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Parution : 15/11/2012
ISBN : 9782360540723
156 pages (235 x 235 quadri)

29 €

Crium Delirium

The Psykedeklik Road Book

“L’underground des annĂ©es 60/70 est dĂ©sormais partout : en marge, dans l’institution et sur le web, en mutation permanente. Un cabaret invisible, virtuel et potentiel, fragmentaire, en mouvement perpĂ©tuel, hors frontiĂšres, est en action.”

+ DVDCRIUMDELIRIUMPSYKEDEKLIKROADMOVIE (105’)

Au XVIe siĂšcle en Europe, dans la mouvance humaniste, les lettrĂ©s multiplient les voyages. La vogue du liber amicorum se rĂ©pand : les voyageurs recueillent dans un album les dessins, pensĂ©es, autographes de gens illustres ou non qu’ils pouvaient rencontrer, peintres, musiciens et autres voyageurs.
Durant les années soixante et soixante-dix, dans la tradition beatnik et hippie, une partie de la jeunesse occidentale part sur les routes et expérimente des modes de vie nouveaux.
Lionel Magal dit Fox, cofondateur du groupe psychĂ©dĂ©lique Crium Delirium est de ceux-lĂ , de ces baby-boomers dĂ©jantĂ©s, de ces bohĂ©miens itinĂ©rants du rock. Il prĂ©sente ici son livre d’amitiĂ© Ă  lui, ou, dit autrement, le carnet de route de ses aventures psychĂ©dĂ©liques, qu’il a entiĂšrement rĂ©alisĂ© (textes + collages). De 1969 Ă  nos jours, on y retrouve la trace de toutes ses facĂ©ties artistiques et festives (le théùtre-action, le journal Actuel, le voyage Ă  Kathmandu, les affiches en sĂ©rigraphie des concerts, les manifs, les dĂ©buts de radio Nova
). On y croise aussi nombre d’artistes et de « freaks underground » (Jean-François Bizot bien sĂ»r mais aussi Timothy Leary, Wavy Gravy, la Hog Farm Community, La Monte Young, Jonas Mekas, MoĂ«bius, le DalaĂŻ Lama
). Tout cela dans un joyeux montage graphique dont l’esprit sied bien Ă  cette Ă©poque de grand dĂ©lire.

Revue de presse

- Crium Delirium La spirale
- Livre de la semaine Easy Rider n°1168 Radio PFM 02 décembre 2012
- Une nuit avec “Fox” Magal propos reccueillis par Quentin “Fox” Monville Tsugi Magazine Avril 2013
- Crium Delirium Agnes Leglise Rock & Folk Mai 2013
- Crium Delirium Guitarist & Bass Janvier 2012

- Crium Delirium

« C’est nous les road managers, comme les papillons butinent les fleurs. Nous transportons les amplificateurs, nous transportons le shilom Ă  vapeur. Whaa ! Whap ! Dou Whap ! So, mamamamamamama ! Oh ! Oh Oh ! YĂ© ! YĂ© ! C’est nous les road managers, on sĂšme les flips, on crĂ©e la terreur, aussi Ă  cause du LSD propulseur
 Quel bonheur ! » – Crium DĂ©lirium, extrait de « No Bomb »

Mardi 26 novembre 2013,

Il est approximativement 19:45 lorsque les brancardiers font irruption dans la chambre pour me descendre au bloc opĂ©ratoire, une plongĂ©e de six Ă©tages dans les entrailles du groupe hospitalier LariboisiĂšre et son dĂ©dale de souterrains verts-gris. Verdict des armes, une double fracture spiroĂŻdale du pĂ©ronĂ©, ma premiĂšre opĂ©ration chirurgicale, quarante-cinq jours d’immobilisation sous plĂątre et deux mois d’arrĂȘt de travail, maniĂšre pour le moins inhabituelle d’entamer une nouvelle annĂ©e terrestre. Le tribut osseux d’une soirĂ©e d’anniversaire en compagnie de Lionel Magal, dit « Foxx, le Renard », grande figure de l’underground hexagonal et bien au-delĂ  de nos frontiĂšres, Ă  la fois musicien, cinĂ©aste, collaborateur d’Actuel et de Radio Nova depuis leurs premiĂšres heures, mais surtout et avant tout baroudeur insatiable aux moult aventures.

OdyssĂ©e furtive Ă  travers les Ă©tages de l’immeuble de Radio Nova

Notre premier « contact » remonte au printemps 2004. Un jeu de course-poursuite Ă  travers les Ă©tages de l’immeuble de Radio Nova, rue du Faubourg-Saint-Antoine. Mon ami et regrettĂ© Marc-Alexandre Millanvoye m’a invitĂ© pour un marathon dominical de quatre heures d’antenne Ă  l’occasion de la sortie de Mutations pop & crash culture, la premiĂšre anthologie de La Spirale.org. ImpondĂ©rable de la technique, il nous manque un cĂąble permettant de relier un lecteur vidĂ©o Ă  la console de mixage du studio, dont l’absence nous interdit de diffuser une interview enregistrĂ©e Ă  New York. Et c’est lĂ  que dĂ©marre une vĂ©ritable odyssĂ©e furtive pour emprunter le prĂ©cieux sĂ©same Ă  la barbe d’un « Renard » que l’on me dĂ©crit, trĂ©molos dans la voix et regards inquiets Ă  l’appui, comme une sorte de Minotaure local, dĂ©voreur de jeunes vierges et d’impudents confrĂšres.

De quoi attiser ma curiositĂ©, qui ne se trouvera finalement assouvie que bien des annĂ©es plus tard sur les rayonnages de la librairie ParallĂšles, avec la parution en 2012 de Crium DĂ©lirium, The Psykedeklik Road Book. Un ouvrage hybride, avec le film qui l’accompagne, entre le carnet de route et le portfolio psychĂ©dĂ©lique, clin d’Ɠil affirmĂ© aux libri amicorum du XVIe siĂšcle, dans lesquels les voyageurs lettrĂ©s de l’époque recueillaient dessins et mots d’amis croisĂ©s sur les routes du Vieux Monde. Notamment celles des Indes et de la soie, ce qui ne manque Ă©videmment pas de trouver un Ă©cho, avec quelques siĂšcles de dĂ©calage, chez notre ami, le Goupil.

Débarquement parisien de la Hog Farm, une famille itinérante de freaks

Les tribulations du Renard dĂ©marrent en 1970 avec le dĂ©barquement parisien de la Hog Farm, une famille itinĂ©rante de freaks fondĂ©e par Wavy Gravy, fameux clown, pacifiste amĂ©ricain et poĂšte de la Beat Generation. Un soir, la tribu fait irruption dans le Centre amĂ©ricain, haut lieu de culture et d’expĂ©rimentation de l’aprĂšs-guerre, oĂč un jeune Lionel Magal se produit sur scĂšne dans une piĂšce de théùtre-action, avec concert de gallinacĂ©s, d’extincteurs et de tĂŽle. « C’était la premiĂšre fois qu’on voyait des hippies ! Ils ont pris la main de toutes les personnes de l’assistance, en Ă©mettant un son, une vibration : le fameux Ohm. Je suis tombĂ© en arriĂšre et je me suis vu flotter au-dessus de mon corps. Ce fut dĂ©terminant, ils avaient quelque chose de magique. Et c’est lĂ  qu’ils m’annoncent qu’ils sont en route pour Katmandou, mais qu’ils ne savent pas oĂč dormir. Ils sont quarante. Je leur dis qu’il n’y a pas de problĂšme, que nous sommes dĂ©jĂ  quarante dans l’atelier de 500 m2 que j’occupe, prĂšs de la rue du Faubourg-Saint-Antoine, et qu’il reste de la place » se souvient Lionel. « Pour partir avec la communautĂ©, j’ai vendu deux ou trois consignes de Butagaz chez un rebouteux du passage de la Main d’Or. Et j’ai pris la route avec l’équivalent de 40 francs en poche, immĂ©diatement investis dans le plein d’essence de l’ambulance prĂȘtĂ©e par mon frĂšre pour partir rĂ©cupĂ©rer un second bus en Allemagne. »

Le voyage durera deux ans, ponctuĂ© de haltes Ă©bouriffantes, Ă  l’instar de la base militaire amĂ©ricaine de Nuremberg oĂč la famille se fait livrer une caisse de haschich et des cartons entiers de LSD liquide envoyĂ©s depuis San Francisco dans des bouteilles de lait corporel pour bĂ©bĂ©, avant d’atterrir en plein trip psychĂ©dĂ©lique au milieu d’un champ de manƓuvre envahi par des escouades de soldats et de tanks. Ou encore un festival de rock hallucinĂ© Ă  Jalalabad, dans l’est de l’Afghanistan. « Nous avions Ă©tabli un campement avec les deux bus, mais plein de gens sâ€˜Ă©taient greffĂ©s Ă  nous sur le chemin. Des 80 voyageurs que nous Ă©tions Ă  notre dĂ©part d’Europe, c’était devenu une vĂ©ritable caravane de 350 ou 500 personnes. Le festival s’est montĂ© sur le bouche-Ă -oreille, avec un amplificateur et des guitares Ă©lectriques qui nous venaient du Grateful Dead. Nous suscitions la curiositĂ© des Afghans qui n’avaient encore jamais vu de freaks. Des mecs arrivaient Ă  cheval et Ă  dos de chameaux pour nous voir. Ils venaient s’encanailler, je suspecte mĂȘme certains d’entre eux d’avoir pris de l’acide. »

Hurlements des loups et vétérans de la guerre de Corée

Mais la route ne se rĂ©vĂšle pas toujours n’ĂȘtre qu’une grande partie de plaisir. Descendue d’Allemagne en passant par la Roumanie, la GrĂšce et la Turquie, la tribu de la Hog Farm longe le mont Ararat, rĂ©putĂ© pour avoir hĂ©bergĂ© l’arche de NoĂ©. C’est l’hiver, il fait trĂšs froid dans la rĂ©gion, jusqu’à – 35°c. « Les duvets gelaient, nous devions les casser pour rentrer dedans. L’essence gelait dans le bus, nous devions faire du feu sous le rĂ©servoir pour le rĂ©chauffer. Nous n’avions pas assez de chaĂźnes pour les pneus de nos deux bus, il fallait donc aller d’un bus Ă  l’autre pour les transporter, avec une lampe-tempĂȘte sous la pleine lune. Et il y avait les loups. On entendait leurs hurlements dans la campagne environnante, quand nous ne les apercevions pas Ă  l’orĂ©e de la forĂȘt. » Des souvenirs qui tranchent avec l’imagerie souriante, hĂ©ritĂ©e du Flower Power. « Parmi nous, il y avait des durs, des mecs qui avaient fait la guerre comme Butch, un vĂ©tĂ©ran de la guerre de CorĂ©e qui a inspirĂ© le personnage de Billy jouĂ© par Denis Hopper dans Easy Rider. Il n’y avait pas que des cools. Il y avait aussi des types liĂ©s aux Hells Angels, par le biais de Ken Kesey et des Merry Pranksters, d’autres encore qui avaient dĂ©sertĂ©. »

Et d’enterrer le mythe, en passant. « Nous n’étions pas des hippies. Ca, c’était encore un produit fabriquĂ©, du marketing. Nous n’avions pas d’étiquette, au sein de la Hog Farm. Le mouvement a effectivement existĂ© Ă  San Francisco, dans le quartier de Haight-Ashbury. Mais il a tout de suite Ă©tĂ© enterrĂ© par ses initiateurs, par ceux qui avaient créé la diffĂ©rence. Par contre, nous avons lancĂ© l’expression c’est cool. J’en revendique totalement l’invention. »

Crium Delirium, The Psykedeklik Band

À son retour d’Inde et d’un premier rendez-vous manquĂ© avec Timothy Leary en 1972, Lionel relance Crium DĂ©lirium, le groupe initiĂ© en 1968 avec son frĂšre Thierry, dit « Mat’Lagam ». HabituĂ©s des caveaux de jazz parisiens, Ă  l’époque oĂč la capitale sert de refuge aux meilleurs virtuoses amĂ©ricains, les deux frĂšres ont dĂ©jĂ  une jolie carriĂšre derriĂšre eux. Leur formation musicale renaissante fait office de plate-forme de crĂ©ation multimĂ©dia avant l’heure, aussi influente qu’insaisissable et chaotique, et encore Ă  ce jour considĂ©rĂ©e comme l’un des fers de lance de la scĂšne alternative française du dĂ©but des annĂ©es 70, aux cĂŽtĂ©s de Gong et de Magma dont ils partagent la scĂšne Ă  de nombreuses reprises.

Il s’ensuit une pĂ©riode intense de rencontres, de voyages et de collaborations qui donneraient des cheveux blancs aux agents les plus chevronnĂ©s de la Direction centrale du Renseignement intĂ©rieur. Les pages du Psykedeklik Road Book font ainsi office de Who’s Who de la contre-culture, oĂč dĂ©filent sous nos yeux les noms et les photographies de Nico pour un concert catastrophe Ă  l’OpĂ©ra Comique en 1973, de Ravi Shankar et de Miles Davis croisĂ©s lors du Tabarka Jazz Festival en Tunisie, de Didier Maherbe et de Steve Hillage, de Captain Beefheart, de Terry Riley et de La Monte Young, de Giorgio Gomelsky et de tant d’autres. Toute tentative de mettre de l’ordre dans ce fatras fractal et de dresser une liste exhaustive des co-conspirateurs Ă©tant d’emblĂ©e vouĂ©e au ridicule et Ă  l’échec.

En concert, les membres du Crium DĂ©lirium invitent les spectateurs Ă  leur jeter des boulettes de shit et des morceaux d’herbe afin d’alimenter le grand shilom cosmique qui tournera dans la salle jusqu’à son extinction. Ils jouent pour les Ă©tudiants en grĂšve, organisent BiĂšvres, le premier festival gratuit rĂ©ussi en France, squattent les volcans d’Auvergne et se font embastiller dans l’Espagne franquiste. Mais ils nĂ©gligent de passer par la case studio, sans doute emportĂ©s par leur enthousiasme et cette vie de bohĂ©miens motorisĂ©s, au volant de leur bus. Au point qu’il ne subsiste comme tĂ©moignage audio de cette Ă©poque que Power To The Carottes, un patchwork d’enregistrements en concert datant de la pĂ©riode 1972-1975, sorti une premiĂšre fois en 1995 chez Legend et depuis rééditĂ© par Crium Amicorum.

Fiancées sous la console, Free Press et Grand Mix

Comme si cette boulimie hyperactive ne se suffisait pas Ă  elle-mĂȘme, le Renard collabore avec Jean-François Bizot depuis sa reprise du magazine Actuel au mois de mai 1970 pour en faire le premier organe de Free Press Ă  la française. « J’ai quand mĂȘme travaillĂ© prĂšs de quarante ans avec lui. Nous avons dĂ©marrĂ© en 1968. Il y a eu ce voyage en Inde pour Actuel, oĂč je n’ai envoyĂ© qu’une carte postale en guise de reportage, et ça a durĂ© jusqu’à sa disparition en 2007. Nous avons cohabitĂ© dans son hĂŽtel particulier de Saint-Maur-des-FossĂ©s, je partageais certaines de ses fiancĂ©es. Le marquis de Sade y aurait d’ailleurs rĂ©sidĂ©, le lieu Ă©tait chargĂ©. » Une complicitĂ© qui se retrouve sur les ondes Ă  la crĂ©ation de Radio Nova en 1981, pour l’émission Youp la Boum et trois heures d’antenne quotidienne en compagnie de Jean-Pierre Lentin et toujours de son frĂšre, Thierry Magal. « Avec quelques camarades, nous avons dĂ©veloppĂ© le Grand Mix. Nous dormions, nous mangions dans ce lieu consacrĂ© Ă  la diffusion radiophonique. D’ailleurs le Grand Mix, c’était aussi avec nos copines sous la console. On diffusait en direct de grands moments de musique improbable qui mĂ©langeaient Oum Kalthoum avec le chant des baleines. Des enregistrements de satellites avec de la musique gnawa et de la musique minimaliste, ou encore Terry Riley et La Monte Young, avec lesquels nous Ă©changions des partitions. »

Toujours au dĂ©but des annĂ©es 80, les Nuits d’Actuel donnent Ă  Lionel l’occasion de repasser derriĂšre la camĂ©ra dans les sous-sols du Grand Rex, oĂč il filme de nombreux artistes, parmi lesquels Alan Vega et Tuxedomoon. Avant de rater la captation d’un concert du trompettiste Jon Hassell pour cause d’intoxication, euh
 volontaire (sourire), une anecdote qui motivera une blague rĂ©currente de Jean-François Bizot, lequel ne cessera au fil des annĂ©es de lui rĂ©clamer la bande, Ă©videmment inexistante, de cet Ă©vĂ©nement. DĂšs lors, les tournages ne s’interrompront plus sur les plateaux de Radio Nova, par lesquels transite tout le gratin artistique de cette pĂ©riode : « Des centaines, voire des milliers d’heures d’enregistrements, et autant de belles rencontres, jusqu’à me retrouver Ă  chanter avec George Clinton ou Fred Chichin, et des moments improbables oĂč Jean-François improvise des slams avec les invitĂ©s. »

Du sidĂ©rant dans le sidĂ©ral et une rĂ©incarnation au cƓur de l’Himalaya

On retrouve notre MaĂźtre Renard en l’an 2000, aprĂšs cent vingt-trois numĂ©ros d’une Ă©mission scientifique et philosophique prĂ©sentĂ©e par le journaliste LĂ©on Mercadet sur Canal + et le programme intersidĂ©ral TĂ©lĂ©/Vision Enfants du Monde diffusĂ© Ă  la CitĂ© des Sciences de la Villette durant les annĂ©es 1990. Un nouveau millĂ©naire qui lui vaut quelques rĂ©vĂ©lations astrales Ă  Dharamsala auprĂšs du DalaĂŻ Lama, lorsque celui-ci lui tire la barbe avant de lui glisser Ă  l’oreille : « Du sidĂ©rant dans le sidĂ©ral pour les Cosmik adventures of your brother Mat’Lagam, go to see Sitou Rinpoche reincarnation master
 » Et de l’envoyer, durant une cĂ©rĂ©monie nocturne dans l’Himalaya, Ă  la rencontre de la rĂ©incarnation de son frĂšre Thierry, dĂ©cĂ©dĂ© Ă  New Delhi en 1998.

Les aventures s’enchaĂźnant Ă  un rythme toujours aussi effrĂ©nĂ©, il rencontre Jonas Mekas, grande figure du cinĂ©ma expĂ©rimental et l’inventeur du journal filmĂ©, durant les manifestations de la BeautĂ© en Avignon. C’est le dĂ©but d’une nouvelle amitiĂ©. Les deux compĂšres brĂ»leront ensemble les planches lors d’un concert Ă  la Bellevilloise en janvier 2011 sous le haut patronage d’agnĂšs b., avant que la Serpentine Gallery ne cĂ©lĂšbre le 90Ăšme anniversaire du cinĂ©aste lituanien en dĂ©cembre 2012 Ă  Londres, avec une rĂ©trospective, une installation et un autre prestation live du Gang. Avant d’en arriver Ă  sa rĂ©cente actualitĂ© musicale et au New Crium DĂ©lirium, un trio qui rĂ©unit Joachim Montessuis, Michel « Koyot » Giroud et Lionel « Foxx » Magal, dont on espĂšre le prochain disque vinyle dans les mois Ă  venir. Une hyperactivitĂ© Ă  toute Ă©preuve, dissimulĂ©e sous sa barbe fleurie, en attendant encore un nouveau dĂ©part sur les routes, en direction de l’Indochine peut-ĂȘtre cette fois-ci, aprĂšs de rĂ©centes retrouvailles avec l’Inde et Goa, pour une scĂ©nographie gĂ©ante Ă  base de mapping vidĂ©o. Avec toujours une myriade de nouveaux projets et autres tsunamis d’images, en prĂ©paration sous son chapeau de faune cĂ©leste.

Sortir des Ă©crans, se dĂ©connecter et vivre dans un no man’s land galactique

Concluons ce rĂ©cit (trĂšs) condensĂ© d’aventures, qui mĂ©riterait d’ailleurs de s’étaler sur plusieurs volumes, en demandant au Dr. Foxx ce qu’il pense de nos contemporains et de ce dĂ©but de XXIe siĂšcle, du haut de sa vaste expĂ©rience ? « Aujourd’hui, nous sommes vraiment dans une phase trĂšs pessimiste. Quand tu dis que tu sens nos contemporains dĂ©sabusĂ©s, ont-ils dĂ©jĂ  Ă©tĂ© amusĂ©s ? Non, ils sont nĂ©s comme ça ! Sortir des Ă©crans et me dĂ©connecter, je l’ai fait toute ma vie, » gronde le Renard. « Le voyage aidant, les belles rencontres te permettent d’avancer. Je crois savoir qu’il y a toujours des lieux de crĂ©ation, de rĂ©sistance et de rĂ©flexion, comme le Cirque Électrique par exemple, il y a toujours des groupes actifs dans plein de domaines. »

Et de conclure : « La possibilitĂ© de changer appartient Ă  chacun d’entre nous, Ă  tout instant ! C’est pour ça que je vis dans un perpĂ©tuel no man’s land cosmique et galactique, une perpĂ©tuelle jeunesse de l’esprit, du rapport Ă  l’autre et Ă  la planĂšte. »

L’article ICI

La spirale

- Livre de la semaine

Crium Delirium a Ă©tĂ© choisi par l’équipe de Easy Rider en tant que livre de la semaine. Pour réécouter l’émission, podcast disponible ICI

Easy Rider n°1168
Radio PFM 02 décembre 2012

- Une nuit avec “Fox” Magal

LIONEL “FOX” MAGAL A COFONDÉ UN GROUPEPSYCHÉQUI S’APPELLE CRIUMDELIRIUM, A ÉTÉDESDÉBUTS DE RADIONOVA ET NE SE DÉPLACE QU’EN “FOX MOBILE”. ÇA VOUSSITUE UN HOMME. À L’OCCASION DE SA PARTICIPATION À L’EXPO “TRIP” CONSACRÉEAUXVOYAGES (INTERIEURS, SUR LA ROUTE, ARTIFICIELS), IL NOUSRACONTEUNENUIT DE LA FINDESANNÉES 60, ENTRESACRIFICE DE POULES ET BUS HIPPIE


19h30: C’est l’ouverture du programme dans la salle du Centre AmĂ©ricain. On faisait ce qu’on appelait du théùtre-action, des interventions, avec des concerts d’extincteurs et de tĂŽle, une trentaine de personnes, des musiciens, des danseurs, des instruments qu’on crĂ©ait nous-mĂȘmes. Il y avait par exemple une danseuse de 70 ans dĂ©tournĂ©e de chez jĂ©rĂŽme Savary, en patins Ă  rouletts et tutu, ou un joueur de scie musicale manchot rencontrĂ© dans le mĂ©tro la nuit prĂ©cĂ©dente. J’embarquais pas mal de freaks comme ça de nuit comme de jour. Bref, ça commence : on distribue des polochons Ă  tout le monde et on entame une grande bagarre. Les gens se tapent dessus allĂšgrement et nous, on tape sur des extincteurs avec des bambous, les musiciens jouent pendant que des films sont projetĂ©s.
20h45: On lance le film Adam et Eve fait en pĂąte Ă  modeler, dans lequel des gens nus, Adam et Eve donc, triturent une matiĂšre qui se transforme en une sorte de phallus-palmier.
20h50 : Du ring, je jettes des poules dans la salle. Avec les plumes des polochons, c’est un vrai bordel. Je prends une poule et une serpe. Je vais pour couper la tĂȘte de la poule, d’une maniĂšre un peu sacrificielle, et Ă  ce moment-lĂ , une bande de monstres, de freaks, de hippies, entre dans la salle!
21h: C’est la premiĂšre fois qu’on en voit des hippies ! Ils sont au moins quarante. Ils prennent la main de tous les gens de l’assistance, Ă©mettent un son, “ohm”, et tout le monde respire. Moi je tombe Ă  la renverse, il y a une telle Ă©nergie
 Je suis au-dessus de mon corps. On appelle ça OBE (Out of Body Experience). On me rĂ©veille avec un seau d’eau alors qu’il y a encore les poules qui s’agitent partout. Enfin, celles qui ont Ă©chappĂ© au sacrifice!
21h30: Les hippies me disent qu’ils ne savent pas oĂč dormir. Je leur propose de venir Ă  l’atelier de la Bastille, notre laboratoire secret oĂč on prĂ©parait toutes nos actions et oĂč on Ă©tait dĂ©jĂ  une quarantaine.
22h: AprĂšs avoir rĂ©cupĂ©rĂ© le matĂ©riel, et les quelques poules restantes, on monte dans le bus des hippies. Un bus psychĂ©dĂ©lique, un “magic bus”, totalement dĂ©lirant, peint et avec un tipi sur le toit. Plus tard, ça deviendra ma “Fox Mobile”.
2h: On arrive Ă  l’atelier avec le tipi et des sacs de farine pour faire les galettes. On se retrouve Ă  prĂ©parer des pancakes toute la nuit. Notre atelier, c’était une sorte de campement de touaregs dans Paris, avec des petits feu partout. Bernard Kouchner est Ă , pour faire un papier pour Actuel qui s’appellera “L’armĂ©e des clowns”. On allume des shiloms, on fait de la musique jusqu’à 3h du matin avec les voisins qui sont trĂšs contents de participer Ă  la fĂȘte.
3h: On part chercher des fleurs en bus Ă  Rungis, avant de revenir du cĂŽtĂ© de la place d’Aligre.
5h: On distribue les fleurs dans le quartier. On fait le dĂ©but du marchĂ© d’Aligre, les commerçants nous donnent tous leurs fruits mal barrĂ©s.
6h: On fait une grande bouffe pour tous les gens du quartier. Une soupe Ă  l’oignon ou quelque chose comme ça. C’est une grande matinĂ©e qui recommence. C’est de nouveau l’aurore. Et puis aprĂšs, on va partir sur la route, faire plein d’expĂ©riences mais ce sont d’autres histoires


propos reccueillis par Quentin “Fox” Monville
Tsugi Magazine Avril 2013

- Crium Delirium

Surpris ? Qui ne le serait pas dĂšs l’abord avec ce fin volume, ce Crium Delirium, The Psychedelik Road Book, parlante Ă©vocation du voyage Ă©pique et hippiesque de la joyeuse bande d’allumĂ©s du mĂȘme nom, groupe français psychĂ©dĂ©lique post-1968, fondĂ© par les deux frĂšres Magal qui firent de cet atelier artistique polyvalent d’action et d’intervention un Ă©norme OVNI culturel donc, exhumĂ© par ce livre d’un passĂ© disparu oĂč les naĂŻfs babas cool originels espĂ©raient changer le monde avec l’art et la drogue comme universels outils subversifs ? Chouette imbĂ©cile programme hein, qui n’a manifestement pas Ă©tĂ© suivi des effets espĂ©rĂ©s. Temps enfui Ă©voquĂ© ici sous la forme bouillonne et Ă©clatĂ©e d’un road-book sympathique qui raconte au fil de pages, des photos, des articles et des cartes routiĂšres exotiques, les pĂ©rĂ©grinations de cette pittoresque troupe de pionniers hippies, bohĂ©miens psychĂ©dĂ©liques que l’amour du trip allait alors emmener aux quatre coins du monde, sur les routes des beatniks, Ă  la rencontre de cultures nouvelles et des drogues inexplorĂ©es. Et le contraire. Noter qu’un DVD croquignolet accompagne l’ouvrage mais ne saurait remplacer la fameuse pochette de disque en galette de pain que la communautĂ© espĂ©rait autrefois sortir pour son album Power To The Carottes. La drogue, vous dis-je._

Agnes Leglise
Rock & Folk Mai 2013

- Crium Delirium

Avec Triangle, Martin Circus et Dynastie Crisis, il y eut Crium Delirium dans la vague underground des groupes psychĂ©s français et ils Ă©taient fun mais sĂ©rieux. J’ai fait leur premiĂšre partie Nanterre en 1975 et je me souviens les avoir vus distribuer au public des bols de thé  disons acidifiĂ©. Lionel “Fox” est l’un des fondateurs de Crium et il relate ici, d’aprĂšs son journal de bord, leurs aventures Ă©tonnantes en compagnie de Tim Leary, Wavy Gravy, La MontĂ© Young, le DalaĂŻ Lama. TrĂšs original. Avec un cd en bonus.

Guitarist & Bass Janvier 2012