Parution : 22/08/2013
ISBN : 9782360540976
272 pages (148 x 210)

23.00 €

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Deep Purple

Rhapsody In Rock

EXTRAIT

In Rock, représente l’intronisation de Ian Gillan comme le chanteur-hurleur et le frontman dont Deep Purple avait besoin. Conséquence directe, celui-ci se place en rival de Ritchie Blackmore qui a l’habitude de voir les projecteurs braqués sur lui pendant ses longues improvisations. La guerre est déclarée sans équivoque, le guitariste annonçant au chanteur : « Sache que je ne le dis pas méchamment, mais je vais essayer de t’éclipser tous les soirs. »

L’histoire de Deep Purple est riche et mouvementée, comme l’est souvent celle d’un groupe à la durée de vie exemplaire : conflits d’intérêts et querelles d’égo, départs, retours, séparations, trahisons. Cette aventure a des allures de roman-feuilleton dont l’inconscient collectif et l’histoire du rock ne retiendront que les pages les plus glorieuses. À ses débuts en 1968, Deep Purple se fond dans le paysage rock, s’essayant aux musiques tendances pour chercher sa voie. Ce n’est qu’à partir de l’album In Rock que la légende se met en marche. Dauphin de Led Zeppelin qui, avec Black Sabbath, a ouvert les portes du hard-rock, Deep Purple devient un des groupes miraculeux des années soixante-dix et Ritchie Blackmore une icône emblématique. Trop longtemps réduit à sa formation la plus célèbre, la distance historique et le recul critique permettent à Jean-Sylvain Cabot d’explorer l’ensemble du parcours de Deep Purple et de réévaluer certaines de ses étapes cruciales. À travers les multiples incarnations du groupe et l’analyse de ses albums, l’auteur nous livre une chronique pointue de l’évolution d’un des groupes les plus emblématiques de l’histoire du rock.

Revue de presse

Deep purple « Rhapsody in rock » Jean Christophe Mary Tute la Culture 10/03/2014
Baptiste Metalchroniques.fr 25 octobre 2013
Deep Purple : pas de fumée sans eux ! Alexandre Carini Nice Matin 30 septembre 2013
Raymond Sérini Nouvelle Vague 18 septembre 2013
Luc B. Deblocnot' 06 septembre 2013
Rockoscopie David Taugis Judaïques FM 1 septembre 2013
À lire : Deep Purple... Le Brise Glace 22 août 2013

Deep purple « Rhapsody in rock »

Du milieu des 60’s au début des 70’s, l’époque bénie du rock. Cream, Blue Cher et Hendrix fusionnent rock psychédélique, blues rock, acid rock. Aux coté de Black Sabbath et Led Zeppelin, les Deep Purple reprennent les ingrédients, durcissent le ton et inventent le hard rock, mixture de blues épais, lourd et de rock à la fois puissant, crade et mélodique.

Tout démarre en 1968 lorsque Ian Paice (batterie), Ritchie Blackmore (guitare) et Jon Lord (claviers) et Rod Evans (chant) s’enferment dans une maison à la campagne au Nord de Londres. Ils jouent alors une pop psychédélique, orgue bien en avant, avec déjà, un son très lourd. De cette période, beaucoup de reprises parmi lesquelles notamment « Kentucky Woman « de Neil Diamond et le « Hey Joe » de Hendrix sur lesquelles ils façonnent leur son. Mais c’est l‘année suivante, avec l’arrivée de Ian Guillan (chant)et Roger Glover (basse) que les choses sérieuses commencent. Dès lors, avec cette voix blues qui passe des notes basses aux hurlements stridents, ces guitares aux riffs épais et agressifs et un Ian Paice qui charpente le tout, la formule est désormais la bonne. Du moins c’est celle que retiendra l’histoire. De cette période, trois albums majeurs : « Deep Purple In Rock » et « Machine Head » ainsi que le célèbre « Made in Japan » et une flopée de titres cultes « Child In Town, Highway Star, Fireball et Smoke On the water. Deep Purple a changé les règles du jeu. Le combo dynamite les canons du rock, lui insuffle les harmonies de la musique baroque de J.S.Bach pour devenir ce hard rock à la fois violent et mélodique. Cheveux longs, fringues hippies et crasseuses, Deep Purple invente aussi l’image du hard rock. En 1973, l’arrivée de David Coverdale (chant) et Glenn Hughes (basse) donnent une orientation plus blues et plus funk avec les fameux « Burn » « Stormbringer » en 1974. Au sommet de son art, Deep Purple rempli des stades et vend des millions d’albums. L’aventure s’arrêtera brutalement en 1975 puis reprendra au milieu des années 80 jusqu’au départ de Jon Lord. Cet ouvrage très bien documenté vous raconte tout, disque par disque, des débuts pop aux tournées de reformations, la musicalité de Jon Lord, les frasques de Ritchie Blackmore, la rythmique efficace d’un Ian Paice. Côté instrumentistes d’ailleurs, si on cite souvent Keith Moon ou John Bonham comme batteurs de références des 70’s, on oublie trop souvent de mentionner Ian Paice. Savourez ces 265 pages en montant le son sur « Burn » , Might Just Take Your Life » ou le torride « Smoke On The Water ». Un pur régal.

Deep Purple – Toute la Culture

Jean Christophe Mary
Tute la Culture 10/03/2014

On ne saurait trop dire que la biographie de Deep Purple par Jean-Sylvain Cabot, intitulée Deep Purple. Rhapsody in Rock et parue chez l’éditeur Le mot et le reste est bienvenue. D’abord car c’est la première en français : le groupe d’Ian Gillan et Roger Glover n’avait jamais fait l’objet d’une biographie dans la langue de Molière alors que celles de Led Zeppelin ou Black Sabbath (pour évoquer des groupes au profil proche) ne manquent pas. Mais aussi car il y a toujours une actualité de Deep Purple, qui a repris la route après avoir sorti un excellent dernier album, Now What ?!. Donc l’accueil ne peut être que bon.

Il sera d’autant meilleur que l’ouvrage est de qualité. Jean-Sylvain Cabot est un ancien journaliste de Rock&Folk dans les années 80, mais aussi l’auteur de deux ouvrages chez le même éditeur sur les plus importants disques du métal et du hard rock. Il connaît son affaire et tout particulièrement le hard rock et le heavy metal des années 70. Cela donne une biographie très maîtrisée, ne négligeant aucune des périodes du groupe, notamment l’époque du Mark I, qu’il réhabilite d’une certaine manière, à travers une analyse fouillée et empathique que l’on retrouve dans la partie « discographie » du livre. De même on lira avec intérêt l’explication du rôle important du fameux Concerto For Group And Orchestra (1970) dont Cabot fait remarquer le caractère plus qu’honorable d’un point de vue musical et le succès, notamment en terme d’écho médiatique, de l’album pour le groupe.

Saisir l’esprit d’un groupe et son itinéraire musical

Au delà de la simple érudition et de la qualité de la langue de Cabot, on remarquera une capacité à saisir l’esprit d’un groupe et la dynamique musicale globale du Deep Purple des années 60 et 70. Cette dynamique est une dynamique marquée par les scansions, les tensions, les ruptures, les crises et les redémarrages. Et ce à un rythme très soutenu. Les line-up Mark I, II, III et IV se succèdent en l’espace de huit ans, les musiciens vont et viennent, l’apogée succédant au marasme et donnant souvent lieu à des explosions de rancœur voyant l’éviction de Rod Evans puis de Roger Glover et de Gillan, le départ volontaire de Blackmore pour finir dans le split décidé par Lord et Coverdale après un concert catastrophique du Mark IV à Liverpool en 1976.

Il est assez stupéfiant de constater qu’une dynamique presque auto-destructrice ait pu accoucher d’une telle créativité, débouchant sur au moins trois albums essentiels : In Rock (1970), Machine Head (1972) et Burn (1974). Albums auxquels on pourrait d’ailleurs rajouter Stormbringer (1974) et Come Taste The Band (1976), que Cabot louange avec beaucoup d’à propos. Plus généralement le Mark III et IV du groupe plaisent particulièrement à Cabot, qui n’est pas loin de penser qu’il s’agit des meilleurs moments du groupe (une idée qui se défend tout à fait).

Réhabilitations

Au registre des réhabilitations, on lira avec plaisir les lignes sur le mal-aimé Slave and Masters (1990), qui était le disque préféré de la reformation par Blackmore, un point sur lequel l’auteur s’accorde presque avec le guitariste. De même, l’époque Steve Morse est bien présentée et l’analyse sur le fameux Perpendicular (1996) très judicieuse.

Il est dommageable que quelque coquilles parsèment la deuxième partie du livre, Cabot s’obstinant à vouloir faire de « Knockin’ At Your Back Door » le single de Perfect Strangers (1984) et de House Of The Blue Light (1986). Cela ne serait pas bien grave si l’époque des années 80 ne faisait l’objet des négligences de Jean-Sylvain Cabot, qui ne semble pas apprécier généralement cette période. D’où des imprécisions dommageables : Perfect Strangers n’est en rien un disque teinté d’AOR (p. 211), mais plutôt un disque très (trop) classique du groupe. C’est le disque suivant qui verra le groupe verser dans cette direction.

De quoi sursauter

C’est surtout le point de vue de Cabot sur Machine Head qui fera sursauter. L’auteur en fait un disque totalement surestimé, et ce non pour choquer (p. 186), mais avec des arguments qui se veulent solides. Au delà de la question des goûts personnels – qui font dire à Cabot que « Never Before » est « médiocre » –, il y a l’argument clé avancé : le succès de Machine Head est en fait rétroactif. Il serait dû tout d’abord aux qualités du live de la tournée, le fameux Made In Japan, qualités qui auraient été indûment étendues au disque studio. Par ailleurs, la réputation du disque aurait été aussi construite à partir de « Smoke On The Water », une chanson qui déplaît à l’auteur, qui la réduit injustement à son légendaire riff.

À mon avis les raisons de la notoriété du disque sont ailleurs. Si les années 70 raffolaient des lives notamment dans leurs aspects les plus outranciers, il est aujourd’hui bien plus facile d’aborder par exemple « Space Truckin’ » à partir de Machine Head que par Made In Japan (sur lequel il totalise presque 20 minutes). De même pour « Lazy » ou « Smoke On The Water ». Car certains gimmicks du live n’ont pas survécu aux années 80. Par ailleurs la qualité de la production de Martin Birch, injustement décriée par Cabot, rend tout à fait justice au disque, quarante ans après sa sortie. Les remixes de 1997 de Roger Glover, contestés du fait des changements des solos de Blackmore notamment, parachèvent cette mise à jour. Jean-Syvlain Cabot, qui est né en 1955, est d’une génération musicale où Get Yer Ya Ya’s Out ou Live At Leeds étaient plus prestigieux que les disques studio des Rolling Stones ou des Who. Les choses ont changé.

Live et studio

Au final, Cabot insiste beaucoup sur l’importance de la qualité des lives du Pourpre profond qui en ferait un groupe de scène plus que de studio : « il est regrettable, par exemple, que dans sa formation la plus célèbre principalement, Deep Purple ait sacrifié les disques studios aux prestations en public, en ne voyant dans chaque album qu’une manière de renouveler son répertoire scénique et n’ai pas démontré d’avantage d’ambition ». Il me semble que de nombreuses analyses détaillées de disque proposées par Cabot lui-même vont à l’encontre de cette remarque qui pêche par une généralisation hâtive à partir de quatre albums (car le Mark II des années 70 n’a enregistré que quatre disques, dont le dernier dans la douleur).

Par ailleurs, cette sentence introduit la suggestion suivante de l’auteur :

« Il leur aura peut-être manqué, finalement, un leader qui ne soit pas “seulement” un guitariste et un showman remarquable mais aussi un compositeur émérite, un producteur et un homme de studio comme Jimmy Page ».

Au delà de la comparaison somme toute convenue entre les deux groupes – que je ne chercherai pas à discuter en tant que telle –, il y a ici une conception des éléments qu’il faudrait assembler pour arriver au meilleur résultat musical : un homme, une direction, un travail en studio, etc. Cabot se fourvoie là. Les recettes n’existent pas en musique, rock ou non. Deep Purple a créé dans le contraste des personnalités et des influences, dans l’urgence et dans les volte-face. En s’inspirant d’autres modèles de création, il n’aurait sans doute pas fait mieux. Son identité réside d’ailleurs là : à la croisée des qualités musicales et des tempéraments humains. À leur entrechoquement, on pourrait même dire.

Actuellement, cette alchimie n’existe plus car tout semble bien plus calme depuis le départ de Ritchie Blackmore et l’arrivée de Steve Morse. La musique s’en ressent d’ailleurs : plus apaisée, la musique du Pourpre profond ne dévoile pas les mêmes qualités que celle des années 70, sans en être dénuée pour autant. Cabot fait remarquer un peu cruellement que le groupe est presque devenu son propre « tribute band » avec ses set-lists truffées de classiques et ses passages obligés. Ce n’est pas faux, même si Gillan et les siens font un point d’honneur à interpréter des morceaux récents, sans démériter. Cabot « plaide » pour une douce mise à la retraite, l’excellent Now What ?! constituant un parfait point d’orgue à une carrière, certainement pas exemplaire, mais exceptionnelle. On ne peut que le suivre ici.

Ce Deep Purple, Rhapsody In Rock n’est pas qu’une plate biographie mais le livre d’un amateur, certes érudit, mais doté aussi un d’un avis très souvent pertinent. Une « pertinence » qui n’incite pas à le suivre aveuglément mais à revenir encore et une fois sur un des trois piliers d’un genre qui se dirige doucement vers le demi-siècle. À lire absolument.

Baptiste
Metalchroniques.fr 25 octobre 2013

Deep Purple : pas de fumée sans eux !

Ex-critique de Rock&Folk, Jean-Sylvain Cabot dissèque la saga de ce groupe au tube planétaire : “Smoke On The Water”.

Tin-Tin-Tin, Tin-Tin-Tinlinnn ! Difficile de retranscrire un riff de guitare, mais ces accrocs-là sont tellement célèbres que chacun aura sans doute les notes en tête, même si la rédaction n’est pas partition.
“Smoke On The Water”... Le tube planétaire de Deep Purple. La chanson qui a fait accéder le groupe britannique au rang de formation mythique. Une envoûtante volute sonore. Dans son ouvrage en forme d’expertise, Jean-Sylvain Cabot révèle comment la légende est quasiment née d’un… couac lors de l’enregistrement de l’album Machine Head en 1972. “Il manquait 7–8 minutes de musique pour finir l’album, et comme les musiciens de Deep Purple ne sont pas de grands compositeurs, ils n’avaient pas 50 morceaux en réserve sous le bras_, raconte l’ex-critique du magazine Rock&Folk qui réside aujourd’hui à Vence. Alors le guitariste Ritchie Blackmore a proposé, un peu honteusement, cette suite d’accords qu’il avait griffée en début de session, comme ça, pour s’échauffer. Mais il ne croyait pas du tout au potentiel de ce morceau.
Une compo “bouche-trou” qui en met plein les oreilles. L’affaire aurait pu virer au naufrage. D’autant plus que les paroles du bassiste Roger Glover font référence à l’incendie du Casino de Montreux le 3 décembre 1971. Et à cette fumée sinistre qui s’élevait au-dessus du lac Léman.

Deep Purple, un phénix qui renaît de ses cendres.
Mais la suite, on la connaît : “Smoke On The Water” fut un incroyable succès qui a contribué à donner ses lettres de noblesse au hard-rock et à en ouvrir les frontières sectaires. C’est un morceau qui atteint l’universel, comme “Stairway To Heaven” de Led Zeppelin. Il est rare qu’un groupe atteigne cette dimension avec un seul morceau, constate Jean-Sylvain Cabot, avant de mettre son bémol. “Smoke On The Water” est devenu le cauchemar des vendeurs de guitares car n’importe quel gamin qui veut s’essayer à l’instrument tente de le jouer ! Pour autant, l’ouvrage exhaustif paru aux éditions Le mot et le reste entend réhabiliter Deep Purple au-delà de ce jackpot commercial libérateur de dopamine. Par rapport à Led Zeppelin ou Black Sabbath, Deep Purple a été sous-estimé. Il a popularisé le hard-rock mais il a su aussi mêler toutes sortes d’influences pour se renouveler au gré de plusieurs formations, tel un phénix qui renaît de ses cendres. Les engueulades entre Ritchie Blackmore et le chanteur Ian Gillian. Les beuveries. Le concert apocalyptique d’avril 1974 à Ontario, où Blackmore casse des guitares (et la gueule d’un caméraman) avant de prendre la fuite avec le groupe en hélice. Deep Purple a survécu à tout ça. Il n’y a pas de fumée sans eux…

Alexandre Carini
Nice Matin 30 septembre 2013

Les éditions Le mot et le reste de Marseille se tournent vers le passé avec le livre de Jean Sébastien Cabot : Deep Purple Rhapsodie In Rock. Le groupe a fait partie du trio magique (avec Led Zeppelin et Black Sabbath) qui a imposé le hard rock dans les années soixante-dix. L’auteur arpente avec bonheur l’histoire tumultueuse de la formation et cette époque démesurée durant laquelle la musique rock était au centre de l’existence de millions de teenagers. Il nous présente également tous les albums de l’imposante discographie de Deep Purple. Le groupe existe toujours, a sorti un nouveau CD intitulé Now What ?! il y a peu et continue de tourner à travers le monde. Cet ouvrage rend un hommage mérité à un très grand groupe de hard rock qui a marqué plusieurs générations.

Note : 4/5

Lien vers le site de Nouvelle Vague

Raymond Sérini
Nouvelle Vague 18 septembre 2013

C’est à ma connaissance le premier ouvrage consacré à Deep Purple édité en français. On peut s’en étonner, quand on voit le nombre de bouquins qui ressassent l’histoire des Stones, de Led Zep, de Morrison et ses Doors. On s’en étonne d’autant plus que Deep Purple jouit dans le landerneau rock d’une plutôt bonne réputation, un certain capital sympathie, et son parcours chaotique aurait dû attirer plus d’un biographe. On s’en étonne, mais on s’en réjouit, car ce bouquin est très bien fait.

300 pages et pas de photo. Vlan, c’est dit ! Les photos, y’a qu’à aller sur Google pour en trouver des millions… Le livre se partage en trois parties. D’abord, l’histoire du groupe, de sa création au dernier NOW WHAT ?! Ensuite, la discographie complète, incluant les live. Et là, y’a du boulot !! Cette manière de procéder permet de fluidifier l’histoire racontée, sans s’appesantir sur le contenu des disques, et de privilégier les relations entre les membres du groupe. Et ça permet de prendre tout son temps, ensuite, pour parler des disques. Enfin, une troisième et dernière partie, plus courte, fait le point sur « nébuleuse pourpre » RAINBOW, WHITESNAKE, et albums solos.

Jean Sylvain Cabot commence par souligner la spécificité de ce groupe sur les autres groupes de Hard Rock, en rappelant deux choses : chez Deep Purple, pas d’histoire de dopes (hormis avec Tommy Bolin, mais cela n’a pas duré…) on préfère bibiner au pub ou en coulisse, et pas de textes satanico-machos, pour les périodes où Ian Gillan tenait la plume. C’est à saluer. Et pour cause : l’auteur ne range pas Deep Purple dans catégorie Hard Rock, et l’analyse de la discographie lui donne raison.

Quelques idées se dégagent du livre, qui cernent bien ce qu’était ce groupe. D’abord, c’est moins un groupe qu’une addition d’individualités fortes, et musicalement cultivées. Le patron, c’est le manager, Tony Edwards, un industriel reconverti dans la musique, donc avec un apport financier sans fond, les musiciens sont comme des salariés. Les droits d’auteur sont d’ailleurs partagés en cinq parts égales (au grand dam de Blackmore !!). Première spécificité, ils étaient là pour travailler ensemble, pas pour le fun (pas d’histoire de jeunesse, comme Jagger et Richards). Ils n’étaient pas obligés de faire copains-copains, et ça tombent bien, car dès le début, les dissensions existent, et ne feront que croitre avec le temps. L’aspect petite-entreprise renvoie les rapports humains au second plan. Lorsque Rod Evans, le chanteur des trois premiers albums est remercié, c’est par Edwards, sans que les musiciens n’interviennent. Il enregistrait en studio la journée, sans savoir que le soir, les quatre autres recommençaient avec Ian Gillan, les mêmes chansons ! Le limogeage de Roger Glover (bassiste) en 1973 se fera de la même manière, entre deux portes de bureau. Coup de massue pour celui qui en studio, se tapait 80% du boulot aux manettes, s’occupait du design (il cumulait un poste de producteur au sein de Purple Records). Et quand Joe Lynn Turner sera évincé en septembre 1992 et remplacé par le revenant Ian Gillan, on confiera au chanteur les bandes play-back débarrassées de la voix de Turner, en lui disant : t’as une semaine pour réécrire et enregistrer tes propres textes !

J’ai dit qu’ils étaient musicalement cultivés, et c’est une autre caractéristique de ce groupe. Jon Lord, autour de qui le groupe se forme, avait une formation classique, autant que jazz. Blackmore aussi, féru de musique baroque, puis médiévale. Ce qui a donné très vite, en concert, de très longues envolées instrumentales, que l’on peut qualifier de progressives (si on s’en tient à la définition), à la manière de jazzmen empruntant au classique avec des instruments de rock ! Deep Purple a très vite été célèbre pour son sens de l’improvisation (même si Ian Paice, perfidement, rappelle que chez Blackmore tout était calculé…) basée sur des duels guitare/claviers. Dès 1969, Deep Purple est la grande attraction du circuit, en termes de prestations live. Au point d’être virés de la première parties de Cream, aux USA, pour ne pas faire trop d’ombre au trio.

D’où ce constat : quid du Hard Rock là-dedans ? Si In Rock (1970) est incontestablement une des pierres angulaires du genre, Deep Purple est un groupe éponge, qui selon le vent, donne dans le psychédélisme, le progressif, la pop, le rhythm’n’blues, le heavy metal… Bref, tout simplement du rock, au sens large du terme.

De même, on peut avancer que chez Deep Purple, il n’y avait pas de leader, au sens Pete Townsend, Jimmy Page ou Mark Knopler du terme. Un type qui donne le cap. Pour les quatre premiers disques, Jon Lord, l’ainé, celui qui cumulait le plus d’expériences (il parait qu’il joue du piano sur « You really got me » des Kinks, mais ne dit-on pas aussi que Jimmy Page y tient la guitare ?) fait figure de directeur musical, culminant avec le Concerto For Group and Orchestra (1969) et Gemini Suite (1970). Quelques peu vexé que ses initiatives orchestrales ne soient pas appréciées, il se relègue lui-même au second plan, au bénéfice de Ritchie Blackmore, qui durcit le ton avec In Rock (1970). Blackmore, même s’il se délecte de suites d’accords complexes tirés de la musique classique, veut privilégier une exécution rock : énergie, bruit, riffs. Mais déjà Ian Gillan reprend l’avantage pour Fireball (1971), ce que n’apprécie pas Blackmore, qui clairement lui signale que dorénavant, sur scène, il fera tout ce qu’il peut pour lui voler la vedette et lui pourrir la vie ! Charmant. Ensuite, l’axe se déplace vers le tandem Coverdale/Hughes, qui imposent leurs choix, en apportant une ligne funky, devant un Blackmore aux abonnés absents, et un Lord qui laisse les autres s’étriper. Et là encore, bataille d’égo et de place au micro entre les deux hommes. Blackmore reprend la barre en 1984 et veut absolument virer FM, puis se tire en 1992, permettant à Joe Satriani de jouer en tournée pendant plusieurs mois. Depuis 1994, le navire semble stabilisé avec l’arrivée de Steve Morse. D’ailleurs les anciens louent l’arrivée de Tommy Bolin, puis de Steve Morse, où de nouveau le groupe retrouve le sens du partage d’idées, d’échange, de création commune.

Conséquence de ce défaut de leadership, les albums studio sont presque tous bâclés. À leur début, ils sont sur les routes toute l’année (Deep Purple fait un carton aux USA, et en Scandinavie, en Allemagne) et ils n’ont pas le temps de travailler en studio. Pour la période suivante, les chansons sont composées en jammant, arrangées en concert aux fils des soirs, et les nouveaux titres gravés en studio lorsque la maison de disques réclame un vinyle. Il n’y a pas chez Deep Purple un musicien-producteur, comme Jimmy Page pour Led Zeppelin, qui avait une vision, un projet, une œuvre à construire, passant des mois à peaufiner les bandes. Blackmore a déclaré que son boulot c’était jouer de la guitare, certainement pas faire mumuse avec les boutons d’une console de mixage… Glen Hughes raconte : ” Comment voulez-vous bosser en studio sur des chansons quand moi j’écoute du Stevie Wonder, Blackmore de JS Bach, et que Jon Lord bouquine dans son coin… ”

On ne peut évoquer Deep Purple sans s’arrêter sur le cas Ritchie Blackmore. Guitariste talentueux mais introverti, ténébreux, manquant d’assurance. Il apprend le métier de show man avec David “Sceaming Lord” Sutch, en 1961. Celui qui jusqu’à présent se planque au fond de la scène, va se métamorphoser, à coup de moulinets (il vénère Pete Townsend et Hendrix), jonglage de guitare, effets pyrotechniques avec la complicité de roadies qui foutent le feu aux amplis (ça tournera plus d’une fois à la catastrophe), vandalisme sur guitare et batterie, et autres blagues de carabins. Capable d’aligner des solis lumineux et inspirés, ou de saborder un concert en boudant, voire en quittant la scène, selon (dixit lui-même) qu’il croise dans les premiers rangs un visage aimable ou renfrogné. Capricieux et susceptible !

À la lecture du livre, on se pose cette question : fallait-il garder Ritchie Blackmore au sein du groupe ? En moment de Who Do You Think We Are (1973) il menace : c’est Glover et Gillan qui foutent le camp, ou moi ! Il est resté... Les autres musiciens ne s’imaginaient pas jouer sans lui (il assurait tout de même un peu…) mais savaient qu’il était un frein à leur progression. Blackmore refuse toutes compositions qui ne viennent pas de lui, compose les set-list et n’admet aucun changement (d’où ces brouettes de disques live ressassant les mêmes titres), refuse de jouer ailleurs que dans quatre ou cinq pays. Il enregistre ses parties à part, sans tenir compte des maquettes, aux autres de se débrouiller pour l’assemblage des pistes ! Et quand il pond un riff d’enfer, il annonce qu’il le garde pour un projet personnel ! Celui qui pour beaucoup symbolise l’âme du groupe, en est paradoxalement le principal obstacle, responsable des tensions, et castrateur. Son départ est vu comme un soulagement. Lord ou Glover racontent comme ce fut bon de rejouer des « Picture of home » des « No, no, no », des « Hard lovin’ man », de sucrer enfin les 30 minutes de « Space truckin’ » et de partir vers l’Est, en Australie, en Amérique du sud…

Jean Sylvain Cabot tord aussi le cou à la légende selon laquelle le vrai Deep Purple est le Mark II (1970–73) avec Glover et Gillan. Certes, les titres les plus célèbres viennent de là (et pas qu’un peu, mon n’veu…). Mais côté prestations scéniques, il avance que la période 1969–70 était somptueuse et novatrice (peu d’archives, ou de piètre qualité sonore), comme celle de 1975 juste avant le premier départ de Blackmore (il loue MADE IN EUROPE et notamment la dernière apparition de Blackmore, à Paris, disponible en cd), et celle de 1992–93 (le line-up de 72 reformé), qui malgré les dissensions et les coups de putes, a donné des concerts absolument passionnants sur le plan musical. De même, les albums à retenir d’urgence sont du côté de Deep Purple (1969), In Rock (1970), Burn (1974), Come Taste The Band (1975), Perpendicular (1996). Et oui, pas de Machine Head (1972) dans le lot, c’est la petite polémique du livre, qui n’est pas tendre avec le besogneux « Smoke On The Water », l’éreintant « Space Truckin’ », la scie « Highway Star » ou le sans intérêt « Never Before » (Arrrggghhh, mon morceau préféré !!!). Cette partie discographique donne envie de parfaire sa collection… C’est pas sympa, parce que, de la place j’en ai plus sur mes étagères !

Bon, une fois qu’on a dit ça… Rhapsody In Rock n’est pas franchement un bouquin grand public, il intéressera les afficionados, ou les amateurs de bios musicales, mais *la lecture est aisée, l’aventure riche en rebondissements, c’est clair, argumenté, parsemé d’anecdotes (mais pas de cancans, d’allusions à la vie privée, ni de psycho à deux balles), de déclarations des uns et des autres, pas toujours gentilles. Rarement gentilles même !*… Ce qui me fascine toujours dans ces bouquins, ce sont les débuts, comment ces types se croisent, se rencontrent, cette nébuleuse de jeunes musiciens qui presque tous feront carrière, on croise plein de noms, comme le dénommé David Coverdale auditionné dès 1969 en remplacement de Rod Evans, et à qui Jon Lord a dit : laisse-moi quand ton numéro, on ne sait jamais, à l’avenir…

Et, ayons une pensée pour Monsieur Terry Reid, qui déclina l’offre de devenir le chanteur de Deep Purple en 1968, comme il déclina celle de Jimmy Page d’être celui de Led Zeppelin la même année… Y’a des gars qu’on pas d’flair…

Luc B.
Deblocnot' 06 septembre 2013

Rockoscopie
Jean-Sylvain Cabot était l’invité de David Taugis pour parler de son ouvrage Deep Purple, Rhapsody in Rock. Le podcast de l’émission est disponible ICI
David Taugis
Judaïques FM 1 septembre 2013

À lire : Deep Purple...
Si Deep Purple a imposé définitivement le hard rock grâce au classique “Smoke on the Water”, il a surtout représenté avec Led Zeppelin et Black Sabbath l’un des moteurs de ce durcissement musical, tant par ses concerts que par ses albums, l’emblématique In Rock en tête. Le groupe de Ritchie Blackmore, guitariste génial mais ombrageux partagé entre Pete Townshend et Bach, a porté au plus haut l’idée d’un rock superlatif, violent et décloisonné, traumatisant des générations entières avides de puissance sonore. Des débuts pop aux tournées de reformation, des tentatives de mariage avec la musique classique aux colères de Blackmore, ce livre présente l’histoire et analyse les disques d’un groupe brillant, symbole d’une époque démesurée : concerts épiques, conflits d’intérêt et querelles d’ego, éphémères tentations funk ou progressives, avec pour repères l’orgue Hammond de Jon Lord et la batterie efficace de Ian Paice.
Le Brise Glace 22 août 2013
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