(le peuple des bords)
Une sédimentation d'images sans image
Je gratte de mes ongles courts les couches supĂ©rieures du bĂ©ton, tente dây trouver une vĂ©ritĂ© qui serait antĂ©rieure, quelque chose de cachĂ©, de dissimulĂ©. De la poudre colorĂ©e sous mes ongles qui se cassent. Dans lâidĂ©e de retrouver une origine, que ce soit celle de la couleur, ou de la matiĂšre. Mais aussi de traverser la surface des choses et dâĂ©prouver leur texture. Une histoire se raconte ainsi, celle de gestes superposĂ©s, de motifs agencĂ©s, de formes et de mots : un rĂ©cit texturĂ© dans la pierre ou le bĂ©ton, dans la poussiĂšre sous mes ongles.
(le peuple des bords) est le titre dâun rĂ©cit fictionnel sâappuyant sur le projet hĂ©tĂ©rotopique dâun exposition. Une sĂ©dimentation dâimages sans image est le titre dâune exposition qui rĂ©unit sept artistes dont les Ćuvres participent Ă une fiction permettant dâoccuper une ou des zones dâĂ©trangetĂ© poĂ©tique, territoriale, architecturale, paysagĂšre, entropique. Ils invitent Ă chercher les ruptures de linĂ©aritĂ© dans lâhistoire, ils inventent des espaces autres. Lâensemble â ce livre â se propose de renouveler le discours critique en instituant une mise en regard des Ćuvres et de la fiction sans surplomb, Ă mĂȘme les choses, jouant dâune jonction-disjonction entre texte et Ćuvres.
Le lien vers lâexposition Ă la galerie des grands bains douches de la Plaine Ă Marseille
Revue de presse
- OĂč sont passĂ©es les fortifications Cannibale Claro Le Clavier Cannibale 24 fĂ©vrier 2015
ReliĂ©, peut-ĂȘtre par les bords, Ă une exposition collective Ă la galerie Art-Cade Ă Marseille, elle-mĂȘme explorant les hĂ©tĂ©rotopies, propres au concept de Michel Foucault, câest certainement Ă lâexpĂ©rience de juxtaposition que se livre ici Sally Bonn, docteur en esthĂ©tique, et dont elle dĂ©crit ainsi lâobjet : « Lâensemble â ce livre â se propose de renouveler le discours critique en instituant une mise en regard des Ćuvres et de la fiction. » Car il y a rĂ©cit plus que thĂ©orie, et lâessai critique est bien celui des Ă©carts et de la compensation entre texte et Ćuvres, et de la distance critique (ce que Roland Barthes appelait la dĂ©licatesse) de lâĆuvre au texte (pour citer Barthes Ă nouveau). Et ouvrir lâesthĂ©tique, comme discipline, mais aussi en tant quâexpĂ©rience sensible, câest « ouvrir la langue, lâĂ©carter, Ă©loigner les noms », Ă©crit Sally Bonn. Et alors, « quelque chose sâest ouvert dans lâapprĂ©hension du savoir, celle de lâĂ©criture, celle de lâappropriation ». Et tandis que la fiction arpente des espaces, au propre et au figurĂ©, dĂ©ambulation en zones indĂ©finies, le livre offre Ă apprĂ©hender, de mĂȘme, les Ćuvres des artistes de lâexposition par une sĂ©rie dâexcellentes photographies â dont nous ne trouvons titre et rĂ©fĂ©rence quâĂ la fin. LâexpĂ©rience est probante. Et je me sens ĂȘtre du « peuple des bords ».
Retrouver la chronique sur le site de CCP
Il Ă©tait une fois une exposition, ou plutĂŽt une « sĂ©dimentation dâimages sans image », câĂ©tait Ă la fin de lâan dernier, Ă la galerie des Grands bains douches de la Plaine Ă Marseille. Ă partir des Ćuvres exposĂ©es, la philosophe de lâart Sally Bonn a conçu un texte intitulĂ©, entre parenthĂšses â comme sâil fallait marquer les marges, pour ainsi dire de la courbe de lâongle â : (le peuple des bords), que publient les Ă©ditons Le Mot et le Reste.
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Plusieurs femmes, puis une seule, marchent dans la « zone », ou plutĂŽt lâinterzone, un espace hĂ©tĂ©rotopique encore Ă inventer, un « espace de rejet », une « tranchĂ©e ouverte » â ne restent que les rails, qui elles-mĂȘmes ont succĂ©dĂ© Ă dâanciennes lignes de partage. Lâexploration de cet espace est la matiĂšre mĂȘme du texte, oĂč le corps ambule, palpe, voit, note, sâallonge Ă mĂȘme les textures pour mieux les Ă©prouver, pour mieux entendre la rumeur de la ville qui piĂ©tine autour. Câest un lieu Ă la fois livrĂ© Ă lâoubli et offert Ă lâexpĂ©rience :
« Ce nâest pas un lieu pour la flĂąnerie, mais lâidĂ©e mĂȘme de flĂąnerie y devient possible quand le reste de la ville est pris entre la violence dâespaces urbains dĂ©vastĂ©s et abandonnĂ©s et la violence inverse dâune urbanitĂ© nettoyĂ©e et de façade. » (p. 13)
On avance donc ce texte Ă la façon â statique/mobile â de la rĂ©citante, qui fait de son dĂ©placement davantage quâune translation : occasion dâune remise en question, voire dâune crĂ©ation de questions autres ; expĂ©rience physique de lâenvironnement, qui se frĂŽle, du sol oĂč se larver, de la surface quâon goĂ»te. Lecture tactile de ce qui menace de faire dĂ©cor, faute de fonction, la zone Ă la fois rĂ©elle et spectrale que « visite » la narratrice est celle qui manque aux villes et Ă la fois en constitue la marge impensĂ©e.
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