Romans graphiques
101 propositions de lectures des années soixante à deux mille
couverture originale de Blexbolex
nombreuses planches n/b & quadri
De Barbarella de Forest en 1964 au Pinocchio de Winshluss en 2008, en passant par Corto Maltese ou les livres de lâAssociation, la Bande DessinĂ©e nâa cessĂ© dâĂ©largir son champ pour inclure progressivement des thĂ©matiques de plus en plus complexes, adultes, sophistiquĂ©es, politiques. Et adopter des formats de moins en moins conventionnels, hors des normes classiques. Pour parler de tout cela, un terme a surgi, vers le milieu des annĂ©es quatre-vingt : roman graphique.
Roman graphique ? Lâappellation est sĂ©duisante, mais elle recouvre une disparitĂ© de rĂ©alitĂ©s, dâĆuvres, dâauteurs et de pĂ©riodes. Tant et si bien quâil est difficile de sây retrouver, au-delĂ des best-sellers du genre (Persepolis de Marjane Satrapi ou Jimmy Corrigan de Chris Ware ne sont que les parties Ă©mergĂ©es de lâiceberg).
Romans Graphiques propose ainsi une liste de 101 livres commentĂ©s, historiquement et esthĂ©tiquement, qui forment bout Ă bout une histoire du genre et surtout une proposition de lecture pour mieux apprĂ©cier la BD contemporaine. Ces 101 livres sont en effet des portes dâentrĂ©e dans la bande dessinĂ©e pour rĂ©pondre aux questions rĂ©currentes du type : « que faut-il lire ? par quoi commencer ? »
Dans cette liste, il y aura des classiques et des mĂ©connus, de lâautobiographie et de lâaventure, de la couleur et du noir et blanc, des AmĂ©ricains, des EuropĂ©ens et des Japonais et surtout, une furieuse envie de faire dĂ©couvrir et partager un art essentiel du siĂšcle, populaire et savant Ă la fois, si foisonnant quâil mĂ©ritait bien cette premiĂšre anthologie quasi amoureuse Ă©crite par un journaliste.
Revue de presse
- Romans graphiques Pouria Amirshahi Revue des BibliothĂšques Juillet 2010
- Rencontre entre Joseph Ghosn et Thierry Smolderen - en ligne CitĂ© BD - AngoulĂȘme Mai 2010
- La bande dessinée délivrée Vincent Gerber Le Courrier (Suisse) Mars 2010
- Boßte à outils Fred Robert Zibeline Février 2010
- Romans graphiques Tewfik Hakem France Culture / à plus d'un titre février 2010
- Explorations au fond des cases Ariel Herbez Le Temps (Suisse) Janvier 2010
- Les images intelligentes Philippe Nassif Glamour Mars 2010
- Dix romans graphiques pour les années 2000 Sylvain Bourmeau Mediapart - Entretien avec Joseph Ghosn Janvier 2010
- L'ivresse avec ou sans bulles Stéphane (Libraire) Blog seren.dipity Février 2010
- Hors Cases Titiou Lecoq Grazia Janvier 2010
- Romans graphiques France Inter / Alternatives 9 janvier 2010
- Monsieur Jo Alexis Bernier Tsugi Janvier 2010
- Romans graphiques Christophe Brunella Arte Culture Agenda BD Janvier 2010
- 101 "romans graphiques" pour les fĂȘtes Didier Pasamonik Site Actuabd DĂ©cembre 2009
- Romans graphiques Boris Henry radio Grenouille - Entretien avec Joseph Ghosn Décembre 2009
- Les nuits sonores aiment Cyrille Site des Nuits Sonores Décembre 2009
- Romans graphiques Les Inrockuptibles 16 décembre 2009
- Romans graphiques Site le choix des bibliothécaires.com Décembre 2009
- Romans graphiques Benjamin Roure Site Bodoï Décembre 2009
- Romans graphiques Jean Philippe Martin Site citebd.org Décembre 2009
- Romans graphiques: la somme Jacques Braunstein Blog GQ Décembre 2009
Le passeur/prescripteur, saint vertueux du journalisme, dĂ©serte le papier culturel. Aux cĂŽtĂ©s des blogueurs acharnĂ©s offrant des sons mutants perdus, quelques plumes savent oĂč regarder. Encore jeunes souvent, ils sont les futurs hĂ©ros ; immigrĂ©s-web de ce quâon aimera appeler encore rock-critique, cette drĂŽle de crĂšche. Au milieu des bĆufs et des Ăąnes, on oublie les yeux plus gonzo que les tripes. Joseph Ghosn guette les bons signaux, descendus dâun ciel encombrĂ©.
La suite sur Gonzai
Ce livre est une nĂ©cessitĂ© du moment. Se rĂ©jouissant de lâaugmentation du nombre dâauteurs et de lecteurs de bandes dessinĂ©es pour adultes, Joseph Ghosn, ancien critique aux Inrockuptibles a choisi dans cet ouvrage de sâarrĂȘter sur cette bande dessinĂ©e romanesque, que Will Esner (big City) ou Hugo Pratt (Corto Maltese) avaient rĂ©vĂ©lĂ© au public occidental dĂšs les annĂ©es 1960. De la littĂ©rature dâaventures au rĂ©cit engagĂ© en passant par lâautobiographie, Joseph Ghosn nous fait partager ses choix. Une sĂ©lection Ă©clectique, intemporelle et internationale mais argumentĂ©e et commentĂ©e, dans un lien chaque fois indissociable entre lâauteur et lâĆuvre. Cette bibliographie, certes discutable est Ă©galement prĂ©cĂ©dĂ©e dâun regard historique sur la naissance et les courants artistiques autant quâĂ©ditoriaux qui ont fait et font aussi beaucoup pour la consĂ©cration de la bande-dessinĂ©e comme un art Ă part entiĂšre.
De la âLittĂ©rature en estampesâ sur laquelle conversaient Töpffner et Goethe au milieu du XIXĂš s, Ă la littĂ©rature graphique contemporaine, la bande dessinĂ©e se rĂ©vĂšle ainsi depuis deux siĂšcles comme un art narratif aux frontiĂšres et aux techniques insoupçonnĂ©es qui la sortent du ghetto et de la caricature dans laquelle elle a trop souvent Ă©tĂ© enfermĂ©e. [âŠ]
à vous de découvrir ces pépites du patrimoine et de la création contemporaine.
BD Ancien des Inrockuptibles, Joseph Ghosn retrace lâĂ©closion du roman graphique dans un livre passionnant.
«Le roman graphique est un rĂ©cit complet, plutĂŽt en noir et blanc, publiĂ© dans un format Ă©voquant celui de la littĂ©rature». VoilĂ comment Joseph Ghosn, ancien chroniqueur BD de la revue Les Inrockuptibles, prĂ©sente dans son introduction cette catĂ©gorie dâoeuvres Ă part au sein du neuviĂšme art. Une dĂ©finition nĂ©cessairement vague pour un genre littĂ©raire nouveau qui cherche encore Ă se dĂ©finir.
On appelle «roman graphique» une variĂ©tĂ© de BD ayant Ă©mergĂ© Ă la fin des annĂ©es 1960 et destinĂ©e au public adulte. Des oeuvres qui se rapprochent de la littĂ©rature par leur traitement de thĂ©matiques plus complexes, plus profondes et plus abouties. Des rĂ©cits qui ont en commun une propension marquĂ©e Ă lâintrospection, parfois Ă lâautobiographie, surtout Ă lâexpĂ©rimentation: les limites traditionnelles de format et pagination sont abandonnĂ©es pour laisser au contenu le soin de dĂ©finir la forme.
histoire parallĂšle de la BD
Le roman graphique fait donc la part belle au rĂ©cit. Moins lâaffaire de sĂ©ries Ă rebondissements, les histoires sont entiĂšres et se suffisent Ă elles-mĂȘmes. On ne parle dâailleurs plus dâ«albums» de bande dessinĂ©e, mais de «livres». Avec pour particularitĂ© lâutilisation des images (non censurĂ©es) comme moyen dâexpression Ă part entiĂšre. Comme lâexplique Ghosn, le roman graphique «permet de mettre en scĂšne des matiĂšres graphiques, dâinverser les sens de lecture, de superposer des strates de couleurs et de typographie provoquant des sensations immĂ©diates, avant mĂȘme toute lecture». Un apport rĂ©el vis-Ă -vis de la littĂ©rature classique.
Illustrations Ă lâappui, Joseph Ghosn propose une chronologie descriptive des titres parmi les plus reprĂ©sentatifs dans ce domaine. On y retrouve Maus dâArt Spiegelman, rĂ©fĂ©rence du genre qui reçut le prix Pulitzer en 1992 et canonisa le terme, Kafka de Robert Crumb, lâautobiographie A Drifting Life du Japonais Yoshihiro Tatsumi, le mĂ©ticuleux et dĂ©jantĂ© Jimmy Corrigan de Chris Ware, ou, plus prĂšs de chez nous, Major Fatal de Moebius et le dĂ©sormais incontournable Persepolis de Marjane Satrapi. En sus, des dĂ©couvertes comme ce PrisonniĂšre de lâarmĂ©e rouge de Romain Slocombe, ouvrage rempli de Japonaises bandĂ©es, censurĂ© en France Ă sa sortie en 1978, ou encore Gen dâHiroshima de Keiji Nakazawa, vu comme un prĂ©curseur du Maus de Spiegelman, parlant du vĂ©cu de la bombe comme ce dernier abordait les camps de concentration.
De La Ballade de la mer salĂ©e dâHugo Pratt (dont la parution dĂ©bute en 1967) jusquâĂ nos jours, le journaliste montre les liens entre les oeuvres et les diffĂ©rents auteurs, les influences multiples, de mĂȘme que lâhistoire souvent prĂ©sente derriĂšre sa naissance. Au sein de chacune de ces cent une chroniques se niche une foule dâinformation. Guide de lecture, Romans Graphiques peut ĂȘtre considĂ©rĂ© comme un ouvrage de recherche, traçant le portrait dâune Ă©poque et dâun milieu artistique. On y apprend lâhistoire de ce genre littĂ©raire en pleine Ă©volution, histoire internationale et parallĂšle Ă celle de la bande dessinĂ©e traditionnelle. Que ce soit aux Etats-Unis (graphic novel), au Japon (gekiga) ou en Europe, le roman graphique rĂ©pond Ă la mĂȘme dĂ©finition et Ă©merge face Ă une mĂȘme rĂ©alitĂ©: lâarrivĂ©e Ă maturation de la bande dessinĂ©e qui la fait sortir du simple divertissement pour lui ouvrir la voie Ă de nouvelles formes dâexpression.
reconnaissance attendue
Pourtant, le roman graphique demeure un genre hybride et en mal de reconnaissance. La mĂ©diatisation ne suit pas la qualitĂ© des oeuvres et lâengouement quâelles suscitent. Comme nous le faisait rĂ©cemment remarquer Frederik Peeters, seul auteur suisse mentionnĂ© par Ghosn, «nâimporte quel Ă©crivain romand publiĂ© obtient facilement plusieurs pages dans les journaux. Nous, on peut vendre vingt mille exemplaires, personne nâen parle!»
Avec lâintĂ©rĂȘt rĂ©cent manifestĂ© par les divers acteurs du milieu, les choses pourraient changer. Journal dâun passionnĂ© pour passionnĂ©s en devenir, Romans Graphiques y contribuera sans doute.
Une mine pour les amateurs et pour les autres une excellente occasion de réviser leurs préjugés!
Pour saluer le Festival dâAngoulĂȘme, retour sur quelques livres plongeant dans lâhistoire de la BD
Enfin, une anthologie du roman graphique sort de lâombre ce genre essentiel.
(âŠ) Amateur Ă©clairĂ© Ă lâesprit fin et au cĆur gĂ©nĂ©reux, Joseph Ghosn y commente les principaux chefs dâĆuvre venus des USA, dâEurope et du Japon, autofictionnels ou Ă©piques, en couleurs ou en noir et blanc.
Un livre de chevet pour ceux qui cherchent les points dâĂ©nergie de lâĂ©poque â et qui aiment rĂȘver les yeux grands ouverts.
Un guide fouillĂ© et passionnĂ© pour explorer le meilleur de cette frange adulte de la BD qu lâon appelle roman graphique.
(âŠ) Pour dĂ©couvrir ces Ćuvres, lâouvrage de J Ghosn est indispensable. Il dĂ©friche le contexte de chaque livre pour aider le lecteur Ă en saisir lâimportance et la force, il indique des directions dans le fouillis des cases dessinĂ©es.
Joseph Ghosn est lâun de ces rares garçons capables dĂ©crire intelligemment sur des sujets aussi divers et Ă©loignĂ©s que le drone metal, les Daft Punk ou les petits Mickey. (âŠ)
Allez juger en librairie de quoi il sâagit, vous ne serez pas déçus!
« Romans graphiques », le vocable sonne aujourdâhui comme une Ă©vidence mais il a une historiographie trĂšs disputĂ©e, comme nous vous le rappelions dans notre article Sur les traces du Graphic Novel (Nov.2007).
Dans le film de Ron Mann, Comic Book Confidential (2004), le grand dessinateur amĂ©ricain Will Eisner expliquait les circonstances de la publication de Un Pacte avec Dieu (Ă©ditions Delcourt), le premier « Graphic Novel » historique : Il appelle un Ă©diteur new-yorkais de ses amis, un personnage important dont le temps est comptĂ©. Il lui parle de ce « Graphic Novel » quâil vient de crĂ©er et pour lequel il cherche un Ă©diteur. « Graphic Novel » ? Oh, oh, ça mâintĂ©resse ! lui rĂ©pond lâĂ©diteur. Passe me voir ! ». ArrivĂ© chez son lui, Eisner lui montre les pages et lĂ , dĂ©ception, notre tycoon de lâĂ©dition lui dit : « Mais Will, enfin, ce que tu me montres lĂ , câest un comic book ! »
Avec cette anecdote, tout est dit sur le malentendu suscitĂ© par la traduction du vocable anglais : « roman graphique ». Je me souviens de Jean-Louis Gauthey, le vraiment trop sympathique Ă©diteur de CornĂ©lius, essayant de me coincer aux UniversitĂ©s dâĂ©tĂ© dâAngoulĂȘme sur la dĂ©finition du mot. Comme je lui opposais ce qui Ă mon sens est la seule dĂ©finition qui vaille : son usage commercial, Ă savoir une bande dessinĂ©e qui « singe » une forme de livre pour mieux se retrouver Ă cĂŽtĂ© des romans et des essais, et pas des bandes dessinĂ©es, il avait eu le bec dans lâeauâŠ
Dans lâouvrage de Ghosn, le malentendu est assumĂ© puisque se retrouve dans son choix aussi bien le Ayako de Tezuka, que La Ballade de la Mer salĂ©e de Pratt, La TĂ©tralogie du monstre de Bilal ou La ComĂšte de Carthage de Chaland et Yann⊠Ăvidemment quâon y retrouve Joann Sfar, Marjane Satrapi, Emmanuel Guibert, Jean-Christophe Menu, Marko Turunen, Ben Katchor ou Adian Tomine⊠Câest un choix subjectif, sous une jolie couverture de Blexbolex, mais sans faux pas et qui promet de belles heures de lecture.
Câest pourquoi nous ne ferons pas lâinjure de rĂ©torquer Ă son rĂ©dacteur : « Mais Joseph, enfin, ce que tu me montres lĂ , câest une bande dessinĂ©e dâauteur ! »
Sous titrĂ© 101 propositions de lectures des annĂ©es soixante Ă deux mille, ce livre signĂ© Joseph Ghosn (ancien journaliste des Inrocks et tenancier dâun joli blog pointu Ă dĂ©couvrir ici) et formidablement Ă©ditĂ© par les hĂ©roĂŻques marseillais du mot et le reste, sâavĂšre un super guide de lecture pour (re)dĂ©couvrir une forme essentielle de la bande dessinĂ©e moderne, celle qui raconte des histoires, sous une forme totalement libre et novatrice, mĂȘlant dessins et textes, sans la moindre pression esthĂ©tique et commerciale.
Evidemment, une bonne partie de cette bd, la post sixties ricaine on va dire, est le fait de bon freaks bien punk, un grand nombre dâauteurs (notamment ceux des deux derniĂšres dĂ©cennies) ont beaucoup Ă voir avec le bordel de la musique (un certain nombre dâĂ©diteurs, notamment en France, sont lâĂ©quivalent des labels indĂ©pendants pour les disques), et les propositions de Joseph Ghosn sont particuliĂšrement argumentĂ©es et Ă©rudites. Ca donne grave envie, de lire et relire des classiques du genre (La ballade de la mer salĂ©e dâHugo Pratt ou le Maus dâArt Spiegelman), de se laisser emporter par de droles de trucs autobiographiques, souvent hardcore (SclĂ©rose en plaque de Matt Konture ou Daddyâs girl de Debbie Drechler), plus fun (le retour au lycĂ©e de Riad Sattouf) ou pathĂ©tique (Joe Matt). Certain de ses livres ne sont pas loin de trucs artys (Winschluss, Chris Ware), câest trĂšs international (il y a des ricains ou des français et des belges bien, sur, mais aussi des sudafs, des japsâŠ), plus grand public quâon voudrait nous le faire croire, il y a pas mal de filles auteuses, et le dessin devient au-delĂ dâun truc dâartisan un peu futile, un vrai support dâĂ©motion et de modernitĂ©, un truc essentiel en quelque sorteâŠ
Typiquement le genre de livre quâon devrait retrouver dans toutes les mĂ©diathĂšques de France, et un outil obligatoire pour qui veux capter lâair du temps et la transformation en quarante ans dâun genre mineur, la bande dessinĂ©e, en une sorte dâhybride entre littĂ©rature et graphisme, qui en dit long sur lâĂȘtre humain et ses tourments.
Ex-journaliste aux Inrocks Joseph Ghosn, spĂ©cialiste de la BD, publie Romans graphiques. Une premiĂšre anthologie de la bande dessinĂ©e des annĂ©es 60 Ă 2000 Ă travers 101 critiques, qui pointent la diversitĂ© et lâĂ©volution permanente du genre, qui depuis ces deux dĂ©cennies sâest ouvert aux thĂ©matiques plus adultes voire politiques.
Ceci nâest pas une compilation des meilleurs BD du siĂšcle, ni un top 101 des albums quâil faut avoir lu. Comme son titre lâindique, Romans Graphiques â 101 propositions de lectures des annĂ©es soixante Ă deux mille est une sĂ©lection de livres sortant des sentiers (re)battus de la bande dessinĂ©e franco-belge, mettant particuliĂšrement en valeur la production internationale contemporaine parfois qualifiĂ©e dâalternative. Câest un guide de lecture tout Ă fait subjectif, mais de haute tenue . Et câest un joli livre.
Pour lâauteur de cet ouvrage, le journaliste Joseph Ghosn, lâexpression « roman graphique » « ouvre le champ des possibles de la bande dessinĂ©e et en termine avec les connivences de base qui voudraient que la BD soit formellement dĂ©terminĂ©e et avant tout destinĂ©e Ă la jeunesse ». Conscient que le terme, popularisĂ© depuis Un pacte avec Dieu de Will Eisner, est rejetĂ© par la plupart des auteurs eux-mĂȘmes, qui lui prĂ©fĂšrent celui plus sobre de « bande dessinĂ©e », Joseph Ghosn insiste car il reprĂ©sente pour lui une autre maniĂšre de faire et de lire des BD. « Les bandes dessinĂ©es retenues ici ont pour elles de possĂ©der une esthĂ©tique forte, un propos singulier, faisant surgir Ă chaque fois la voix dâun auteur, jamais celle dâun faiseur ou dâun copiste », Ă©crit-il en introduction.
Le journaliste prend comme point de dĂ©part « un livre ayant fait rupture avec son Ă©poque »: La Ballade de la mer salĂ©e dâHugo Pratt. Suivent donc une centaine dâarticles, reprenant parfois des interviews que lâauteur avait rĂ©alisĂ© pour Les Inrockuptibles, magazine oĂč il sâest illustrĂ© pendant huit ans, avant de rejoindre le groupe CondĂ© Nast; Ă noter quâil Ă©tait Ă©galement membre du jury du Festival dâAngoulĂȘme en 2009, aux cĂŽtĂ©s de Dupuy et Berberian.
Parmi les livres retenus, beaucoup de titres des annĂ©es 90 et 2000, un choix pertinent car il nây avait finalement pas tant dâouvrages recensant ce qui faisait de plus crĂ©atif en matiĂšre de bandes dessinĂ©es ces vingt derniĂšres annĂ©es. On croise ainsi pas mal de BD signĂ©es par des AmĂ©ricains (Jâai le cerveau sens dessus dessous, David Boring, Jimmy Corrigan, Black Hole, Bottomless Belly Button_âŠ), des Japonais (_Ayako, LâĂcole emportĂ©e, OpĂ©ration Mort, _Dans la prison_âŠ) et surtout une bonne dose dâauteurs de ce quâon a appelĂ© la nouvelle vague en France: Lewis Trondheim, Dupuy-Berberian, JC Menu, Blutch, David B., Joann Sfar, Emmanuel Guibert, Winshluss, Marjane Satrapi⊠Mais aussi des tout jeunes comme Zeina Abirached ou Bastien VivĂšs.
Romans graphiques est donc conforme Ă son titre: câest une sorte de bibliothĂšque personnelle et idĂ©ale que partage ici Joseph Ghosn. Mais il nâimpose rien, alors pas besoin de sâĂ©nerver sâil nâa pas inclus votre titre prĂ©fĂ©rĂ©. Il propose, il explique, il donne la parole aux auteurs, et en plus il bĂ©nĂ©ficie dâune superbe couverture originale signĂ©e Blexbolex. What else?
De La Ballade de la mer salĂ©e dâHugo Pratt Ă Rats et chiens de Conrad Botes, en passant par lâAutoroute du soleil de Baru ou la ComĂšte de Carthage dâYves Chaland, Joseph Ghosn propose cent et une lectures dâouvrages allant des annĂ©es soixante Ă deux mille, rassemblĂ©s sous lâappellation de âromans graphiquesâ. SubjectivitĂ© des choix et envie de faire partager des coups de coeur pour ces âlivres aux esthĂ©tiques souvent voisines, aux thĂ©matiques souvent similairesâ sont les critĂšres qui ont prĂ©sidĂ© Ă lâĂ©tablissement de cette anthologie de la bande dessinĂ©e contemporaine.
DâemblĂ©e plusieurs questions se posent : que recouvre lâappellation âroman graphiqueâ ? En quoi les ouvrages que lâon regroupe dans cet ensemble diffĂ©rent-ils des bandes dessinĂ©es ? Selon Joseph Ghosn lâexpression dĂ©signe des ouvrages dont les thĂ©matiques, toujours plus complexes, adultes, sophistiquĂ©es, politiques, et dont les formats de moins en conventionels, les placent hors des normes classiques de la bande dessinĂ©e. Toujours selon lâancien chroniqueur bande dessinĂ©e des Inrockuptibles, le parangon ultime de la bande dessinĂ©e classique serait le Tintin de HergĂ© qui aurait fixĂ© les standards Ă partir desquels une BD est aujourdâhui envisagĂ©e par un large public. Lâambition littĂ©raire des bandes dessinĂ©es regroupĂ©es dans ce livre, le travail dâauteur quâelles offrent, feraient que lâon ne puisse plus les considĂ©rer selon les critĂšres qui caractĂ©risent les âbandes dessinĂ©es classiquesâ. Quoi de commun en effet entre PersĂ©polis de Marjane Satrapi et les Tuniques bleues, entre Maus dâArt Spiegelman et Michel Vaillant de Jean Graton ? DâoĂč cette tentation de dĂ©signer ces livres par cette expression de âroman graphiqueâ qui âdit autre chose que âbande dessinĂ©eâ, emmenant vers une perception plus globale, mĂȘlant art et dessinâ.
A partir de cette approche qui dâailleurs dĂ©borde la dĂ©finition ordinaire des romans graphiques (dont la tradition est plus ancienne que ne lâĂ©crit lâauteur), Ghosn dresse une liste des plus pertinentes, dâouvrages entiers, europĂ©ens, amĂ©ricains et asiatiques, qui ont fortement marquĂ© lâart de raconter en images dessinĂ©es ces quarante derniĂšres annĂ©es. Cette compilation de livres, intelligement commentĂ©s, prĂ©sentĂ©s dans la chronologie de leur parution, permet de dresser la carte de la crĂ©ation et apporte des rĂ©ponses aux questions âque faut-il lire ? ; par quoi commencer ? â (un prĂ©cieux guide dâachat en somme). La longue introduction justifiant ces choix, les situant dans une perspective historique et esthĂ©tique, vaut Ă elle seule que lâon sâintĂ©resse Ă Romans graphiques. On pourra toujours dĂ©plorer des manques ( on aurait aimĂ© voir Ethel et Ernest de Raymond Briggs, La Nuit de Philippe Druillet, des ouvrages pour la jeunesseâŠ) ou sâĂ©tonner de la prĂ©sence de certains ouvrages un peu surfaits ( ils sont peu nombreux).
Que lâon commence Ă dresser sa propre liste est le signe que lâouvrage de Joseph Ghosn a tous les atouts pour devenir un livre de rĂ©fĂ©rence.
La BD câest pas que « des conneries ». Câest du moins le pari de Joseph Ghosn qui dirige la rĂ©daction du site Menstyle. Dans son livre Romans graphiques 101 propositions de lectures â des annĂ©es soixante Ă deux mille (Les mots et le reste) il sâattache Ă la bande dessinĂ©e pour adulte quand elle prĂ©tend faire jeu Ă©gal avec la littĂ©rature plus classique. De Hugo Pratt Ă Robert Crumb et de Art Spigelman Ă Dupuy & Berberian (la planche que nous publions), il sĂ©lectionne le meilleur de cet art Ă©mergeant qui se caractĂ©rise par « une esthĂ©tique forte , un propos singulier, faisant surgir Ă chaque fois la voix dâun auteur, jamais celle dâun faiseur ou dâun copiste. » Premier livre sur le sujet, cette somme dĂ©friche et met en perspective un domaine dont on pourrait dire, plus prosaĂŻquement, que câest le contraire de Tintin. MĂȘme si Tintin câest pas « des conneries » non plus. Mais câest un autre sujet.