Poet Against The Machine
Une histoire technopolitique de la littérature
Une histoire alternative de la littérature contemporaine à travers les supports médiatiques et les nouvelles technologies.
De la poĂ©sie sonore jusquâau numĂ©rique en passant par le rap, Poet Against The Machine raconte lâhistoire politique des machines, des mĂ©dias et de la technologie dans la poĂ©sie hors du livre. Ă lâheure du tout-numĂ©rique, cet essai revient sur les contre-cultures poĂ©tiques sur scĂšne, dans les festivals et les communautĂ©s alternatives et interroge la prĂ©tendue neutralitĂ© des mĂ©diums. Que ce soit avec un magnĂ©tophone ou un algorithme, lâhumain et la machine sont en constante interaction dans une lutte crĂ©ative et symbolique. Dans cet Ă©tat de modernitĂ© technique avancĂ©e oĂč le mĂ©dia a autant de place que le texte, les hiĂ©rarchies sont bousculĂ©es, laissant la possibilitĂ© dâune nĂ©olittĂ©rature libĂ©rĂ©e du livre et de ses canons.
Revue de presse
- Poet Against The Machine Sally Bonn Artpress 26 mai 2021
- Ăcrits d'Ă©crans Thierry Raboud La libertĂ© 13 mars 2021
- Qu'est-ce que la néolittérature ? Marie Fouquet Livres Hebdo mars 2021
- Poet Against The Machine Patrick Beguinel Litzic 3 février 2021
- MatiÚre et média : une archéologie de la poésie expérimentale Barnabé Sauvage Acta Fabula Février 2021
- Poet Against The Machine Christophe Fiat Revue Cockpit janvier 2021
- Poet Against The Machine Noé Gaillard Daily Passions 12 décembre 2020
- Itinéraire ambitieux des liens entre l'artiste et son médium Emma Poesy Maze 5 décembre 2020
DĂ©wĂ© GorogĂ©, figure de la poĂ©sie et femme politique nĂ©o-kanak, est dĂ©cĂ©dĂ©e le 14 aoĂ»t. La poĂ©sie dans sa forme traditionnelle, justement, semble dĂ©cliner. Mais dans sa diversitĂ©, elle paraĂźt traversĂ©e dâun puissant renouveau. Est-ce que la poĂ©sie peut profiter de lâĂ©poque pour se renouveler ?
La poĂ©sie a-t-elle disparu ? Pour certains, câest un fait : boudĂ©e par des mĂ©dias qui ne sâintĂ©resseraient quâĂ ce qui est rentable et par un lectorat qui aurait diminuĂ©, la poĂ©sie nâest plus. Pour dâautres, ceux qui, engagĂ©s dans un festival, une revue ou une maison dâĂ©dition, connaissent les lieux dâexistence de la poĂ©sie contemporaine, elle est bien prĂ©sente et visible aux yeux de qui se donne la peine de la chercher. Enfin il y a ceux qui considĂšrent quâelle est partout, mĂȘme si elle ne se nomme plus nĂ©cessairement poĂ©sie, naviguant sous le pavillon dâautres genres, quâil sâagisse de la chanson, du slam ou des arts numĂ©riques. Alors quel Ă©tat des lieux faire de lâunivers de la poĂ©sie ? La dĂ©finition de la poĂ©sie a-t-elle changĂ© ?
Pour rĂ©pondre Ă ces questions, Quentin Lafay reçoit Rim Battal, poĂ©tesse et autrice dont le dernier ouvrage Mine de Rien est paru en 2022 aux Ă©ditions Le Castor Astral, Magali Nachtergael, professeure de littĂ©rature française Ă lâUniversitĂ© de Bordeaux-Montaigne et Jean-Michel Maulpoix, Ă©crivain.
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Il y a quelque chose de particuliĂšrement rafraĂźchissant, voire oxygĂ©nant, dans les pages de ce livre qui interrogent comme elles relient entre elles les pratiques dâĂ©criture, de parole, de poĂ©sie, de chanson, de langue, allant de la poĂ©sie lettriste dâavant-garde au slam, du rap Ă la poĂ©sie contemporaine. Abordant moins le livre comme objet ou outil dĂ©passĂ©, que les pratiques dites hors du livre, Poet against the machine insiste sur lâinfluence des nouvelles technologies, depuis Dada jusquâĂ aujourdâhui. Câest la plasticitĂ© de la langue dans ses mouvements de mĂ©diatisation et de remĂ©diatisation qui intĂ©resse Magali Nachtergael, mais aussi la ou les capacitĂ©s de la littĂ©rature et de la poĂ©sie (dans un champ Ă©largi) Ă sâextraire des circonscriptions socio-culturelles et des hiĂ©rarchies symboliques. Car lâun des enjeux est de savoir ce que la technologie fait Ă la littĂ©rature, et notamment si elle libĂšre la parole de sa gangue acadĂ©mique. Ă partir dâexemples poĂ©tiques, dâoeuvres expĂ©rimentales (on croise, parmi de nombreuses autres, celles de Bernard Heidsieck, Henri Chopin, MichĂšle MĂ©tail ou Julien Blaine, mais on rencontre aussi Damso ou Kathy Acker), lâautrice interroge les technologies mĂ©diatiques et leur capacitĂ© dâexpansion, du corps humain Ă lâautotune en passant par le papier, la machine Ă Ă©crire, lâenregistrement sonore, le tĂ©lĂ©phone, le micro, les amplis bandes magnĂ©tiques⊠Dans ce livre dense et trĂšs informĂ©, au beau titre ambivalent (rĂ©fĂ©rence Ă un groupe de rap mĂ©tal), Nachtergael sâextrait de son errance numĂ©rique littĂ©raire et trace lâhistoire de ce quâelle nomme nĂ©olittĂ©rature, en faisant lâarchĂ©ologie des interactions entre la poĂ©sie et la technologie, et en en dĂ©gageant les actuels enjeux mĂ©diatiques, critiques mais aussi politiques. Exaltant !
Une chronique Ă retrouver sur Artpress
CrĂ©ations hybrides rangĂ©es sous lâaudacieuse Ă©tiquette de «nĂ©olittĂ©rature» par Magali Nachtergael. Pourtant rien de trĂšs neuf: dans une Ă©tude tout juste parue, la chercheuse française traverse les avant-gardes pour dresser un panorama critique de la littĂ©rature affranchie du livre, oĂč lâon constate que ces expressions contemporaines sâinscrivent dans une longue et foisonnante histoire, Ă la croisĂ©e de lâĂ©criture et de la performance artistique. «Tout au long du XXe siĂšcle, malgrĂ© son prestige [âŠ], le livre nâest en fait quâun Ă©lĂ©ment parmi dâautres de la «publication» au sens de mise Ă disposition de publics», rappelle-t-elle en Ă©voquant les multiples dĂ©clinaisons du poĂšme Ă travers les dĂ©cennies: tĂ©lĂ©phonique, bruitiste, radiophonique, cinĂ©matographique, informatique, photographique, pictural⊠«Contrairement Ă ce que lâon prĂ©tend souvent, [la littĂ©rature] a toujours Ă©tĂ© vigilante au progrĂšs technique, renchĂ©rit Isabelle Krzywkowski dans Machines Ă Ă©crire (2010). Elle a mĂȘme sans doute Ă©tĂ© pionniĂšre en la matiĂšre.»
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Le livre fétichisé
Au dĂ©triment du livre imprimĂ©, comme le craignent parfois les dĂ©tracteurs du numĂ©rique Ă lâĂ©cole? Pour Isabelle Krzywkowski, il sâagit simplement «dâaccepter le fait que certains artistes ont fait le choix dâĂ©crire pour et avec un nouveau mĂ©dium». En somme, nous aurions aujourdâhui Ă nous libĂ©rer «du
poids trop lourd que nous avions accordĂ© au biblos, ce Livre majuscule fĂ©tichisĂ© Ă outrance», note Magalie Nachtergael en invitant Ă considĂ©rer une autre lecture possible, «non plus seulement fondĂ©e sur les yeux, mais aussi sur lâĂ©coute, lâinteraction et un geste conscient de ses outils, quels quâils soient»
Retrouvez lâarticle en intĂ©gralitĂ© sur La libertĂ©
Du festival âExtra !â, au Centre pompidou Ă Paris, au blog âautofictifâ dâĂric Chevillard, en passant par la microĂ©dition, câest toute une littĂ©rature âhors du livreâ qui se dessine peu Ă peu. En marge de lâĂ©dition classique. Magali Nachtergael, chercheuse en littĂ©rature et en arts, lâa baptisĂ©e ânĂ©olittĂ©ratureâ dans un essai ambitieux. Bienvenue aux frontiĂšres de lâart contemporain, de la performance et de laa web culture.
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DĂšs lâintroduction de son ouvrage Poet Against The Machine (Le Mot et le reste, 2020), Magali Nachtergael dresse le constat radical dâune littĂ©rature contemporaine dont les frontiĂšres dĂ©passent largement lâĂ©dition imprimĂ©e et du roman pour sâĂ©tendre aux mĂ©diums dâautres disciplines artistiques : les arts vivants, lâart contemporain, la web culture⊠Mais comment dĂ©signer prĂ©cisĂ©ment cette nouvelle littĂ©rature âhors du livreâ ?
Le dossier est à retrouver dans son intégralité dans le numéro de mars 2021 de Livres Hebdo
ou bien en ligne
Il y a des livres comme ça, quâon demande en service presse et que, dĂšs que nous les avons entre les mains, nous terrorisent. Non pas par sa couverture, vert matrix, qui nous a tapĂ© dans lâoeil, mais par leur sujet, et par la façon dont il est traitĂ©. Magali Nachtergael nous propose, avec Poet against the machine, une histoire technopolitique de la littĂ©rature ( aux Ă©ditions Le mot et le reste), une plongĂ©e dans les nĂ©o-littĂ©ratures, mĂȘlant poĂ©sie et toutes les technologies possibles et imaginables. Alors, on se dit que nous ne possĂ©dons pas le bagage intellectuel pour en faire une juste chronique, mais on se lance quand mĂȘme.
Tout dâabord, il convient de dire que ce bouquin est trĂšs, trĂšs bien Ă©crit. Ce nâest pas anodin car, truffĂ© de rĂ©fĂ©rences comme doivent lâĂȘtre les essais, lâautrice prend autant le fond au sĂ©rieux que sa forme. Cette trĂšs bonne surprise nous rassure, dâautant que le jargon spĂ©cifique au thĂšme aurait pu rendre lâensemble imbitable. Fort heureusement il nâen est rien et nous plongeons avec aviditĂ© dans cette inconnue quâest la poĂ©sie en relation avec la technologie.
Un peu dâhistoire
Pour nous faire entrer dans son sujet, Magali Nachtergael nâhĂ©site pas Ă faire un peu dâhistoire et Ă revenir sur lâhistoire de la littĂ©rature au moment (en gros hein) de lâexplosion de lâĂšre industrielle. Elle y parle surrĂ©alisme, beat generation, explosion des littĂ©ratures numĂ©riques dans une chronologie qui nous sert de repĂšres. Cela est plutĂŽt bien senti et structure dâemblĂ©e lâessai (et Ă©vite de nous perdre dans un labyrinthe duquel nous ne serions jamais sortis).
Des poĂšmes cachĂ©s sous des peintures, sous des illustrations, des poĂšmes lus Ă voix haute, lus Ă la radios, de ceux distribuĂ©s sous le manteau, photocopiĂ©s ou rĂ©unis sous forme de fanzine, ceux sâĂ©mancipant du format livre pour devenir totalement numĂ©rique (via le micro-bloging), le livre revient de façon exhaustive (nous paraĂźt-il) sur toutes les formes quâa pu prendre et que prend la littĂ©rature depuis lâavĂšnement des technologies. Car il faut bien lâavouer, celle-ci Ă totalement pervertie (ou du moins changĂ©e) notre rapport Ă la lecture, Ă lâapprĂ©ciation de toute forme poĂ©tique, et Ă la rĂ©daction.
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Fort heureusement, la conclusion de lâessai nous rassure, montre au contraire que sous des formes diverses et variĂ©es, comme par exemple votre webzine prĂ©fĂ©rĂ©, la nĂ©o-littĂ©rature continue Ă ĂȘtre produite, de façon plus ou moins efficace et poĂ©tique, mais toujours vivante. Et que le livre, qui paraissait un temps en perte de vitesse, regagne peu Ă peu des lettres de noblesse. Ce qui nâest absolument pas pour nous dĂ©plaire.
Au final, nous avons, avec Poet against the machine (nom empruntĂ© au fameux groupe Rage against the machine, un essai rĂ©ellement passionnant, truffĂ© de rĂ©fĂ©rences pop culture (mais aussi geek culture), qui nous montre que lâinventivitĂ© poĂ©tique et humaine nâa pas de limites, preuve que la poĂ©sie ne finira jamais de se rĂ©gĂ©nĂ©rer. Et on aime cette idĂ©e. Ă lire absolument pour bien comprendre les enjeux du monde dans lequel nous vivons et nous vous conseillons donc vivement ce livre !
Une chronique à retrouver en intégralité sur Litzic
« Inutile de vouloir sâattaquer aux poĂšmes dactylographiĂ©s de T.S. Eliot tant quâon nâa toujours pas appris Ă distinguer le bruit de frappe que font respectivement une Underwood ou une Remington1 » : câest par ce rappel quâEmmanuel Alloa prĂ©sentait lâĆuvre matricielle du thĂ©oricien des mĂ©dias allemand Friedrich Kittler, qui donne Ă Magali Nachtergael la direction Ă prendre pour son livre Poet Against the Machine : « Pour saisir les origines technoâinduites de la littĂ©rature [âŠ] il est primordial de faire lâhistoire machinĂ©e de la littĂ©rature » (p. 180). Cet apparent dĂ©tour de lâĂ©tude que mĂšne depuis plusieurs annĂ©es lâautrice sur la littĂ©rature contemporaine â quâelle a proposĂ© ailleurs de nommer « nĂ©olittĂ©rature » â pour plonger dans la fabrique des pratiques technologiques de lâĂ©crit poĂ©tique sâimpose cependant rapidement, Ă mesure que lâhistoire ainsi retracĂ©e dĂ©voile son caractĂšre crucial pour lâĂ©volution traversĂ©e actuellement par la littĂ©rature.
Lâapproche technomĂ©diatique embrassĂ©e par lâautrice nĂ©cessite dĂšs le seuil du livre un dĂ©centrement mĂ©thodologique : « ne plus regarder la poĂ©sie ou plus gĂ©nĂ©ralement les rĂ©cits que du seul point de vue du rĂ©sultat, le texte, mais avec ses outils et ses gestes spĂ©cifiques » (p. 11), et prĂ©fĂ©rer alors la comprĂ©hension des contextes de production â Ă la fois sociaux (ressortissant dâune thĂ©orie de la valeur) et outillĂ©s (provenant de lâhistoire des techniques).
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Les Ă©tudes originales de lâautrice sur le mouvement lettriste ou le rap francophone le plus contemporain (notamment lâĆuvre de lâartiste belge Damso) contribuent ainsi Ă Ă©tendre cette « Ă©tude de media comparĂ©s » quâY. Citton appelait de ses vĆux tout en traçant une lecture personnelle â et parfois subjective, comme Ă lâentame ou au mitan du livre, oĂč lâautrice sâessaye Ă une autoâethnographie du rapport Ă la culture numĂ©rique de son enfance ou bien Ă celle de sa pratique de la navigation Internet.
Lâouvrage de Magali Nachtergael marque ainsi une Ă©tape importante de lâĂ©criture de lâhistoire matĂ©rielle du fait poĂ©tique, et notamment celle de son intermĂ©dialisation aux xxe et xxie siĂšcles. Loin de consigner ces pratiques poĂ©tiques dans une marge hyperspĂ©cialisĂ©e, voire geek, qui rendrait cette histoire inoffensive, lâintĂ©rĂȘt marquĂ© de ce livre pour des formes de « cultures techniques » qui sont autant de pratiques autonomes (voire « anarchistes » comme lâĂ©voque lâautrice Ă propos du poĂšte marseillais et fondateur de la revue Doc(k)s Julien Blaine, p. 120) permet ainsi dâen reconstruire les propositions politiques, toujours entĂ©es sur une conception libertaire de lâaccĂšs aux textes, aux Ćuvres et aux imaginaires.
Un article à retrouver en intégralité sur Acta Fabula
Il y aurait donc le livre, encore et toujours, acadĂ©misant tout sur son passage et puis, il y une autre voie, empruntĂ©e depuis les premiĂšres avant-gardes du XX Ăš siĂšcle, la voie du hors-livre, seul espace oĂč une littĂ©rature exigeante ferait jaillir des formes non identifiĂ©es en usant de mĂ©diums comme le magnĂ©tophone, lâoffset (dans les annĂ©es 1960) et les outils numĂ©riques comme les blogs via les ordinateurs portables (dĂ©but 2000) et aujourdâhui, les rĂ©seaux sociaux via les smartphones et les tablettes, bref, les « machines ». Dis autrement, il y aurait le mĂ©dium livre, bourgeois et conformiste et le mĂ©dium de ces nouvelles technologies contre-culturelles Ă tendance Punk Rap Metal hantĂ©es par un groupe comme Rage Against The Machine (câest dans le titre).
Mais câest sans compter sur la pertinence et la vision critique de Magali Nachtergael qui sait quâInternet est une idĂ©ologie libĂ©rale et capitaliste : « Aujourdâhui, la principale menace qui nous guette nâest pas tant la machine elle-mĂȘme que lâidĂ©ologie qui lâaccompagne » lit-on page 179. VoilĂ , celle qui jouait enfant Ă Space Invaders (p 7) et qui en 2018 sâest aventurĂ©e dans la dĂ©couverte du « monde littĂ©raire en ligne » (p 138) a compris, quâĂ bien des Ă©gards, ce qui sây passe est souvent la rĂ©plication des rapports de forces ou de coopĂ©rations de la RĂ©publique des Lettres IRL, dans la vraie vie. Dâailleurs, mĂȘme les poĂštes les plus acharnĂ©s Ă dĂ©fendre la culture numĂ©rique, en viennent Ă faire des livres, eux aussi. [âŠ]
On peut saluer la luciditĂ© de Magali Nachtergael qui invente ici une nouvelle catĂ©gorie sous laquelle on peut aussi la suivre sur Facebook et Instagram : @neolitterature. Internaute plutĂŽt que geek, elle retrace dans ce livre, une histoire poĂ©tique solidement documentĂ©e dans laquelle apparaissent Bernard Heidsieck, Henri Chopin, John Giorno, Michel Giroud, Jacques Donguy, Julien Blaine et bien dâautres. Histoire qui nâest peut-ĂȘtre pas aussi radicale quâon le croit mais qui a le mĂ©rite â puisque la nĂ©olittĂ©rature est « lâĂ©tude de la forme littĂ©raire transmĂ©diale, intermĂ©diale liĂ©e Ă des mĂ©diums non-livresques » (p 28) â de vitaliser, de booster la crĂ©ation artistique. Ceci hors des sentiers battus des poĂšmes de confort et de rĂ©confort qui se rĂ©pandent Ă©ditorialement depuis le confinement total du printemps 2020.
AprĂšs avoir refermĂ© ce beau livre de Magali Nachtergael, on se surprend Ă rĂȘver que ce POETAGAINSTTHEMACHINE ait la RAGE du groupe californien des annĂ©es 1990 afin que THEMACHINE ne soit pas seulement un outil pour Ă©crire mais aussi une arme pour affirmer haut et fort sa libertĂ© de dire.
Avec en sous-titre une phrase qui pourrait vous effrayer, un peu comme lâillustration de couverture, Une histoire technopolitique de la littĂ©rature ⊠Vous trouverez une explication de lâillustration dans le corps du texte. Pour ce qui est du sous-titre, sachez quâil est trĂšs rigoureux et que la/les techniques jouent un grand rĂŽle dans la littĂ©rature tout comme la/les politiques Ă©conomiques et autres. La littĂ©rature et lâart ne se crĂ©ent pas ex nihilo, lâartiste vit et crĂ©e dans un contexte et sur des supports. Et lĂ je me permettrai de regretter lâabsence dâun index des individus citĂ©s que ne compense pas lâabondante et sĂ©rieuse bibliographie et qui aurait permis de mesurer combien lâauteure navigue entre, on dira, lâavant Mac Luhan et lâaprĂšs Deleuze, entre Baudelaire et Barthes. Câest Ă©rudit, rĂ©flĂ©chi et critique. Et si vous avez compris/perçu la rĂ©fĂ©rence du titre, vous en avez compris la force par rapport Ă notre monde⊠Pensez quand vous lirez ce livre Ă avoir sous la main de quoi aller voir sur Internet ce que propose la littĂ©rature numĂ©rique (Ă voir les quatre minutes et quelques de Dakota). Vous lirez par exemple quâil nây a pas que Pierre MĂ©nard qui se targue dâavoir Ă©crit un grand livre*, et que des IA ont Ă©crit des romans. Ce que dit lâauteure de ces Ćuvres est passionnant.
Si jâai bien tout compris, loin de provoquer la fin de la littĂ©rature les techniques modernes lui assurent au contraire une longĂ©vitĂ© en ce quâelle se cherche, se transforme pour jouer avec les supports. Ăcoutez par hasard le groupe Palo Alto inspirĂ© par Deleuze et renforcĂ© par Alain Damasio, ou lisez « Aux limites du son » une anthologie accompagnĂ©e dâun CD qui se veut « Bande originale du livre ».
Bonne lecture-écoute lentes et profitez des pauses pour rechercher sur internet.
*Relisez Fictions de J.-L. Borges : Pierre Ménard, auteur du Quichotte
Une chronique Ă retrouver sur Daily Passions
Poet against the machine est un essai Ă©crit par Magali Nachtergael, maĂźtresse de confĂ©rence en LittĂ©rature et Arts. Il explore avec prĂ©cision lâhistoire de la contre-culture et les liens que celle-ci a entretenu avec ses mĂ©diums de crĂ©ation.
Si lâhistoire de lâinvention des diffĂ©rents mĂ©dias est gĂ©nĂ©ralement connue de tous.tes (photographie, radio, ordinateur puis Ăšre des algorithme), celle de la maniĂšre dont toute une contre-culture sâest emparĂ©e de ces moyens de communication demeure mĂ©connue. Câest sur cette histoire « technopolitique » que revient Magali Nachtergael dans son ouvrage.
« Mettre la poésie debout »
Sâil apparaĂźt Ă©vident Ă tous.tes que le premier mĂ©dium utilisable pour performer un texte est le livre, lâautrice rappelle quâil en va aussi du corps et que la poĂ©sie est avant tout une expĂ©rience sensorielle faite dâoralitĂ©, de rythmes et de tout ce qui accompagne une gymnastique du corps. Le mouvement Dada fait dans un premier temps le constat dâune mort de la poĂ©sie, absorbĂ©e puis rendue ennuyeuse par le mĂ©dium livre : « Le poĂšme ne pouvait plus ĂȘtre entendu, Ă©coutĂ© ; il sâinsinuait comme un art livresque. »
Dans la continuitĂ© de ce premier constat se met en place une contre-culture poĂ©tique pour laquelle les textes se performent â dans les cabarets, les rues, les caves â et doivent offrir au spectateur.ice.s une expĂ©rience sensorielle artistique et unique. Il sâagit pour le texte de quitter le livre. Câest notamment le cas de Lâinternationale Lettriste qui se consacre Ă la crĂ©ation dâune « musique lettrique », et performe, parfois mĂȘme de maniĂšre improvisĂ©e, dans les cercles littĂ©raires ou dans les cabarets de jazz pendant lâentracte des musiciens. La performation est ici un moyen de se rĂ©approprier la poĂ©sie grĂące au mĂ©dium premier quâest le corps. Comme le dit la thĂ©oricienne Bernadette Wegeinstein â citĂ©e dans le livre â « The medium is the body ».
Le mĂ©dium contre lâoppression
Si le passage par le corps dans la crĂ©ation poĂ©tique permet dâabord de se rĂ©approprier cet art jugĂ© trop livresque, la poĂ©sie performative permet Ă©galement lâĂ©mancipation des corps Ă©crasĂ©s par le poids des normes sociales. A lâinstar de la performance de Carolee Schneemann â qui utilise doublement son corps : nue sur scĂšne, elle dĂ©roule un texte Ă©crit sur un rouleau de papier soigneusement roulĂ© et insĂ©rĂ© entre ses jambes â pour dĂ©noncer la norme sociale pesant sur le corps fĂ©minin. La performance consiste Ă dĂ©rouler le morceau de papier pour ensuite le lire Ă son public. Son texte rapporte une conversation quâelle a eue avec un rĂ©alisateur lui attestant quâelle ne pourra jamais ĂȘtre une rĂ©alisatrice et quâil la voit mieux en danseuse.
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Le rap, autre Ă©tendard du poĂšte opposĂ© Ă la « machine sociale », propose une musique Ă©loignĂ©e de la variĂ©tĂ© française dâĂ©poque, plus proche du slam, mais Ă©galement un autre rapport avec son public. LiĂ© directement avec le social, il entend dĂ©crire la vie, Ă la maniĂšre dâun prĂȘche.
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OpposĂ© au modĂšle de la radio faite par et pour un public bourgeois, le rap offre de nouveaux champs parmi lesquels « lâĂ©gotrip », qui est en fait un rĂ©cit dâapprentissage Ă valeurs morales fortes. Si le rap est sans cesse relĂ©guĂ© au statut dâart mineur, de « tiers mĂ©dia », lâautrice interroge ses liens avec la production poĂ©tique contemporaine et rĂ©affirme avec force la place du rap sur la scĂšne poĂ©tique moderne. La conception du poĂ©tique qui veut que le rap nâen est quâune sous-catĂ©gorie est avant tout une conception sociale autocentrĂ©e et bourgeoise.
LâavĂšnement du numĂ©rique : la fin du livre-objet ?
Magali Nachtergael met Ă©galement en lumiĂšre les consĂ©quences de lâavĂšnement du numĂ©rique sur la crĂ©ation artistique et poĂ©tique. Si lâusage des rĂ©seaux sociaux devient courant pour tous.tes, il le devient aussi pour les auteur.rice.s, qui nâhĂ©sitent pas Ă poster des textes agrĂ©mentĂ©s dâimages sur ces derniers, Ă lâinstar de Mathias Enard ou Alain Mabanckou. Cette utilisation des rĂ©seaux tend Ă transformer leur but premier : dâoutils utilisĂ©s pour populariser une Ćuvre papier, ils deviennent un moyen dâexpression et une activitĂ© « en soi ». Le mĂ©dium a absorbĂ© son contenu.
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LâarrivĂ©e du numĂ©rique vient Ă©galement questionner le statut du livre-objet, sanctuarisĂ© Ă outrance par un establishment sans visage. En effet, la fin du livre papier au profit dâun contenu poĂ©tique intĂ©gralement numĂ©rique serait-elle une rĂ©gression en soi, et pas simplement le passage dâun mĂ©dium Ă un autre, comme on en a tant observĂ© au cours de lâhistoire ? Cette peur sâapparente presque Ă un dogme. Lâautrice ne manque pas de rappeler que le livre, privĂ© de son contenu, nâest rien dâautre quâun bibelot soumis aux mĂȘmes lois mercantiles que les autres biens de consommation courante.
La chronique complĂšte est Ă retrouver sur Maze Magazine