ration et le glissement quelques fois incontrĂŽlĂ© des intentions. Il est l’auteur du premier ver informatique. LancĂ© depuis le MIT, son invention avait pour but de dĂ©nombrer les machines connectĂ©es Ă  Internet. Elle s’est dĂ©multipliĂ© causant de nombreux dĂ©gĂąts et lui procurant un peu de notoriĂ©tĂ© et plusieurs condamnations en justice.
Rarement thĂ©orisĂ©, l’ensemble des valeurs et des engagements qui parcourent l’espace virtuel, s’y fĂ©dĂšrent ou s’y heurtent, se dĂ©cante Ă  l’exposĂ© de la dĂ©claration d’indĂ©pendance du cyberespace de John Perry Barlow (Gouvernements du monde industrialisĂ©, gĂ©ants fatiguĂ©s de chair et d’acier, je viens du cyberespace, le nouveau domicile de l’esprit
 Vous n’ĂȘtes pas les bienvenus parmi nous. Vous n’avez aucune souverainetĂ© sur le territoire oĂč nous nous assemblons) et des manifestes d’Hakim Bey (pseudonyme de Peter Lamborn Wilson) promoteur d’un terrorisme poĂ©tique et d’un Web oĂč surgissent pour aussitĂŽt se volatiliser des zones d’autonomie temporaire.
La seconde approche de Contreculture(s) consiste Ă  accepter la parenthĂšse du titre et donc le fil conducteur d’un apparentement entre des mouvements Ă©loignĂ©s dans le temps dont chacun porte un regard oblique et indocile sur son prĂ©sent.
En d’autres mots, comment se dĂ©tacher des historicitĂ©s ? Et peut-on parler de contre-culture avant que l’expression n’apparaisse ? C’est-Ă -dire avant que T. Roszak ne pose le terme Ă  la fin des annĂ©es 60, pour coaliser dans un mĂȘme Ă©lan de contestation Beat Generation, rĂ©volution psychĂ©dĂ©lique, pacifistes et nouvelle gauche, activistes noirs, Ă©colos et premiers bidouilleurs du net. Soit, aux États-Unis plusieurs centaines
de milliers de personnes qui tentent l’aventure communautaire, sacrifient Ă  l’idĂ©ologie rustique, marient spiritualitĂ©s orientales et exploration des entrailles des calculateurs des universitĂ©s

On s’affranchira, le temps de la lecture, de l’anachronisme en sĂ©parant l’esprit et la doctrine, le dogme auquel parfois l’émancipation conduit et le principe de sa mise en oeuvre.
Ce qui rapproche les mouvements ici inventoriĂ©s ne sont pas la contestation et le dĂ©fi de l’autoritĂ©.
C’est l’immĂ©diatetĂ© : la construction dans les marges d’autres possibles, sans attendre de meilleurs lendemains ni compter sur d’autres ressources et forces que les siennes propres.
On pourra, dĂšs lors convoquer les farfelus qui sans trop se soucier de la raison immĂ©diate ont, d’ñge en Ăąge, inventĂ© des expĂ©riences gĂ©nĂ©reuses et des rĂȘves concrets dont le point commun est l’accord instable de la libertĂ© individuelle et de la vie en sociĂ©tĂ©.
Dans Utopia, l’un d’eux, T. More Ă©crivait en 1516, l’annĂ©e mĂȘme oĂč Rabelais imaginait l’Abbaye de ThĂ©lĂšme : Partout oĂč la propriĂ©tĂ© est un droit individuel, oĂč toutes les choses se mesurent par l’argent, lĂ  on ne pourra jamais organiser la justice et la prospĂ©ritĂ© sociale, Ă  moins que vous n’appeliez juste la sociĂ©tĂ© oĂč ce qu’il y a de meilleur est le partage des plus mĂ©chants

_Contre-culture(s) trousse et retrousse l’archaĂŻque tension entre le doute et la certitude, entre l’ordre et le dĂ©rĂšglement. Et puisque ce panorama emprunte Ă  l’image de l’arbre dĂ©peint depuis les jeunes pousses jusqu’aux racines profondes, on pourra en le refermant se souvenir du dialogue que l’inventif Chesterton dans Le nommĂ© jeudi, fait se tenir entre Syme, poĂšte-policier et Gregory, poĂšte tout court.
Il fait nuit. Gregory dĂ©signe de sa canne le rĂ©verbĂšre. L’ordre, c’est cette mince lampe de fer, laide et stĂ©rile. Puis un arbre voisin, voici l’indiscipline riche, vivante, fĂ©conde, dans sa splendeur verte et dorĂ©e. Pourtant, rĂ©plique Syme avec patience, en ce moment on ne peut voir l’arbre qu’à la lumiĂšre de la lampe.
Soit mais qui aurait idĂ©e de faire la sieste sous un rĂ©verbĂšre plutĂŽt que sous un arbre, lĂ  oĂč viennent lesplus beaux songes ?

Roberto Santo-Martino
Réalités n°55 26 septembre 2013

- La contre-culture bouge encore

NĂ©e de l’opposition aux sociĂ©tĂ©s consumĂ©ristes et puritaines, la contre-culture a pour vocation de provoquer le dĂ©bat, voire le combat, et d’ouvrir Ă  des questions dĂ©passant largement le domaine de la culture. Mais a-t-elle encore un rĂŽle Ă  jouer dans un monde de plus en plus homogĂšne ?

Dans un monde saturĂ© d’images, de marchandisation culturelle ou de modernisation Ă  outrance, peut-on encore se positionner en marge d’une culture majoritaire ou d’une idĂ©ologie dominante? Dans un tel contexte, la notion de contre-culture fait-elle encore sens ? La rĂ©ponse dĂ©pend du sens accordĂ© Ă  ce terme, dĂ©fini en 1968 par Theodore Roszak dans son essai The Making Of A Counter Culture (publiĂ© en français en 1970, sous le titre Vers une contre-culture). Ni avant-gardiste, ni marginale, la contre-culture y dĂ©signe l’effervescence contestataire, Ă  la fois sociale, politique et culturelle, d’une partie de la jeunesse amĂ©ricaine des sixties. Dans le contexte europĂ©en, son champ diffĂšre quelque peu, notamment en France, oĂč se dĂ©veloppent rapidement des courants de pensĂ©e antiamĂ©ricaniste. « Contre-culture et avant-garde sont deux phĂ©nomĂšnes trĂšs diffĂ©rents, analyse Christophe Bourseiller, co-auteur avec Olivier Penot-Lacassagne de Contre-Cultures ! [Ă©d. CNRS]. Un mouvement avant-gardiste, c’est une phalange d’artistes conscients qui se lancent Ă  dessein dans des pratiques expĂ©rimentales. Une contre-culture, c’est Ă  l’inverse un phĂ©nomĂšne de masse, largement spontanĂ©, un dispositif de rĂ©ponse globale Ă  la culture dans laquelle nous baignons. »

Au (re)commencement Ă©tait dada : de cette dynamique de dĂ©(con)struction des conventions vont naĂźtre des mouvements en phase avec le rĂ©el, de la poĂ©sie brĂ»lante et chaotique de la Beat Generation au théùtre de la cruautĂ© d’Antonin Artaud, des rites psychĂ©s de Timothy Leary aux thĂ©ories combatives de Gilles Deleuze et de Michel Foucault, en passant par la dĂ©mesure sonore du mĂ©tal. Seulement voilĂ  : si, selon Christophe Bourseiller et Olivier Penot-Lacassagne, les contre-modĂšles s’abreuvent Ă  la mĂȘme source – le dadaĂŻsme – et sont forcĂ©ment postĂ©rieures Ă  la seconde moitiĂ© du XXe siĂšcle, Steven Jezo-Vannier, dans Contre-Cultures : des Anonymous Ă  PromĂ©thĂ©e (Ă©d. Le Mot Et Le Reste), met quant Ă  lui en Ă©vidence une longue tradition de la dissidence. Ce que Marcelo Frediani, sociologue spĂ©cialisĂ© dans les contre-cultures et auteur de Sur les Routes : le phĂ©nomĂšne des New Travellers (Ă©d. Imago), confirme : « Tout dĂ©pend des spĂ©cificitĂ©s et des caractĂ©ristiques d’une civilisation. Les courants radicaux des annĂ©es 1950, par exemple, sont nĂ©s dans un domaine Ă©conomique critique mais culturellement homogĂšne. Dans ce sens, et sans vouloir crĂ©er la polĂ©mique, on peut dire que le christianisme Ă©tait un mouvement contre-culturel, Ă©tant donnĂ© le contexte de judaĂŻsme dans lequel il est apparu. »
Fortement sujette Ă  dĂ©bat, cette analyse a au moins le mĂ©rite de faire Ă©cho au livre, dense et ambitieux, de Steven Jezo-Vannier dans lequel l’auteur relĂšve des traces de contre-culture dans le comportement, entre autres, des flibustiers au XVIIIe siĂšcle, dans le Paris bohĂšme des annĂ©es 1920 ou encore dans les revendications des diggers d’Angleterre au XVIIe siĂšcle. Ceci dans le but de comprendre les mouvements contemporains, tels que les hippies, qu’il considĂšre comme de simples stĂ©rĂ©otypes mĂ©diatiques, et les punks. C’est d’ailleurs le punk qui symbolise le mieux cette culture alternative que le systĂšme rejette jusqu’au moment oĂč la mode, les institutions musĂ©ales et les sciences sociales se l’approprient, transformant le phĂ©nomĂšne en simple objet d’étude ou, pire, de consommation – la signature des Clash sur la major CBS en janvier 1977 en offre un bon exemple. A ce moment, le punk n’est plus le son inquiĂ©tant de la ville qui s’écroule, mais celui, pittoresque, normalisĂ© par les mĂ©dias de masse. Un point de vue partagĂ© par Olivier Penot-Lacassagne : « Aucune contre-culture n’échappe Ă  ce cycle qui mĂšne de l’opposition Ă  la spectacularisation et Ă  la banalisation. La contre-culture punk est devenue en quelques mois une sous-culture que se partagent “des idiots Ă  colliers de chien”, des poseurs et des marchands. »

Dossier dans son intégralité ICI

Maxime Delcourt
Mouvement.net 5 mai 2013

- "La contre-culture, c’est l'espoir utopique de construire un paradis terrestre" Entretien

ThĂ©orisĂ© dans les annĂ©es 1960, le concept de contre-culture remonte en fait Ă  trĂšs loin, au moins jusqu’à l’AntiquitĂ©. Historien et spĂ©cialiste de ces mouvements alternatifs, le jeune auteur Steven Jezo-Vannier a dĂ©cidĂ© d’en remonter le fil pour nous faire comprendre les points communs entre tous ces courants (beatniks, hippies, diggers, hackers) dans un livre ambitieux intitulĂ© “Contre-culture(s), des Anonymous Ă  PromĂ©thĂ©e”. Rencontre.

Entretient disponible ici

Maxence Grugier
Premiere 10 avril 2013

- Contre-culture, une histoire plurielle

Ces deux ouvrages parus au mĂȘme moment reviennent sur un objet d’études similaires : la contre-culture et ses formes extrĂȘmement variĂ©es au point d’ĂȘtre obligĂ© d’utiliser le pluriel pour exprimer sa diversitĂ©.

L’ouvrage dirigĂ© par Bourseiller et Penot-Lacassagne est finalement un objet de forme classique, issu d’un colloque universitaire tenu dans un lieu ad hoc, Cerisy-la-salle, alors que celui de Steven Jezo-Vannier procĂšde d’une analyse elle-mĂȘme contre culturelle, refusant les codes chronologiques, philosophiques pour — en partant du prĂ©sent et remontant jusqu’à l’antiquitĂ© — dĂ©crire et comprendre ce refus des normes, et prĂ©senter finalement la contre-culture comme tous les refus du systĂšme, des utopies pirates aux hackers.
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Ces ouvrages sont Ă  l’image de la contre-culture, parfois confus et partant dans tous les sens, ils sont profondĂ©ment liĂ©s Ă  leur objet d’étude qui justement rĂ©pond Ă  cette double caractĂ©ristique, ressemblant Ă  une balade entre les utopies pirates et les analyses de Debord, le tout avec une bande-son, bien sĂ»r, Ă  laisser au choix du lecteur.
NĂ©anmoins, on peut s’étonner des choix ou de certains oublis. Pour ne retenir qu’un exemple, Georges Brassens, avant d’ĂȘtre intĂ©grĂ© au PanthĂ©on de la chanson française, a longtemps Ă©tĂ© Ă  sa marge, ne fait-il alors pas partie de la contre-culture ou, tout du moins, de ses origines directes ?

Sylvain Boulouque
L'Ours n°427 Avril 2013

- La contre-culture Ă  vingt siĂšcles

Depuis l’antiquitĂ©, chaque autoritĂ© a provoquĂ© sa rĂ©sistance ! La preuve.

Enfin un livre français qui nous rappelle pas moins de vingt siĂšcles de dissidences, de contre-cultures, de regroupements de tous ceux qui refusent l’autoritĂ© aveugle, les lois injustes, les rĂšgles souvent absurdes ou inadaptĂ©es des pouvoirs successifs

Contre Culture(s) (Ă©ditions Le Mot et Le Reste) commence aujourd’hui avec les hackers du net, comme ceux qui tentent de communiquer uniquement avec le maillage wi-fi pour Ă©chapper Ă  toutes les infrastructures tĂ©lĂ©phoniques ou satellitaires
 et puis l’auteur remonte le temps : les annĂ©es 1970 oĂč le terme “contre culture” a Ă©tĂ© inventĂ©, au vu des mouvements mondiaux et de la free-press.

Des Beatnicks aux Hippies, des Pranksters aux Diggers, des fĂ©ministes aux Black Panthers, on prend une leçon de modestie quand on Ă©numĂšre les tentatives passĂ©es de restos gratuits, de solutions Ă©cologiques, communautaires
 et pas toutes utopistes !

Cette remontĂ©e dans le temps est de plus en plus instructive et surprenante. Vers 1870 en France, la bohĂšme littĂ©raire va avoir ses Punks, ses Freaks : les hydropathes, les hirsutes, les fumistes et les zutiques! Anarchistes, libertaires, humoristes radicaux qui mĂšneront aux pataphysiciens, aux dadaĂŻstes, aux situationnistes jusqu’aux Pranksters californiens des annĂ©es 60.

VoilĂ  l’intĂ©rĂȘt de ce livre-compilation : nous faire remonter jusqu’aux ancĂȘtres des mouvements parallĂšles, de voir se former les idĂ©es et les opinions jusqu’à nous, et de constater que ce qui Ă©tait taxĂ© de marginalitĂ©, de minoritĂ©s nĂ©gligeables et dĂ©rivantes, trouvent un Ă©cho de plus en plus grand Ă  mesure des siĂšcles qui passent.

Au 19eme siùcle, les transcendantalistes s’opposent à tout commerce, salaire, exploitation de l’homme. Reste la nature nourriciùre et le troc !

Le chapitre sur l’épopĂ©e pirate, dĂšs 1650, est un vrai roman: un territoire libre sur des mers chaudes, des utopies sur des Ăźles, et en dehors des abordages et des courses, une vĂ©ritable philosophie communautaire multi-ethnique. On parle de « culture inversĂ©e ».

Pirates donc, corsaires, flibustiers, princes des mer, boucaniers, frĂšres de la cĂŽte
 autant de noms que de nuances dans l’idĂ©ologie pirate, qui Ă©tait taxĂ©e de pure utopie : comme l’idĂ©e de crĂ©er Libertalia Ă  Madagascar, un projet de citĂ© corsaire oĂč le religieux et le politique sont prĂ©sents.

Car ces fameux pirates ont tentĂ© de grandes idĂ©es, des siĂšcles avant le reste du monde: sĂ©curitĂ© sociale, communisme, assurances et mutuelles, autogestion, Ă©galitarisme, libertĂ© de penser et d’agir


De lĂ  Ă  penser qu’ils sont l’avant-garde des rĂ©volutions française et amĂ©ricaine, il n’y a qu’un pas
 que Fourier, Diderot ou Voltaire franchiront allĂ©grement.

Les anglais aussi vont se lancer passionnĂ©ment dans des projets de sociĂ©tĂ©s plus justes, Ă  la recherche du «naturel», de l’homme originel.

Depuis l’Atlantide de Platon, l’Utopia de Thomas More, L’abbaye de ThĂ©lĂšme de Rabelais, l’Eldorado de Voltaire ou le Candide de Rousseau, nous ne cessons de chercher une citĂ© idĂ©ale, un systĂšme social heureux, et l’harmonie Ă  tout prix.

Exemples fameux vers 1516 : Thomas More et Rabelais Ă©crivent leur projet. Ces livres ont du succĂšs, servent d’exemple, de mode d’emploi Ă  un essai de sociĂ©tĂ© tolĂ©rante, basĂ©e sur l’égalitĂ© et la justice, femmes Ă©gales aux hommes, partage, bien-ĂȘtre
 hĂ©doniste avec Rabelais, plus puritain avec l’anglais More.

Autour des religions, faisant suite Ă  Luther et Calvin, on dĂ©couvre toutes sortes de sectes puristes: les niveleurs, diggers, behmenistes, grindletoniens, barrowistes, muggletoniens, etc.. C’est en fait le dĂ©but des communautĂ©s rurales plutĂŽt fermĂ©es, partisanes du «do it now», repris par les hippies. Ces groupes vont marquer le dĂ©but des communautĂ©s rurales bibliques amĂ©ricaines genre Quakers, Amish et autres


À l’inverse, au mĂȘme moment, ressurgissent les adamites, increvable secte chrĂ©tienne, pratiquant l’amour libre et le refus du travail !!

Apparue Ă  l’antiquitĂ©, rĂ©apparue au 13eme siĂšcle, puis au 16eme donc, en rĂ©fĂ©rence Ă  Adam et aux premiers hommes !!

Et cela ne cesse jamais, de Rome, oĂč des chrĂ©tiens hĂ©donistes vont encore plus loin avec un dĂ©sir de libertĂ© totale, jusqu’à la GrĂšce antique ou l’exemple du philosophe cynique DiogĂšne reste cĂ©lĂšbre jusqu’à nous : vivant de rien, esprit critique totalement libre, ermite absolu au beau milieu des autres, ancĂȘtre de tous les beatnicks, routards, hippies..

Lorsqu’Alexandre, hĂ©ros mythique et empereur des armĂ©es, vient le voir et lui demander ce qui lui ferait plaisir, DiogĂšne lui rĂ©pond: “îte toi de mon soleil !”.

Tout est dit ; la contre culture est déjà là, elle ne veut ni pouvoir, ni argent, ni armée, seulement vivre le mieux possible, en harmonie avec les éléments, les autres, la nature, le temps.

Des dizaines d’autres exemples Ă©maillent ce livre-monde, jusqu’à l’invraisemblable. On en sort abasourdi devant la rĂ©sistance et l’imagination des humains.

Une leçon d’histoire, cĂŽtĂ© jardin. Une cour de rĂ©crĂ©ation pour nous tous qui avons tant besoin de repenser le monde, encore et toujours.

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Jean Rouzaud
novaplanet.com 25 mars 2013

- Easy Reader

Le livre de Steven Jezo-Vannier élu livre du mois de mars!

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Radio PFM Dimanche 3 mars 2013