Tables dâĂ©coute
Les lycéens de Secteur Jazz interviewent les musiciens du festival
Préface de François Bon
« Vous avez vraiment de trÚs bonnes questions, bien meilleures que celles de la plupart des journalistes », réplique le guitariste Marc Ribot aux (im)pertinentes questions de ses jeunes interviewers.
Ces tables dâĂ©coute rassemblent les meilleurs entretiens parus dans le journal Secteur Jazz : de 2001 Ă 2009, des lycĂ©ens de Drancy, Tremblay-en-France, La Courneuve, Noisy-le-Grand ou Pantin, ont vĂ©cu leur annĂ©e scolaire aux rythmes des musiciens invitĂ©s dans le cadre du festival Banlieues Bleues, Jazz en Seine-Saint-Denis. Chaque mois de mars, dans les coulisses des salles de concert, quelques adolescents lancĂ©s Ă la recherche de sons et de sens conversaient passionnĂ©ment avec des musiciens sâouvrant Ă eux de la maniĂšre la plus affranchie possible. Ce rituel sâest rĂ©pĂ©tĂ© pendant prĂšs dâune dĂ©cennie, prĂ©parĂ© en classe pendant de longs mois, avec des professeurs, un ethnologue, Alexandre Pierrepont, et un photographe, Eric Garault. Le pari Ă©tait de saisir lâoccasion offerte par la prĂ©sence et la disponibilitĂ© de ces musiciens, pour ces jeunes, et dâaller avec eux au cĆur des choses.
Vers la vision au cĆur de ces musiques, transmise de gĂ©nĂ©ration en gĂ©nĂ©ration â dâAndrew Hill, Bernard Lubat ou Danyel Waro Ă Jason Moran, MĂ©dĂ©ric Collignon ou Otomo Yoshihide â jusquâĂ ces adolescents : tour Ă tour fabuleuse, politique ou magique, toujours en quĂȘte dâaffirmation individuelle et de crĂ©ation collective, de diversitĂ© et dâharmonie, dâun monde dâune lumineuse hospitalitĂ©.
Revue de presse
- Les jeunes de banlieues... aiment le jazz L'université syndicaliste Mars 2010
- Tables dâĂ©coute Paul Maugendre Blog - Mystere Jazz fĂ©vrier 2010
- Tables dâĂ©coute Bruno Pfeiffer Blog - LibĂ©ration.fr fĂ©vrier 2010
Banlieue Bleues est, on le sait, depuis 1984 un formidable laboratoire de brassage de cultures et dâidĂ©es. Mais Banlieues Bleues est bien plus quâun festival. RĂ©investissant la CitĂ©, Banlieues Bleues crĂ©e du lien social. On en veut pour preuve cette implication des jeunes lycĂ©ens de Seine Saint Denis que les organisateurs ont voulu organiser, les associant au plus prĂšs du festival, parcourant les classes et donnant la parole aux LycĂ©ens transformĂ© en journaliste avec la crĂ©ation par eux mĂȘme dâun journal « Secteur Jazz » en marge du festival.
Et ce sont les entretiens que ces lycĂ©ens ont rĂ©alisĂ©s pour ce journal qui sont ici retranscrit dans Table dâĂ©coute. Une 50 aine dâentretiens rĂ©alisĂ©s entre 2001 et 2007. Extraits brefs mais dâune grande intelligence, dâune acuitĂ© rare. DĂ©barrassĂ©s de trop de savoir, dĂ©barrassĂ© des codes des sachants, ces lycĂ©ens avec une fausse candeur mais un vrai mĂ©tier (qui prouve aussi combien ils ont travaillĂ© leur sujet) posent des questions vraies, des questions qui sondent au plus profond de lâĂąme du musicien. Et ces musiciens, dont tous sont imprĂ©gnĂ©s de la conscience de lâimpĂ©rieuse nĂ©cessitĂ© de transmettre, se livrent avec sincĂ©ritĂ©. Jouent le jeu sans fards et avec beaucoup de professionnalisme. Et de lĂ , souvent surgit lâĂ©motion vraie. La parole dĂ©livrĂ©e.
A leurs questions les musiciens rĂ©pondent avec pĂ©dagogie et expliquent leur amour de la musique. William Parker habituĂ© Ă parler avec les enfants dĂ©favorisĂ©s de New York trouve le juste ton. Michel Portal raconte comment la musique lâa sauvĂ© de la solitude. Dans les rĂ©ponses des uns et des autres les mĂȘmes inspirations, les rĂ©ponses qui semblent parfois se rĂ©pĂ©ter rĂ©vĂšlent cette part dâuniversalitĂ© de lâamour de lâimprovisation que lâon retrouve chez les musiciens. Ce mystĂšre de la musique qui prend parfois, comme avec Milford Graves des airs de chamanisme envoĂ»tant. Bernard Lubat joue avec les mots. Des moments dâune force intense apparaissent au dĂ©tour du livre comme cette rencontre sublime avec Seun Kuti, le fils de Fela dâoĂč Ă©merge un personnage incarnĂ©, un clan qui sâouvre et se livre. Une rencontre dâune belle richesse.
Ă lâheure oĂč vient de se clĂŽturer le 27Ăšme festival , Xavier Lemettre avec cet ouvrage nous montre lâimportance fondamentale de ce travail dont on sait, forcĂ©ment combien il aura laissĂ© des traces prĂ©cieuses dans la construction de ces jeunes. Ces jeunes qui par lĂ mĂȘme nous transmettent Ă leur tour ce quâils ont appris. Passent le tĂ©moin. Ce quâils nous donnent ici câest une vraie leçon de musique et de journalisme.
Superbe
Dans le cadre du festival Banlieues Bleues, des enseignants, un ethnologue, Alexandre Pierrepont et un photographe, Eric Garault ont préparé pendant de longs mois des lycéens de Drancy, Tremblay-en-France, La Courneuve, Noisy-le-Grand ou Pantin, à interviewer les musicie(ne)s de jazz invités. De 2001 à 2009, le journal Secteur Jazz a publié leur travail. Ce livre retrace leur périple. Sous un double aspect, la reconnaissance de la pertinence des questions et les portraits successifs du jazz via les réponses des musiciens.
Tables dâĂ©coute reprend quelques unes banlieues bleues de ces interventions avec des lycĂ©ens et qui se sont dĂ©roulĂ©es entre 2001 et 2009 dans les coulisses des salles de concert. Le guitariste Marc Ribot dĂ©clare Ă lâissue dâune sĂ©ance qui sâest dĂ©roulĂ©e le 7 mars 2009 : « Vous avez vraiment de trĂšs bonnes questions, bien meilleures que celles de la plupart des journalistes ». Et Ă questions pointues, rĂ©ponses graves. Comme si les musiciens sâĂ©panchaient devant des psychanalystes en herbe. Mais ces interrogations ne portent que sur la musique et ses satellites. Ainsi Jason Moran avoue que pratiquant le piano depuis lâĂąge de six ans sans rĂ©el plaisir il trouvera sa voie en entendant Ă quatorze ans un morceau exĂ©cutĂ© par Thelonius Monk en accompagnement dâun reportage tĂ©lĂ©visĂ©, en rĂ©ponse Ă cette question « En quoi diffĂ©rez-vous de Thelonius Monk ? » Question suivante : « Selon vous la modernitĂ© peut-elle changer la tradition ? ». Autre exemple pris au hasard de la lecture, le parallĂšle effectuĂ© par Jack Dejohnette entre un boxeur et un batteur en rĂ©pondant Ă cette question : « Quelle est pour vous la connexion entre la boxe et le jazz ? Est-ce que les interactions dans un groupe de musique vous demandent de dĂ©velopper la mĂȘme rĂ©activitĂ© que dans la boxe ? ». Et tous ces musiciens, quâils sâappellent Lafayette Gilchrist, Martial Solal et Dave Douglas, Jack Dejohnette, MĂ©dĂ©ric Collignon, Louis Sclavis, Bernard Lubat et bien dâautres jouent de la parole comme de leurs instruments. En tout cinquante huit participants. Certains vont mĂȘme Ă pousser le jeu Ă devenir de questionnĂ©s questionneurs comme Cooper-Moore. Dans certains entretiens comme celui de Milford Graves, table Ă©coute les questions ont Ă©tĂ© gommĂ©es pour laisser place Ă un article cohĂ©rent et passionnant. Ces entretiens ont Ă©tĂ© prĂ©parĂ©s en classe, mais il sâen dĂ©gage une spontanĂ©itĂ©, un enthousiasme, un sĂ©rieux qui laissent augurer un investissement rĂ©el et profond de ces jeunes lycĂ©ens. Et ces moments de connivence resteront surement marquĂ©s, gravĂ©s durant de longues annĂ©es dans leur mĂ©moire et peut-ĂȘtre que de futurs talents, de futurs musiciens de jazz se rĂ©vĂ©leront au contact de leurs ainĂ©s. Et quâils garderont de ces journĂ©es, enfoui au fond de leur cĆur et de leurs oreilles, un coin de ciel bleu propice Ă dissiper la morositĂ© ambiante que vivent les jeunes du 9.3 dans un dĂ©partement trop souvent dĂ©criĂ©, trop souvent montrĂ© comme un nid de casseurs, de dealers et autres anathĂšmes qui ne concernent quâune toute petit minoritĂ© de la population trop facilement pointĂ©e du doigt pour cacher des lacunes sociales.
ComplĂ©ments indispensables, les nombreuses photos qui accompagnent cet ouvrage, ainsi quâun index des divers intervenants.