Parution : 02/12/2020
ISBN : 9782361396077
198 pages (14,8 x 21 cm)

Poet Against The Machine

Une histoire technopolitique de la littérature

Une histoire alternative de la littérature contemporaine à travers les supports médiatiques et les nouvelles technologies.
De la poésie sonore jusqu’au numérique en passant par le rap, Poet Against The Machine raconte l’histoire politique des machines, des médias et de la technologie dans la poésie hors du livre. À l’heure du tout-numérique, cet essai revient sur les contre-cultures poétiques sur scène, dans les festivals et les communautés alternatives et interroge la prétendue neutralité des médiums. Que ce soit avec un magnétophone ou un algorithme, l’humain et la machine sont en constante interaction dans une lutte créative et symbolique. Dans cet état de modernité technique avancée où le média a autant de place que le texte, les hiérarchies sont bousculées, laissant la possibilité d’une néolittérature libérée du livre et de ses canons.

Revue de presse

- Poet Against The Machine Christophe Fiat Revue Cockpit janvier 2021
- Poet Against The Machine Noé Gaillard Daily Passions 12 décembre 2020
- Itinéraire ambitieux des liens entre l'artiste et son médium Emma Poesy Maze 5 décembre 2020

- Poet Against The Machine

Il y aurait donc le livre, encore et toujours, académisant tout sur son passage et puis, il y une autre voie, empruntée depuis les premières avant-gardes du XX è siècle, la voie du hors-livre, seul espace où une littérature exigeante ferait jaillir des formes non identifiées en usant de médiums comme le magnétophone, l’offset (dans les années 1960) et les outils numériques comme les blogs via les ordinateurs portables (début 2000) et aujourd’hui, les réseaux sociaux via les smartphones et les tablettes, bref, les « machines ». Dis autrement, il y aurait le médium livre, bourgeois et conformiste et le médium de ces nouvelles technologies contre-culturelles à tendance Punk Rap Metal hantées par un groupe comme Rage Against The Machine (c’est dans le titre).

Mais c’est sans compter sur la pertinence et la vision critique de Magali Nachtergael qui sait qu’Internet est une idéologie libérale et capitaliste : « Aujourd’hui, la principale menace qui nous guette n’est pas tant la machine elle-même que l’idéologie qui l’accompagne » lit-on page 179. Voilà, celle qui jouait enfant à Space Invaders (p 7) et qui en 2018 s’est aventurée dans la découverte du « monde littéraire en ligne » (p 138) a compris, qu’à bien des égards, ce qui s’y passe est souvent la réplication des rapports de forces ou de coopérations de la République des Lettres IRL, dans la vraie vie. D’ailleurs, même les poètes les plus acharnés à défendre la culture numérique, en viennent à faire des livres, eux aussi. [...]

On peut saluer la lucidité de Magali Nachtergael qui invente ici une nouvelle catégorie sous laquelle on peut aussi la suivre sur Facebook et Instagram : @neolitterature. Internaute plutôt que geek, elle retrace dans ce livre, une histoire poétique solidement documentée dans laquelle apparaissent Bernard Heidsieck, Henri Chopin, John Giorno, Michel Giroud, Jacques Donguy, Julien Blaine et bien d’autres. Histoire qui n’est peut-être pas aussi radicale qu’on le croit mais qui a le mérite – puisque la néolittérature est « l’étude de la forme littéraire transmédiale, intermédiale liée à des médiums non-livresques » (p 28) – de vitaliser, de booster la création artistique. Ceci hors des sentiers battus des poèmes de confort et de réconfort qui se répandent éditorialement depuis le confinement total du printemps 2020.

Après avoir refermé ce beau livre de Magali Nachtergael, on se surprend à rêver que ce POET AGAINST THE MACHINE ait la RAGE du groupe californien des années 1990 afin que THE MACHINE ne soit pas seulement un outil pour écrire mais aussi une arme pour affirmer haut et fort sa liberté de dire.

Christophe Fiat
Revue Cockpit janvier 2021

- Poet Against The Machine

Avec en sous-titre une phrase qui pourrait vous effrayer, un peu comme l’illustration de couverture, Une histoire technopolitique de la littérature … Vous trouverez une explication de l’illustration dans le corps du texte. Pour ce qui est du sous-titre, sachez qu’il est très rigoureux et que la/les techniques jouent un grand rôle dans la littérature tout comme la/les politiques économiques et autres. La littérature et l’art ne se créent pas ex nihilo, l’artiste vit et crée dans un contexte et sur des supports. Et là je me permettrai de regretter l’absence d’un index des individus cités que ne compense pas l’abondante et sérieuse bibliographie et qui aurait permis de mesurer combien l’auteure navigue entre, on dira, l’avant Mac Luhan et l’après Deleuze, entre Baudelaire et Barthes. C’est érudit, réfléchi et critique. Et si vous avez compris/perçu la référence du titre, vous en avez compris la force par rapport à notre monde… Pensez quand vous lirez ce livre à avoir sous la main de quoi aller voir sur Internet ce que propose la littérature numérique (à voir les quatre minutes et quelques de Dakota). Vous lirez par exemple qu’il n’y a pas que Pierre Ménard qui se targue d’avoir écrit un grand livre*, et que des IA ont écrit des romans. Ce que dit l’auteure de ces œuvres est passionnant.

Si j’ai bien tout compris, loin de provoquer la fin de la littérature les techniques modernes lui assurent au contraire une longévité en ce qu’elle se cherche, se transforme pour jouer avec les supports. Écoutez par hasard le groupe Palo Alto inspiré par Deleuze et renforcé par Alain Damasio, ou lisez « Aux limites du son » une anthologie accompagnée d’un CD qui se veut « Bande originale du livre ».

Bonne lecture-écoute lentes et profitez des pauses pour rechercher sur internet.

*Relisez Fictions de J.-L. Borges : Pierre Ménard, auteur du Quichotte

Une chronique à retrouver sur Daily Passions

Noé Gaillard
Daily Passions 12 décembre 2020

- Itinéraire ambitieux des liens entre l'artiste et son médium

Poet against the machine est un essai écrit par Magali Nachtergael, maîtresse de conférence en Littérature et Arts. Il explore avec précision l’histoire de la contre-culture et les liens que celle-ci a entretenu avec ses médiums de création.

Si l’histoire de l’invention des différents médias est généralement connue de tous.tes (photographie, radio, ordinateur puis ère des algorithme), celle de la manière dont toute une contre-culture s’est emparée de ces moyens de communication demeure méconnue. C’est sur cette histoire « technopolitique » que revient Magali Nachtergael dans son ouvrage.

« Mettre la poésie debout »

S’il apparaît évident à tous.tes que le premier médium utilisable pour performer un texte est le livre, l’autrice rappelle qu’il en va aussi du corps et que la poésie est avant tout une expérience sensorielle faite d’oralité, de rythmes et de tout ce qui accompagne une gymnastique du corps. Le mouvement Dada fait dans un premier temps le constat d’une mort de la poésie, absorbée puis rendue ennuyeuse par le médium livre  : « Le poème ne pouvait plus être entendu, écouté  ; il s’insinuait comme un art livresque. »

Dans la continuité de ce premier constat se met en place une contre-culture poétique pour laquelle les textes se performent – dans les cabarets, les rues, les caves – et doivent offrir au spectateur.ice.s une expérience sensorielle artistique et unique. Il s’agit pour le texte de quitter le livre. C’est notamment le cas de L’internationale Lettriste qui se consacre à la création d’une « musique lettrique », et performe, parfois même de manière improvisée, dans les cercles littéraires ou dans les cabarets de jazz pendant l’entracte des musiciens. La performation est ici un moyen de se réapproprier la poésie grâce au médium premier qu’est le corps. Comme le dit la théoricienne Bernadette Wegeinstein – citée dans le livre – « The medium is the body ».

Le médium contre l’oppression

Si le passage par le corps dans la création poétique permet d’abord de se réapproprier cet art jugé trop livresque, la poésie performative permet également l’émancipation des corps écrasés par le poids des normes sociales. A l’instar de la performance de Carolee Schneemann – qui utilise doublement son corps  : nue sur scène, elle déroule un texte écrit sur un rouleau de papier soigneusement roulé et inséré entre ses jambes – pour dénoncer la norme sociale pesant sur le corps féminin. La performance consiste à dérouler le morceau de papier pour ensuite le lire à son public. Son texte rapporte une conversation qu’elle a eue avec un réalisateur lui attestant qu’elle ne pourra jamais être une réalisatrice et qu’il la voit mieux en danseuse.

[...]

Le rap, autre étendard du poète opposé à la « machine sociale », propose une musique éloignée de la variété française d’époque, plus proche du slam, mais également un autre rapport avec son public. Lié directement avec le social, il entend décrire la vie, à la manière d’un prêche.

[...]

Opposé au modèle de la radio faite par et pour un public bourgeois, le rap offre de nouveaux champs parmi lesquels « l’égotrip », qui est en fait un récit d’apprentissage à valeurs morales fortes. Si le rap est sans cesse relégué au statut d’art mineur, de « tiers média », l’autrice interroge ses liens avec la production poétique contemporaine et réaffirme avec force la place du rap sur la scène poétique moderne. La conception du poétique qui veut que le rap n’en est qu’une sous-catégorie est avant tout une conception sociale autocentrée et bourgeoise.

L’avènement du numérique : la fin du livre-objet ?

Magali Nachtergael met également en lumière les conséquences de l’avènement du numérique sur la création artistique et poétique. Si l’usage des réseaux sociaux devient courant pour tous.tes, il le devient aussi pour les auteur.rice.s, qui n’hésitent pas à poster des textes agrémentés d’images sur ces derniers, à l’instar de Mathias Enard ou Alain Mabanckou. Cette utilisation des réseaux tend à transformer leur but premier  : d’outils utilisés pour populariser une œuvre papier, ils deviennent un moyen d’expression et une activité « en soi ». Le médium a absorbé son contenu.

[...]

L’arrivée du numérique vient également questionner le statut du livre-objet, sanctuarisé à outrance par un establishment sans visage. En effet, la fin du livre papier au profit d’un contenu poétique intégralement numérique serait-elle une régression en soi, et pas simplement le passage d’un médium à un autre, comme on en a tant observé au cours de l’histoire ? Cette peur s’apparente presque à un dogme. L’autrice ne manque pas de rappeler que le livre, privé de son contenu, n’est rien d’autre qu’un bibelot soumis aux mêmes lois mercantiles que les autres biens de consommation courante.

La chronique complète est à retrouver sur Maze Magazine

Emma Poesy
Maze 5 décembre 2020
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