Presse parallĂšle
La contre-culture en France dans les années 1970
La presse parallĂšle se veut libre; on la dit sauvage, alternative, rĂ©volutionnaire⊠Elle est un appel Ă lâĂ©mancipation, une invitation Ă la rĂ©volte, lâincarnation dâune diffĂ©rence. Sâopposant aux injustices et aux conventions, la presse parallĂšle propose le changement. Elle est lâoutil privilĂ©giĂ© de la contestation, lâincarnation de la contre-culture qui a vu le jour, en France, dans le sillage de Mai 1968. A la fois support et mĂ©dia des luttes, cette presse underground fĂ©dĂšre les Ă©nergies des marges. Elle donne Ă entendre une parole libĂ©rĂ©e qui se rĂ©pand dans tous les domaines de la sociĂ©tĂ© et gĂ©nĂšre autant de mouvements dâĂ©mancipation et de remise en cause dans le systĂšme dominant.
En sâappuyant sur des titres emblĂ©matiques, ce livre dresse le portrait dâune gĂ©nĂ©ration qui a conquis sa libertĂ© Ă la force des idĂ©es et des mots. Il dĂ©peint une dĂ©cennie soixante-dix pleine dâeffervescence qui a vu jaillir le mouvement Ă©cologiste, la libĂ©ration des femmes, la revendication des droits homosexuels, le mouvement communautaire, les rĂ©flexions en matiĂšre de santĂ©, dâĂ©ducation, de justice, et de rapport Ă lâautre et Ă la diffĂ©rence.
Revue de presse
- L'Invité du jour - émission MATADOR Chrystelle André RSR - Couleur trois 26 décembre 2011
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- La sĂšve des 70'S Emilien Bernard OWNI Octobre 2011
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- Presse parallÚle Olivier Bailly Evene Août 2011
- Easy Rider n°1117 Olivier Valerio Radio PFM 24 juillet 2011
AprĂšs leur ouvrage sur la saga du magazine Actuel (voir le compte-rendu de lecture sur ce site), la maison dâĂ©dition Le mot et le reste continue son travail original dâexploration culturelle des annĂ©es 70 en France. AgrĂ©mentĂ© de nombreuses illustrations de couvertures et dâun cahier en couleur dâune quinzaine de pages, reprenant quelques titres parmi les plus emblĂ©matiques, ce livre retrace de maniĂšre plaisante lâeffervescence post 68 au niveau de la presse. Tout en reconnaissant lâinfluence anglo-saxonne, Steven Jezo-Vannier nâen dĂ©fend pas moins une spĂ©cificitĂ© française, « une tradition contestataire underground » propre Ă la France (page 21). Pour ce faire, il dĂ©gage une gĂ©nĂ©alogie qui, centrĂ©e autour de Mai 68, nâen dĂ©borde pas moins ce contexte historique. Ainsi, il revient par exemple sur le journal Futur, créé en 1952, qui constitue une « premiĂšre expression dâune forme dâaffirmation homosexuelle et de rĂ©sistance Ă lâhomophobie » (page 201), et sâintĂ©resse aux renouveaux de la contre-culture, prĂ©sents dans le punk, les free party, lâalter mondialisme, ⊠(pages 298-299). De mĂȘme, il Ă©voque la particularitĂ© du contexte français marquĂ© par la Guerre dâAlgĂ©rie. Sa dĂ©monstration dâune originalitĂ© contre-culturelle met en Ă©vidence une passionnante cartographie, qui dessine les contours dâune mouvance qui passe par quelques librairies parisiennes â dont les plus connues sont ParallĂšles et Alternative (page 113) â, un ensemble assez lĂąche de communautĂ©s rurales, souvent Ă©phĂ©mĂšres, des Ă©vĂ©nements chargĂ©s (concerts, manifestations, etc.) et le bouillonnement de journaux parallĂšles, dont le nombre est estimĂ© par lâauteur dans une fourchette de trois Ă cinq cent entre 1971 et 1973 (page 23). Lâauteur passe dâailleurs en sĂ©rie le parcours de nombre de ces journaux : des plus connus â LibĂ©ration, Lâidiot international, Tout, Rock & Folk, etc. â aux plus discrets â CrĂšve salope, Le parapluie, etc. Cet angle dâapproche est encore enrichi par le portrait dâautant de « passeurs », qui ont jouĂ© un rĂŽle important, comme Jean-Jacques Lebel, Alain Dister, Guy Hocquenghem ou le trĂšs prolifique Robert Crumb. De plus, le livre donne Ă voir toute une dialectique dâĂ©changes, dâallers-retours et un rĂ©seau Ă©troit, matĂ©rialisĂ©s entre autre par la crĂ©ation dâun Syndicat de la presse underground (page 114), « la rencontre des combats pacifistes et Ă©cologistes », le « mouvement antinuclĂ©aire » (pages 155 et 160) et les luttes fĂ©ministes (pages 177 et suivantes). Certaines pages invitent Ă des rĂ©flexions intĂ©ressantes ; plus particuliĂšrement celles autour des Nouvelles Messageries de la presse parisienne (NMPP) et sur la bande dessinĂ©e. PropriĂ©tĂ© du groupe Hachette, les NMPP jouissent dâune situation de quasi-monopole dans la diffusion des journaux en kiosque, imposant ainsi « son rythme de diffusion, ses tarifs et ses choix de distribution » (page 100). Ce pesant contrĂŽle sera remis en question par une partie seulement de la presse alternative, mais sans jamais rĂ©ussir Ă le renverser ou, plus modestement, Ă le contourner durablement. Se posent dĂšs lors les limites et contradictions dâune presse alternative, dont la distribution, aux mains des NMPP, dĂ©pend des rapports marchands « traditionnels ». Câest trĂšs certainement par la bande dessinĂ©e que sâillustre le mieux la contre-culture en France, au point oĂč lâauteur affirme que câest par la voie de la contre-culture que la bande dessinĂ©e acquerra ses lettres de noblesse (page 269) avec des journaux comme LâĂ©cho des savanes, Fluide glacial, MĂ©tal hurlant. Signe des temps et dâune lecture rĂ©trospective de Mai 68, ce livre, essentiellement descriptif, tend Ă sâinscrire dans la conception de la contre-culture comme correcteur de la question politique. Et ce dĂšs les premiĂšres pages. La contre-culture serait la vĂ©ritable rĂ©volution, « la plus grande rĂ©ussite du mouvement post-68 », Ă la fois prolongement et dĂ©passement de la contestation soixante-huitarde, « Ă©mancipĂ© du carcan idĂ©ologique de Mai 68 » (pages 9-14). MĂȘme sâil rĂ©inscrit souvent la dynamique de la presse alternative dans le contexte historique et social, dans un rĂ©seau politique, ce livre tend malgrĂ© tout Ă figer la question politique, Ă Ă©vacuer la dialectique contradictoire entre le militantisme politique de ces annĂ©es et les foyers contre-culturels. En opposant une rĂ©volution politique â qualifiĂ©e de conventionnelle, traditionnelle et Ă©troite â Ă une action culturelle alternative, mobile, jeune et effervescente, on en arrive Ă inscrire la contre-culture dans une perspective « post politique », qui fausse la perspective et Ă©vacue les contradictions de la contre-culture, et ses liens autrement complexes avec lâengagement politique.
Steven Jezo-Vannier Ă©tait lâinvitĂ© du jour de Chrystelle AndrĂ© dans son Ă©mission culturelle (tous les jours, du lundi au vendredi, de 9h Ă 12h).
âDans les seventies, en France, la presse underground explose dans le sillage de mai 68.
Interview de Steven Jezo-Vannier, auteur de âPresse parallĂšleâ chez lâĂ©diteur marseillais Le Mot et le Reste. Sauvage, alternatif, rĂ©volutionnaire!â
Prix Arthur Cravan
Presse parallĂšle, de Steven Jezo-Vannier, Le Mot et le reste. Par le frigousseur du formidable San Francisco, lâutopie libertaire des sixties (Le Mot et le reste aussi), la radiographie festive de « la contre-culture en France dans les annĂ©es 1970 » appelant Ă lâĂ©mancipation, Ă la mutinerie, Ă lâexplosion des diffĂ©rences, Ă la fĂ©dĂ©ration des Ă©nergies des marges. Parmi les super-hĂ©ros de lâaventure : Hara-Kiri, LâIdiot international, Le torchon brĂ»le, La Gueule ouverte, Le Sauvage, Le Parapluie, Zinc, Tout et, bien sĂ»r, LâEnragĂ© de SinĂ© qui ouvrit le feu : « Nous ne sommes ni Ă©tudiants ni ouvriers ni paysans mais nous tenons Ă apporter notre pavĂ© Ă toutes leurs barricades. »
Consulter la liste complĂšte des anti-prix : SINEMENSUEL
SpĂ©cialiste de la contre-culture outre atlantique, lâauteur a publiĂ© un ouvrage sur San Francisco comme symbole de la rupture culturelle aux Etats-Unis. Il sâattaque aujourdâhui Ă son homologue française. Il prĂ©sente un panorama gĂ©nĂ©ral de la presse française publiĂ©e dans la foulĂ©e de mai 1968, proposant donc sous une forme de catalogue les diffĂ©rents journaux ayant participĂ© de cette volontĂ© de rupture avec les normes Ă©tablies. En tant que catalogue, lâouvrage est intĂ©ressant par les monographies prĂ©sentĂ©es, les gĂ©nĂ©alogies rappelĂ©es et les dĂ©coupages effectuĂ©s. Si parfois la construction historique ne convient pas parfaitement et bien que lâempathie affichĂ©e entache quelque peu la lecture, il nâen demeure pas moins que Steven Jezo-Vannier a construit un outil utile pour apprĂ©hender les diffĂ©rentes Ă©volutions de cette presse underground.
LâOURS â LâOffice universitaire de recherche socialiste
Les sixties & seventies, Ăąge dâor dâune presse hexagonale libre, intelligente et mĂ©chamment irrĂ©vĂ©rencieuse blablabla, Actuel blablabla, vaches sacrĂ©es blablabla, ce journal est un pavé⊠Yep, câest lu et relu, battu et rebattu. Pourtant, derriĂšre le poncif se cache une rĂ©alitĂ© souvent mĂ©connue. Et Ă trop ramener la pĂ©riode Ă quelques figures tutĂ©laires un tantinet momifiĂ©es (Hara-Kiri et Choron, LâEnragĂ© et SinĂ©, Actuel et Bizot), on passe Ă cĂŽtĂ© des composantes essentielles dudit Ăąge dâor : diversitĂ©, vitalitĂ© et virulence gĂ©nĂ©ralisĂ©es.
Dans un paysage mĂ©diatique contemporain largement dominĂ© (en matiĂšre de presse papier, en tout cas) par un journalisme de rĂ©vĂ©rence, mou et fade comme une endive, il est toujours utile (et un peu triste) de rappeler quâun autre rapport Ă la presse a existĂ©, que cette derniĂšre Ă©tait massivement distribuĂ©e (en comparaison des journaux dissidents contemporains) et que cette rĂ©appropriation de la parole nâĂ©tait pas uniquement le fait de quelques locomotives isolĂ©es mais lâexpression dâune Ă©poque (plus) enflammĂ©e.
Câest lĂ tout lâintĂ©rĂȘt du trĂšs rĂ©cent livre de Steven Jezo-Vannier, Presse parallĂšle, la contre-culture en France dans les annĂ©es 1970, publiĂ© aux Ă©ditions Le Mot et le reste1, qui livre un panorama dĂ©taillĂ© et vivant des diffĂ©rents acteurs de lâexplosion dâune presse libre en France. Tout, Le Parapluie, Zinc, Le Torchon brĂ»le, La Gueule ouverte, Le Petit Mickey qui nâa pas peur des gros, Interaction, Sauvage⊠une myriade de titres, en grande partie Ă©phĂ©mĂšres, ouverts Ă des thĂ©matiques diverses (fĂ©minisme, Ă©cologie politique, bande-dessinĂ©e, rock, sexualitĂ©), mais se retrouvant dans une mĂȘme pratique de la presse : libre, urgente et dĂ©bridĂ©e.
(reprise de lâinterview dâarticle XI)
Pour lire lâintĂ©gralitĂ© de lâarticle : OWNI
INTERVIEWFLEUVE DE STEVENJEZO-VANNIERDANSARTICLE 11, REJOUISSANTTITREPARALLELE. EXTRAITS :
Soyons francs : il est Ă la fois rĂ©jouissant et un peu dĂ©primant de se pencher sur lâhistoire de la presse alternative dans les annĂ©es 1970. Câest que le paysage mĂ©diatique actuel semble â en comparaison â terriblement morne. Retour sur une Ă©poque oĂč les kiosques Ă©taient explosifs â avec Steven Jezo-Vannier, auteur de Presse ParallĂšle, la contre-culture en France dans les annĂ©es 1970.
Les sixties & seventies, Ăąge dâor dâune presse hexagonale libre, intelligente et mĂ©chamment irrĂ©vĂ©rencieuse blablabla Actuel blablabla vaches sacrĂ©es blablabla ce journal est un pavé⊠Yep, câest lu et relu, battu et rebattu. Pourtant, derriĂšre le poncif se cache une rĂ©alitĂ© souvent mĂ©connue. Et Ă trop ramener la pĂ©riode Ă quelques figures tutĂ©laires un tantinet momifiĂ©es (Hara-Kiri et Choron, LâEnragĂ© et SinĂ©, Actuel et Bizot), on passe Ă cĂŽtĂ© des composantes essentielles dudit Ăąge dâor : diversitĂ©, vitalitĂ© et virulence gĂ©nĂ©ralisĂ©es. Dans un paysage mĂ©diatique contemporain largement dominĂ© (en matiĂšre de presse papier, en tout cas) par un journalisme de rĂ©vĂ©rence, mou et fade comme une endive, il est toujours utile (et un peu triste) de rappeler quâun autre rapport Ă la presse a existĂ©, que cette derniĂšre Ă©tait massivement distribuĂ©e (en comparaison des journaux dissidents contemporains) et que cette rĂ©appropriation de la parole nâĂ©tait pas uniquement le fait de quelques locomotives isolĂ©es mais lâexpression dâune Ă©poque (plus) enflammĂ©e.
Câest lĂ tout lâintĂ©rĂȘt du trĂšs rĂ©cent livre de Steven Jezo-Vannier, Presse parallĂšle, la contre-culture en France dans les annĂ©es 1970, publiĂ© aux Ă©ditions Le Mot et le reste [1], qui livre un panorama dĂ©taillĂ© et vivant des diffĂ©rents acteurs de lâexplosion dâune presse libre en France. Tout, Le Parapluie, Zinc, Le Torchon brĂ»le, La Gueule ouverte, Le Petit Mickey qui nâa pas peur des gros, Interaction, Sauvage⊠une myriade de titres, en grande partie Ă©phĂ©mĂšres, ouverts Ă des thĂ©matiques diverses (fĂ©minisme, Ă©cologie politique, bande-dessinĂ©e, rock, sexualitĂ©), mais se retrouvant dans une mĂȘme pratique de la presse : libre, urgente et dĂ©bridĂ©e [2].
ART. 11 : DerriĂšre les titres emblĂ©matiques (Hara-Kiri, Actuel, LâEnragĂ©), lĂ©gendaires, on dĂ©couvre dans votre ouvrage une foule de canards plus mĂ©connus : Tout, Politicon, Le Parapluie, Geranonymo⊠Avec Ă©galement une presse dissidente locale trĂšs active [3] et un nombre de fanzines impressionnant. Pourquoi une telle effervescence ? Et pourquoi nâa-t-elle pas tenu la distance ?
Il y a effectivement Ă cette Ă©poque Ă©normĂ©ment de titres, la plupart bien moins connus que Tout ou Le Parapluie [4] : quelques petites centaines de journaux, tĂ©moignages dâune effervescence rare, elle-mĂȘme reflĂ©tant la diversitĂ© des voix libĂ©rĂ©es durant ces annĂ©es. La fin des annĂ©es soixante est marquĂ©e par le combat pour lâexistence en tant quâindividualitĂ© propre, chacun affirmant son unicitĂ©. II y a Ă©videmment une jeunesse unie et cohĂ©rente qui aspire Ă gagner en libertĂ© et surtout en reconnaissance, mais cette jeunesse est tout sauf uniforme, elle revendique haut et fort son hĂ©tĂ©rogĂ©nĂ©itĂ©. Le mouvement underground qui fait naĂźtre la presse parallĂšle affirme la pluralitĂ© de ses composantes. Chacun souhaite y faire entendre sa diffĂ©rence, sa sensibilitĂ©, et utilise la presse libre pour le faire, dâoĂč la multiplicitĂ© des titres.
Avant le premier choc pĂ©trolier, rĂ©aliser un journal est facile et peu onĂ©reux : les modes de fabrication en sĂ©rie se sont extraordinairement dĂ©mocratisĂ©s, et le prix du papier et des encres reste faible. Dâailleurs, lorsque la crise de 1973 entraĂźne une flambĂ©e des coĂ»ts de la matiĂšre premiĂšre, plus dâun journal cesse de paraĂźtre.
Mais le fait que la presse parallĂšle ne soit pas parvenue Ă sâinscrire dans la durĂ©e rĂ©sulte dâune combinaison de facteurs : Ă la hausse des prix, il faut ajouter que la plupart des titres ne sont pas rentables et ne cherchent pas nĂ©cessairement Ă lâĂȘtre ; sur le plan financier, les journaux underground Ă©taient vouĂ©s Ă une existence cyclique. La quantitĂ© de titres est impressionnante sur toute la pĂ©riode, mais la plupart sont extrĂȘmement Ă©phĂ©mĂšres et se limitent Ă une ou deux parutions. Des journaux meurent Ă un endroit, dâautres naissent ailleurs. Autre raison de poids : tous les jeunes qui font vivre cette presse sont tĂŽt ou tard contraints dâeffectuer leur service militaire, qui les Ă©loigne du front de la contestation et de lâactivitĂ© culturelle pendant un an (Ă partir de 1970). Enfin, et je pense que câest lĂ la raison majeure : les acteurs de la presse parallĂšle nâont pas pour objectif de durer, Ă de rares exceptions prĂšs (en lâoccurrence, Actuel et Hara-Kiri/Charlie, qui y sont parvenus grĂące au professionnalisme). Une majoritĂ© souhaite simplement dire ce quâelle a Ă dire, vivre une expĂ©rience avant de passer Ă autre chose. Le Parapluie sâest arrĂȘtĂ© alors quâil Ă©tait parvenu Ă sâinstaller et sâaffirmer Ă la proue du mouvement, avec une relative stabilitĂ© financiĂšre. Pour ses fondateurs, le tour de la question avait Ă©tĂ© fait.
Il faut bien comprendre Ă©galement quâune large partie des artisans de la presse parallĂšle cherchent Ă sâinvestir hors des sentiers battus. Cinq ans aprĂšs 1968, la presse parallĂšle nâa plus rien de nouveau, elle ne reprĂ©sente plus un enjeu pour la libertĂ©, elle fait partie des acquis. Elle est donc moins vivace.
(âŠ)
Pour lire lâintĂ©gralitĂ© de lâarticle : ARTICLE 11
Pour qui a conservĂ© comme moi ses collections dâActuel, de Zinc, Geronymo, Le Parapluie, de Sexpol ou de Tout, ce livre est une mine dâor. Il relate en effet lâhistoire de cette presse des annĂ©es 70 que lâon trouvait certes dans les kiosques et qui Ă©tait diffusĂ©e par les NMPP, mais qui vĂ©hiculait le souffle dâune nouvelle vie et le refus dâun monde Ă©troit, celui des adultes responsables et respectueux des valeurs du travail, de lâengagement ou autres garde-fous destinĂ©s Ă faire marcher la jeunesse au pas et dans les couloirs quâils souhaitaient pour elle. Tout y est, y compris les procĂ©dĂ©s dâimpression comme la ronĂ©o, la sĂ©rigraphie ou lâoffset qui permirent Ă des individus ou Ă de petits groupes dâexprimer ce quâils avaient Ă dire. Une ronĂ©o permettait de sortir des pages assez lisibles quand on savait sâen servir et on pouvait illustrer dâautres pages avec de belles sĂ©rigraphies, des linogravures ou dâautres procĂ©dĂ©s pour peu quâon ait quelques relations et moyens. Je le sais, car jâai tirĂ© alors deux revues par des procĂ©dĂ©s bien artisanaux qui feraient sourire de dĂ©dain la jeunesse qui dispose dâordinateur et qui a pris le relais aujourdâhui avec des revues comme Guerre au paradis ou Oiseau-TempĂȘte. R. nâĂ©tait pas absent de cette presse, puisquâil est dĂ©signĂ© comme le premier hippy dans un numĂ©ro dâActuel intitulĂ© âColossale chronologieâ et on le retrouve encore Ă la fin des annĂ©es 70 dans Façade qui annonce le revirement amorcĂ© par le mouvement punk. Un index des titres de pĂ©riodiques aurait peut-ĂȘtre permis de circuler plus Ă son aise dans ce livre, mais le classement autour de grands pĂ©riodiques comme ceux dĂ©jĂ nommĂ©s, mais aussi Le Torchon brĂ»le, La Gueule ouverte et Le FlĂ©au social rend lâapproche aisĂ©e et donne presque un certain ordre dans les diverses tendances qui se croisaient alors (sexualitĂ©, musique, fĂ©minisme, Ă©cologie ou rĂ©volution) et qui constituaient une nouvelle culture, toujours ignorĂ©e de lâuniversitĂ©, mais qui a eu certainement autant sinon plus dâĂ©chos que maints philosophes dont la pensĂ©e nâa jamais eu la puissance de rĂȘve dâune chanson de Dylan, dâun livre de Kerouac ou dâun poĂšme de Ginsberg et quâon y Ă©tudie besogneusement.
On se souvient de la une de Hara-Kiri hebdo lorsque le gĂ©nĂ©ral de Gaulle meurt le 9 novembre 1970 : âBal tragique Ă Colombey â 1 mortâ titre alors le journal satirique. Ce crime de lĂšse-gĂ©nĂ©ral vaudra Ă la publication du professeur Choron dâĂȘtre interdite Ă la vente aux mineurs. Quâimporte ! Charlie hebdo lui succĂšdera. Câest lâun des rares rescapĂ©s dâune free press Ă la française sous de Gaulle et Pompidou dont Steven Jezo-Vannier retrace lâhistoire avec rigueur et Ă©rudition.
Sous de Gaulle, le ministĂšre de lâinformation contrĂŽle la totalitĂ© de lâaudiovisuel public. Mais dans cette âsociĂ©tĂ© rigide fondĂ©e sur lâordre et la disciplineâ, tout le monde ne se tait pas. En 1958, lâInternationale Situationniste tirent la premiĂšre suivie par des publications dâobĂ©diences diverses : ClartĂ©, Action, Vive la rĂ©volution. MalgrĂ© des points communs, la contre-culture française nâest pas lâamĂ©ricaine. La lutte contre la guerre dâAlgĂ©rie et pour lâavortement la façonnent. Puis mai 68 libĂšre les Ă©nergies et donne un coup de vieux aux idĂ©ologies dans un pays oĂč les moins de vingt ans reprĂ©sentent un tiers de la population.
PrĂ©curseurs, Actuel et Rock et Folk sont vite suivis par LibĂ©ration, LâIdiot International, LâEnragĂ©, Tout !, Le Parapluie. Les femmes et les homosexuels sâĂ©mancipent avec Le Torchon brĂ»le, LâAntinorm, Le FlĂ©au social, la pop et le rock ont droit de citĂ© avec Best, Le Pop, Extra, la BD voit naĂźtre Zinc, Fluide Glacial, LâEcho des savanes, lâĂ©cologie trouve dans La Gueule ouverte son premier organe. Tous participent de ce mouvement underground que Steven Jezo-Vannier analyse sans nostalgie, mais qui avertit : âLa contre-culture des annĂ©es 70 a bravĂ© les interdits; aujourdâhui, il est temps de rĂ©sister contre leur retour.â
Entre plusieurs morceaux de rock et une actu BD, Sex Pistols, lâaventure intĂ©rieure et Presse parallĂšle Ă©taient les 2 livres de la semaine de lâĂ©mission Easy Rider.
Extrait : âEt puis un excellent bouquin aussi pour vous sur les plages cet Ă©tĂ© : Presse ParallĂšle de Steven Jezo-Vannier, qui avait dĂ©jĂ signĂ© un San Francisco, lâutopie libertaire des sixties, Ă©galement chez le mot et le reste. Alors ça raconte quoi ? ça raconte la contre-culture en France, dans les annĂ©es 1970, la naissance de la presse parallĂšle sur les cendres de Mai 68, des titres les plus connus (Hara-Kiri, LibĂ©âŠ) aux moins connus (Le Sauvage âŠ). On parle dâActuel, bien sĂ»r, et nous sommes, Ă radio PFM, un peu les enfants dâActuel. Câest trĂšs, trĂšs bien fait (âŠ).
Pour Ă©couter lâintĂ©gralitĂ© de lâĂ©mission :