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Parution : 02/12/2020
ISBN : 9782361396077
198 pages (14,8 x 21 cm)

Poet Against The Machine

Une histoire technopolitique de la littérature

Une histoire alternative de la littérature contemporaine à travers les supports médiatiques et les nouvelles technologies.

De la poĂ©sie sonore jusqu’au numĂ©rique en passant par le rap, Poet Against The Machine raconte l’histoire politique des machines, des mĂ©dias et de la technologie dans la poĂ©sie hors du livre. À l’heure du tout-numĂ©rique, cet essai revient sur les contre-cultures poĂ©tiques sur scĂšne, dans les festivals et les communautĂ©s alternatives et interroge la prĂ©tendue neutralitĂ© des mĂ©diums. Que ce soit avec un magnĂ©tophone ou un algorithme, l’humain et la machine sont en constante interaction dans une lutte crĂ©ative et symbolique. Dans cet Ă©tat de modernitĂ© technique avancĂ©e oĂč le mĂ©dia a autant de place que le texte, les hiĂ©rarchies sont bousculĂ©es, laissant la possibilitĂ© d’une nĂ©olittĂ©rature libĂ©rĂ©e du livre et de ses canons.

Revue de presse

- La poésie profite-t-elle de l'époque pour se renouveler ? France Culture // Le Temps du débat d'été 19 août 2022
- Poet Against The Machine Sally Bonn Artpress 26 mai 2021
- Écrits d'Ă©crans Thierry Raboud La libertĂ© 13 mars 2021
- Qu'est-ce que la néolittérature ? Marie Fouquet Livres Hebdo mars 2021
- Poet Against The Machine Patrick Beguinel Litzic 3 février 2021
- MatiÚre et média : une archéologie de la poésie expérimentale Barnabé Sauvage Acta Fabula Février 2021
- Poet Against The Machine Christophe Fiat Revue Cockpit janvier 2021
- Poet Against The Machine Noé Gaillard Daily Passions 12 décembre 2020
- Itinéraire ambitieux des liens entre l'artiste et son médium Emma Poesy Maze 5 décembre 2020

- La poésie profite-t-elle de l'époque pour se renouveler ?

DĂ©wĂ© GorogĂ©, figure de la poĂ©sie et femme politique nĂ©o-kanak, est dĂ©cĂ©dĂ©e le 14 aoĂ»t. La poĂ©sie dans sa forme traditionnelle, justement, semble dĂ©cliner. Mais dans sa diversitĂ©, elle paraĂźt traversĂ©e d’un puissant renouveau. Est-ce que la poĂ©sie peut profiter de l’époque pour se renouveler ?

La poĂ©sie a-t-elle disparu ? Pour certains, c’est un fait : boudĂ©e par des mĂ©dias qui ne s’intĂ©resseraient qu’à ce qui est rentable et par un lectorat qui aurait diminuĂ©, la poĂ©sie n’est plus. Pour d’autres, ceux qui, engagĂ©s dans un festival, une revue ou une maison d’édition, connaissent les lieux d’existence de la poĂ©sie contemporaine, elle est bien prĂ©sente et visible aux yeux de qui se donne la peine de la chercher. Enfin il y a ceux qui considĂšrent qu’elle est partout, mĂȘme si elle ne se nomme plus nĂ©cessairement poĂ©sie, naviguant sous le pavillon d’autres genres, qu’il s’agisse de la chanson, du slam ou des arts numĂ©riques. Alors quel Ă©tat des lieux faire de l’univers de la poĂ©sie ? La dĂ©finition de la poĂ©sie a-t-elle changĂ© ?

Pour rĂ©pondre Ă  ces questions, Quentin Lafay reçoit Rim Battal, poĂ©tesse et autrice dont le dernier ouvrage Mine de Rien est paru en 2022 aux Ă©ditions Le Castor Astral, Magali Nachtergael, professeure de littĂ©rature française Ă  l’UniversitĂ© de Bordeaux-Montaigne et Jean-Michel Maulpoix, Ă©crivain.

Réécouter l’émission sur France Culture

France Culture // Le Temps du débat d'été 19 août 2022

- Poet Against The Machine

Il y a quelque chose de particuliĂšrement rafraĂźchissant, voire oxygĂ©nant, dans les pages de ce livre qui interrogent comme elles relient entre elles les pratiques d’écriture, de parole, de poĂ©sie, de chanson, de langue, allant de la poĂ©sie lettriste d’avant-garde au slam, du rap Ă  la poĂ©sie contemporaine. Abordant moins le livre comme objet ou outil dĂ©passĂ©, que les pratiques dites hors du livre, Poet against the machine insiste sur l’influence des nouvelles technologies, depuis Dada jusqu’à aujourd’hui. C’est la plasticitĂ© de la langue dans ses mouvements de mĂ©diatisation et de remĂ©diatisation qui intĂ©resse Magali Nachtergael, mais aussi la ou les capacitĂ©s de la littĂ©rature et de la poĂ©sie (dans un champ Ă©largi) Ă  s’extraire des circonscriptions socio-culturelles et des hiĂ©rarchies symboliques. Car l’un des enjeux est de savoir ce que la technologie fait Ă  la littĂ©rature, et notamment si elle libĂšre la parole de sa gangue acadĂ©mique. À partir d’exemples poĂ©tiques, d’oeuvres expĂ©rimentales (on croise, parmi de nombreuses autres, celles de Bernard Heidsieck, Henri Chopin, MichĂšle MĂ©tail ou Julien Blaine, mais on rencontre aussi Damso ou Kathy Acker), l’autrice interroge les technologies mĂ©diatiques et leur capacitĂ© d’expansion, du corps humain Ă  l’autotune en passant par le papier, la machine Ă  Ă©crire, l’enregistrement sonore, le tĂ©lĂ©phone, le micro, les amplis bandes magnĂ©tiques
 Dans ce livre dense et trĂšs informĂ©, au beau titre ambivalent (rĂ©fĂ©rence Ă  un groupe de rap mĂ©tal), Nachtergael s’extrait de son errance numĂ©rique littĂ©raire et trace l’histoire de ce qu’elle nomme nĂ©olittĂ©rature, en faisant l’archĂ©ologie des interactions entre la poĂ©sie et la technologie, et en en dĂ©gageant les actuels enjeux mĂ©diatiques, critiques mais aussi politiques. Exaltant !

Une chronique Ă  retrouver sur Artpress

Sally Bonn
Artpress 26 mai 2021

- Écrits d'Ă©crans

CrĂ©ations hybrides rangĂ©es sous l’audacieuse Ă©tiquette de «nĂ©olittĂ©rature» par Magali Nachtergael. Pourtant rien de trĂšs neuf: dans une Ă©tude tout juste parue, la chercheuse française traverse les avant-gardes pour dresser un panorama critique de la littĂ©rature affranchie du livre, oĂč l’on constate que ces expressions contemporaines s’inscrivent dans une longue et foisonnante histoire, Ă  la croisĂ©e de l’écriture et de la performance artistique. «Tout au long du XXe siĂšcle, malgrĂ© son prestige [
], le livre n’est en fait qu’un Ă©lĂ©ment parmi d’autres de la «publication» au sens de mise Ă  disposition de publics», rappelle-t-elle en Ă©voquant les multiples dĂ©clinaisons du poĂšme Ă  travers les dĂ©cennies: tĂ©lĂ©phonique, bruitiste, radiophonique, cinĂ©matographique, informatique, photographique, pictural
 «Contrairement Ă  ce que l’on prĂ©tend souvent, [la littĂ©rature] a toujours Ă©tĂ© vigilante au progrĂšs technique, renchĂ©rit Isabelle Krzywkowski dans Machines Ă  Ă©crire (2010). Elle a mĂȘme sans doute Ă©tĂ© pionniĂšre en la matiĂšre.»

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Le livre fétichisé
Au dĂ©triment du livre imprimĂ©, comme le craignent parfois les dĂ©tracteurs du numĂ©rique Ă  l’école? Pour Isabelle Krzywkowski, il s’agit simplement «d’accepter le fait que certains artistes ont fait le choix d’écrire pour et avec un nouveau mĂ©dium». En somme, nous aurions aujourd’hui Ă  nous libĂ©rer «du
poids trop lourd que nous avions accordĂ© au biblos, ce Livre majuscule fĂ©tichisĂ© Ă  outrance», note Magalie Nachtergael en invitant Ă  considĂ©rer une autre lecture possible, «non plus seulement fondĂ©e sur les yeux, mais aussi sur l’écoute, l’interaction et un geste conscient de ses outils, quels qu’ils soient»

Retrouvez l’article en intĂ©gralitĂ© sur La libertĂ©

Thierry Raboud
La liberté 13 mars 2021

- Qu'est-ce que la néolittérature ?

Du festival “Extra !”, au Centre pompidou Ă  Paris, au blog “autofictif” d’Éric Chevillard, en passant par la microĂ©dition, c’est toute une littĂ©rature “hors du livre” qui se dessine peu Ă  peu. En marge de l’édition classique. Magali Nachtergael, chercheuse en littĂ©rature et en arts, l’a baptisĂ©e “nĂ©olittĂ©rature” dans un essai ambitieux. Bienvenue aux frontiĂšres de l’art contemporain, de la performance et de laa web culture.
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DĂšs l’introduction de son ouvrage Poet Against The Machine (Le Mot et le reste, 2020), Magali Nachtergael dresse le constat radical d’une littĂ©rature contemporaine dont les frontiĂšres dĂ©passent largement l’édition imprimĂ©e et du roman pour s’étendre aux mĂ©diums d’autres disciplines artistiques : les arts vivants, l’art contemporain, la web culture
 Mais comment dĂ©signer prĂ©cisĂ©ment cette nouvelle littĂ©rature “hors du livre” ?

Le dossier est à retrouver dans son intégralité dans le numéro de mars 2021 de Livres Hebdo
ou bien en ligne

Marie Fouquet
Livres Hebdo mars 2021

- Poet Against The Machine

Il y a des livres comme ça, qu’on demande en service presse et que, dĂšs que nous les avons entre les mains, nous terrorisent. Non pas par sa couverture, vert matrix, qui nous a tapĂ© dans l’oeil, mais par leur sujet, et par la façon dont il est traitĂ©. Magali Nachtergael nous propose, avec Poet against the machine, une histoire technopolitique de la littĂ©rature ( aux Ă©ditions Le mot et le reste), une plongĂ©e dans les nĂ©o-littĂ©ratures, mĂȘlant poĂ©sie et toutes les technologies possibles et imaginables. Alors, on se dit que nous ne possĂ©dons pas le bagage intellectuel pour en faire une juste chronique, mais on se lance quand mĂȘme.

Tout d’abord, il convient de dire que ce bouquin est trĂšs, trĂšs bien Ă©crit. Ce n’est pas anodin car, truffĂ© de rĂ©fĂ©rences comme doivent l’ĂȘtre les essais, l’autrice prend autant le fond au sĂ©rieux que sa forme. Cette trĂšs bonne surprise nous rassure, d’autant que le jargon spĂ©cifique au thĂšme aurait pu rendre l’ensemble imbitable. Fort heureusement il n’en est rien et nous plongeons avec aviditĂ© dans cette inconnue qu’est la poĂ©sie en relation avec la technologie.

Un peu d’histoire

Pour nous faire entrer dans son sujet, Magali Nachtergael n’hĂ©site pas Ă  faire un peu d’histoire et Ă  revenir sur l’histoire de la littĂ©rature au moment (en gros hein) de l’explosion de l’ùre industrielle. Elle y parle surrĂ©alisme, beat generation, explosion des littĂ©ratures numĂ©riques dans une chronologie qui nous sert de repĂšres. Cela est plutĂŽt bien senti et structure d’emblĂ©e l’essai (et Ă©vite de nous perdre dans un labyrinthe duquel nous ne serions jamais sortis).

Des poĂšmes cachĂ©s sous des peintures, sous des illustrations, des poĂšmes lus Ă  voix haute, lus Ă  la radios, de ceux distribuĂ©s sous le manteau, photocopiĂ©s ou rĂ©unis sous forme de fanzine, ceux s’émancipant du format livre pour devenir totalement numĂ©rique (via le micro-bloging), le livre revient de façon exhaustive (nous paraĂźt-il) sur toutes les formes qu’a pu prendre et que prend la littĂ©rature depuis l’avĂšnement des technologies. Car il faut bien l’avouer, celle-ci Ă  totalement pervertie (ou du moins changĂ©e) notre rapport Ă  la lecture, Ă  l’apprĂ©ciation de toute forme poĂ©tique, et Ă  la rĂ©daction.
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Fort heureusement, la conclusion de l’essai nous rassure, montre au contraire que sous des formes diverses et variĂ©es, comme par exemple votre webzine prĂ©fĂ©rĂ©, la nĂ©o-littĂ©rature continue Ă  ĂȘtre produite, de façon plus ou moins efficace et poĂ©tique, mais toujours vivante. Et que le livre, qui paraissait un temps en perte de vitesse, regagne peu Ă  peu des lettres de noblesse. Ce qui n’est absolument pas pour nous dĂ©plaire.

Au final, nous avons, avec Poet against the machine (nom empruntĂ© au fameux groupe Rage against the machine, un essai rĂ©ellement passionnant, truffĂ© de rĂ©fĂ©rences pop culture (mais aussi geek culture), qui nous montre que l’inventivitĂ© poĂ©tique et humaine n’a pas de limites, preuve que la poĂ©sie ne finira jamais de se rĂ©gĂ©nĂ©rer. Et on aime cette idĂ©e. À lire absolument pour bien comprendre les enjeux du monde dans lequel nous vivons et nous vous conseillons donc vivement ce livre !

Une chronique à retrouver en intégralité sur Litzic

Patrick Beguinel
Litzic 3 février 2021

- MatiÚre et média : une archéologie de la poésie expérimentale

« Inutile de vouloir s’attaquer aux poĂšmes dactylographiĂ©s de T.S. Eliot tant qu’on n’a toujours pas appris Ă  distinguer le bruit de frappe que font respectivement une Underwood ou une Remington1 » : c’est par ce rappel qu’Emmanuel Alloa prĂ©sentait l’Ɠuvre matricielle du thĂ©oricien des mĂ©dias allemand Friedrich Kittler, qui donne Ă  Magali Nachtergael la direction Ă  prendre pour son livre Poet Against the Machine : « Pour saisir les origines techno‑induites de la littĂ©rature [
] il est primordial de faire l’histoire machinĂ©e de la littĂ©rature » (p. 180). Cet apparent dĂ©tour de l’étude que mĂšne depuis plusieurs annĂ©es l’autrice sur la littĂ©rature contemporaine – qu’elle a proposĂ© ailleurs de nommer « nĂ©olittĂ©rature » – pour plonger dans la fabrique des pratiques technologiques de l’écrit poĂ©tique s’impose cependant rapidement, Ă  mesure que l’histoire ainsi retracĂ©e dĂ©voile son caractĂšre crucial pour l’évolution traversĂ©e actuellement par la littĂ©rature.

L’approche technomĂ©diatique embrassĂ©e par l’autrice nĂ©cessite dĂšs le seuil du livre un dĂ©centrement mĂ©thodologique : « ne plus regarder la poĂ©sie ou plus gĂ©nĂ©ralement les rĂ©cits que du seul point de vue du rĂ©sultat, le texte, mais avec ses outils et ses gestes spĂ©cifiques » (p. 11), et prĂ©fĂ©rer alors la comprĂ©hension des contextes de production – Ă  la fois sociaux (ressortissant d’une thĂ©orie de la valeur) et outillĂ©s (provenant de l’histoire des techniques).

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Les Ă©tudes originales de l’autrice sur le mouvement lettriste ou le rap francophone le plus contemporain (notamment l’Ɠuvre de l’artiste belge Damso) contribuent ainsi Ă  Ă©tendre cette « Ă©tude de media comparĂ©s » qu’Y. Citton appelait de ses vƓux tout en traçant une lecture personnelle – et parfois subjective, comme Ă  l’entame ou au mitan du livre, oĂč l’autrice s’essaye Ă  une auto‑ethnographie du rapport Ă  la culture numĂ©rique de son enfance ou bien Ă  celle de sa pratique de la navigation Internet.

L’ouvrage de Magali Nachtergael marque ainsi une Ă©tape importante de l’écriture de l’histoire matĂ©rielle du fait poĂ©tique, et notamment celle de son intermĂ©dialisation aux xxe et xxie siĂšcles. Loin de consigner ces pratiques poĂ©tiques dans une marge hyperspĂ©cialisĂ©e, voire geek, qui rendrait cette histoire inoffensive, l’intĂ©rĂȘt marquĂ© de ce livre pour des formes de « cultures techniques » qui sont autant de pratiques autonomes (voire « anarchistes » comme l’évoque l’autrice Ă  propos du poĂšte marseillais et fondateur de la revue Doc(k)s Julien Blaine, p. 120) permet ainsi d’en reconstruire les propositions politiques, toujours entĂ©es sur une conception libertaire de l’accĂšs aux textes, aux Ɠuvres et aux imaginaires.

Un article à retrouver en intégralité sur Acta Fabula

Barnabé Sauvage
Acta Fabula Février 2021

- Poet Against The Machine

Il y aurait donc le livre, encore et toujours, acadĂ©misant tout sur son passage et puis, il y une autre voie, empruntĂ©e depuis les premiĂšres avant-gardes du XX Ăš siĂšcle, la voie du hors-livre, seul espace oĂč une littĂ©rature exigeante ferait jaillir des formes non identifiĂ©es en usant de mĂ©diums comme le magnĂ©tophone, l’offset (dans les annĂ©es 1960) et les outils numĂ©riques comme les blogs via les ordinateurs portables (dĂ©but 2000) et aujourd’hui, les rĂ©seaux sociaux via les smartphones et les tablettes, bref, les « machines ». Dis autrement, il y aurait le mĂ©dium livre, bourgeois et conformiste et le mĂ©dium de ces nouvelles technologies contre-culturelles Ă  tendance Punk Rap Metal hantĂ©es par un groupe comme Rage Against The Machine (c’est dans le titre).

Mais c’est sans compter sur la pertinence et la vision critique de Magali Nachtergael qui sait qu’Internet est une idĂ©ologie libĂ©rale et capitaliste : « Aujourd’hui, la principale menace qui nous guette n’est pas tant la machine elle-mĂȘme que l’idĂ©ologie qui l’accompagne » lit-on page 179. VoilĂ , celle qui jouait enfant Ă  Space Invaders (p 7) et qui en 2018 s’est aventurĂ©e dans la dĂ©couverte du « monde littĂ©raire en ligne » (p 138) a compris, qu’à bien des Ă©gards, ce qui s’y passe est souvent la rĂ©plication des rapports de forces ou de coopĂ©rations de la RĂ©publique des Lettres IRL, dans la vraie vie. D’ailleurs, mĂȘme les poĂštes les plus acharnĂ©s Ă  dĂ©fendre la culture numĂ©rique, en viennent Ă  faire des livres, eux aussi. [
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On peut saluer la luciditĂ© de Magali Nachtergael qui invente ici une nouvelle catĂ©gorie sous laquelle on peut aussi la suivre sur Facebook et Instagram : @neolitterature. Internaute plutĂŽt que geek, elle retrace dans ce livre, une histoire poĂ©tique solidement documentĂ©e dans laquelle apparaissent Bernard Heidsieck, Henri Chopin, John Giorno, Michel Giroud, Jacques Donguy, Julien Blaine et bien d’autres. Histoire qui n’est peut-ĂȘtre pas aussi radicale qu’on le croit mais qui a le mĂ©rite – puisque la nĂ©olittĂ©rature est « l’étude de la forme littĂ©raire transmĂ©diale, intermĂ©diale liĂ©e Ă  des mĂ©diums non-livresques » (p 28) – de vitaliser, de booster la crĂ©ation artistique. Ceci hors des sentiers battus des poĂšmes de confort et de rĂ©confort qui se rĂ©pandent Ă©ditorialement depuis le confinement total du printemps 2020.

AprĂšs avoir refermĂ© ce beau livre de Magali Nachtergael, on se surprend Ă  rĂȘver que ce POETAGAINSTTHEMACHINE ait la RAGE du groupe californien des annĂ©es 1990 afin que THEMACHINE ne soit pas seulement un outil pour Ă©crire mais aussi une arme pour affirmer haut et fort sa libertĂ© de dire.

Christophe Fiat
Revue Cockpit janvier 2021

- Poet Against The Machine

Avec en sous-titre une phrase qui pourrait vous effrayer, un peu comme l’illustration de couverture, Une histoire technopolitique de la littĂ©rature 
 Vous trouverez une explication de l’illustration dans le corps du texte. Pour ce qui est du sous-titre, sachez qu’il est trĂšs rigoureux et que la/les techniques jouent un grand rĂŽle dans la littĂ©rature tout comme la/les politiques Ă©conomiques et autres. La littĂ©rature et l’art ne se crĂ©ent pas ex nihilo, l’artiste vit et crĂ©e dans un contexte et sur des supports. Et lĂ  je me permettrai de regretter l’absence d’un index des individus citĂ©s que ne compense pas l’abondante et sĂ©rieuse bibliographie et qui aurait permis de mesurer combien l’auteure navigue entre, on dira, l’avant Mac Luhan et l’aprĂšs Deleuze, entre Baudelaire et Barthes. C’est Ă©rudit, rĂ©flĂ©chi et critique. Et si vous avez compris/perçu la rĂ©fĂ©rence du titre, vous en avez compris la force par rapport Ă  notre monde
 Pensez quand vous lirez ce livre Ă  avoir sous la main de quoi aller voir sur Internet ce que propose la littĂ©rature numĂ©rique (Ă  voir les quatre minutes et quelques de Dakota). Vous lirez par exemple qu’il n’y a pas que Pierre MĂ©nard qui se targue d’avoir Ă©crit un grand livre*, et que des IA ont Ă©crit des romans. Ce que dit l’auteure de ces Ɠuvres est passionnant.

Si j’ai bien tout compris, loin de provoquer la fin de la littĂ©rature les techniques modernes lui assurent au contraire une longĂ©vitĂ© en ce qu’elle se cherche, se transforme pour jouer avec les supports. Écoutez par hasard le groupe Palo Alto inspirĂ© par Deleuze et renforcĂ© par Alain Damasio, ou lisez « Aux limites du son » une anthologie accompagnĂ©e d’un CD qui se veut « Bande originale du livre ».

Bonne lecture-écoute lentes et profitez des pauses pour rechercher sur internet.

*Relisez Fictions de J.-L. Borges : Pierre Ménard, auteur du Quichotte

Une chronique Ă  retrouver sur Daily Passions

Noé Gaillard
Daily Passions 12 décembre 2020

- Itinéraire ambitieux des liens entre l'artiste et son médium

Poet against the machine est un essai Ă©crit par Magali Nachtergael, maĂźtresse de confĂ©rence en LittĂ©rature et Arts. Il explore avec prĂ©cision l’histoire de la contre-culture et les liens que celle-ci a entretenu avec ses mĂ©diums de crĂ©ation.

Si l’histoire de l’invention des diffĂ©rents mĂ©dias est gĂ©nĂ©ralement connue de tous.tes (photographie, radio, ordinateur puis Ăšre des algorithme), celle de la maniĂšre dont toute une contre-culture s’est emparĂ©e de ces moyens de communication demeure mĂ©connue. C’est sur cette histoire « technopolitique » que revient Magali Nachtergael dans son ouvrage.

« Mettre la poésie debout »

S’il apparaĂźt Ă©vident Ă  tous.tes que le premier mĂ©dium utilisable pour performer un texte est le livre, l’autrice rappelle qu’il en va aussi du corps et que la poĂ©sie est avant tout une expĂ©rience sensorielle faite d’oralitĂ©, de rythmes et de tout ce qui accompagne une gymnastique du corps. Le mouvement Dada fait dans un premier temps le constat d’une mort de la poĂ©sie, absorbĂ©e puis rendue ennuyeuse par le mĂ©dium livre : « Le poĂšme ne pouvait plus ĂȘtre entendu, Ă©coutĂ© ; il s’insinuait comme un art livresque. »

Dans la continuitĂ© de ce premier constat se met en place une contre-culture poĂ©tique pour laquelle les textes se performent – dans les cabarets, les rues, les caves – et doivent offrir au spectateur.ice.s une expĂ©rience sensorielle artistique et unique. Il s’agit pour le texte de quitter le livre. C’est notamment le cas de L’internationale Lettriste qui se consacre Ă  la crĂ©ation d’une « musique lettrique », et performe, parfois mĂȘme de maniĂšre improvisĂ©e, dans les cercles littĂ©raires ou dans les cabarets de jazz pendant l’entracte des musiciens. La performation est ici un moyen de se rĂ©approprier la poĂ©sie grĂące au mĂ©dium premier qu’est le corps. Comme le dit la thĂ©oricienne Bernadette Wegeinstein – citĂ©e dans le livre – « The medium is the body ».

Le mĂ©dium contre l’oppression

Si le passage par le corps dans la crĂ©ation poĂ©tique permet d’abord de se rĂ©approprier cet art jugĂ© trop livresque, la poĂ©sie performative permet Ă©galement l’émancipation des corps Ă©crasĂ©s par le poids des normes sociales. A l’instar de la performance de Carolee Schneemann – qui utilise doublement son corps : nue sur scĂšne, elle dĂ©roule un texte Ă©crit sur un rouleau de papier soigneusement roulĂ© et insĂ©rĂ© entre ses jambes – pour dĂ©noncer la norme sociale pesant sur le corps fĂ©minin. La performance consiste Ă  dĂ©rouler le morceau de papier pour ensuite le lire Ă  son public. Son texte rapporte une conversation qu’elle a eue avec un rĂ©alisateur lui attestant qu’elle ne pourra jamais ĂȘtre une rĂ©alisatrice et qu’il la voit mieux en danseuse.

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Le rap, autre Ă©tendard du poĂšte opposĂ© Ă  la « machine sociale », propose une musique Ă©loignĂ©e de la variĂ©tĂ© française d’époque, plus proche du slam, mais Ă©galement un autre rapport avec son public. LiĂ© directement avec le social, il entend dĂ©crire la vie, Ă  la maniĂšre d’un prĂȘche.

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OpposĂ© au modĂšle de la radio faite par et pour un public bourgeois, le rap offre de nouveaux champs parmi lesquels « l’égotrip », qui est en fait un rĂ©cit d’apprentissage Ă  valeurs morales fortes. Si le rap est sans cesse relĂ©guĂ© au statut d’art mineur, de « tiers mĂ©dia », l’autrice interroge ses liens avec la production poĂ©tique contemporaine et rĂ©affirme avec force la place du rap sur la scĂšne poĂ©tique moderne. La conception du poĂ©tique qui veut que le rap n’en est qu’une sous-catĂ©gorie est avant tout une conception sociale autocentrĂ©e et bourgeoise.

L’avĂšnement du numĂ©rique : la fin du livre-objet ?

Magali Nachtergael met Ă©galement en lumiĂšre les consĂ©quences de l’avĂšnement du numĂ©rique sur la crĂ©ation artistique et poĂ©tique. Si l’usage des rĂ©seaux sociaux devient courant pour tous.tes, il le devient aussi pour les auteur.rice.s, qui n’hĂ©sitent pas Ă  poster des textes agrĂ©mentĂ©s d’images sur ces derniers, Ă  l’instar de Mathias Enard ou Alain Mabanckou. Cette utilisation des rĂ©seaux tend Ă  transformer leur but premier : d’outils utilisĂ©s pour populariser une Ɠuvre papier, ils deviennent un moyen d’expression et une activitĂ© « en soi ». Le mĂ©dium a absorbĂ© son contenu.

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L’arrivĂ©e du numĂ©rique vient Ă©galement questionner le statut du livre-objet, sanctuarisĂ© Ă  outrance par un establishment sans visage. En effet, la fin du livre papier au profit d’un contenu poĂ©tique intĂ©gralement numĂ©rique serait-elle une rĂ©gression en soi, et pas simplement le passage d’un mĂ©dium Ă  un autre, comme on en a tant observĂ© au cours de l’histoire ? Cette peur s’apparente presque Ă  un dogme. L’autrice ne manque pas de rappeler que le livre, privĂ© de son contenu, n’est rien d’autre qu’un bibelot soumis aux mĂȘmes lois mercantiles que les autres biens de consommation courante.

La chronique complĂšte est Ă  retrouver sur Maze Magazine

Emma Poesy
Maze 5 décembre 2020